Grands thermes du Sud de Timgad
thermes romains de Timgad en Algérie
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Les grands thermes du Sud de Timgad (en latin : Thermae Magnae Meridionales Thamugadenses) sont un vaste établissement de thermes romains situé dans la ville antique de Timgad, dans l'actuelle wilaya de Batna, en Algérie. Implantés dans le quartier méridional de la cité, à proximité du théâtre, ils occupent un emplacement stratégique au croisement de plusieurs voies principales. Le monument fait partie du site archéologique de Timgad, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1982.
Thermae Magnae Meridionales Thamugadenses
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| Partie de | |
| Destination initiale |
Établissement thermal public |
| Destination actuelle |
Site archéologique |
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| Matériau |
Pierre, brique et mortier |
| Construction |
IIe siècle (époque antonine) |
| Patrimonialité |
Patrimoine mondial (1982) |
| Site du Bien | |
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| Coordonnées |
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Construits au cours du IIe siècle, probablement sous les Antonins, puis agrandis entre 198 et 199 sous le règne de Septime Sévère, les thermes constituent l'un des plus importants complexes balnéaires de l'Afrique romaine. Leur plan associe des espaces d'accueil et de sociabilité, un apodyterium, un vaste frigidarium à deux piscines, un tepidarium, deux caldaria, un laconicum, des latrines monumentales ainsi qu'un remarquable réseau de sous-sols techniques destiné au fonctionnement des hypocaustes. Par l'étendue de leurs installations, la richesse de leur décor sculpté, épigraphique et mosaïqué, ainsi que par l'état de conservation de leurs aménagements souterrains, ils figurent parmi les établissements thermaux les mieux conservés et les mieux documentés d'Afrique du Nord.
Au cours des IIIe et IVe siècles, le monument connaît plusieurs campagnes de transformations qui modifient certains espaces sans remettre en cause son organisation générale. Les inscriptions découvertes dans différentes salles témoignent de la présence de statues honorifiques dédiées à plusieurs membres de la famille impériale, tandis que les mosaïques et les sculptures illustrent le soin apporté à son décor. Les thermes demeurent utilisés durant l'Antiquité tardive, avant d'être progressivement abandonnés avec le déclin de la ville.
Mis au jour à la fin du XIXe siècle lors des premières campagnes de fouilles de Timgad, les grands thermes du Sud livrent un ensemble d'inscriptions, de mosaïques, de statues et d'installations techniques qui permettent de restituer avec précision l'architecture et le fonctionnement d'un grand établissement thermal romain. Les recherches menées depuis les travaux d'Émile Boeswillwald, de René Cagnat et d'Albert Ballu en font aujourd'hui l'un des monuments les plus étudiés et les mieux préservés du site antique de Timgad.
Localisation de la cité

Timgad est implantée sur les premiers contreforts septentrionaux du massif de l'Aurès, à la jonction des zones montagneuses et des plaines, dans un secteur qui constitue durant l'époque romaine une frontière naturelle entre différents espaces de peuplement[B 1]. Édifiée dans une plaine ouverte dominée par les reliefs de l'Aurès, la cité occupe une position stratégique permettant de surveiller les voies de circulation et les accès vers les régions montagneuses[B 1].
La création de la ville répond avant tout à des considérations militaires[B 2]. Fondée comme place forte de seconde ligne au pied de l'Aurès, elle participe au contrôle du territoire et à la sécurisation des communications entre les plaines et les massifs voisins[B 2]. Cette fonction stratégique se traduit par un plan urbain rigoureux inspiré du camp militaire romain et par la présence d'une enceinte destinée à protéger l'agglomération[B 3].
Situation des thermes dans la ville antique
L'édifice occupent la partie méridionale de Timgad, dans un secteur qui rassemble plusieurs des principaux monuments publics de la colonie[B 4]. Depuis l'arc de Trajan, l'accès s'effectue par le decumanus maximus en direction du forum, puis par la troisième rue perpendiculaire orientée vers le sud[B 4]. Après un parcours d'environ 207 m, cette voie débouche sur un carrefour d'où partent plusieurs rues desservant les principaux édifices du quartier. L'une se dirige vers le Capitole, une autre vers l'est, tandis qu'une troisième longe le complexe thermal après s'être divisée en une voie secondaire qui en contourne une partie[B 4].
Cette implantation place les thermes au cœur d'un ensemble monumental particulièrement dense. Le carrefour se situe à environ 100 m du mur de soutènement du théâtre et à une distance comparable du péribole du Capitole, inscrivant l'établissement dans un réseau de circulations reliant les principaux espaces civiques, religieux et culturels de la ville[B 4]. Ainsi, les thermes ne constituent pas un édifice isolé, mais l'un des pôles majeurs du quartier méridional, étroitement associé aux autres monuments publics de la cité[B 4].
Le carrefour est agrémenté d'une fontaine adossée au mur des thermes et tournée vers le nord-ouest[B 5]. Son élévation est en grande partie conservée et les traces laissées sur le pavement permettent encore de restituer l'emplacement du bassin ainsi que le système d'évacuation des eaux vers le sous-sol[B 6]. Cette installation rappelle plusieurs fontaines découvertes à proximité du forum, bien qu'aucun élément ne permette d'identifier avec certitude le décor sculpté qui en ornait le couronnement[B 6]. Par sa position à la croisée des voies conduisant aux thermes, au théâtre et au Capitole, elle participe à la monumentalisation de cet important nœud de circulation urbaine[B 5].
Historique
Histoire de la cité
Timgad est fondée en l'an 100 sous le règne de Trajan, qui y établit une colonie romaine sous l'autorité de la Troisième légion Auguste et de son légat Lucius Munatius Gallus[1],[2]. Implantée à 21 km de Lambèse, sur l'axe reliant cette dernière à Theveste, la cité occupe une vaste plaine située au pied du massif de l'Aurès et dominée par le mont Bou Arif. Cette position lui permet de contrôler les principales voies d'accès vers les régions montagneuses environnantes[3]. Son nom officiel, colonia Marciana Traiana Thamugadi, associe la mémoire de Marciana, sœur de Trajan, à un ancien toponyme d'origine indigène conservé sous la forme Thamugadi[2]. Les ressources hydrauliques, notamment celles de la source d'Aïn Morris, ainsi que des conditions naturelles favorables, contribuent rapidement à l'essor agricole et urbain de la colonie[4],[5].
Au cours du Haut-Empire, Timgad connaît une croissance rapide et s'impose comme l'une des principales cités civiles de Numidie, se distinguant du rôle essentiellement militaire de Lambèse[6]. Cette prospérité s'inscrit dans le contexte de la Pax Romana, qui favorise la romanisation des populations locales et leur intégration dans les institutions civiques et administratives de l'Empire[7]. La ville se dote progressivement de ses principaux monuments publics, dont le forum, le théâtre, le marché, le Capitole, des temples et des thermes. Son territoire repose sur une économie agricole fondée sur les céréales, l'oléiculture, l'élevage et les ressources forestières[8],[9]. Sous Antonin le Pieux, puis durant le IIe siècle et le début du IIIe siècle, plusieurs programmes d'aménagement transforment la ville : le forum est réorganisé, la curie restaurée, le réseau viaire amélioré et de nouveaux édifices monumentaux sont édifiés, parmi lesquels l’Aqua Septimiana et le temple des eaux[10]. Au début du IIIe siècle, la population est estimée à environ 15 000 habitants[11].
À partir du IIIe siècle et plus nettement encore au IVe siècle, Timgad devient l'un des principaux centres du christianisme en Numidie. L'existence d'un évêché y est attestée dès le IIIe siècle, et l'évêque Novatus participe au concile de Carthage de 256[12],[13]. De nombreuses constructions religieuses voient alors le jour, parmi lesquelles plusieurs basiliques, baptistères, chapelles, oratoires et un monastère[13]. La cité devient également un foyer important du donatisme. En 388, l'évêque donatiste Optatus de Timgad joue un rôle politique majeur avant d'être arrêté après la chute de Gildon[14]. Lors de la conférence de Carthage de 411, la ville est représentée simultanément par un évêque catholique et un évêque donatiste, illustrant l'importance des divisions religieuses locales[14].
À partir de la fin du IVe siècle et durant le Ve siècle, la cité est confrontée aux bouleversements qui affectent l'Afrique romaine. Après son intégration au royaume vandale, elle subit les conséquences des incursions maures et semble être évacuée au plus tard en 484, sans que l'occupation du site cesse totalement[15],[16]. La reconquête byzantine marque une nouvelle phase de son histoire : en 539, le patrice Solomon entreprend la restauration de la ville et fait construire une importante forteresse, aujourd'hui encore conservée[13],[17]. Malgré le déclin du centre monumental antique, une activité urbaine et religieuse demeure attestée aux VIe et VIIe siècles, comme le montrent plusieurs inscriptions chrétiennes découvertes sur le site[18]. Les dernières phases d'occupation restent toutefois mal connues en raison de la rareté des sources disponibles[19].
- Vue panoramique de Timgad. À gauche se dressent les vestiges du Capitole ; au centre, entre les portiques du Capitole et l'arc de Trajan, apparaît le marché de Sertius.
- Panorama des ruines de Timgad : à droite apparaissent l'arc de Trajan et une partie du temple du forum, tandis qu'à gauche se dresse le Capitole.
Construction à l’époque antonine

Les thermes sont construits au cours de l'époque antonine, période durant laquelle Timgad connaît une importante phase d'expansion urbaine et monumentale[B 7]. Bien qu'aucune inscription conservée in situ ne mentionne explicitement la fondation de l'édifice, plusieurs indices épigraphiques permettent d'en situer l'origine dans le courant du IIe siècle[B 7],[20].
L'une des inscriptions découvertes lors des fouilles indique qu'entre 198 et 199, sous le règne de Septime Sévère, les thermes font l'objet d'un agrandissement réalisé sur décision du conseil municipal et financé par les ressources publiques de la colonie[B 7],[21],[20]. Cette mention implique nécessairement l'existence d'un établissement antérieur déjà en fonctionnement avant cette date[B 7]. Les auteurs du relevé archéologique considèrent ainsi que la première installation remonte « assurément » à l'époque des Antonins, les travaux sévériens correspondant à une extension et à un embellissement d'un complexe déjà établi[B 7],[22].
Cette datation s'accorde avec l'évolution générale de la cité. Fondée sous le règne de Trajan, la ville antique se dote progressivement, au cours du IIe siècle, des principaux équipements publics caractéristiques des villes romaines prospères. L'édification d'un vaste établissement thermal dans le quartier méridional répond alors aux besoins d'une population en croissance et s'inscrit dans le programme monumental qui voit également l'aménagement du forum, du théâtre et du Capitole[B 4],[B 7].
Dès sa phase primitive, le complexe comprend les principales composantes d'un grand établissement thermal romain, associant espaces de circulation, salles froides et chaudes, installations techniques et lieux de sociabilité[B 8],[B 9]. Les transformations postérieures modifient certains détails de l'aménagement, mais l'organisation fondamentale du monument paraît déjà fixée avant les travaux entrepris sous Septime Sévère[B 8].
Réparations et transformations tardives

Après l'agrandissement réalisé sous le règne de Septime Sévère, les thermes continuent de faire l'objet d'interventions ponctuelles au cours des siècles suivants[B 8],[B 10]. Les vestiges archéologiques révèlent en effet plusieurs remaniements qui témoignent de l'utilisation prolongée du complexe et de l'adaptation de certains espaces aux besoins de ses usagers[B 8],[B 10].
L'une des modifications les plus visibles concerne l’apodyterium. À une époque postérieure à la construction initiale, une ouverture est percée entre cette salle et la piscine froide I afin d'établir une communication directe avec le frigidarium. Un escalier permettant de descendre dans le bassin est alors aménagé, puis réparé ultérieurement à l'aide d'éléments de remploi, notamment une plaque de marbre cannelée provenant vraisemblablement d'un pilastre plus ancien[B 10]. Cette transformation modifie la circulation intérieure des baigneurs et confère au vestiaire une fonction plus étroitement liée aux espaces thermaux.
D'autres interventions affectent les salles chauffées[B 11]. Dans le premier caldarium, une seconde baignoire semi-circulaire, aménagée dans un renfoncement rectangulaire, est ajoutée après la construction primitive de l'édifice[B 11]. Les fouilles montrent clairement que seul l’alveus principal appartient au plan d'origine, tandis que cette nouvelle installation résulte d'une phase ultérieure d'aménagement[B 11]. De même, certaines communications entre les salles sont modifiées au fil du temps : la porte reliant l’elaeothesium présumé au tepidarium est murée, tandis qu'une autre ouverture entre le tepidarium et le premier caldarium est condamnée lors de l'installation d'une nouvelle baignoire[B 12],[B 11].
Les inscriptions découvertes dans les thermes témoignent également d'une activité soutenue durant le IIIe siècle[B 13],[B 14]. Plusieurs bases de statues dédiées à Valérien, Gallien, Cornelia Salonina et aux princes de la famille impériale sont installées dans les salles du complexe entre le milieu et la seconde moitié du siècle[B 13],[B 14]. L'ajout ou le déplacement de certaines de ces statues participe à l'évolution du décor monumental de l'établissement et reflète les changements politiques de l'Empire[B 13],[B 14].
L'utilisation du monument se poursuit encore durant l'Antiquité tardive[B 15]. Dans les latrines, la fontaine centrale est remaniée à une date postérieure et remplacée par une plate-forme construite à l'aide de fragments d'inscriptions provenant d'une dédicace à l'empereur Claude II[B 15]. Cette réfection paraît remonter au IVe siècle, ce qui atteste la poursuite de l'entretien des installations plusieurs générations après leur construction[B 15]. Une autre inscription du frigidarium, gravée en lettres dont la forme paraît appartenir également au IVe siècle, confirme la fréquentation durable de l'édifice et les réaménagements intervenus au cours de son histoire[B 16].
Ces différentes transformations demeurent toutefois limitées et n'affectent pas l'organisation générale du complexe[B 8]. Selon les fouilleurs, les travaux postérieurs à l'agrandissement sévérien portent principalement sur des détails d'aménagement, tandis que le plan d'ensemble des thermes conserve jusqu'à la fin de leur utilisation la disposition acquise au début du IIIe siècle[B 8].
Histoire des fouilles
Les thermes sont dégagés au cours des premières campagnes de fouilles menées à Timgad à la fin du XIXe siècle. Ces recherches permettent de mettre au jour l'ensemble du plan du monument ainsi qu'une grande partie de ses installations souterraines, notamment les hypocaustes, les fourneaux et les réseaux de circulation de service[B 17].
Les fouilles livrent également un riche ensemble d'inscriptions, de statues et de mosaïques qui contribuent à reconstituer l'histoire et le décor de l'édifice[B 18]. Grâce à l'état de conservation exceptionnel de son plan et de son sous-sol, le monument figure parmi les établissements thermaux romains les mieux documentés d'Afrique du Nord[B 9].
Description architecturale
Organisation générale de l'édifice

Les grands thermes présentent un plan complexe organisé autour des différentes étapes du parcours balnéaire romain[B 19]. L'établissement associe des espaces d'accueil et de sociabilité, des salles destinées aux bains froids et chauds, des installations techniques ainsi que plusieurs pièces de service[B 19]. Son organisation résulte d'un agrandissement réalisé à la fin du IIe ou au début du IIIe siècle, époque à laquelle le monument acquiert l'essentiel de la disposition révélée par les fouilles[B 19].

L'accès au complexe s'effectue par cinq entrées, dont deux ouvrent au nord et trois au sud[B 19]. Les portes méridionales sont de fonctions différentes : deux d'entre elles desservent les espaces de service et la cour périphérique, tandis que la troisième introduit les visiteurs dans l'édifice par un couloir coudé débouchant sur les espaces d'accueil[B 19]. Au nord, deux entrées monumentales donnent accès à une galerie bordée par un espace semi-circulaire entouré d'un portique à colonnes, destiné à la promenade et aux rencontres avant ou après le bain[B 19].
Au centre de l'ensemble, un large couloir de 4,5 m de largeur relie les accès septentrionaux et méridionaux[B 20]. Il constitue l'axe principal de circulation du monument et dessert les différentes salles qui composent l'établissement[B 20]. À proximité se trouvent plusieurs espaces de réception, parmi lesquels une salle en hémicycle et une vaste salle interprétée comme un lieu de réunion ou d'exercices physiques[B 21],[23].
Les parties thermales occupent la zone centrale et méridionale du complexe. Elles comprennent un apodyterium, un frigidarium doté de deux piscines, un tepidarium, deux caldarium ainsi qu'un vaste laconicum, disposition qui témoigne de l'importance accordée aux bains chauds dans cet établissement[B 22]. Plusieurs pièces annexes, des latrines monumentales et une cour de service complètent cet ensemble[B 19],[B 23].
Sous une grande partie du monument s'étend enfin un vaste réseau technique regroupant les hypocaustes, les fourneaux, les conduits de chauffage et les espaces de stockage du combustible[B 17]. L'état de conservation des aménagements permet de restituer le fonctionnement des thermes. Ceux-ci figurent parmi les établissements balnéaires romains les mieux conservés d'Afrique romaine[B 9].
Espaces d'accueil et de sociabilité

Les espaces situés à proximité des entrées principales des thermes remplissent des fonctions d'accueil, de rencontre et de représentation[B 24]. Ils témoignent du rôle social des établissements thermaux romains, qui ne constituent pas seulement des lieux consacrés à l'hygiène, mais aussi des espaces de réunion et de loisirs fréquentés quotidiennement par les habitants de la cité[B 24],[B 25].
Le long du couloir principal se trouve une salle terminée par un hémicycle, large de 15 m, dont l'abside atteint un rayon de 5 m[B 25]. Accessible par trois entrecolonnements, elle est ornée de mosaïques géométriques où dominent les couleurs blanche, rouge et noire, tandis que les seuils présentent des représentations animales[B 25]. Aucun élément archéologique ne permet de déterminer avec certitude sa fonction[B 25]. Par comparaison avec les grands établissements thermaux de Rome, les fouilleurs y voient toutefois une salle de réunion, de lecture ou de conversation destinée à accueillir les visiteurs avant ou après le bain[B 25].
En vis-à-vis s'étend une vaste salle rectangulaire de 24 m sur 9 m, divisée en trois travées et accessible par trois larges portes[B 25],[23]. Son emplacement, entre les espaces d'accueil et les salles thermales proprement dites, ainsi que sa proximité immédiate avec l'une des piscines froides, conduisent les auteurs à l'interpréter comme un espace destiné aux exercices physiques[B 26],[23]. Cette fonction s'inscrit dans la tradition des thermes romains, où la pratique de la gymnastique et des jeux complète fréquemment le parcours balnéaire[B 27],[23].
Le décor de cette salle repose en partie sur un ensemble de bases honorifiques supportant autrefois des statues impériales[B 13],[21]. Plusieurs inscriptions y honorent l'empereur Valérien, son fils Gallien, l'impératrice Cornelia Salonina ainsi que les princes Valérien le Jeune et Salonin[B 13],[21]. L'étude de ces dédicaces montre que le programme statuaire est mis en place au milieu du IIIe siècle et remanié à plusieurs reprises afin de s'adapter à l'évolution de la famille impériale[B 26],[21].
Par leurs dimensions, leur décoration et la présence de statues honorifiques, ces espaces illustrent l'importance accordée à la sociabilité dans les thermes[B 24]. Ils offrent aux usagers des lieux propices à la rencontre, à la conversation et aux loisirs, tout en participant à la mise en scène du pouvoir impérial à travers l'exposition de portraits et d'inscriptions officielles[B 24],[B 13].
Le vestiaire et les espaces annexes

Le parcours thermal conduit ensuite vers les espaces de préparation au bain[B 10]. La salle « F » est généralement identifiée comme l'apodyterium, ou vestiaire principal de l'établissement[B 10]. Cette interprétation repose à la fois sur ses dimensions relativement importantes, 7,9 m sur 9,8 m, et sur sa position au contact immédiat des principales salles du complexe thermal[B 10]. Son sol est revêtu d'une mosaïque dont seuls quelques fragments subsistent lors des fouilles[B 7],[B 10]. Une inscription datée du règne de Septime Sévère y est découverte lors des fouilles, rappelant les travaux d'agrandissement réalisés à la fin du IIe siècle [B 7],[B 10].
L'aménagement de cette salle évolue au cours de l'histoire du monument[B 10]. Une ouverture est percée dans le mur afin de la mettre directement en communication avec la piscine froide « I », tandis qu'un escalier permet désormais d'accéder au bassin depuis le vestiaire[B 10]. Plusieurs indices montrent que cet escalier fait l'objet de réparations tardives, notamment par l'emploi d'éléments architecturaux remployés[B 10]. Ces transformations renforcent les liens fonctionnels entre le vestiaire et les espaces de baignade[B 10].
À proximité immédiate se trouve une petite pièce carrée, désignée par la lettre « G » sur les plans des fouilles[B 10]. Ses dimensions réduites, d'environ 4 m de côté, rendent improbable son identification comme vestiaire principal[B 10]. Les fouilleurs envisagent plusieurs hypothèses sans pouvoir trancher avec certitude[B 10]. La salle a pu servir d'antichambre destinée aux esclaves chargés de surveiller les vêtements, mais elle pourrait également avoir accueilli certaines activités liées aux soins corporels[B 10]. En l'absence d'inscriptions, d'objets caractéristiques ou d'aménagements spécifiques, sa fonction demeure incertaine[B 10].
Plus au sud, une salle étroite et allongée, désignée par la lettre « N », est parfois interprétée comme un elaeothesium, c'est-à-dire un espace réservé aux onctions d'huile[B 12]. Cette identification repose principalement sur sa position entre le frigidarium et les salles chauffées, conformément aux recommandations de Vitruve[B 12]. Deux niches rectangulaires aménagées dans ses parois ont également été rapprochées d'armoires destinées au rangement des huiles ou des accessoires de toilette[B 12]. Aucun objet directement associé à cette activité n'ayant été retrouvé lors des fouilles, cette interprétation reste toutefois hypothétique[B 12]. Deux petites pièces communicantes complètent cet ensemble et assurent les liaisons entre plusieurs secteurs du complexe thermal[B 12].
Le circuit thermal
Le frigidarium

Le frigidarium constitue l'une des principales salles des thermes et marque l'aboutissement du parcours des bains chauds avant l'immersion dans l'eau froide[B 28],[24]. Les fouilleurs l'identifient sans hésitation grâce à la présence de deux vastes piscines, désignées sur les plans par les lettres « I » et « I' », disposées de part et d'autre de la salle H[B 28]. La première mesure environ 6,15 m de largeur sur 6,05 m de longueur et est accessible par plusieurs escaliers aménagés depuis les salles voisines[B 28]. La seconde, de largeur comparable mais plus profonde, possède également un escalier de descente et conserve encore les traces de son système d'évacuation[B 28]. Les deux bassins sont revêtus de mosaïques et d'enduits hydrauliques destinés à assurer leur étanchéité[B 28].

Les parois des piscines comportent plusieurs niches dont le revêtement peint imite les couleurs du marbre, avec une dominante d'ocre dans les parties basses et de vert dans les registres supérieurs[B 28]. Ces niches accueillaient des statues, dont une nymphe à la coquille découverte dans les déblais[B 29]. Cette sculpture conserve encore des traces de polychromie rouge et verte, témoignage de la peinture appliquée aux statues de marbre durant l'époque romaine[B 29].
La salle, autrefois couverte d'une voûte d'arêtes, présente programme décoratif associant sculptures, inscriptions et mobilier monumental[B 29]. Une niche aménagée dans l'axe de l'espace abritait une base dédiée au Genius Thamugadensis, le Génie protecteur de la cité, tandis que deux autres piédestaux placés dans les angles portaient des dédicaces à la Fortune et à la Victoire[B 30],[25]. Ces monuments illustrent l'association, fréquente dans les thermes romains, entre les pratiques balnéaires, les cultes civiques et la célébration des valeurs impériales[B 30].
Un grand vase de pierre sculpté a été découvert au centre du frigidarium[B 31]. Son décor associe plusieurs scènes figurées, notamment un sacrifice devant un autel, un génie militaire tenant un vexillum et une corne d'abondance, ainsi qu'une représentation d'Éros et Psyché accompagnée d'une figure d'Hercule[B 31].
Les fouilles ont également livré plusieurs statues de marbre associées à cet espace[B 32]. L'une représente vraisemblablement Mercure, identifiable à la présence d'un coq à ses pieds[B 32]. Une autre figure la déesse Hygie, reconnaissable au serpent enroulé autour de son bras, divinité particulièrement appropriée dans un établissement consacré à l'hygiène et à la santé[B 33],[25].
Le tepidarium

Le tepidarium occupe une position intermédiaire entre le frigidarium et les salles chaudes, conformément à l'organisation traditionnelle des thermes romains[B 34]. Cette salle, désignée par la lettre « J » sur les plan, mesure environ 7 m de côté et constitue un espace de transition destiné à préparer progressivement le corps aux variations de température[B 34]. Sa situation au sein du complexe confirme son rôle dans le parcours thermal, puisqu'elle est accessible depuis le frigidarium tout en desservant directement les espaces chauffés[B 35],[23].
Plusieurs caractéristiques architecturales permettent de l'identifier avec certitude[B 34]. La salle ne possède ni baignoire ni bassin propre, tandis que la séparation ajourée qui la relie à la piscine I favorise la circulation de l'air et de la lumière[B 34]. Contrairement aux caldaria, ses murs ne comportent pas de conduits destinés à diffuser directement la chaleur, ce qui correspond à la température modérée attendue dans un tepidarium[B 34].
Le chauffage est néanmoins assuré par un système d'hypocauste aménagé sous le plancher[B 36]. Les archéologies attribuent à cette installation la fonction de maintenir une chaleur douce et constante, sans atteindre les températures élevées des salles chaudes[B 36]. Ce dispositif témoigne du soin apporté à la progression thermique des baigneurs, qui passaient ainsi du frigidarium aux espaces les plus chauffés sans subir de changement brutal de température[B 11]. Une seconde statue de nymphe à la coquille, semblable à celles découvertes dans d'autres parties du complexe, y a également été mise au jour, participant au décor de cette salle de transition[B 11].
Les deux caldaria

Les grands thermes du Sud possèdent deux caldaria, une disposition remarquable qui témoigne de l'importance accordée aux bains chauds dans l'établissement[B 37]. Ces deux salles, construites sur hypocaustes et dotées de baignoires chauffées, occupent la partie la plus chaude du parcours thermal et précèdent le laconicum[B 38].

Le premier caldarium, désigné par la lettre K, mesure 9,65 m de longueur sur 6,45 m de largeur[B 11]. Il comporte deux baignoires, dont une seule appartient à l'aménagement primitif de l'édifice[B 11]. La seconde, installée dans un renfoncement rectangulaire, résulte d'une transformation postérieure[B 11]. La présence de ces alvei, associée au système de chauffage par hypocauste, permet d'identifier sans ambiguïté la fonction de cette salle[B 11]. Les quatre angles étaient ornés de statues reposant sur des piédestaux, dont plusieurs portent des inscriptions honorifiques[B 14]. L'une est dédiée à l'impératrice Bruttia Crispina, épouse de Commode, tandis que d'autres mentionnent Gallien et le notable local Titus Julius Tertullus Antiochus Antacius[B 14].
Le second caldarium, désigné par la lettre « M », est plus vaste avec 13,3 m de longueur pour 6,37 m de largeur[B 39]. Trois baignoires occupent son extrémité méridionale : une grande cuve axiale et deux bassins latéraux aménagés dans les murs est et ouest[B 39]. Chacune est accessible par des marches permettant soit l'immersion complète, soit des bains partiels par aspersion[B 40]. L'alimentation et la vidange des bassins reposent sur un réseau de canalisations relié aux installations techniques du sous-sol[B 40].
Le système de chauffage des deux salles repose sur des hypocaustes alimentés par plusieurs fourneaux[B 41]. Dans le grand caldarium, la chaleur circule non seulement sous les planchers mais également à l'intérieur des murs grâce à un réseau de conduits verticaux aménagés derrière les revêtements[B 41]. Ce dispositif permet de maintenir une température élevée dans l'ensemble de la salle et de chauffer efficacement les baignoires[B 41]. Les fouilles ont conservé de nombreux vestiges de ces installations, offrant un témoignage particulièrement complet sur les techniques de chauffage employées dans les thermes romains d'Afrique du Nord[B 41].
Le laconicum
Entre les deux caldaria s'étend une vaste salle désignée par la lettre « L », large de 6,68 m et longue de 9,65 m, dont les caractéristiques permettent de l'identifier comme le laconicum des thermes[B 42]. Jadis couverte d'une voûte d'arêtes, cette pièce constitue l'étuve de l'établissement, destinée aux bains d'air très chaud qui précèdent ou accompagnent les bains d'eau chaude[B 43].
Son organisation illustre une évolution importante de l'architecture thermale romaine[B 42]. Dans les établissements les plus anciens, l'étuve ne forme généralement qu'une dépendance du caldarium, aménagée à proximité immédiate des fourneaux[B 42]. À l'époque impériale, en revanche, le développement des bains d'air chaud conduit fréquemment à la création d'un laconicum distinct[B 44]. Les thermes s'inscrivent dans cette évolution : l'étuve y constitue une salle autonome, clairement séparée des caldaria tout en demeurant étroitement associée aux espaces les plus chauffés du complexe[B 44].
Cette disposition met en évidence l'importance accordée aux bains chauds dans l'établissement[B 44]. Les fouilleurs soulignent que les espaces consacrés à la chaleur occupent une place particulièrement développée au sein du monument, tandis que les parties froides et les espaces annexes reçoivent un traitement relativement plus modeste[B 44]. La présence de deux caldaria associés à un vaste laconicum traduit ainsi l'attention portée aux pratiques thermales fondées sur l'action combinée de la chaleur sèche et des bains chauds, conformément aux usages en vigueur dans les grands établissements de l'époque impériale[B 37].
Latrines
Les latrines des thermes occupaient une position particulière au sein du complexe thermal[B 45]. Désignées par la lettre A sur le plan, elles s'ouvraient directement sur le couloir principal, à proximité de l'entrée méridionale, et étaient accessibles par un escalier de cinq marches[B 45]. Comptant parmi les plus vastes latrines des établissements thermaux de la ville antique, elles participaient au système général d'assainissement du complexe[26]. Leur présence répondait aux exigences de confort et d'hygiène propres aux grands bains publics romains[B 46].

La salle adoptait un plan semi-circulaire d'un diamètre de 14 m[B 45]. Sa paroi courbe était divisée en vingt-huit compartiments correspondant à autant de sièges, dont les traces de fixation sont encore visibles[B 45]. Chaque siège, taillé dans la pierre, était percé d'une ouverture circulaire légèrement échancrée vers l'avant, selon une disposition caractéristique des installations sanitaires romaines[B 45]. L'ensemble présente de nombreuses similitudes avec les latrines du forum, auxquelles les archéologues le comparent directement[B 45].
Le fonctionnement des latrines reposait sur un système hydraulique élaboré[B 45]. Des rigoles aménagées au pied des sièges conduisaient les liquides vers un canal souterrain longeant toute la salle[B 45]. Aux extrémités de l'hémicycle, des arrivées d'eau alimentaient un caniveau périphérique destiné au nettoyage permanent des installations[B 47]. Comme dans la plupart des établissements balnéaires antiques, l'eau provenant des fontaines servait au rinçage des rigoles, tandis que les eaux déjà utilisées dans les bassins étaient réemployées pour l'évacuation des déchets, illustrant une gestion rationnelle des ressources hydrauliques[27].
Une fontaine occupait à l'origine le centre de la salle avant d'être remplacée, à une époque postérieure, par une plate-forme construite à l'aide de fragments remployés d'une inscription dédiée à l'empereur Claude II le Gothique, ce qui suggère une réfection intervenue probablement au IVe siècle[B 47]. Les recherches épigraphiques ont depuis permis de préciser la provenance et la portée historique de cette inscription[28]. Selon Xavier Dupuis, elle proviendrait probablement de la zone d'où partait la voie romaine reliant Timgad à Foum Krazza, où une autre inscription mentionnant Domitius Secundinus a été découverte[29]. La présence de ce responsable des travaux routiers sous les gouverneurs Tenagino Probus et Marcus Cassius Apronianus conduit à rattacher ces inscriptions à une même campagne de remise en état du réseau routier régional dans la seconde moitié du IIIe siècle[30].
Contrairement à ce que pourrait laisser supposer la fonction de la pièce, son décor faisait l'objet d'un soin particulier[B 48]. Le sol était recouvert d'une mosaïque ornée de motifs végétaux et animaliers, dont subsiste notamment la représentation d'un crocodile[B 48]. Cette richesse décorative souligne le niveau d'équipement des thermes et témoigne de l'attention portée à l'aménagement de l'ensemble des espaces fréquentés par les usagers[B 46]. Les archéologues considèrent d'ailleurs ces latrines comme l'un des ensembles les mieux conservés et les plus complets connus dans un établissement thermal romain[B 46].
Inventaire des mosaïques des thermes
Les thermes du Sud ont livré plusieurs pavements de mosaïque répartis dans les différentes salles de l'édifice[31]. Suzanne Germain recense treize ensembles, numérotés de 200 à 212, provenant notamment du frigidarium, de l'exèdre, des latrines, de l'apodyterium ainsi que de plusieurs salles annexes[31]. La plupart des décors sont géométriques, tandis que les représentations figurées demeurent peu nombreuses[31]. Les pavements sont souvent conservés sous forme de fragments et plusieurs compositions étaient déjà très dégradées au moment de leur découverte[31].
Mosaïques géométriques

Le couloir situé à l'est du frigidarium conservait un pavement géométrique composé d'étoiles à huit branches et de carrés entrecroisés[32]. Les motifs associaient des triangles noirs et jaunes, des torsades polychromes ainsi que des carrés inscrits[32]. Suzanne Germain indique que cette composition n'avait pas été signalée auparavant[32].
L'entrée de l'exèdre était décorée d'une mosaïque formée de grands triangles équilatéraux noirs et blancs[33]. Les cercles issus des sommets des triangles délimitaient des hexagones inscrits contenant des rosaces à six pétales[33]. L'auteure considère cette composition comme originale et ne lui connaît pas d'équivalent[33].
Une petite salle ouvrant au sud de l'exèdre possédait une mosaïque constituée de sphères partagées en quatre secteurs noirs et blancs, séparées par des carrés curvilignes jaunes[33]. Suzanne Germain rapproche ce décor d'un motif découvert à Sousse[33].
Dans le couloir situé au nord-ouest des latrines subsistaient les fragments d'une mosaïque à grecque blanche sur fond noir, ornée de fleurons quadripétales dans les carrés[34].
La grande salle des thermes était décorée d'une vaste composition géométrique à fond blanc reprenant le motif des étoiles et des carrés à huit branches déjà observé dans le couloir oriental[35]. L'intérieur des figures était enrichi de motifs variés, parmi lesquels des grecques fractionnées, des créneaux, des svastikas, des ondulations et des cercles concentriques[35].
L'apodyterium possédait une mosaïque dont le décor était déjà trop détérioré pour être identifié au moment des fouilles[36]. Aucun vestige n'en subsistait lors de l'étude de Suzanne Germain[36].
Une salle située à l'ouest de l'apodyterium présentait une mosaïque composée de cercles sécants dessinant un carré curviligne noir renfermant un carré inscrit blanc et un petit carré noir[36].
Le frigidarium conservait également des fragments d'un pavement reprenant le même décor d'étoiles et de carrés torsadés que celui de la grande salle[36]. Seuls quelques éléments de cette mosaïque étaient encore visibles lors de sa découverte[36].
À l'ouest du frigidarium, une salle était ornée d'une mosaïque composée de carrés et de losanges denticulés blancs sur fond noir. Les carrés renfermaient des carrés jaunes et gris ou des nœuds de Salomon polychromes. Suzanne Germain estime que le mur séparant cette salle du frigidarium a été construit postérieurement à la réalisation du pavement, celui-ci se poursuivant sous la maçonnerie[20].
Une autre petite salle voisine possédait une mosaïque blanche bordée d'une grecque double, réalisée avec des cubes disposés en écailles[20]. L'auteure rapproche cette technique d'exemples connus à Antioche[20].
Mosaïques figurées
Trois panneaux provenant des entrecolonnements de l'exèdre représentaient des taureaux galopant dans une même direction[33]. Deux étaient figurés en jaune sur fond noir et le troisième en noir sur fond jaune[33]. Chaque panneau était encadré d'emblèmes végétaux différents, comprenant notamment des hederae, des croissants sur hampe et des tiges de millet[33].
Les latrines semi-circulaires étaient décorées d'une mosaïque nilotique dont seul un fragment du panneau central était conservé[34]. Celui-ci représente un crocodile bondissant vers un personnage en grande partie disparu, tandis que des nénuphars évoquent un paysage marécageux[34]. La bordure associait de grands cercles entrecroisés, des cloches, des rinceaux et des feuilles cordiformes[34]. Suzanne Germain souligne qu'il s'agit du seul exemple connu à Timgad, et jusqu'alors en Algérie, d'une mosaïque à sujet nilotique[34].
- Mosaïque romaine figurant des taureaux galopant dans la même direction, séparés par un panneau central orné d'un motif végétal. Trouvée dans les thermes, conservée dans le musée de cité.
Installations techniques

Une grande partie des thermes repose sur un vaste sous-sol technique dont l'état de conservation permet de comprendre avec précision le fonctionnement de l'établissement[B 17]. Accessible depuis la cour de service par deux escaliers, cet espace est organisé autour d'un couloir voûté qui contourne les salles chauffées et dessert les différentes chambres de chauffe[B 49]. Des ouvertures ménagées dans la voûte assurent son éclairage et facilitent la surveillance des installations[B 49].

À l'extrémité sud-est du sous-sol se trouve une vaste salle soutenue par des piliers, interprétée comme une réserve de combustible en raison des résidus de charbon de bois retrouvés dans ses murs[B 49]. Le chauffage des thermes repose sur dix fourneaux construits en briques, répartis sous les différentes salles chaudes[B 49]. Un alimente le tepidarium, trois desservent le premier caldarium, un autre le laconicum, tandis que les cinq derniers sont associés au grand caldarium[B 49]. La chaleur produite circule sous les planchers grâce à un réseau d'hypocaustes et contribue également au chauffage des baignoires, placées directement au-dessus des chambres de chauffe[B 49].
Deux des fourneaux du grand caldarium présentent des dimensions plus importantes car ils abritent les chaudières destinées à chauffer l'eau des bassins[B 50]. Les traces conservées dans le mortier permettent de restituer l'emplacement de ces réservoirs circulaires, dont le diamètre atteignait environ 1,65 m[B 51]. Ces installations étaient reliées à un réseau de conduites assurant l'arrivée de l'eau froide et la distribution de l'eau chauffée vers les différentes baignoires[B 50].
Les planchers chauffés reposent sur des piles de briques supportant la suspensura, système caractéristique des thermes romains[B 50]. L'air chaud circule sous cette structure avant de se diffuser dans certaines parois grâce à des conduits aménagés dans les murs des salles les plus chaudes[B 41],[B 50].
Deux bassins rectangulaires découverts au sud-est de l'édifice complètent ces aménagements techniques[B 50]. Bien que leur fonction exacte demeure inconnue, les archéologues estiment qu'ils servaient probablement de réservoirs destinés à l'alimentation des piscines et des baignoires du complexe[B 50].
Alimentation en eau

Les thermes du Sud faisaient partie des principaux établissements thermaux alimentés par le réseau hydraulique de Timgad[37]. Selon le schéma de distribution de l'eau proposé par les chercheurs en 2015, l'eau captée à la source d'Aïn Morri était conduite vers des bassins de décantation, puis acheminée par un aqueduc jusqu'à des bassins de distribution, avant d'être redistribuée par des conduites vers les différents édifices de la cité, dont les thermes[37].
La présence d'une fontaine à proximité immédiate des thermes constitue un indice d'une alimentation en eau sous pression[27]. Les chercheurs considèrent en effet que les thermes du Sud, tout comme les grands thermes du Nord et les petits thermes du Centre, étaient desservis par un réseau sous pression permettant d'assurer l'approvisionnement continu de l'établissement[27].
L'étude indique également que la majorité des établissements thermaux de la ville étaient alimentés par des citernes implantées à l'intérieur des bâtiments ou adossées à ceux-ci[27]. Leur implantation était déterminée en fonction du tracé des conduites et de la pression hydraulique nécessaire au fonctionnement des installations balnéaires[27].
Techniques de construction et matériaux


Les thermes du Sud illustrent les procédés de construction employés dans les grands édifices publics de Timgad[B 17]. L'ouvrage associe maçonneries de moellons, briques et mortier, matériaux utilisés tant pour les élévations que pour les aménagements techniques[B 17]. Les matériaux employés correspondent plus largement à ceux observés dans l'ensemble de la cité[38]. Le grès extrait des carrières voisines sert principalement aux constructions courantes, aux murs et à certains dallages[38], tandis que le calcaire blanc est réservé aux éléments architecturaux les plus soignés, tels que les chapiteaux, corniches, frises, bases et fûts de colonnes[38]. Le calcaire bleu, particulièrement résistant, est employé pour les dallages monumentaux et les espaces les plus prestigieux[38]. Les parties soumises à de fortes contraintes thermiques, notamment les fourneaux, les hypocaustes et les conduits de chauffage, font largement appel à la brique, dont les propriétés permettent de résister aux variations de température[B 52].
Les salles chauffées reposent sur des systèmes d'hypocaustes constitués de piles de briques régulièrement espacées supportant la suspensura, c'est-à-dire le plancher suspendu sous lequel circule l'air chaud[B 52]. Ce dispositif est complété, dans certaines pièces, par des conduits ménagés à l'intérieur des murs afin de diffuser la chaleur dans l'ensemble de l'espace[B 41]. Les bassins et les baignoires reçoivent quant à eux un revêtement hydraulique destiné à garantir leur étanchéité, tandis que les sols sont recouverts de mosaïques ou de dallages selon la fonction des différentes salles[B 28],[B 15].
Le décor architectural fait appel à des matériaux plus précieux[B 53],[B 12]. Plusieurs salles conservent les traces de revêtements en marbre ou d'enduits peints imitant cette matière[B 53],[B 12]. Les constructeurs utilisent également différents types de marbres destinés aux parements, aux éléments décoratifs et au mobilier architectural[38]. Les analyses récentes ont montré que ces matériaux ne proviennent pas exclusivement des grands centres d'approvisionnement méditerranéens[39],[40]. Parmi les pierres identifiées figure notamment le marbre de Filfila, employé sous forme de marbres blancs et gris dans plusieurs éléments architecturaux retrouvés sur le site[39],[40]. Sa présence, particulièrement abondante à Timgad en comparaison avec d'autres villes d'Afrique du Nord, met en évidence l'importance des ressources régionales dans l'approvisionnement des grands chantiers monumentaux de la cité[39],[40].
Les fouilles ont également mis en évidence l'utilisation occasionnelle d'éléments remployés lors des réparations tardives, notamment dans certains escaliers et aménagements secondaires[B 10],[B 15].
Protection patrimoniale
Les thermes du Sud font partie de l'ensemble archéologique de Timgad, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1982, ce qui leur confère une reconnaissance et une protection à l'échelle internationale[41].
La conservation du monument s'inscrit dans le cadre de la législation algérienne relative à la protection du patrimoine culturel, notamment la loi no 98-04, ainsi que des différents instruments de gestion et d'aménagement applicables à l'ensemble du site archéologique de Timgad et à ses abords[41],[42],[N 1].
La conservation et la restauration des thermes du Sud relèvent du plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur du secteur sauvegardé (PPMVSS). Celui-ci assure la préservation de l'ensemble archéologique de la ville et de son paysage historique[41].
La gestion du monument est assurée par l'Office national de gestion et d'exploitation des biens culturels protégés (OGEBC), en collaboration avec les services du ministère de la Culture et les autorités territoriales compétentes[41]. Les actions de protection visent à préserver les structures architecturales, les installations thermales et les éléments décoratifs conservés, tout en permettant l'accueil du public au sein du site archéologique[41]. Elles prennent en compte les effets de l'érosion naturelle, les variations climatiques, le vieillissement des matériaux ainsi que les contraintes liées à la fréquentation touristique[41].