Grec de Calabre
Variété de grec parlée sur les pentes de l’Aspromonte, en Calabre
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Le grec de Calabre, appelé greko par ses locuteurs et grecanico en italien, est une variété de grec italiote parlée dans quelques villages de la Calabre méridionale, sur les pentes du massif de l'Aspromonte, dans la région métropolitaine de Reggio de Calabre.
| Grec de Calabre Greko | |
| Région | Calabre |
|---|---|
| Nombre de locuteurs | environ 300 à 500 |
| Typologie | SVO |
| Écriture | Alphabet latin |
| Classification par famille | |
| Langues indo-européennes Langues helléniques Grec moderne Grec italiote Grec de Calabre |
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| Codes de langue | |
| Linguasphere | 56-AAA-aib
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| Glottolog | aspr1238
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| État de conservation | |
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Langue sérieusement en danger (SE) au sens de l’Atlas des langues en danger dans le monde
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Avec le griko du Salento, dont il constitue le pendant calabrais, il forme le dernier vestige de l'hellénophonie de l'Italie méridionale. L'aire où il subsiste, désignée sous les noms de Bovesìa, Grecìa Calabra ou Area Grecanica, se réduit à quelques localités du bassin de l'Amendolea et de la côte ionienne.
L'origine de cette hellénophonie fait l'objet d'une controverse scientifique ancienne. Gerhard Rohlfs, principal artisan de l'étude du parler, la rattachait au grec ancien de la Grande-Grèce, et notamment au dorien ; d'autres chercheurs y voient l'héritage d'une implantation médiévale byzantine, une position intermédiaire admettant la conjonction des deux apports.
Le parler se distingue de l'ensemble des variétés grecques par le maintien de l'infinitif, forme abandonnée ailleurs dès la période médiévale. Le nombre de locuteurs, estimé à environ cinq cents dans les années 1980, est aujourd'hui évalué à quelques centaines, essentiellement des personnes âgées. Le grec de Calabre figure depuis 1999 parmi les langues sérieusement menacées du Red Book of Endangered Languages de l'Unesco.
Dénomination
Les locuteurs désignent leur langue par les expressions to greko ou i glossa greka, et leur territoire par ta chorìa greka ou i Area Grekanika[1]. L'italien emploie le terme grecanico, la littérature anglophone Greko ou Calabrian Greek[2].
Le parler ne dispose pas de code ISO 639 propre, étant rattaché au grec[1].
Aire linguistique
L'aire grécophone occupe le versant ionien méridional de l'Aspromonte, dans un relief accidenté qui a longtemps rendu les communications précaires[3].
Les derniers villages grécophones sont Bova, Gallicianò, Amendolea, Roccaforte del Greco et Roghudi, situés sur les pentes du massif. À la suite de catastrophes naturelles et de facteurs socio-économiques, une part considérable des habitants a quitté ces localités, de sorte que la plupart des locuteurs se trouvent aujourd'hui à Condofuri, dans le hameau de Gallicianò, à Roghudi Nuovo, à Bova, à Bova Marina et à Melito di Porto Salvo[2].
Gallicianò, hameau de la commune de Condofuri situé à 621 m d'altitude sur la rive droite de l'Amendolea, dans le parc national de l'Aspromonte, ne compte plus qu'une soixantaine d'habitants ; ses rues portent des noms de divinités et de figures de la mythologie grecque, et une église y célèbre le rite byzantin[4].
Caractéristiques linguistiques
Classification et intelligibilité
Le grec de Calabre constitue, avec le grico du Salento, l'un des deux rameaux du grec italiote[5]. Bien que dérivés d'un fonds commun, les deux parlers se sont développés indépendamment et sont entrés en contact avec des langues romanes différentes : le grec de Calabre avec les parlers calabrais, le grico avec le salentin[6].
L'intelligibilité avec le grec moderne n'est que partielle[7],[5].
Le maintien de l'infinitif
Le trait le plus remarquable du grec italiote est la conservation de l'infinitif dans certains contextes syntaxiques. Cette forme verbale a été abandonnée dans l'ensemble du monde hellénophone dès la période médiévale, ce qui fait de ces parlers un cas rare parmi les dialectes grecs[7].
Contact avec les parlers romans
Le grec et les variétés romanes d'Italie méridionale sont en contact intense depuis des siècles, ce qui a produit dans leurs grammaires des convergences trop marquées pour être fortuites ; la situation a été décrite comme un laboratoire pour l'étude du changement linguistique induit par le contact[8].
Les recherches récentes ont porté notamment sur l'allomorphie des prépositions, dont le comportement diffère de celui du grec moderne standard[9], ainsi que sur la sélection de l'auxiliaire et l'accord du participe, analysés en comparaison avec le parler roman de Bova[10]. La thèse de doctorat de Maria Olimpia Squillaci, soutenue à l'université de Cambridge, est entièrement consacrée à l'analyse morphosyntaxique de ce contact dans l'Aspromonte[11].
Écriture
À la différence du grec moderne, le parler s'écrit le plus généralement au moyen de l'alphabet latin[7],[5].
La question des origines
L'origine de l'hellénophonie de l'Italie méridionale a suscité une controverse scientifique ouverte au XIXe siècle et toujours débattue.
Gerhard Rohlfs a défendu l'idée d'une descendance depuis le grec ancien des colons de la Grande-Grèce, en insistant sur la composante dorienne ; il formula cette thèse dès 1924 dans Griechen und Romanen in Unteritalien et y revint dans ses travaux ultérieurs[12].
À l'inverse, Carlo Battisti puis Oronzo Parlangèli ont rattaché ces parlers au grec byzantin[12].
Une position intermédiaire, formulée par Franco Fanciullo, admet la conjonction des deux apports[12] : une immigration médiévale a pu se greffer sur un substrat local antérieur, les deux populations s'assimilant[13].
Situation actuelle
Nombre de locuteurs
L'estimation du nombre de locuteurs est rendue malaisée par l'absence de données de recensement depuis 1921[2]. Les enquêtes de terrain menées dans les années 1980 l'évaluaient à environ cinq cents[2],[14] ; une estimation plus récente le situe autour de trois cents[2],[11]. La littérature spécialisée retient couramment un chiffre inférieur à cinq cents[12].
Les locuteurs appartiennent pour l'essentiel aux générations âgées[2],[5].
Répression et déclin
Sous le régime fasciste, l'usage public du parler fut découragé, moqué ou sanctionné, et la communauté stéréotypée comme arriérée. Il en résulta un sentiment de honte chez les locuteurs et un affaiblissement de la transmission intergénérationnelle ; le régime minimisa par ailleurs l'héritage grec de la région[15].
L'émigration et les catastrophes naturelles ont ensuite vidé les villages de l'intérieur[2].
Statut juridique et classement
La loi italienne n° 482 de 1999 sur la protection des minorités linguistiques historiques reconnaît les populations grécophones parmi les minorités protégées ; les initiatives de revitalisation qui en découlent se heurtent toutefois à la discontinuité linguistique héritée de la période fasciste[15].
La même année, le grec de Calabre et le grico sont inscrits comme sérieusement menacés au Red Book of Endangered Languages de l'Unesco[7].
Sauvegarde et transmission
Un musée de la langue gréco-calabraise a été ouvert à Bova. Il porte le nom de Gerhard Rohlfs, qui reçut la citoyenneté d'honneur de la commune[4]. L'établissement a fait l'objet d'une étude universitaire consacrée au paysage linguistique des musées du patrimoine culturel immatériel représentant des langues minoritaires[2].
Gallicianò accueille en été le festival Palearizia, consacré aux danses et aux musiques de la minorité grécophone[4].
Le parler a par ailleurs fait l'objet du projet SMiLE (Sustaining Minoritized Languages in Europe) du Smithsonian Center for Folklife and Cultural Heritage[1]. La rareté des ressources disponibles constitue un obstacle à la recherche : les corpus exploitables sont presque inexistants[7].
Étude scientifique
L'étude du parler s'organise à partir des travaux de Gerhard Rohlfs, auteur du Lexicon graecanicum Italiae inferioris (1964) et de vocabulaires consacrés aux parlers de la Bovesìa.
Les textes recueillis dans les villages ont été publiés par Giuseppe Rossi Taibbi et Girolamo Caracausi sous le titre Testi neogreci di Calabria (Palerme, 1959), la première partie portant sur Roccaforte, la seconde sur Roghudi, Condofuri et Bova[16].
S'y ajoutent la grammaire de Filippo Condemi (1987), celle de Filippo Violi (2004), la grammaire des variétés grecques d'Italie méridionale d'Anastasios Karanastasis (1997)[6], ainsi que la thèse de Maria Francesca Stamuli sur la mort de langue et la variation lexicale dans trois profils de la Bovesìa[17].
Le géographe Pier Francesco Bellinello a inscrit la minorité grécophone dans un panorama d'ensemble des minorités ethno-linguistiques du Mezzogiorno[18].
