Guillaume-Joseph Saige
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Guillaume-Joseph Saige, né à Bordeaux le , mort dans la même ville le , est un avocat bordelais, auteur, en 1775, du « Catéchisme du citoyen... », publié anonymement, ainsi que de divers essais politiques relatifs au contrat social et aux fondements du droit constitutionnel.
Le musée de Bordeaux
Issu d'un illustre famille de commerçants et d'armateurs bordelais, fils de François-Armand Saige (1713-1762)[1],[2] et de Élisabeth Mitchell (née en Irlande, sœur du fondateur de la verrerie de Bordeaux), il est cousin de François-Armand Saige et de Joseph Saige, avocat à Bazas et député du bailliage de Bazas à l'Assemblée nationale constituante.
Admis au barreau en 1768, à 23 ans, il devient l'un des trois cents avocats de Bordeaux[3] qui exercent dans les années qui précèdent la Révolution. Moins fortuné que son cousin François-Armand, il demeure dans le quartier populaire de Saint-Seurin, rue de la Grande Taupe.
En 1784, il fonde[4], avec d'autres avocats[5] et l'abbé Dupont des Jumeaux, le premier « musée » de Bordeaux[6], dont il devient le secrétaire. Concurrent de l'Académie de Bordeaux, ancêtre de la Société Philomathique, société savante composée de 150 membres[7], le Musée a le soutien de l'intendant Nicolas Dupré de Saint-Maur. Ses membres versent une cotisation (48 livres) qui finance ses activités. Si la société est réservée aux hommes, ils peuvent inviter des femmes[8]. Sont organisés des expositions et des cours de formation[9]. Saige rédige notamment le « Discours préliminaire »[10] du « Recueil des ouvrages du Musée de Bordeaux, dédié à la Reine », publié en 1787[11]. L'institution disparaît avec la dissolution de toutes les académies, par décret du [12].
Saige se marie le , à 47 ans, avec Catherine de Miramont[13].
Il se consacre essentiellement à des activités de publiciste dans la période qui précède la Révolution française.
Publications
Autodafé

La première édition du Catéchisme du citoyen[14], son ouvrage le plus connu, mais publié sous anonymat, est condamnée à la destruction par le feu par arrêt du [15] du Parlement de Bordeaux, puis par un arrêt du [16] du Parlement de Paris qui qualifie le texte de « séditieux, attentatoire à la souveraineté du Roi et contraire aux lois fondamentales du Royaume ».
Le livre est republié en 1787 à Genève, puis en 1788, au moins à quatre reprises[17], connaissant une large diffusion au moment de la réunion des États Généraux[18]. Son contenu est augmenté de « Fragmens politiques » réunissant plusieurs textes d'actualité et portant la pagination de 113 à 300.
En , Calonne cite le Catéchisme du Citoyen au premier rang parmi les « écrits incendiaires »[19]. Cet ouvrage fait partie de la mutitude de pamphlets diffusés anonymement et clandestinemet jusqu'à la veille de Révolution française[20].
Le Manuel de l'homme libre (1787), le Code national et L'ami des trois ordres (1787), se réclament aussi, en page de garde, de l'auteur, toujours anonyme, du Catéchisme du citoyen.
Pour combattre ces thèses et défendre le pouvoir royal, un pamphlet anonyme, publié en riposte en 1789 sous le titre Nouveau catéchisme du citoyen déclare « Le gouvernement monarchique est le meilleur de tous »[21].
En 1803, Saige publie une utopie champêtre d'une centaine de pages, à la manière de celle de Thomas More, intitulée Voyage à la Nouvelle Philadelphie[22] dans un recueil de textes intitulé Opuscules d'un solitaire.
Attribution
Si Guillaume-Joseph Saige publie sous anonymat, le dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes lui restitue la paternité de ses publications[23],[24].
Saige est aussi l'auteur d'une autre série de publications anonymes intitulées « Le moniteur 1788 ». Longtemps attribuée à d'illustres plumes (Brissot, Clavière), la brochure a été aussi attribuée à Condorcet par l'historien Philippe Sagnac en 1911[25]. Publié en quatre livraisons d'un accès difficile, ces textes sont en réalité l’œuvre de Guillaume-Joseph Saige selon le professeur Clarke W. Garrett[26]. Bernadau[27], chroniqueur bordelais de son temps, avait déjà confirmé explicitement cette attribution par un commentaire manuscrit accompagnant la publication du premier numéro, en première[28] et dernière page[29], indiquant, en outre, l'existence de quatre livraisons. Il confirmait cette attribution en première page du deuxième numéro[30].
Le , Guillaume-Joseph Saige rédige le discours, lu à Bordeaux dans l'église des Jacobins, par le journaliste H.E. Gaufreteau de la Gorce (1744-1820) sur le rétablissement des états de la province[31].
Le « Code National ou Manuel françois à l'usage des trois ordres, et principalement des députés aux prochains États généraux, par l'auteur du catéchisme du citoyen », publié en 1789, pourrait, cependant, ne pas être de Guillaume-Joseph Saige. Une première édition intitulée « Code National dédié aux États Généraux » puliée à Genève en 1788[32] est en effet attribuée à Charles-Pierre Bosquillon par le Dictionnaire des ouvrages anonymes de Barbier[33]. Or, l'édition suivante de 1789 est identique à la première, hormis son titre modifié, qui fait référence à l'auteur de Catéchisme du citoyen. L'historien Clarke William Garrett refuse l'attribution de cet ouvrage à Guillaume-Joseph Saige[34]. Le contenu et la style de l'ouvrage sont en effet éloignés du propos de Saige.
Le Plan de constitution municipale[35], rédigé à la fin de l'année 1789, où l'auteur se dit natif de Bordeaux, doit être attribué à Guillaume-Joseph Saige et constitue son dernier écrit politique.
Idées
Saige s'inscrit dans le courant de contestation de la réforme judiciaire du chancelier Maupéou, au sein du parti « patriote » dont il est un des plus vifs pamphlétaires, sans toutefois soutenir les parlementaires exilés ni les partisans du parlementarisme à l'anglaise. Son affirmation de la souveraineté nationale annonce les débats de la Constituante en 1789[36].
Décrit par Camille Jullian comme « le plus hardi des commentateurs bordelais de Rousseau »[3], Guillaume-Joseph Saige s'inspire largement, mais pas exclusivement[37], des idées du philosophe genevois et se réfère, comme beaucoup d'autres publicistes de son temps, à la théorie du contrat social évoquée en Angleterre par Locke et Sidney[38].
Saige écrit, dans le Catéchisme du citoyen : « Chaque individu de l’espèce humaine étant, par le droit naturel, libre & indépendant […] toute société légitime est nécessairement assise sur la base d’un contrat […] dont l’objet a été de déterminer la cause & le but de l’association, et de conserver les droits imprescriptibles des individus qui s’unissent. »[39]
Avant la brochure de l'abbé Sieyès, il privilégie le rôle du tiers état, reléguant les autres ordres au statut d' « associations particulières »[40]. Il estime que « quand une force oppressive a sapé tous les fondements de la constitution […] alors cesse toute autorité publique, et chacun devient son propre juge, légitime interprète et ministre des lois naturelles »[39], adoptant ainsi, au nom du droit naturel, la théorie de la résistance à l'oppression.
Postérité
Saige est recensé comme « avocat au Parlement » en par François de Lamontaigne dans son Dictionnaire biographique des écrivains bordelais[41].
Pierre Bernadau évoque ainsi l'avocat Saige : « publiciste... a laissé des ouvrages de morale et de droit public brillamment écrits, mais remplis d'utopies et d'idées exagérées »[42]. Il le voit comme « un homme austère », « plein d'idées chimériques qui l'ont conduit à une misanthropie fatale pour sa propre paix et son bonheur ».
Le « Dictionnaire des ouvrages anonymes » de 1823 décrit ainsi son Manuel de l'homme libre : « Dans cet ouvrage, l'auteur conseille le partage général des terres entre les hommes actifs et les fainéans »[43].
Lors du discours de rentrée de la conférence des avocats de Bordeaux, en 1902, l'avocat Paul Péquignot décrit le « républicain Saige » comme « plus violent dans ses livres qu'éloquent dans ses paroles »[44].
À la fin du XIXe siècle, la Statistique générale... d'Édouard Feret[45] l'évoque comme « un esprit hardi et paradoxal » préconisant, dans son Manuel de l'homme libre, « une sorte de loi agraire ordonnant un partage général des terres ».
Les historiens Peter R. Campbell et Arnault Skornicki considèrent le Catéchisme du citoyen de Saige, au sein de la littérature prérévolutionnaire, comme « bien plus cohérent que la plupart des pamphlets »[46]. Pour l'historien Robert Darnton, « c'est avec ce texte que le rousseauisme radical fait son introduction dans le débat politique »[47].
Œuvres

- M. Saige, avocat au Parlement, Caton, ou Entretien sur la liberté et les vertus politiques, Utrecht, B. Wild, 1771, rééditions en 1781 et 1795, 110 p. (lire en ligne).
- Anonyme, Catéchisme du Citoyen ou élémens du droit public français, par demandes et par réponses, Genève, , 110 p. (lire en ligne).
- Anonyme, Catéchisme du citoyen, ou Élémens du droit public français, par demandes & réponses Suivi de Fragmens politiques par le même auteur (2ème édition), Genève, , 301 p. (lire en ligne) et lire en ligne sur Google livres. Un fac-similé de cette édition a été publié en par l'EDHIS (éditions d'histoire sociale).
- Mr Saige, « Discours préliminaire » au Recueil des ouvrages du musée de Bordeaux dédié à la Reine, Bordeaux, Racle, , 442 p. (lire en ligne), p. 7 - 24.
- Mr Saige, « Le contemplateur nocturne » in : Discours préliminaire au Recueil des ouvrages du musée de Bordeaux dédié à la Reine, Bordeaux, Racle, , 442 p. (lire en ligne), p. 228 - 252.
- Manuel de l'homme libre, ou Exposition raisonnée des points fondamentaux du droit politique, Amsterdam - Paris, , 236 p.[48]. L'ouvrage est traduit en anglais, en 1799, sous le titre : « The manual of a free man, or Reasonable exposition of the fundamental points of universal political right » par Philippo Mazzei et publié à Richmond, en Virginie[49].
- par l'auteur du Catéchisme du citoyen, L'ami des trois ordres ou Réflexions sur les dissentions actuelles, , 16 p. (lire en ligne)[50].
- par l'auteur du Catéchisme du citoyen, Plan de constitution municipale, , 21 p. (lire en ligne)
- Anonyme, Opuscules d'un solitaire, Bordeaux, Bergeret, libraire, , 325 p. (lire en ligne).
- Le Moniteur de 1788 est conservé à la Bibliothèque nationale[51]. La publication comporte quatre numéros[52] (1 & 2 et les quatre n° en micropfilm à BNF Tolbiac ; 1 & 2 à l'Arsenal). Les n° 1 et n° 2 sont en ligne sur la bibliothèque numérique de Bordeaux : Séléné. Le n° 4 est conservé à la bibliothèque Mériadeck de Bordeaux dans le « Recueil sur les États généraux »[53].
- par l'auteur du "Catéchisme du citoyen", ou Charles-Pierre Bosquillon (Attribution discutée : Saige ou Bosquillon ?), Code national ou Manuel françois à l'usage des trois ordres, et principalement des députés aux prochains Etats généraux [Guillaume-Joseph Saige ?] et pour servir de suite à cet ouvrage, En France, , 194 p. (lire en ligne)[54].
Bibliographie
Articles
- Ph. Sagnac, « Condorcet et son Moniteur de 1788 », Revue d'histoire moderne et contemporaine, vol. 15, no 3, , p. 348-351 (lire en ligne [PDF]).
- (en) Keith Michael Baker (en), « French Political Thought at the Accession of Louis XVI », The Journal of Modern History, vol. 50, no 2, , p. 279–303 (ISSN 0022-2801, lire en ligne, consulté le ). L'auteur n'a pas réalisé son souhait : « I hope shortly to offer a fuller account of the life and writings of this forgotten publicist [ = Guillaume Joseph Saige] ».
- Marina Valensise, « Le sacre du roi : stratégie symbolique et doctrine politique de la monarchie française », Annales, vol. 41, no 3, , p. 576 note : 32 (DOI 10.3406/ahess.1986.283295, lire en ligne, consulté le )
- (en) Keith Michael Baker (en), Inventing the French Revolution. Essays on French *Culture in the Eighteenth-Century : II, 6 : A classical republican in eighteenth-century Bordeaux : Guillaume-Joseph Saige, Cambridge, CUP, (lire en ligne), p. 128 - 152.
- (en) Dale K. Van Kley, « New Wine in Old Wineskins: Continuity and Rupture in the Pamphlet Debate of the French Prerevolution, 1787-1789 », French Historical Studies, vol. 17, no 2, , p. 447-465 (lire en ligne
) - (en) Keith Michael Baker (en), « Transformations of Classical Republicanism in Eighteenth-Century France », The Journal of Modern History, , p. 40 (lire en ligne).
- (en) Clarke W. Garrett, « The Moniteur of 1788 », French Historical Studies, vol. 5, no 2, (lire en ligne).
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article. - Christopher Hamel, « L’esprit républicain anglais adapté à la France du XVIIIe siècle : un républicanisme classique ? », La Révolution française. Cahiers de l’Institut d’histoire de la Révolution française, no 5, , p. 31 et suiv. (lire en ligne).
- (en) Jeffrey Ryan Harris, « Encyclopédistes, Magistrates, and the Corporate General Will : The Argument for the Vote by Order in the Prerevolutionary Crisis », French Historical Studies, vol. 45, no 3, , p. 451-480 (lire en ligne).
- Roberta K. Soromenho Nicolete, « « Le roi doit tout à la nation » L’autorité légitime et la souveraineté populaire dans le Catéchisme du Citoyen », Éthique, politique, religions, no 26 « La république des Modernes », 2025 – 1, p. 83 à 105 (lire en ligne
)
Ouvrages
- Camille Jullian, Histoire de Bordeaux depuis les origines jusqu’en 1895, Bordeaux, Feret et fils, , 803 p. (lire en ligne), p. 624-625.
- Ély Carcassonne, Montesquieu et le problème de la constitution française au XVIIIe siècle, (lire en ligne), p. 474 - 478.
- (en) Durand Echevarria, The Maupeou revolution : a study in the history of libertarianism, France, 1770-1774, Baton Rouge : Louisiana State University Press, , 376 p. (ISBN 978-0-8071-1210-6, lire en ligne)
- Roger Barny, Prélude idéologique à la Révolution française : le rousseauisme avant 1789,, Annales littéraires de l'Université de Besançon, , 192 p., p. 100-110
- Roger Barny, Le triomphe du droit naturel : la constitution de la doctrine révolutionnaire des droits de l'homme, Annales de l'Université de Franche -Comté, , 244 p. (ISBN 978-2-251-60622-4, lire en ligne), p. 16,18, 29,30-9, 40, 42, 46-9, 85, 105-6, 144, 195-7, 212. L'auteur[55], spécialiste de la réception de l'oeuvre de J. J. Rousseau, analyse des différents ouvrages de Saige et son abondon progressif de la doctrine rousseauiste. Mais il se trompe sur le prénom de Saige, justement identifié comme avocat bordelais, mais qu'il confond avec son cousin, l'avocat de Bazas Robert Saige.
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article. - Keith Michael Baker (en) (trad. Louis Evrard), Au tribunal de l'opinion : essais sur l'imaginaire politique au XVIIIe siècle. (Un républicain classique à Bordeaux), Payot, , 319 p. (ISBN 9782228885720), p. 183-218.
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article. - (en) Adriana E. Bakos, Images of kinship in early modern France. Louis XI in political thougt 1560-1789, Routledge, , 248 p. (ISBN 9780415154789, lire en ligne), p. 172-174
- Edouard Tillet, La constitution anglaise, un modèle politique et institutionnel dans la France des lumières, Presses universitaires d’Aix-Marseille, , 626 p. (ISBN 978-2-7314-0224-7, lire en ligne), p. 552-554
- Jean-Charles Buttier, Les catéchismes politiques français (1789-1914), , 475 p. (lire en ligne).
- Ahmed Slimani, « Chapitre I. La quête d’une représentation nationale moderne », dans La modernité du concept de nation au XVIIIe siècle (1715-1789) : Apports des thèses parlementaires et des idées politiques du temps, Presses universitaires d’Aix-Marseille, coll. « Histoire des idées politiques », (ISBN 978-2-8218-5325-6, lire en ligne), p. 309–356.
- Roberta K.Soromenho Nicolete, De Reims à Varennes : Les langages de l’autorité politique dans la France révolutionnaire, École des Hautes Études en Sciences Sociales / Universidade de São Paulo, , 189 p. (lire en ligne), p. 96-115.
- Marc Aberle, La démocratie du croire: Les républiques imaginées des réformés, Alphil-Presses universitaires suisses, (ISBN 978-2-88930-528-5, lire en ligne), p. 87
- Robert Darnton, L'humeur révolutionnaire. Paris, 1748-1789, Gallimard, , 582 p. (ISBN 9782072990496), p. 194.