Forteresse byzantine de Timgad
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| Forteresse byzantine de Timgad | |||||
Vue depuis la cité de Timgad. | |||||
| Lieu | Timgad, Batna, Algérie | ||||
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| Fait partie de | Site archéologique de Timgad | ||||
| Construction | Construite, ou inaugurée, entre le 1er avril 539 et le 1er avril 540[JL 1],[1] | ||||
| Longueur | Rectangle de 111,25 × 67,50 mètres[2] (0,70 ha[3]) | ||||
| Contrôlé par | OGEBC[4] | ||||
| Protection | |||||
| Site du Bien | Timgad | ||||
| Année d’inscription | |||||
| Coordonnées | 35° 28′ 47″ nord, 6° 28′ 05″ est | ||||
| Géolocalisation sur la carte : Algérie
Géolocalisation sur la carte : Timgad
Géolocalisation sur la carte : site archéologique de Timgad
Géolocalisation sur la carte : Rome antique
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La forteresse byzantine de Timgad (en latin : Civitas Tamogadiensis) est un ouvrage militaire édifié au VIe siècle sur le territoire de la ville antique de Timgad, dans la wilaya de Batna (Algérie). Elle est construite entre et , sous le règne de Justinien, à l'initiative du général byzantin Solomon, dans le cadre de la réorganisation et de la défense de l'Afrique byzantine face aux instabilités régionales, notamment aux abords du massif de l'Aurès.
Implantée au sud de la ville romaine, sur un terrain ouvert dépourvu de défenses naturelles, la forteresse adopte un plan rectangulaire d'environ 111,25 × 67,50 mètres. Son enceinte est renforcée par huit tours (aux angles et au milieu de chaque façade) et son accès principal est aménagé au nord par une tour-porte. L'organisation interne associe rues périphériques, compartiments adossés à la muraille et espaces fonctionnels, et intègre des équipements tels qu'une piscine transformée en réservoir, un bain et une chapelle. L'ensemble est établi sur l'emplacement d'un sanctuaire romain lié à une source, dont une partie des structures et des matériaux est remployée.
Connue des voyageurs et savants depuis le XVIIIe siècle, la forteresse fait l'objet de fouilles archéologiques à partir de 1938, sous l'autorité du Service des Antiquités de l'Algérie, puis d'études et de mises au point documentaires après l'indépendance. Les dégagements réalisés entre 1938 et 1956 et la synthèse publiée par Jean Lassus constituent la base principale de la connaissance du monument, de son plan et des découvertes associées. La forteresse s'inscrit dans l'ensemble archéologique de Timgad, classé au patrimoine mondial depuis 1982.

La forteresse byzantine de Timgad se situe à la périphérie méridionale de la ville antique de Timgad, sur un terrain légèrement en contrebas du tissu urbain romain, au pied des premiers contreforts du massif de l'Aurès[JL 2],[5]. Elle domine la plaine qui s'étend au nord de la montagne et contrôle les axes naturels de circulation reliant l'intérieur numide aux hauts plateaux[JL 2]. Cette implantation s'inscrit dans un dispositif défensif byzantin établi en retrait du massif, la frontière impériale se maintenant au nord de l'Aurès et reposant sur un glacis fortifié constitué par un réseau de places fortes quadrillant la plaine septentrionale[JL 3].
Le site s'inscrit dans un environnement stratégique marqué par la proximité immédiate de la ville romaine, tout en étant volontairement séparé de celle-ci[JL 3]. Cette implantation traduit une rupture fonctionnelle avec l'urbanisme antique : la forteresse ne protège plus une cité prospère, mais constitue un point fortifié autonome destiné à surveiller et défendre la plaine, sans occupation directe du massif montagneux de l'Aurès[JL 3].
La construction de la forteresse s'effectue sur l'emplacement d'un vaste sanctuaire romain lié à une source, dont les structures monumentales sont en grande partie remployées[JL 4]. Cependant, la forteresse manque de la beauté et du raffinement propres à l'architecture romaine[6]. Le choix de cet emplacement répond à des contraintes à la fois topographiques et pratiques, la présence de l'eau jouant un rôle essentiel dans l'implantation du fort et dans l'organisation de ses installations internes[JL 5].
L'environnement immédiat du monument est caractérisé par un paysage ouvert, sans dispositif défensif naturel marqué[JL 3]. Cette situation explique l'importance accordée à la puissance des murailles et à l'organisation interne du fort, conçu pour fonctionner comme un élément clé d'un système défensif régional[JL 3]. La forteresse de Timgad s'intègre ainsi dans un réseau de points fortifiés byzantins établis dans la plaine au nord de l'Aurès, aux côtés de sites tels que Bagaï, Lambèse ou Zana, formant une défense en profondeur destinée à contenir les menaces intérieures[JL 3],[7].
Contexte historique
Timgad, connue dans l'Antiquité sous le nom de Thamugadi, est une cité romaine fondée vers l'an sous le règne de l'empereur Trajan, à l'initiative de la IIIᵉ légion Auguste[8]. Implantée sur les piémonts nord de l'Aurès, la ville est conçue selon un plan orthogonal régulier, caractéristique des colonies romaines, organisé autour d'un cardo et d'un decumanus se croisant au niveau du forum[9]. Elle connaît un développement important aux IIe et IIIe siècles, comme en témoignent ses monuments publics (forum, capitole, théâtre, thermes, bibliothèque) et son réseau dense de quartiers d'habitation[10]. À partir de l'Antiquité tardive, la cité subit un déclin progressif lié aux troubles politiques, aux incursions et à la contraction de l'autorité impériale face à la domination vandale, avant d'être partiellement réoccupée et restructurée à l'époque byzantine, notamment par l'édification d'une forteresse au VIe siècle[11],[12].

La construction de la forteresse byzantine de Timgad s'inscrit dans le cadre de la reconquête de l'Afrique du Nord menée par l'Empire byzantin sous le règne de Justinien[JL 2]. Après la prise de Carthage en 533 et l'élimination du pouvoir vandale, l'autorité impériale fait face à une situation intérieure instable, marquée par l'existence de royaumes berbères autonomes, notamment dans le massif de l'Aurès[JL 2].
Dans ce contexte, le général byzantin Solomon reçoit pour la seconde fois le gouvernement de l'Afrique durant la treizième année du règne de Justinien, cumulant les pouvoirs civils et militaires[13],[1]. Il exerce alors simultanément les fonctions de maître des milices et de préfet du prétoire d'Afrique, dans une phase de réorganisation profonde du territoire byzantin[13].
La forteresse de Timgad est construite par Solomon sur l'emplacement d'un important sanctuaire romain dédié aux divinités protectrices d'une source, sanctuaire monumental antérieur à la fortification et embelli sous le règne de l'empereur Caracalla[JL 4],[14],[15]. L'implantation du fort sur cet espace illustre un phénomène de continuité monumentale, caractérisé par le réemploi et la transformation d'un ancien lieu religieux romain en ouvrage militaire byzantin[JL 4].

L'attribution de la forteresse à Solomon repose sur une inscription de fondation byzantine, placée au-dessus de la porte d'entrée nord ainsi qu'au-dessus des poternes de l'enceinte[JL 1]. Les blocs inscrits, retrouvés à proximité de ces ouvertures, présentent un texte identique à quelques variantes mineures près[16]. L'inscription indique que la cité de Timgad est « édifiée depuis les fondations » au cours de la treizième année du règne de Justinien, à l'époque de l'impératrice Théodora, sous la responsabilité de Solomon, qualifié de maître des soldats, ancien consul, patrice et préfet d'Afrique[JL 1].
Les sources littéraires, notamment le témoignage de Procope de Césarée rapporté et commenté par Charles Diehl, permettent de replacer cette inscription dans son contexte historique. Après avoir vaincu le roi berbère Iaudas, Solomon reprend la lutte contre les populations berbères de l'Aurès, après une première campagne menée en 535 sans succès décisif[JL 4],[17]. Il remporte ensuite plusieurs victoires militaires, défait les berbères et procède à une occupation renforcée du territoire[13].
Cette phase militaire s'accompagne d'un vaste programme de fortification[JL 6]. Solomon élève des ouvrages défensifs à l'intérieur du massif aurésien et fortifie les villes situées à ses abords, décrites par les sources comme abandonnées et dépourvues de remparts[JL 6]. La forteresse byzantine de Timgad s'inscrit ainsi dans une politique de défense et de sécurisation destinée à contrôler l'espace intérieur de l'ancienne province romaine, désormais exposée à des menaces internes plutôt qu'extérieures[13],[18].
La formule « édifiée depuis les fondations » mentionnée dans l'inscription traduit l'état de destruction avancé de la ville antique après les dévastations consécutives aux troubles régionaux et aux attaques berbères[19]. La reconstruction repose largement sur le réemploi des matériaux issus des édifices romains ruinés et répond à la volonté impériale de rétablir l'autorité byzantine et d'assurer le contrôle stratégique de la région[13]. La mention explicite de la treizième année du règne de Justinien permet de dater avec certitude la construction de la forteresse entre le et le [13].
Découverte et premières mentions

La forteresse byzantine de Timgad est signalée pour la première fois en 1765 par le navigateur anglais James Bruce, premier Européen à s'aventurer jusqu'au site de Timgad[JL 7]. Il mentionne, au sud de la ville antique, l'existence d'un vaste enclos fortifié dont les murailles restent visibles, sans proposer d'analyse précise quant à la fonction ou à la chronologie du monument[20],[JL 7],[21].

Par la suite, le monument demeure connu mais mal compris. Jusqu'au début du XXe siècle, la forteresse n'est appréhendée que par des observations de surface et par des plans partiels, sans étude approfondie de son organisation interne ni de ses phases chronologiques[JL 8]. Elle est alors interprétée comme un ouvrage tardif distinct de la ville romaine, dont la fonction reste incertaine[JL 8].
Au XIXe siècle, plusieurs plans et dessins du fort sont réalisés. Un premier plan anonyme, daté de 1852, restitue correctement le tracé de l'enceinte mais introduit une chapelle fictive[JL 9]. Un second plan anonyme, daté de 1881 et attribué par Charles Diehl à Edmond Duthoit, distingue les parties conservées de celles déjà ruinées, notamment les tours d'angle[JL 9]. Enfin, le plan publié par Diehl en 1896 dans L'Afrique byzantine corrige et complète ces documents et signale pour la première fois certains dispositifs fonctionnels, en particulier les niches des monte-charges[JL 9],[21]. Dans le même contexte, Stéphane Gsell décrit la forteresse comme « assez bien conservée » et indique que les murs de la façade occidentale atteignent environ 7 m de hauteur, estimation révisée à près de 14 m après les dégagements, ce qui met en évidence l'ampleur des remblais retirés lors des fouilles[JL 9]. En 1910, des sondages menés à la demande de la Commission de l'Afrique du Nord conduisent Albert Ballu qui la désigne dans son ouvrage Les ruines de Timgad, antique Thamugadi : Sept années de découvertes sous le nom de « forteresse de Solomon »[22] à estimer que l'intérieur du fort ne présente pas d'intérêt archéologique[5].

Les fouilles archéologiques débutent en 1938 à l'initiative de Louis Leschi, alors directeur des Antiquités de l'Algérie[23],[21]. L'organisation des travaux est confiée à Marcel Christofle, architecte en chef des Monuments historiques, tandis que la direction des recherches de terrain revient à Charles Godet puis à son fils René Godet[JL 4],[21]. En 1939, dans le cadre de la préparation du Congrès international des études byzantines prévu à Alger, un programme de fouilles plus étendu est engagé sous l'autorité d'Eugène Albertini et de Louis Leschi. De nouveaux sondages mettent alors au jour, à environ quatre mètres de profondeur, des vestiges importants, ce qui entraîne une intensification des travaux, motivée par la volonté des autorités locales d'achever le dégagement de la forteresse en vue de sa présentation lors du congrès. Les relevés de base sont réalisés par R. Vandel, ingénieur du service des Ponts et Chaussées[5],[JL 4],[21].
Les travaux sont ralentis par la Seconde Guerre mondiale et par les difficultés institutionnelles de l'après-guerre, tandis que la situation politique de l'Algérie après 1945 limite la poursuite des recherches[JL 10] ; ils ne connaissent qu'une brève interruption, de quelques semaines, lors de la maladie qui emporte Charles Godet[1].
Après 1955, en l'absence de crédits suffisants, aucun chantier d'envergure n'est plus mené à Timgad et les recherches se limitent à l'étude de la ruine dégagée et à quelques observations ponctuelles[JL 10]. La découverte, sous la forteresse, d'un vaste sanctuaire romain oriente une partie des dégagements et entraîne la suppression ou la reconstruction partielle de certaines structures byzantines, ainsi que la récupération de nombreux blocs antiques inscrits, modifiant sensiblement l'état initial du monument et compliquant la restitution de son état byzantin primitif[JL 10].
Après 1956, des interventions complémentaires sont menées par Serge Tourrenc et Jean-Pierre Bonnal, conservateurs du site[21]. Des missions en 1967 et en 1975 permettent à Jean-Claude Golvin et Jean Lenne de compléter les plans, coupes et relevés de détail. La documentation photographique est assurée notamment par Charles Godet, Henri-Irénée Marrou, Jean Lassus, Marcel Le Glay et, pour l'essentiel, Philippe Foliot. Le monument et l'ensemble du site de Timgad sont ensuite placés sous la conservation de Mohamed Taghlissia[JL 4].
Fouilles archéologiques (1938–1956)
Les fouilles archéologiques de la forteresse byzantine de Timgad et du sanctuaire de la source débutent en 1938 sous l'autorité du Service des Antiquités de l'Algérie[JL 11]. L'initiative du chantier revient à Louis Leschi, alors directeur des Antiquités, tandis que l'organisation générale des travaux est assurée par Marcel Christofle, architecte en chef des Monuments historiques[JL 11]. La direction effective des recherches sur le terrain est confiée à Charles Godet, puis reprise par son fils René Godet[JL 11].



Les opérations de fouille mobilisent une main-d'œuvre nombreuse ainsi que des moyens techniques importants pour l'époque, notamment des voies Decauville et des dispositifs de levage destinés à l'évacuation des remblais[JL 9]. Les relevés topographiques et architecturaux de base sont exécutés par R. Vandel, ingénieur du service des Ponts et Chaussées, puis complétés par Édouard Stawski, dessinateur du Service des Antiquités[JL 11]. Les fouilleurs, instituteurs de formation, acquièrent leur expérience directement sur le terrain et ne disposent pas d'une équipe spécialisée d'archéologues[JL 2].
Aucun système rigoureux d'enregistrement stratigraphique n'est mis en place, ce qui limite la précision de certaines observations et complique l'interprétation ultérieure des niveaux dégagés[JL 2]. Les plans d'ensemble du monument ne sont établis qu'après coup, entre 1946 et 1949, à partir des relevés réalisés durant les campagnes de fouilles[JL 2]. Le déroulement des travaux est en outre fortement perturbé par la Seconde Guerre mondiale, qui ralentit considérablement l'avancement du chantier[JL 2]. Après 1945, la situation institutionnelle et politique de l'Algérie limite la reprise des recherches à grande échelle[JL 2].
À partir de 1955, après la mort de René Godet et en l'absence d'un renouvellement suffisant des crédits, aucun travail d'envergure n'est plus mené à Timgad[JL 2]. Les recherches se limitent alors à l'étude de la ruine dégagée, ainsi qu'à la poursuite ponctuelle de sondages ou d'observations locales[JL 2]. Au cours des fouilles, la découverte du vaste sanctuaire romain situé sous la forteresse oriente une part importante des dégagements[JL 2]. Cette priorité accordée aux niveaux antiques entraîne la suppression ou la reconstruction partielle de certaines structures byzantines, ainsi que la récupération de nombreux blocs antiques, notamment inscrits[JL 2],[JL 8].
Jean Lassus souligne que ces interventions modifient profondément l'état du monument tel qu'il est observé lors de sa découverte et rendent parfois difficile la restitution de son état byzantin primitif[JL 2].
Malgré ces limites méthodologiques, les fouilles menées entre 1938 et 1956 permettent le dégagement presque complet de la forteresse, la reconnaissance de son plan général et l'identification de ses principales composantes architecturales[JL 12]. Les rapports annuels rédigés par Charles et René Godet constituent la principale source d'information sur le déroulement du chantier et servent de base à la synthèse critique ultérieure proposée par Jean Lassus[JL 8],[JL 12].
Au début des années 1950, le centre de la forteresse byzantine de Timgad est encore occupé par un petit établissement berbère, installé à l'intérieur de l'enceinte et recouvrant en partie les structures antiques[21]. Cette occupation tardive, attestée lors de la reprise des fouilles après la Seconde Guerre mondiale, est progressivement éliminée dans le cadre des travaux archéologiques menés au cours des années 1950[21]. En 1958, l'ensemble de l'espace interne de la forteresse est entièrement dégagé afin de permettre la documentation photographique et l'étude des vestiges byzantins, ce qui entraîne la disparition complète des constructions berbères, aujourd'hui connues uniquement par les mentions des sources archéologiques[21].
Reprise des recherches après l'indépendance
Après l'indépendance de l'Algérie en 1962, les recherches archéologiques consacrées à la forteresse byzantine de Timgad reprennent dans le cadre de nouvelles missions scientifiques, qui s'inscrivent dans la continuité des travaux antérieurs et visent à compléter la documentation architecturale du monument[JL 13]. Deux missions archéologiques sont ainsi menées après l'indépendance, respectivement en 1967 et en 1975, avec pour objectif principal l'achèvement des plans, des coupes et des relevés de détail de la forteresse, afin de préciser son organisation architecturale[JL 13]. Ces missions sont réalisées par Jean-Claude Golvin, architecte DPLG, assisté de Jean Lenne, dessinateur en chef à l'Institut d'archéologie méditerranéenne d'Aix, et permettent d'établir la documentation graphique définitive utilisée pour la publication de la synthèse consacrée à la forteresse byzantine de Timgad[JL 13].
Description architecturale

La forteresse byzantine de Timgad présente un plan rectangulaire régulier, caractéristique des fortifications byzantines édifiées en Afrique du Nord au VIe siècle, et s'implante en terrain plat sans exploiter de relief naturel pour sa défense, ce qui implique une fortification entièrement artificielle reposant sur l'épaisseur des murailles et la régularité du tracé[JL 14]. Sa construction intègre de nombreux éléments récupérés d'édifices pré-byzantins. Elle comprend un quartier d'habitation dans la partie orientale et, dans la partie occidentale, les bâtiments de l'administration militaire. Un réservoir rectangulaire y assure l'approvisionnement en eau, tandis qu'une église de plan basilical est implantée sur le site de l'ancien temple Aqua Septimaiana. Le complexe comporte également des thermes, destinés à l'usage des occupants[24].
L'enceinte et les tours

La forteresse est entourée d'une enceinte quadrangulaire dont le tracé reprend une formule régulière caractéristique des fortifications byzantines d'Afrique[JL 15]. Cette enceinte est renforcée et surveillée par huit tours, quatre disposées aux angles et quatre placées au milieu de chaque façade, qui assurent à la fois la défense et le contrôle visuel du périmètre[JL 15]. Les tours, de plan carré, s'adossent directement à la muraille, tandis que l'entrée principale du fort s'ouvre dans la tour centrale de la façade nord[JL 16]. La muraille est construite en grand appareil de remploi, avec deux parements externes entre lesquels se place un blocage interne composé de blocs de dimensions plus modestes, entassés sans ordre régulier[JL 16]. Les assises sont constituées de blocs de grandes dimensions, dont la hauteur dépasse fréquemment 40 cm, les modules les plus importants étant privilégiés dans les assises basses afin d'assurer la stabilité de l'ensemble[JL 15]. Dans certains secteurs, des blocs disposés en boutisse pénètrent profondément dans le corps du mur, renforçant la cohésion de la maçonnerie et la résistance de l'ouvrage, notamment lorsque le parement extérieur a disparu[JL 16]. L'épaisseur du mur d'enceinte atteint environ 2,6 m, tandis que celle des tours est plus réduite, avoisinant 1,8 m, ce qui traduit une différenciation fonctionnelle entre les courtines et les ouvrages saillants[JL 17].
La hauteur conservée de l'enceinte varie actuellement entre 8 et 12 m selon les secteurs, sans que la hauteur primitive puisse être restituée avec certitude en raison des effondrements et des restaurations postérieures[JL 18],[1]. Les tours dominaient probablement la courtine, au moins dans certaines parties de l'enceinte, et étaient accessibles depuis le chemin de ronde, comme l'indiquent les escaliers de pierre conservés sur les fronts nord et sud[JL 19]. Ces escaliers, d'une seule volée, sont portés par des piles adossées à la muraille et reliées par des voûtes successives, un dispositif attesté dans l'architecture militaire byzantine tant à Constantinople qu'en Afrique[JL 19]. La tour centrale nord, plus large que les autres, mesure environ 9 × 9 m, dimensions qui s'expliquent par sa fonction de tour-porte contrôlant l'unique accès à la forteresse[JL 20]. Les tours comportent des espaces intérieurs superposés, interprétés comme des magasins, dont certains sont couverts de voûtes ou de coupoles, indiquant un usage à la fois défensif et logistique[JL 21]. L'état actuel de conservation de l'enceinte et des tours résulte enfin d'effondrements anciens et récents, ainsi que de restaurations modernes documentées lors des campagnes de fouilles, notamment sur les fronts nord et ouest[JL 22].
Porte d'entrée
La porte d'entrée de la forteresse est aménagée dans la tour centrale de la façade nord et constitue l'unique accès au monument après son achèvement[JL 20]. Cette tour-porte présente des dimensions supérieures à celles des autres tours de l'enceinte, mesurant environ 9 × 9 m en incluant l'épaisseur de la muraille à laquelle elle est adossée[JL 20]. Vue de l'extérieur, l'entrée se compose de deux massifs parallèles séparés par une large ouverture traversant entièrement l'enceinte pour déboucher à l'intérieur de la forteresse[JL 20]. Cette disposition axiale permet un contrôle direct et exclusif des circulations vers l'intérieur de l'ouvrage[JL 23].
La tour centrale nord n'est conservée aujourd'hui que jusqu'au niveau de la muraille, mais les vestiges indiquent qu'elle dominait initialement la courtine afin de permettre l'installation des dispositifs de fermeture et de défense de la porte[JL 24]. La hauteur primitive de la tour ne peut être déterminée avec certitude, mais elle dépassait le mur au moins à hauteur du mécanisme de la herse et de son système d'élévation[JL 25]. À l'intérieur de la tour, un couloir est aménagé à l'étage, au-dessus du niveau du sol, ce qui témoigne d'une organisation défensive en profondeur[JL 26]. L'accès au sommet de la muraille à proximité immédiate de la porte est assuré par un escalier de pierre appuyé à la courtine, reliant directement l'entrée aux positions défensives supérieures[JL 27].
Cet escalier, partiellement conservé, est constitué de marches reposant sur des piles adossées à la muraille, reliées entre elles par des voûtes successives destinées à supporter la montée jusqu'au sommet du mur[JL 28]. À proximité de la porte, des niches sont ménagées dans l'épaisseur de l'enceinte et participent à la composition architecturale et au dispositif défensif de l'entrée[JL 29]. Ces niches sont associées à des poternes étroites appartenant au même système de circulation et de défense, mais celles-ci sont rapidement condamnées par des blocs de grand appareil, indiquant un abandon précoce de leur usage[JL 30]. L'analyse stratigraphique montre que la muraille et la tour d'entrée sont construites en premier, avant l'adjonction de l'escalier et des structures annexes liées à la défense de la porte[JL 31].
Le bassin de la porte
Un bassin est aménagé à proximité immédiate de la porte d'entrée de la forteresse, sur le front nord, où il s'insère dans l'organisation architecturale et fonctionnelle du dispositif d'accès[JL 29]. Ce bassin est établi contre la muraille et prend appui sur les structures antérieures liées à la porte, notamment dans un secteur où se concentraient plusieurs aménagements défensifs et techniques[JL 29].
L'implantation du bassin intervient après l'abandon de certains dispositifs initiaux, en particulier la niche associée au monte-charge, dont il réemploie partiellement l'emplacement et les maçonneries[JL 30]. Cette transformation traduit une réorganisation fonctionnelle de l'espace situé à proximité immédiate de l'entrée, consécutive à l'évolution des circulations et des usages internes de la forteresse[JL 30].
Le bassin s'intègre ainsi dans une phase d'aménagement postérieure à la construction initiale de la muraille et de la tour-porte, et participe à la restructuration progressive du secteur nord de l'enceinte, marquée par la superposition et le réemploi des installations antérieures[JL 32].
Corps de garde
À l'est de la porte d'entrée, à l'intérieur de la forteresse, le corps de garde est construit après l'édification de la muraille et de la tour d'entrée, ce que révèle clairement la succession des phases de construction observées lors de la fouille[JL 33]. La muraille et la tour d'entrée sont d'abord élevées avec leur couloir intérieur à l'étage et la niche du monte-charge, avant que ne soit entrepris l'aménagement des structures annexes liées à l'accès défensif[JL 33]. La construction de l'escalier de la courtine intervient ensuite, adossée au mur au moyen de piles successives, ce qui implique que le monte-charge ait cessé de fonctionner à ce stade[JL 33].
Le corps de garde est aménagé au sol, derrière l'escalier et ses piles, sous la forme d'un groupe de salles spécialement conçues pour tenir compte des lacunes laissées entre les supports de l'escalier[JL 34]. Ces espaces s'inscrivent dans le prolongement du dispositif défensif de l'entrée et précèdent, le long de la muraille, la rangée régulière des compartiments alignés jusqu'à la tour nord-est[JL 35]. Leur implantation témoigne d'une organisation fonctionnelle étroitement liée à la surveillance et au contrôle de l'accès principal de la forteresse[JL 35].
Le corps de garde s'ouvre vers l'ouest sur une petite cour dallée, assimilable à un vestibule, dont la façade prolonge le parement intérieur de l'entrée du fort au-delà de l'ouverture de l'escalier[JL 35]. Cette cour présente une profondeur d'environ 2,75 m et constitue un espace de transition entre la porte, les dispositifs d'accès à la courtine et les zones internes de la forteresse[JL 35]. L'ensemble forme un dispositif cohérent associant défense, circulation et contrôle des mouvements à l'intérieur de l'ouvrage[JL 35].
Monte-charge
Un dispositif de monte-charge est aménagé dans l'épaisseur de la muraille, à proximité immédiate de la porte d'entrée de la forteresse, et fait partie intégrante du système d'accès et de circulation verticale du monument[JL 36]. Ce dispositif est associé à une niche ménagée dans le mur, dont l'ouverture se situe à l'intérieur de la forteresse et s'inscrit dans la composition architecturale de la façade nord[JL 36].
La niche du monte-charge est construite dès la première phase d'édification de la muraille et de la tour d'entrée, avant l'installation de l'escalier de la courtine[JL 36]. Sa présence implique l'existence d'un mécanisme destiné à assurer le levage de charges entre le niveau du sol et celui de la courtine, dans un contexte où l'accès direct par escalier n'est pas encore établi[JL 37].
Lors de la construction ultérieure de l'escalier adossé à la muraille, l'usage du monte-charge devient incompatible avec la nouvelle organisation de l'accès à la courtine, ce qui conduit à son abandon[JL 38]. La niche est alors partiellement obstruée ou intégrée à des aménagements postérieurs, notamment des compartiments adossés à l'enceinte, ce qui confirme la désaffectation rapide du dispositif[JL 39].
Escaliers de la courtine

L'accès à la courtine de la forteresse est assuré par des escaliers de pierre appuyés contre la muraille, dont deux sont conservés, l'un à l'est de la porte d'entrée nord et l'autre à proximité de la tour centrale sud[JL 19]. Ces escaliers permettent de relier directement le niveau du sol intérieur aux positions défensives situées au sommet de l'enceinte[JL 19].
Les escaliers sont constitués d'une seule volée de marches, reposant sur des piles adossées à la muraille et reliées entre elles par des voûtes successives, système attesté dans l'architecture militaire byzantine[JL 19]. Dans le cas de l'escalier de la courtine nord, les vestiges conservés permettent de restituer une rampe d'environ 14,40 m de longueur, composée d'une quarantaine de marches menant à la plateforme sommitale[JL 40].
Les marches sont formées de dalles inégales reposant sur un entassement empirique de blocs de petit appareil, sans liaisonnement régulier[JL 41]. L'escalier est porté par des piles successives, dont la première présente une largeur d'environ 1,30 m, tandis que la dernière conservée atteint environ 1,90 m de largeur[JL 41].
Les piles sont reliées par des voûtes placées à des hauteurs croissantes, permettant de supporter la montée continue jusqu'au sommet de la courtine sans palier intermédiaire[JL 40]. La hauteur de la plateforme atteinte par l'escalier est estimée à environ 10 m, correspondant au niveau du chemin de ronde et des dispositifs défensifs supérieurs[JL 42].
Les escaliers conservés apparaissent insuffisants pour assurer à eux seuls la circulation de l'ensemble de la garnison vers les positions de combat, ce qui conduit à envisager l'existence d'autres moyens d'accès aujourd'hui disparus[JL 20]. L'analyse des vestiges suggère ainsi que les escaliers de la courtine constituent un élément essentiel mais non exclusif du système d'accès vertical de la forteresse[JL 20].
La piscine

La moitié occidentale de la forteresse byzantine de Timgad s'organise autour d'un vaste bassin, élément structurant de l'espace compris entre la porte nord et le mur d'enceinte[JL 43]. Ce bassin mesure environ 13,60 m du nord au sud pour 3,60 m de largeur et est bordé d'un cadre de pierre marquant l'axe de l'ancien sanctuaire romain[JL 43].
Le bassin est antérieur à la citadelle byzantine, les bases de la courtine et une partie des tours reposant directement sur ses murs, ce qui conduit à l'attribuer à l'époque antonino-sévérienne[JL 44]. Le mur occidental de la forteresse est élevé directement sur la paroi du bassin, selon une méthode également observée pour le mur de fond des compartiments voisins[JL 44].
À l'époque byzantine, la piscine est transformée en réservoir d'eau et progressivement enclavée par des constructions militaires, demeurant dissimulée sur trois côtés, tandis que son côté nord conserve des éléments de balustrade romaine et le dispositif du trop-plein, point de départ d'un canal d'évacuation vers le nord[JL 45].
L'état-major

À l'ouest de la piscine, un bâtiment est identifié comme le siège de l'état-major de la forteresse, en raison de sa position et de son articulation directe avec les principaux aménagements internes du fort[JL 46]. Ce bâtiment est séparé de la piscine par un mur étroitement implanté, situé à moins d'un mètre du rebord du bassin, ce qui traduit une organisation spatiale contrainte et volontairement structurée[JL 46].
Le mur occidental de ce bâtiment correspond à un alignement continu qui se prolonge vers le nord jusqu'à une zone marquée par la présence d'éléments en brique liés aux installations thermales byzantines voisines[JL 46]. Vers le sud, ce même mur rencontre un mur transversal posé directement sur le rebord de la piscine et rejoignant à l'ouest le mur de fond des compartiments longeant l'allée occidentale de la forteresse[JL 46].
L'intérieur du bâtiment conserve des traces d'un corridor recouvert par des dalles encore en place aux deux extrémités, indiquant une circulation interne structurée[JL 46]. L'arrêt précis de ce corridor à l'angle sud-ouest de l'édifice, tandis que le mur extérieur se poursuit, souligne une différenciation fonctionnelle entre les espaces internes et les limites bâties[JL 46].
L'implantation de l'état-major, immédiatement en arrière de la piscine et en liaison directe avec les compartiments et les principaux axes de circulation du fort, témoigne de son rôle central dans l'organisation interne de la forteresse byzantine[JL 46].
Le bain

Le bain est un établissement de thermes intégré à la forteresse byzantine de Timgad, situé à l'ouest de la piscine et constitué d'un ensemble de salles successives organisées selon une progression fonctionnelle du froid vers le chaud[JL 47]. L'édifice adopte un plan compact et rectangulaire, qui ne suit pas strictement le modèle des thermes romains classiques mais conserve des relations fonctionnelles proches, adaptées au contexte militaire[JL 48],[JL 47].
À l'est, l'accès au bain s'effectue depuis la place d'appel par un vestibule qui ouvre sur l'ensemble des espaces[JL 48],[JL 49]. Dans l'enchaînement intérieur des salles, la première pièce constitue une zone de transition ou de circulation, qui débouche sur une salle d'attente dallée avec un banc de pierre adossé au mur, manifestant sa fonction d'accueil et de distribution[JL 49],[JL 47].
La salle suivante, de forme rectangulaire, comprend un couloir flanqué de baignoires carrées symétriques. L'une d'entre elles est bien conservée et présente des marches et des revêtements intérieurs en ciment rouge, tandis que ses dimensions intérieures atteignent environ 1,70 × 1,30 m pour une profondeur utile d'environ 1,05 m[JL 50]. Cette salle illustre la circulation propre aux espaces tièdes du bain[JL 47].
Suit une salle d'interconnexion qui marque la transition vers les parties chauffées[JL 47]. Elle est dépourvue d'installations hydrauliques directes mais constitue un passage vers la zone chaude du bain[JL 47].
Les salles chauffées sont ensuite atteintes par un passage plus étroit, où les murs sont pourvus de conduits destinés à répartir la chaleur provenant des installations de chauffage[JL 48],[JL 47]. Ces conduits se distribuent dans les murs et sous le dallage par l'intermédiaire d'hypocaustes, assurant un chauffage par en dessous et sur les parois[JL 48],[JL 47].
La salle accessible depuis la salle précédente, est un espace particulièrement chaud, avec un dispositif interne de chauffage renforcé. La baignoire orientale de cette salle repose sur une pierre inscrite remployée portant l'inscription « [Sa]lvis Augustis Aqua [Se]ptimiana felix[25] », qui a donné son nom à la source antique associée au sanctuaire originel[JL 43],[JL 51],[JL 47]. Cette inscription réinsérée dans la structure du bain illustre la continuité de l'utilisation des lieux et le réemploi des éléments antiques[JL 43],[JL 51].
Une salle adjacente occupe l'angle sud-ouest du bain et présente des aménagements spécifiques du système thermique, avec des foyers et des variations de niveaux, suggérant un usage différencié au sein des espaces chauds[JL 48],[JL 52],[JL 47]. Des conduits et des épaisseurs de maçonnerie indiquent une distribution de chaleur contrôlée, bien que certaines zones soient difficiles à interpréter en raison de la destruction partielle des structures[JL 48],[JL 47].
La façade ouest du bain, visible depuis la piscine, comporte plusieurs ouvertures et témoigne des relations fonctionnelles entre l'espace des thermes et les installations hydrauliques extérieures[JL 53],[JL 47]. Certains segments de mur, avec leurs conduits de chauffage et leurs contreforts, montrent des efforts de protection thermique spécifiques à des zones de forte sollicitation[JL 48],[JL 47].
L'ensemble du bain illustre ainsi l'adaptation des techniques thermales romaines (hypocaustes, conduits muraux, distribution des salles chaudes et froides) à un contexte byzantin et militaire, dans un espace contraint, utilisant largement le remploi des matériaux et des structures préexistantes sans recherche de monumentalité ostentatoire[JL 48],[JL 47],[JL 54].
La chapelle
La forteresse byzantine de Timgad comporte une chapelle intégrée au complexe militaire, associée aux installations du bain et implantée sur les structures du sanctuaire antique antérieur[JL 55],[26]. La chapelle est construite sur le podium des temples du sanctuaire païen, dans l'espace compris entre le mur est du grand temple et le mur nord du temple latéral oriental, en réemployant largement les fondations et les élévations existantes[JL 56],[27].

L'édifice adopte un plan basilical simple, inscrit dans un rectangle d'environ 18 × 10,80 m, et se compose de trois nefs séparées par deux files de colonnes, précédées à l'ouest par un narthex et terminées à l'est par une abside profonde[JL 56]. L'orientation de la chapelle est facilitée par le tracé régulier de la citadelle et du sanctuaire antique sous-jacent, dont les murs sont dirigés vers les points cardinaux[JL 56].
La façade occidentale du narthex est construite en briques et repose sur une assise de pierres régulières formant seuil, tandis que le mur du temple central sert partiellement de fondation à cet espace, avec un léger retrait d'environ 35 cm[JL 57]. Le narthex est voûté, ses murs sont distants d'environ 2,12 m, et chacun est percé de trois portes donnant accès à la nef centrale et aux collatéraux[JL 58].

Une tribune est attestée par la présence d'un escalier d'accès ajouté à l'extérieur de la chapelle, dans le prolongement du narthex, et construit en grand appareil[JL 59]. Cet escalier, qui s'enroule autour d'un pilier central dans un espace d'environ 3 × 2,50 m, permet d'accéder à une porte située à l'étage, au-dessus de celle du rez-de-chaussée[JL 59].
Les trois nefs sont séparées par des colonnes remployées, munies de bases et de chapiteaux homogènes de style corinthien datés du IIe siècle[JL 60]. Les colonnes présentent un diamètre d'environ 0,42 m, les bases environ 0,63 m de côté, et les arcs qu'elles supportent offrent une portée d'environ 2,44 m d'axe en axe[JL 60]. Les collatéraux mesurent environ 2 m de largeur, tandis que la nef centrale atteint environ 4,60 m, pour une largeur intérieure totale proche de 9 m[JL 61]. La longueur de l'espace central, depuis l'entrée jusqu'au-delà du socle de l'autel, atteint environ 9,65 m[JL 61].
À l'est, l'abside est inscrite dans un mur droit et s'aligne sur le mur de soutènement du podium antique, situé environ 35 cm plus à l'est[JL 62]. L'abside conserve un dallage et correspond au sanctuaire liturgique de l'édifice[JL 62]. Deux sacristies longues et étroites flanquent l'abside, chacune mesurant environ 4,70 × 2 m, et communiquant à la fois avec les nefs latérales et avec le sanctuaire par des portes distinctes[JL 63]. La sacristie nord est transformée en baptistère, avec une cuve carrée aménagée dans le sol, pourvue de marches et de joints de ciment assurant l'étanchéité[JL 64]. Trois niches semi-circulaires sont aménagées dans le mur nord du baptistère, près du sol, tandis que d'autres niches rectangulaires sont également signalées, bien que leur nombre exact ne puisse être déterminé en raison de l'état de conservation[JL 64]. Devant l'abside, l'autel est installé sur un podium rectangulaire d'environ 3,75 × 2,75 m[JL 65]. La table d'autel repose sur quatre fûts de colonnes remployés, dont les diamètres varient entre environ 24 × 29 cm et dont les hauteurs approchent un mètre[JL 65].

Entre les supports de l'autel est placé un coffre de pierre, et plusieurs éléments décoratifs remployés sont signalés, notamment un fragment de plaque sculptée[JL 66]. Trois bases du ciborium sont conservées en place dans le pavement, la quatrième n'étant pas assurée en raison des reprises anciennes du dallage[JL 67].
Les fouilles menées devant l'abside ont mis au jour des structures enfouies sous le dallage et liées au secteur de l'autel, révélant notamment la présence de deux sarcophages[JL 68]. Un sarcophage de marbre, dépourvu de couvercle, est découvert enterré sous le pavement puis transporté au musée, tandis qu'un second sarcophage en calcaire est mis au jour sous les colonnes supportant la table d'autel et laissé en place[JL 68]. Entre ces deux sarcophages, une caisse délimitée par des dalles de marbre rouge contient plusieurs petites poteries et autres récipients, décrits dans les rapports de fouille[JL 69]. Le sarcophage de marbre est décrit comme richement décoré, avec une façade ornée de demi-colonnes, de strigiles et d'un motif central de porte, et il est signalé comme particulièrement bien conservé[JL 70].
L'ensemble de la chapelle témoigne ainsi de l'intégration d'un édifice cultuel byzantin complet dans un contexte militaire, combinant remploi d'éléments antiques, organisation liturgique élaborée et transformations successives attestées par les données de fouille[JL 70].
Organisation interne, casernements et voirie

L'organisation interne de la forteresse byzantine de Timgad repose sur un réseau structuré de rues et de compartiments adossés à l'enceinte, définissant les espaces de circulation, de casernement et de service[JL 71],[JL 72]. Cette organisation distingue nettement une partie occidentale, moins densément occupée, et une partie orientale, caractérisée par une concentration élevée de compartiments réguliers[JL 71],[JL 73].
Les casernements se présentent sous la forme de compartiments rectangulaires alignés contre les murs de l'enceinte, chacun mesurant environ 4,40 m de longueur pour 2,60 m de largeur[JL 74]. Ces cellules, adossées directement à la muraille, constituent des unités répétitives destinées à l'hébergement et au stockage, et forment des séries continues le long des rues internes[JL 73],[JL 75].
Les compartiments sont desservis par des rues périphériques longeant les quatre côtés de l'enceinte, dont la largeur varie généralement entre environ 2 × 2,20 m selon les secteurs[JL 24],[JL 76],[JL 73]. Ces voies assurent une circulation continue et structurent la distribution des espaces bâtis[JL 73].
La rue nord longe la courtine septentrionale et relie directement la porte d'entrée aux secteurs oriental et occidental de la forteresse[JL 77]. Dans sa partie est, elle dessert une série de compartiments disposés de manière régulière et contribue à l'organisation fonctionnelle de la zone orientale[JL 77],[JL 73].
La rue ouest suit le tracé de la muraille occidentale et dessert les compartiments de la partie ouest, en relation avec la piscine et les bâtiments de l'état-major[JL 78]. Sa largeur, proche de 2 m, correspond à un axe de desserte secondaire mais continu[JL 78].
La rue sud longe la courtine méridionale et assure la desserte des compartiments adossés à cette façade, constituant un axe de circulation parallèle à l'enceinte[JL 79]. Elle permet la liaison interne entre les secteurs est et ouest du fort[JL 79].
La rue est longe la muraille orientale et dessert la série la plus dense de compartiments, régulièrement espacés et strictement alignés[JL 80]. Cette rue est ponctuée par des épis, c'est-à-dire des murs perpendiculaires à la courtine, d'environ 1 m de largeur, qui rythment l'implantation des compartiments et renforcent la stabilité de l'ensemble[JL 78].
La suite de la rue est se prolonge vers le nord et le sud, assurant la continuité de desserte de l'ensemble des compartiments orientaux[JL 81]. Dans ce secteur, le nombre élevé de cellules et leur régularité conduisent à identifier la partie est comme le principal espace de casernement de la forteresse[JL 82],[JL 81].
La place axiale occupe une position centrale à l'intérieur de la forteresse et constitue un espace dégagé autour duquel s'organisent les principaux axes de circulation[JL 83],[JL 84]. Elle assure la transition entre les zones fonctionnelles et participe à la lisibilité générale du plan interne[JL 83].
L'ensemble formé par les casernements, les compartiments de 4 × 2,60 m, les rues périphériques de 2 à 2,20 m de largeur, les épis et la place axiale compose un plan interne rigoureusement ordonné, caractéristique des forteresses byzantines d'Afrique[JL 74],[JL 77].
Inventaire des découvertes archéologiques

Les fouilles menées dans la forteresse byzantine mettent au jour, entre 1939 et 1942, un ensemble structuré de vestiges architecturaux, épigraphiques et mobiliers. Ces découvertes sont documentées lors de campagnes successives et sont présentées ici selon l'ordre chronologique de leur mise au jour.
En 1939, cinquante-trois inscriptions sont mises au jour dans l'enceinte de la forteresse, sans précision individuelle de localisation[JL 85].
La même année, deux dolia sont découverts dans un magasin situé sur le front ouest de la forteresse, à environ trois mètres sous le niveau des poternes, correspondant au niveau des caves[JL 86].
En 1940, un pied en marbre muni d'un goujon de fer, attribué à une statue masculine colossale, est découvert sur la terrasse du temple romain central, au-dessus du podium, sous le dallage byzantin recouvrant cet espace ; une inscription gravée au-dessus de la cheville porte la mention « PRO SALVTE AVGG »[28],[JL 87].

Toujours en 1940, une tête de serpent associée au culte d'Esculape est signalée parmi les découvertes mobilières du site[JL 87],[JL 88].
La même campagne révèle également un groupe de sept dolia, grandes poteries d'environ un mètre de hauteur et d'une capacité estimée à environ 150 litres, disposées ensemble dans un même compartiment[JL 87].
En 1940 encore, une dédicace byzantine relative à la reconstruction de Timgad sous Justinien et Théodora, attribuée à Solomon, est retrouvée près de la poterne est et intégrée dans le mur du fort ; des fragments analogues indiquent que des inscriptions similaires se trouvaient aux poternes sud, est et ouest[JL 89].

En 1941, une tête en marbre blanc représentant une figure masculine barbue identifiée comme Sérapis est découverte dans l'angle extérieur sud-est du bassin du fort ; la sculpture mesure environ 0,50 m de hauteur et présente des dispositifs de fixation pour un modius ou un calathos ainsi que pour des rayons rapportés[JL 90].
En 1942, plusieurs éléments sculptés associés à des statues sont mis au jour, dont un bras en marbre blanc attribué à la statue de Sérapis, une main droite brisée au poignet, un petit torse masculin à tête mobile, un dessous de tête en marbre destiné à s'emboîter dans un buste, une tête masculine pouvant être attribuée à un jeune Bacchus, ainsi qu'une tête féminine très fragmentaire[JL 88].
La même année, une mosaïque noire semée de petites fleurettes blanches est mise au jour dans le vestibule du sanctuaire central[29],[JL 88].
En 1942 également, une seconde tête en marbre blanc de Sérapis est découverte sur la terrasse, sous un dallage byzantin ; plus petite que la précédente, elle présente un sommet aplati et percé ainsi qu'un cou convexe indiquant un montage sur un buste à tête mobile[JL 91].
Toujours en 1942, un premier sarcophage en marbre blanc sans couvercle est découvert entièrement enfoui sous le dallage au pied de l'abside, il mesure environ 2,40 m de long, 0,70 m de large et 0,60 m de haut, et contenait une boucle de ceinture ainsi que des restes d'ossements[JL 92],[JL 93],[JL 94].
La même année, un second sarcophage en calcaire est mis au jour sous les colonnes soutenant la table d'autel, il ne présente pas de décor figuré et renfermait un os iliaque, une petite poterie intacte et une amphore en verre fragmentaire, et il est laissé en place après sa découverte[JL 92],[JL 93].
En 1942 toujours, sept petites poteries de formes similaires sont découvertes lors d'un sondage effectué derrière l'autel[JL 95],[JL 96].
Enfin, trois vaisseaux en poterie munis d'anses sont découverts déposés ensemble dans une fosse délimitée par des dalles de marbre rouge[JL 95],[JL 96].
Fonction et garnison
La forteresse byzantine de Timgad est conçue avant tout comme un ouvrage militaire destiné au contrôle et à la sécurisation de la plaine située au nord du massif de l'Aurès[JL 14]. Elle s'inscrit dans un réseau de fortifications établies sous le commandement de Solomon afin de surveiller les axes de circulation et de contenir les incursions venues des zones montagneuses, plutôt que de défendre une frontière linéaire au sens romain classique[JL 14],[30].
La fonction principale du fort est d'assurer une présence militaire permanente dans un espace intérieur devenu instable à l'époque byzantine[JL 14]. La forteresse participe ainsi à un dispositif de défense en profondeur, combinant observation, contrôle du territoire et réaction rapide aux menaces locales[JL 14],[31].
L'organisation interne du monument reflète cette vocation militaire. La disposition régulière des casernements, la présence d'un état-major clairement identifié et l'existence d'équipements collectifs tels que la piscine et le bain indiquent une occupation stable et structurée, adaptée à une garnison installée de manière durable[JL 97],[JL 98],[JL 99].
La taille de la forteresse et la densité de son plan intérieur conduisent naturellement à s'interroger sur l'effectif de la garnison[JL 100]. Lassus souligne toutefois que l'ampleur apparente de l'enceinte ne doit pas conduire à en inférer automatiquement une garnison nombreuse, les fortifications byzantines étant conçues pour être tenues par des effectifs relativement réduits[JL 100]. En s'appuyant sur des comparaisons avec des forteresses médiévales et sur des données historiques, Lassus estime que l'effectif permanent d'une forteresse de ce type peut être limité à quelques dizaines d'hommes en période normale, les dispositifs défensifs et la configuration des lieux compensant le faible nombre de défenseurs[JL 101]. Les casernements identifiés dans la forteresse ne permettent pas de déterminer avec certitude le nombre exact de soldats ni la présence éventuelle d'unités spécifiques, notamment de cavalerie[JL 102]. Lassus souligne enfin que certaines parties des casernements paraissent inachevées et que l'existence d'un ou de plusieurs étages reste incertaine, ce qui complique toute restitution précise de la capacité d'hébergement[JL 102].
La forteresse ne constitue pas un centre urbain autonome, mais un établissement militaire dépendant étroitement du réseau administratif et stratégique byzantin de Numidie[JL 14]. Sa fonction est ainsi moins celle d'un refuge pour la population civile que celle d'un point de contrôle militaire et logistique, destiné à assurer la domination impériale sur un territoire récemment pacifié[JL 14].
Abandon et état de conservation

Les circonstances exactes de l'abandon de la forteresse byzantine de Timgad ne sont pas documentées par des sources textuelles contemporaines et ne peuvent être restituées que de manière indirecte à partir des données archéologiques[JL 102]. Aucune trace d'un événement brutal, tel qu'une destruction violente ou un siège, n'est mise en évidence lors des fouilles, ce qui suggère un abandon progressif plutôt qu'une rupture soudaine de l'occupation[JL 102].
Lassus souligne que certaines parties du monument, notamment dans les zones de casernement, paraissent inachevées ou n'avoir jamais été pleinement utilisées, ce qui peut indiquer une occupation limitée dans le temps ou une évolution rapide du contexte stratégique régional[JL 102]. La forteresse semble ainsi perdre sa fonction militaire avant d'avoir atteint un état d'occupation prolongée comparable à celui des grandes installations romaines antérieures[JL 103].
Après l'abandon de la garnison, le monument connaît une phase de dégradation progressive. Les structures sont affectées par l'effondrement des parties hautes, l'accumulation de remblais et la récupération systématique des matériaux, en particulier des blocs de remploi antiques et byzantins[JL 2],[JL 8]. Cette récupération contribue à modifier l'aspect du fort bien avant les interventions archéologiques modernes[JL 8].
Au moment de sa redécouverte par les voyageurs et savants des XVIIIe et XIXe siècles, la forteresse conserve toutefois des élévations importantes, en particulier sur la façade occidentale, où les murs atteignent plusieurs mètres de hauteur[JL 9]. Stéphane Gsell décrit alors le monument comme « assez bien conservé », bien que largement envahi par les terres accumulées à l'intérieur de l'enceinte[JL 9].
Les fouilles entreprises à partir de 1938 transforment profondément l'état de conservation du monument. Le dégagement massif des remblais met au jour l'élévation réelle des murailles et des tours, mais modifie également l'état du site par rapport à celui observé lors de sa découverte[JL 2]. Lassus insiste sur le fait que certaines reconstructions et suppressions opérées au cours des fouilles rendent parfois difficile la distinction entre l'état byzantin originel et les interventions modernes[JL 2].
Dans son état actuel, la forteresse présente un ensemble architectural largement dégagé et lisible dans son plan général, mais marqué par les effets conjoints de l'abandon ancien, des récupérations de matériaux et des choix opérés lors des fouilles du XXe siècle[JL 6],[JL 12]. Lassus souligne que l'analyse du monument doit ainsi tenir compte des transformations successives qui affectent sa conservation, depuis l'époque byzantine jusqu'aux interventions archéologiques modernes[JL 6].