Grand Andamanais
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| Îles Andaman (Île de Strait) |
59 (2020) |
|---|
| Religions | Animisme |
|---|---|
| Ethnies liées | Andamanais |
Les Grands Andamanais sont une population autochtone de l'archipel de la Grande Andaman, situé dans les îles Andaman. À l'origine, ce peuple occupait la totalité de l'archipel et se répartissait en dix tribus principales. Leurs idiomes, quoique distincts, sont étroitement apparentés et forment la famille linguistique grand-andamanaise, l'une des deux familles de langues andamanaises répertoriées par les linguistes[1].
Les Grands Andamanais présentaient une parenté manifeste avec les autres peuples de l'archipel, mais s'en discernaient nettement par leurs traits culturels, linguistiques et leur situation géographique. Les idiomes des quatre autres groupes ethniques affichaient une si grande éloignement de la langue des Grands Andamanais que toute intercompréhension était vaine ; ces parlers sont à présent classés au sein d'une famille distincte, dénommée langues ongan.
Jadis, ils formaient la communauté la plus populeuse des cinq groupes majeurs des îles Andaman, avec une population évaluée entre deux et six mille six cents personnes. Cette dernière fut décimée par une conjonction de facteurs : l’introduction de pathogènes, l’alcoolisme, les conflits liés à la colonisation et la spoliation de leurs territoires de chasse. Leur nombre fut réduit à cinquante-deux individus recensés en [2], puis à cinquante-neuf en . Les distinctions tribales et linguistiques s’étant largement estompées, cette population est désormais désignée sous l’appellation unifiée de « Grands Andamanais », présentant une ascendance composite birmane, hindoue et aborigène[3],[4],[5].
Les Grands Andamanais sont classifiés par l'anthropologie au sein de l'ensemble négrito, lequel agrège les quatre autres groupes autochtones de l'archipel andamanais (Onge, Jarawa, Jangil et Sentinelles) ainsi que cinq autres populations clairsemées d'Asie du Sud-Est. La doctrine académique estime que les Négritos des Andaman constituent les premiers habitants de ces îles, ayant procédé à une migration depuis le continent il y a plusieurs dizaines de millénaires[6].
Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, les populations andamanaises demeurèrent soustraites aux accointances exogènes, tant par l'effet de leur réclusion insulaire que par une inimitié opiniâtre à l'endroit de tout élément allogène — laquelle se manifestait par le meurtre systématique des naufragés. Il est ainsi postulé que les dix phratries majeures et les quatre autres groupements autochtones opérèrent une différenciation endogène au fil des âges.
Données démographiques

En 1789, lors de l'instauration de la présence coloniale britannique sur la Grande Andaman, la population autochtone se répartissait en dix tribus majeures. Chacune d'elles se distinguait par un idiome propre et regroupait une population estimée entre deux cents et sept cents personnes[7]. Leur domaine territorial s'étendait à la plus grande partie de la Grande Andaman, incluant l'archipel Ritchie et l'île Rutland, mais excluant la Petite Andaman – habitée par les Onge – ainsi que les îles Sentinelle du Nord et du Sud, peuplées par les Sentinelles. Sur l'île d'Andaman du Sud, les tribus de la Grande Andaman cohabitaient avec les Jarawa, et sur l'île Rutland avec les Jangil. Énumérées selon leur implantation géographique, grosso modo du septentrion au midi, les tribus originelles étaient les suivantes[1] :
- Sous-groupe nord (Yerewa) :
- (Aka-)Kari ou Cari – N de North Andaman – 2 individus en 1994[8].
- (Aka-)Kora, Khora ou Cora – E de North Andaman – éteint en 1994[8].
- (Aka-)Bo – W d'Andaman du Nord – 15 individus en 1994[8]
- (Aka-)Jeru – S et centre du nord d'Andaman – 19 individus en 1994[8].
- Sous-groupe méridional (Bojigyab) :
- (Aka-)Kede – N de Middle Andaman – éteint peu après 1931[9].
- (Aka-)Kol – SE de Middle Andaman – éteint en 1921[9].
- (Oko-)Juwoi – SO de Middle Andaman – éteint en 1931[9].
- (A-)Pucikwar – NE de South Andaman et Baratang – éteint peu après 1931[9].
- (Akar-)Bale – Archipel de Ritchie – éteint peu après 1931[9].
- (Aka-)Bea – côte de l'île d'Andaman du Sud et de l'île de Rutland – disparu en 1931[9].
Les appellations préfixées des ethnonymes renvoient proprement aux idiomes vernaculaires, bien qu’elles désignent usuellement les collectivités humaines elles-mêmes. Par ailleurs, le recensement de 1994 faisait état de quatre sujets grands-andamanais ne relevant d’aucune affiliation tribale circonscrite[8].
L’archipel des Andaman se déploie selon un axe septentrional-méridional sur une étendue d’environ 90 lieues, tandis que sa largeur maximale n'excède guère une douzaine de lieues. Cette configuration géographique singulière induisait une contiguïté restreinte, chaque peuplade n’ayant coutume de côtoyer que deux ou trois groupes confinants. De la sorte, jusqu'à l'avènement de l'ère coloniale, les sociétés boréales et australes paraissaient s'ignorer mutuellement[7]. À l'exception des Bea et des Bale, lesquels entretenaient des accointances suivies et usaient de parlers dont l’intercompréhension était effective, les commerces entre les factions demeuraient sporadiques lors des premiers contacts avec les Européens[7]. Ces populations se scindaient en subdivisions ténues — septes, groupes vicinaux et feux — et se répartissaient selon une bipartition entre les aryoto (gens de mer) et les eremtaga (gens des bois)[7].
Déclin démographique

Les évaluations démographiques concernant la Grande Andaman à l'aube de la présence coloniale britannique (1789-1796) oscillent entre deux mille et six mille six cents personnes[3],[2]. Lors de l'instauration d'un établissement pérenne et d'une colonie pénitentiaire par les Britanniques dans les années 1860, ce chiffre était estimé à trois mille cinq cents individus[3]. Cette période marqua la confrontation brutale de leur société endogène avec les impératifs de la civilisation industrielle et coloniale européenne du XIXe siècle[10],[11]. Les autorités coloniales entreprirent de soumettre et de s'attacher les tribus, usant notamment de leur soutien pour la capture de forçats évadés. Les populations autochtones subirent ensuite un effondrement démographique foudroyant, principalement imputable à l'introduction de pathologies exogènes[12]. Des maladies infectieuses contre lesquelles les insulaires ne disposaient d'aucune immunité décimèrent les tribus vers la fin du siècle ; en certaines circonstances, les affligés étaient supprimés par leurs propres congénères dans une vaine tentative d'endiguer la contagion[3]. L'afflux croissant de colons indiens vers l'archipel précipita ultérieurement ce déclin.
L'année 1901 ne dénombrait plus que 625 individus appartenant au peuple Grand Andamanais[3],[13]. Les dénombrements ultérieurs attestèrent d'un déclin démographique continu, avec 455 personnes recensées en 1911, 207 en 1921, et 90 en 1931[3]. L'anthropologue Von Eickstedt évalua quant à lui leur effectif à « approximativement une centaine » de personnes lors de son investigation de 1927[11].
En 1949, les ultimes représentants des Grands Andamanais furent transférés vers une réserve établie sur l’île de Bluff, d’une superficie de 1,14 km2, dans le dessein de les préserver des épidémies et d’autres périls extérieurs[14]. Après l’accession de l’Inde à l’indépendance en 1951, leur effectif était déjà réduit à vingt-cinq personnes[7], provenant pour l’essentiel des groupes septentrionaux[9]. Cette communauté s’éteignit au cours de la période médiane du XXe siècle. Toutefois, une descendance métissée persista, dont le nadir démographique fut atteint en 1961, avec un recensement de seulement dix-neuf individus[13],[15].
En 1969, les vingt-trois ultimes représentants de l'ethnie des Grands Andamanais firent l'objet d'un nouveau déplacement, cette fois vers l'île Strait, d'une superficie d'environ cinq kilomètres carrés[16]. Leur effectif connut par la suite une lente progression, s'élevant à vingt-quatre âmes selon le recensement de 1971, puis à vingt-six en 1981, à quarante-cinq en 1991, et retombant à quarante-trois en 2001. Des estimations avancèrent la présence d'une cinquantaine d'individus résidant sur ladite île en 2006[14], et de cinquante-deux en [2],[17]. Il convient toutefois de noter qu'à compter de 1995 déjà, la population identifiée comme grande-andamanaise comprenait un nombre substantiel de personnes issues d'ascendances en partie birmanes ou hindoues[3].
À la faveur du retrait des Grands Andamanais, les Jarawa investirent une portion de leur antique finage sis sur le littoral occidental de la Grande Andaman, espace où ils maintenaient leur estance encore en l'an 2011. En sus, en l'an 1911, quelque quatre-vingts Onge s'étaient établies dans les terroirs naguère dévolus aux Bea et aux Jangil, dans l'île de Rutland ainsi que dans les confins méridionaux d'Andaman ; nonobstant, cette population s'était amenuisée à soixante et une unités en 1921, avant de s'éteindre de manière définitive en 1931[3].
État actuel

De l'ensemble des tribus autochtones des îles Andaman, seules deux entités demeurent aujourd'hui numériquement notables : les Jeru et les Bo. La tribu Cari, quant à elle, est considérée comme en voie d'extinction[14],[4]. On recense encore quelques individus âgés issus des groupes Kora et Pucikwar ; néanmoins, ceux-ci s'assimilent désormais aux communautés Jeru ou Bo[2]. Il convient de noter que les spécificités culturelles et linguistiques originelles de ces groupes se sont pour l'essentiel évanouies. Leurs membres n'usent plus guère de leurs idiomes ancestraux. La langue véhiculaire prédominante est désormais l'hindi ou un parler composite[18],[17], nommé le créole grand-andamanais[16].
Les Grands Andamanais établis sur l’île du Détroit subsistent encore partiellement par les activités cynégétiques, halieutiques et de cueillette. Toutefois, leur subsistance s’est progressivement altérée par l’adoption de denrées exogènes, telles que le riz et d’autres comestibles d’origine indienne. Ils dépendent désormais, pour leur survie, de l’assistance gouvernementale indienne[7]. Leur économie traditionnelle a évolué vers une forme d’agriculture rudimentaire et l’instauration de modestes élevages avicoles[19].
Chiffres du recensement
Les noms et orthographes, avec les populations, des recensements de 1901 et 1994 étaient les suivants :
- Recensement de 1901
- Aka-Cari : 39 ans
- Aka-Cora : 96
- Aka-Bo : 48
- Aka-Jeru : 218
- Aka-Kede : 59 ans
- Aka-Kol : 11
- Oka-Juwoi : 48 ans
- Aka-Pucikwar : 50
- Alias Bale : 19 ans
- Alias Bea : 37 ans
- recensement de 1994
- Aka-Jeru : 19 ans
- Aka-Bo : 15 ans
- Aka-Kari [sic] : 2
- (« local » : 4)
Références
- 1 2 « Jarawa: The Great Andamanese » [archive du ], Survival International : « The Great Andamanese were originally ten distinct tribes, including the Jeru, Bea, Bo, Khora and Pucikwar. Each had its own distinct language, and numbered between about 200 and 700 people. They are now collectively known as the Great Andamanese. »
- 1 2 3 4 « Language lost as last member of Andaman tribe dies », The Daily Telegraph, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 George Weber, The Andamanese, , « 7. Numbers »
- 1 2 Abbi, « Great Andamanese Community » [archive du ], Vanishing Voices of the Great Andamanese, (consulté le )
- ↑ « VOGA » [archive du ], Vanishing Voices of the Great Andamanese
- ↑ « Members of Ancient Tribe Escape » [archive du ], CBS News, : « Anthropologists believe five tribes of the southern Indian archipelago—including the Jarawas, Shompens, Onges and Sentinelese—date back 70,000 years. »
- 1 2 3 4 5 6 George Weber, The Andamanese, , « 8. The Tribes »
- 1 2 3 4 5 A. N. Sharma, Tribal Development in Andaman Islands, New Delhi, Sarup & Sons, (ISBN 978-81-7625-347-5, lire en ligne), p. 75
- 1 2 3 4 5 6 7 George van Driem, Languages of the Himalayas: An Ethnolinguistic Handbook of the Greater Himalayan Region : Containing an Introduction to the Symbiotic Theory of Language, Brill, (ISBN 90-04-12062-9, lire en ligne) :
« ... The Aka-Kol tribe of Middle Andaman became extinct by 1921. The Oko-Juwoi of Middle Andaman and the Aka-Bea of South Andaman and Rutland Island were extinct by 1931. The Akar-Bale of Ritchie's Archipelago, the Aka-Kede of Middle Andaman and the A-Pucikwar of South Andaman Island soon followed. By 1951, the census counted a total of only 23 Greater Andamanese and 10 Sentinelese. That means that just ten men, twelve women and one child remained of the Aka-Kora, Aka-Cari and Aka-Jeru tribes of Greater Andaman and only ten natives of North Sentinel Island ... »
- ↑ Zarine Cooper, Archaeology and History: Early Settlements in the Andaman Islands, Oxford University Press, (ISBN 0-19-565792-6, lire en ligne) :
« ... iron implements, glass bottles, beads, and other objects were freely distributed by the British among the Great Andamanese... »
- 1 2 Madhusree Mukerjee, The Land of Naked People, Houghton Mifflin Books, (ISBN 0-618-19736-2, lire en ligne) :
« ... In 1927 Egon Freiherr von Eickstedt, a German anthropologist, found that around one hundred Great Andamanese survived, 'in dirty, half-closed huts, which primarily contain cheap European household effects.' »
- ↑ Richard B. Lee et Richard Heywood Daly, The Cambridge Encyclopedia of Hunters and Gatherers, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-57109-X, lire en ligne) :
« ... Over time, the Great Andamanese, who occupied the forests around Port Blair, were pacified. Beginning to cooperate with British authorities, they helped recapture escaped convicts. By 1875, when these peoples were perilously close to extinction, the Andaman cultures came under scientific scrutiny... »
- 1 2 Jayanta Sarkar, The Jarawa, Anthropological Survey of India, (ISBN 81-7046-080-8, lire en ligne) :
« ... The Great Andamanese population was large till 1858 when it started declining ... In 1901, their number was reduced to only 600 and in 1961 to a mere 19 ... »
- 1 2 3 Rann Singh Mann, Andaman and Nicobar Tribes Restudied: Encounters and Concerns, Mittal Publications, (ISBN 81-8324-010-0, lire en ligne), p. 149
- ↑ « Basic Statistics – 1 – Demographics, table 1.16 'Tribal Population' » [archive du ], A & N Islands Administration, Directorate of Economics and Statistics, (consulté le )
- 1 2 Anvita Abbi, Endangered Languages of the Andaman Islands, Lincom Europa, (ISBN 9783895868665, lire en ligne) :
« ... The latest figure in 2005 is 50 in all ... »
- 1 2 « Lives Remembered: Boa Sr », The Daily Telegraph, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ Malekar, « The case for a linguisitic survey » [archive du ], Infochange Media (consulté le )
- ↑ « A Brief Note on Vulnerable Tribal Groups » [archive du ], Andaman and Nicobar Administration (consulté le )