Guerre dano-suédoise (1813-1814)

guerre entre le Danemark-Norvège et la Sixième Coalition en 1813 et 1814 From Wikipedia, the free encyclopedia

La guerre dano-suédoise de 1813-1814 (en danois : Kampen om Norge[2], littéralement : campagne de Norvège) est un conflit opposant le royaume du Danemark et de Norvège au royaume de Suède, et plus généralement aux forces de la Sixième Coalition. Prenant place durant les guerres napoléoniennes, cette guerre voit la victoire de la Coalition sur ses ennemis et la signature du traité de Kiel en , mettant fin aux hostilités, mais aussi au royaume de Danemark-Norvège.

Date au
Issue

Victoire coalisée

Changements territoriaux Annexion de la Norvège par la Suède
Cession de la Poméranie suédoise au Danemark
Faits en bref Date, Lieu ...
Guerre dano-suédoise de 1813-1814
Description de cette image, également commentée ci-après
La Bataille de Bornhöved par Per Krafft le Jeune.
Informations générales
Date au
Lieu Schleswig-Holstein
Issue

Victoire coalisée

Changements territoriaux Annexion de la Norvège par la Suède
Cession de la Poméranie suédoise au Danemark
Belligérants
Drapeau de la Suède Suède
Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande
Électorat de Hanovre
Drapeau de Danemark-Norvège Danemark-Norvège
Soutenu par
Drapeau de l'Empire français Empire français
Commandants
Charles XIII
Charles Jean
Anders Fredrik Skjöldebrand
Ludwig von Wallmoden
Friedrich Karl von Tettenborn
Arthur Farquhar
Frédéric VI
Frédéric de Hesse-Cassel
Forces en présence
43 000 à 65 000 hommes[1] 10 200 à 12 500 hommes
Pertes
Civils
Au moins 1000

Guerre de la Sixième Coalition

Batailles

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Contexte

Conflit entre le Danemark et la Suède

Les relations entre le Danemark et la Suède sont historiquement houleuses et plusieurs conflits armés ont vu le jour entre eux. Le dernier, la guerre dano-suédoise de 1808-1809 se termine sans vainqueur clair. L'invasion de la Norvège par la Suède échoue, à la fois à cause du climat rigoureux et de la guerre que la Suède mène en parallèle contre la Russie. Lors des négociations de paix, les diplomates russes avancent que la Norvège constitue une compensation territoriale évidente pour la perte de la Finlande. Même si le Danemark est allié à la Russie, il apparaît que le royaume est beaucoup plus dépendant de la Russie que l'inverse[3].

Privée de son infanterie la plus aguerrie en raison du conflit avec la Russie, la guerre de Finlande, la Suède parvient néanmoins, sous l'impulsion du prince héritier Charles Jean, à former de nouveaux soldats instruits. Ce dernier comprend alors que, s'il veut obtenir la Norvège, il lui faut changer de stratégie. Il propose d'abord une invasion de la Zélande, mais ses alliés de la coalition suggèrent plutôt de profiter de la défaite de Napoléon en Russie pour le combattre en Allemagne, puis de marcher à travers les duchés germaniques du Danemark-Norvège, afin de contraindre Frédéric VI, le souverain, à céder la Norvège[4]. Cette approche permet aussi d'éviter un front direct en Norvège et dont d'éviter de se mettre à dos les Norvégiens[5]. En réaction, le Danemark envoie son prince héritier en Norvège pour renforcer la loyauté des Norvégiens et le préparer à monter sur le trône, au cas où l'union avec le Danemark serait menacée[6].

Pendant la seconde moitié des guerres napoléoniennes, les forces de Danemark-Norvège subissent une forte pression. Depuis six ans, ils sont en guerre contre le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande et, après la guerre des canonnières, ils perdent leur puissance navale, leur flotte ayant été entièrement capturée ou mise hors d'état de nuire[7]. L'armée danoise, en revanche, conserve ses effectifs : elle n'a pratiquement pas subi de pertes durant les guerres napoléoniennes. Lorsqu'elle est déployée en Allemagne du Nord en 1813, elle apparaît encore solide et disciplinée, composée de vétérans aguerris, d'hommes physiquement robustes et formés à l'art militaire[8].

Situation continentale

En 1812, le Danemark est l'allié de Napoléon Ier. Le roi Frédéric VI signe à Fontainebleau un accord secret de défense avec la France, par lequel il s'engage à mettre 10 000 soldats à la disposition de l'Empereur. Cet accord ne sera pourtant jamais honoré[3].

Après la retraite de France hors de Russie, les armées russes progressent en Europe centrale et cherchent de nouveaux alliés. La Russie propose alors au Danemark de rejoindre la coalition. En échange de la cession de la Norvège, Copenhague recevrait Lübeck, Hambourg, Brême, la côte nord de l'Allemagne et les Pays-Bas unis : un gain territorial immense qui ferait du Danemark une grande puissance. Cette offre, probablement soutenue par l'Autriche désireuse de renforcer son influence au sein de la coalition, est pourtant refusée par Frédéric VI. Le roi préfère maintenir son alliance avec la France, convaincu que c'est la seule voie pour préserver l'intégrité nationale[9].Au début de l'année 1813, le Danemark-Norvège reste donc l'allié de Napoléon. Quand une révolte éclate à Hambourg, alors occupée par les Français, des troupes danoises sont envoyées pour la réprimer. Elles capturent les meneurs, que les Français font exécuter. Ce geste confirme à la Russie que Frédéric VI est résolu à soutenir l'Empereur[10].

Face à cette fidélité danoise à la France, les puissances de la coalition se tournent vers la Suède. Le prince héritier Charles-Jean accepte de s'engager contre Napoléon, à condition d'obtenir un soutien international pour conquérir la Norvège. En , la Suède signe un traité avec le Royaume-Uni : elle s'engage à fournir 30 000 hommes contre Napoléon, tandis que Londres promet des subventions pour une future invasion de la Norvège. En avril, un accord similaire est conclu avec la Prusse, qui promet l'envoi d'un corps de 27 000 soldats aux côtés de l'armée suédoise, et accepte, sous certaines conditions, de participer aussi à la soumission de la Norvège[6].

Guerre

Invasion coalisée

Le prince héritier de Suède Charles Jean quitte la Suède et rassemble une conséquente armée de 50 000 hommes pour envahir le Danemark via l'Elbe, à travers le Holstein, afin de conquérir le dernier allié de Napoléon. Il affronte une force plus réduite commandée par le prince Frédéric de Hesse-Cassel, qui a pris des positions défensives près de Bad Oldesloe[11], ainsi qu'une défense dano-française le long du canal de Stecknitz[12]. Charles Jean débarque en Poméranie le , mais il apprend que ni la Russie ni la Prusse n'ont fourni les corps de renfort promis. De plus, le Royaume-Uni oppose son veto à une opération suédoise séparée sur le Holstein[6].

Les Suédois franchissent l'Elbe la veille à Boizenburg, alors fortifiée par les troupes françaises. Celles-ci choisissent de se retirer à Hambourg plutôt que d'affronter les Suédois à Stecknitz. Les soldats danois, apprenant qu'une attaque suédoise vise le canal de Stecknitz, reçoivent à leur tour l'ordre de se retirer[13]. L'armée du Nord apparaît pour la première fois devant Hambourg occupée par les Français le et encercle la ville. Pourtant, les 40 000 soldats français parviennent à la défendre[14].

Avant l'arrivée du prince héritier suédois, le général russe Johann Ludwig von Wallmoden-Gimborn engage une bataille contre les Danois à Bodenheim, qui sont repoussés jusqu'à Tonnendorf. Le prince Frédéric de Hesse déplace alors ses troupes vers Sehestedt, en direction de Kiel. Le , les troupes danoises affrontent les Suédois d'Anders Fredrik Skjöldebrand à Bornhöved. La bataille se termine sans vainqueur clair. Les Danois parviennent à sécuriser leur route vers Kiel, tandis que les Suédois déplacent les 5 000 habitants de Bornhöved pour établir leur camp[15].

Alors que l'armée danoise se trouve à Kiel, elle apprend que l'armée du Nord approche de Rendsburg. Le prince Frédéric décide d'aller à sa rencontre, mais sur le chemin, il affronte à Sehestedt Ludwig von Wallmoden-Gimborn et ses 10 000 hommes. Les Danois remportent la bataille et sécurisent la route vers Rendsburg. Après la bataille de Bornhöved, les désertions deviennent un problème croissant, et elles s'aggravent encore alors que l'armée danoise est cantonnée dans les villes fortifiées de Glückstadt et Rendsburg, surtout au sein des régiments holsteinois. Ces derniers jugent insensé de rester alliés à Napoléon, et la guerre devient de plus en plus impopulaire, tant auprès des civils que des soldats[15].

Un cessez-le-feu est signé entre la coalition et le Danemark le , valable jusqu'au [11]. À la fin de la trêve, un conseil de guerre se réunit à Amalienborg pour décider de la suite du conflit. La Suède occupe désormais tout le Holstein, et il est conclu de concentrer l'armée restante sur l'île de Fionie. Dans le même temps, le Danemark envoie des diplomates à Kiel pour négocier, et il est convenu de prolonger le cessez-le-feu jusqu'au [16].

Occupation du Schleswig et du Holstein

Les 7 et , les troupes danoises et leurs alliés français traversent la région de Seekamp, réquisitionnant nourriture, chevaux et chariots. Elles sont poursuivies par des chasseurs et hussards suédois, environ 4 000 hommes[17].

Lorsque le cessez-le-feu prend fin le , une armée cosaque russe, forte d'environ 2 000 hommes répartis en quatre régiments et commandée par Friedrich Karl von Tettenborn, avance vers le nord. Elle atteint Schleswig les 5 et , puis Flensbourg le 6, Åbenrå le 7 et Haderslev le 8. Les cavaliers suédois suivent de près cette progression[18]. Face à une armée de coalition écrasante, la population du Schleswig et du Holstein ne tente presque aucune résistance à l'occupation[19]. Les Suédois s'installent en Schleswig-Holstein et dans le Wahld danois, tandis que les Russes restent cantonnés en Holstein[17]. L'occupation du Wahld danois et du reste du Schleswig est relativement légère comparée à celle du Holstein. Les Suédois qui occupent Gettorf se comportent avec respect, allant jusqu'à partager de l'alcool avec le pasteur du village. L'occupation du Holstein, en revanche, a pour but de mettre pression sur Frédéric VI afin de l'obliger à céder la Norvège. Mais le roi refuse d'abandonner son royaume. Dans une déclaration de Noël 1813, il affirme sa position malgré les difficultés de la guerre et l'occupation étrangère[18] :

« Ils peuvent piller le Schleswig et le Jutland ; mais ils ne peuvent pas me prendre la Norvège si je ne consens pas à la céder. »[a]

 Frédéric VI

Quand les troupes danoises co-occupent Hambourg, elles traitent les habitants mieux que ne le font les armées de la coalition, ce qui fait que la Légion hanséatique traite les habitants des duchés danois avec bien plus d'amitié que le reste de la force d'occupation[20].

Conséquences

Territoriales

C'est seulement lorsque les troupes suédoises atteignent le Holstein que Frédéric VI accepte d'entamer les pourparlers de paix[21]. Ceux-ci se concluent à Kiel, où une armée combinée de 8 000 soldats suédois, russes et allemands est stationnée[17].

Durant les négociations entre le Danemark et le Royaume-Uni, il est décidé que le vaincu cède l'île de Heligoland aux Britanniques. En échange, ces derniers rendent l'île d'Anholt et les colonies de l'Inde danoise et des Indes occidentales danoises, toutes occupées par le Royaume-Uni depuis le début de la guerre. Le Danemark rejoint également la Sixième Coalition et s'engage à envoyer une armée de 10 000 hommes sous le commandement de Charles Jean, contre une subvention de 400 000 livres[22]. Les négociations avec la Suède sont plus sévères. Le Danemark doit céder toute la Norvège[4]. En retour, il reçoit la Poméranie suédoise et Rügen, territoires ensuite échangés avec la Prusse contre le duché de Lauenburg lors du congrès de Vienne[21].

Le traité de Kiel fait du Danemark-Norvège l'un des plus grands perdants territoriaux des guerres napoléoniennes, avec environ 320 000 km2 cédés[23].

Humaines

En , après l'occupation du Schleswig et du Holstein, une collecte est organisée pour venir en aide aux habitants. L'ensemble du royaume du Danemark contribue, malgré la détresse économique dans laquelle est la population. Frédéric VI institue une commission pour déterminer l'ampleur des souffrances de la population du Schleswig et du Holstein. La commission fixe le chiffre à 10 millions de rigsdaler. La population des duchés chute, avec 1 000 morts résultant de l'occupation[19]. L'occupation du Schleswig et du Holstein est connue sous le nom de « l'hiver suédois » dans le Wahld danois, en référence aux troupes suédoises qui y stationnent, et sous le nom de « l'hiver cosaque » dans le reste du Schleswig-Holstein, en référence aux troupes russes qui l'occupent[17].

Notes et références

Bibliographie

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