Haane Manahi
militaire néo-zélandais
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Haane Te Rauawa Manahi, ( – ) est un soldat Maori néo-zélandais de la Seconde Guerre mondiale. Sa conduite lors de la Campagne de Tunisie vaut à la recommandation pour l'attribution de la Croix de Victoria, finalement rétrogradée en Distinguished Conduct Medal (DCM), une décision qui suscite l'incompréhension de ses compagnons d'armes. Après sa mort, ceux-ci militent pour une reconnaissance plus juste de sa valeur, aboutissant en 2007 à une distinction spéciale : un tissu d'autel pour une église locale, un sabre de cérémonie et une lettre personnelle de la reine Élisabeth II.
Ohinemutu, près de Rotorua, Nouvelle-Zélande
Tauranga (Nouvelle-Zélande)
| Haane Manahi Haane Te Rauawa Manahi | ||
Manahi en 1943 | ||
| Nom de naissance | Haane Te Rauawa Manahi | |
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| Naissance | Ohinemutu, près de Rotorua, Nouvelle-Zélande |
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| Décès | (à 72 ans) Tauranga (Nouvelle-Zélande) |
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| Origine | Maori (iwi Te Arawa et Ngāti Raukawa) | |
| Allégeance | ||
| Arme | Armée de terre néo-zélandaise | |
| Unité | Bataillon maori (compagnie B) | |
| Grade | Lance sergeant | |
| Années de service | 1939 – 1946 | |
| Conflits | Seconde Guerre mondiale Bataille de Grèce Bataille de Crète Campagne d'Afrique du Nord Campagne de Tunisie |
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| Faits d'armes | 1941 : repli de l'Olympe et évacuation vers la Crète 1941 : blessé à Plataniás lors de la bataille de Crète 1941 : capture d'un char allemand à l'Opération Crusader 1942 : charge à la baïonnette à la Seconde bataille d'El Alamein 19–21 avril 1943 : prise du piton de Takrouna (60 puis 300 prisonniers) |
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| Distinctions | Distinguished Conduct Medal (22 juillet 1943) Reconnaissance spéciale de la reine Élisabeth II (lettre personnelle, tissu d'autel et sabre de cérémonie, 2007) |
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| Hommages | Cérémonie officielle à Rotorua par le prince Andrew (17 mars 2007) Documentaire Sgt. Haane de Tearepa Kahi (2026) |
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| Autres fonctions | Charpentier Inspecteur de la circulation au ministère des Travaux (1946–1978) |
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| Famille | Père : Manahi Ngākahawai Te Rauawa Mère : Neti Mariana Insley Épouse : Rangiawatea Te Kiri Enfants : deux fils (Rauawa et Geoffrey) |
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Né à Ohinemutu, il travaille comme ouvrier avant de s'engager volontairement dans le bataillon maori en . En 1941, il participe à la Bataille de Grèce puis à la Bataille de Crète, où il est blessé. Rétabli, il combat dans les campagnes du désert occidental et de Tunisie, et est recommandé pour la Croix de Victoria à la suite de ses actions à Takrouna entre le et le . Malgré le soutien de quatre généraux, la nomination est rétrogradée, vraisemblablement par le chef d'état-major de l'armée de terre britannique Alan Brooke.
Rentré en Nouvelle-Zélande en pour une permission de trois mois, il n'est pas rappelé auprès de son bataillon, les soldats maoris en permission étant exemptés de service actif. Démobilisé en 1946, il est employé comme inspecteur de la circulation jusqu'à sa retraite. Sa mort dans un accident de la route en 1986 conduit à la constitution d'un comité militant pour l'attribution posthume de la Croix de Victoria, démarche qui échoue en raison du temps écoulé depuis la fin du conflit.
Jeunesse
Haane Te Rauawa Manahi est le fils de Manahi Ngākahawai Te Rauawa, ouvrier agricole, et de son épouse Neti Mariana (née Insley). Il naît le à Ohinemutu, village proche de Rotorua, dans l'Île du Nord de la Nouvelle-Zélande. Maori, il est issu, du côté paternel, des iwi (tribus) Te Arawa et Ngāti Raukawa, tandis que sa mère relève également de l'iwi Te Arawa, avec des ascendances écossaises. Il suit une scolarité dans les établissements locaux jusqu'au niveau du lycée, puis se consacre successivement à la construction routière, à l'agriculture ainsi qu'aux secteurs du bois et du bâtiment, aux côtés de son oncle paternel Matiu Te Rauawa, ancien membre du bataillon pionnier de Nouvelle-Zélande lors de la Première Guerre mondiale[1],[2].
Seconde Guerre mondiale
Formation et premiers déploiements
En , peu après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Manahi est l'un des premiers engagés du bataillon maori nouvellement constitué. Ce bataillon comprend une compagnie de quartier général et quatre compagnies de fusiliers organisées selon des appartenances tribales. Manahi est affecté à la compagnie B, composée en grande partie d'hommes issus de Te Arawa[3]. Le bataillon maori forme l'un des dix bataillons de la 2e division d'infanterie[4]. L'entraînement débute au camp militaire de Trentham en [5]. Peu avant de rejoindre le camp, Manahi épouse Rangiawatea née Te Kiri, mère de son fils né en 1936[6].
Au début du mois de , après deux semaines de permission accordées aux soldats avant leur départ[7], le bataillon embarque à destination du Moyen-Orient dans le cadre du deuxième échelon de la division. Le convoi est dérouté vers l'Angleterre à la suite de l'entrée en guerre de l'Italie fasciste aux côtés de l'Allemagne nazie, alors que la menace d'invasion sur le territoire britannique est à son comble après l'évacuation du corps expéditionnaire britannique de France. Après une courte permission à Londres, les Néo-Zélandais sont engagés dans des entraînements complémentaires et des missions défensives, le bataillon maori étant stationné dans le Kent puis, la menace d'invasion dissipée, à Aldershot. La compagnie de Manahi est brièvement détachée à Waverley Abbey House, dans le Surrey. À la fin novembre, la décision est prise d'envoyer les Néo-Zélandais au Moyen-Orient. Le deuxième échelon appareille pour l'Égypte au début de , Manahi et son bataillon embarqués à bord de l'Athlone Castle[8],[9],[10].
Grèce et Crète
Le , le bataillon de Manahi, après deux mois passés en Égypte, est déployé en Grèce pour participer à sa défense face à une invasion allemande imminente[11]. Subordonné à la e brigade d'infanterie[12], il prend position autour du col de l'Olympe. Dès le début de la invasion, le , il repousse les premiers assauts des Allemands en progression, avant d'être contraint au repli, les flancs des positions alliées étant menacés. La compagnie B est la dernière unité du bataillon à quitter ses positions et se replie avec le reste des Alliés jusqu'à Porto Rafti, où elle embarque à destination de l'île de Crète[13].
En Crète, les Alliés organisent leurs défenses en prévision d'une attaque aéroportée. Le bataillon maori est déployé en réserve de la 5e brigade d'infanterie, près de Plataniás, pour appuyer la défense de l'aérodrome de Maleme[14]. Le , les Allemands lancent leur invasion de l'île. Manahi regagne sa tranchée après le petit-déjeuner alors que des avions larguent des parachutistes au-dessus de la zone[15]. Le , après la chute de l'aérodrome aux mains de l'ennemi, il est atteint d'une blessure par balle à la poitrine[16]. Malgré cette blessure, il demeure avec sa compagnie durant le repli vers le sud-ouest, avant d'être évacué de Crète le et transporté en Égypte[17].
Afrique du Nord
À la mi-, après sa convalescence, Manahi réintègre le bataillon maori[18], qui a été réorganisé à la suite des campagnes de Grèce et de Crète. Le bataillon s'entraîne alors à la guerre dans le désert et construit des positions défensives autour du Baggush Box, à environ 150 km à l'ouest d'El-Alamein. Pendant cette période, Manahi remporte l'épreuve du 50 yards nage libre lors d'une compétition de natation divisionnaire[19],[20]. En novembre, il prend part à l'opération Crusader avec l'ensemble de la division. Les combats se poursuivent de façon quasi ininterrompue pendant plus d'un mois après le franchissement de la frontière libyenne ; Manahi s'empare alors, avec deux autres soldats, d'un char allemand coincé dans les tranchées de la compagnie B[21]. Le , il conduit cet engin lors d'un engagement contre des éléments de la 21e division Panzer, et contribue à la capture d'un canon de campagne ennemi[22]. Au début de 1942, les Néo-Zélandais sont retirés en Syrie pour une période de repos[23].

À la fin du mois de , la Panzerarmee Afrika, commandée par le Generaloberst Erwin Rommel, lance une offensive en Libye. La 2e division est rapidement rappelée de Syrie et établit ses positions à Minqar Qaim. Encerclée lors de la bataille de Mersa Matruh, elle est contrainte de percer le et se replie vers El-Alamein[24]. Soumis à de fréquents bombardements d'artillerie, le bataillon se retranche dans l'attente d'une offensive ennemie. À la fin août, en l'absence d'attaque, deux compagnies — dont la compagnie B de Manahi — conduisent un raid couronné de succès le et ramènent plus de 40 prisonniers de guerre[25]. Après une brève période de repos, le bataillon participe à la deuxième bataille d'El-Alamein. Lors de l'opération Supercharge, quatrième phase du dispositif, Manahi et sa compagnie mènent une charge à la baïonnette réussie contre des positions allemandes retranchées qui avaient résisté à une précédente attaque[26].
La retraite allemande s'amorce, et les Alliés poursuivent l'ennemi en Libye et en Tunisie. Après la bataille de Tebaga Gap, au cours de laquelle le sous-lieutenant Ngarimu, de la compagnie C du bataillon maori, reçoit la Croix de Victoria[27], les préparatifs d'une avancée vers Tunis sont engagés. La prise de la ligne défensive autour d'Enfidaville constitue un préalable indispensable[28].
Takrouna
En , la 2e division néo-zélandaise progresse en terrain montagneux surplombant Enfidaville. Takrouna est une colline d'environ 300 mètres de hauteur, défendue par le Ier/66e bataillon de la division Trieste italienne et un peloton allemand. Un village occupe le sommet, avec un promontoire rocheux bien visible sur un côté. Le bataillon maori reçoit du brigadier Howard Kippenberger, commandant par intérim de la 2e division néo-zélandaise, la mission de s'emparer de Takrouna. L'assaut principal est confié à la compagnie B le , les compagnies C et D assurant la protection des flancs. L'attaque initiale est bloquée par des tirs nourris de mitrailleuses. Le commandant du bataillon, le lieutenant-colonel Charles Bennett, charge alors Manahi de mener un groupe de 12 hommes en attaque de diversion, pendant que le reste de la compagnie B se regroupe avec la compagnie C. Le groupe se divise en deux sections, l'une placée sous le commandement de Manahi, récemment promu lance sergeant. À l'aube, ils donnent l'assaut sur une pente abrupte, par endroits quasi verticale, et parviennent à submerger les défenseurs italiens du promontoire, faisant 60 prisonniers. Les Néo-Zélandais se retranchent ensuite et se préparent à une contre-attaque. Les tirs d'artillerie et de mortier déciment la moitié du peloton, dont le commandant, laissant Manahi à la tête du groupe[29],[30].

Deux tentatives pour établir le contact avec le bataillon ayant échoué, Manahi descend de Takrouna afin d'y chercher des renforts et des ravitaillements. Ignorant l'avis d'un officier lui conseillant d'abandonner la position, il revient avec une section de la compagnie C, des munitions et des brancardiers. Un peloton supplémentaire rejoint ensuite le groupe pour consolider la position. La contre-attaque attendue est lancée et repoussée. C'est seulement alors, après seize heures passées sur Takrouna, que Manahi et les survivants de sa section se retirent, cédant la défense du promontoire au peloton fraîchement arrivé[31],[32].
Malgré ces renforts, une nouvelle contre-attaque italienne, le , déloge les Néo-Zélandais et fait perdre le contrôle du promontoire. Kippenberger ordonne au bataillon maori d'intervenir pour rétablir la situation. Manahi est expressément sollicité en raison de sa connaissance du terrain. Il part à la tête d'un groupe de volontaires et, avec le soutien de l'artillerie, reprend la position avec succès. À midi, le promontoire est de nouveau tenu par les Néo-Zélandais, mais le village au sommet demeure aux mains des Italiens. Dans l'après-midi du , Manahi dirige un groupe de sept soldats qui, en coopération avec un détachement du 21e bataillon néo-zélandais, s'empare du village et fait 300 prisonniers. Une fois Takrouna sécurisée, il participe à la récupération des corps de ses camarades tombés au combat[31],[33],[34].
Recommandation pour la croix de Victoria
Les actes de Manahi sont portés sans délai à la connaissance de la 2e division néo-zélandaise. Quelques jours après les combats, le chef du bataillon rédige une proposition pour la Croix de Victoria. Le chef de la 5e brigade d'infanterie, le brigadier Ralph Harding, l'approuve. La proposition reçoit ensuite l'aval de quatre officiers généraux : Kippenberger, le général de corps d'armée Bernard Freyberg, chef par intérim du X Corps, le général Bernard Montgomery, à la tête de la Huitième Armée, et le général Harold Alexander, à la tête du 18e groupe d'armées. Le général Henry Maitland Wilson, chef suprême du commandement du Moyen-Orient, donne lui aussi son accord après examen du dossier[35]. Soumise au Conseil de l'armée, la proposition est abaissée à une Distinguished Conduct Medal (DCM) immédiate. L'auteur de cette décision reste inconnu ; l'historien Paul Moon estime toutefois que, vu le rang des officiers qui ont soutenu la candidature, seul le chef d'état-major général de l'Armée britannique, le général Alan Brooke, disposait de l'autorité requise pour une telle révision. La DCM de Manahi est publiée au London Gazette le [36][37].
La citation de la DCM est la suivante :
« Dans la nuit du au , lors de l'attaque de Takrouna, en Tunisie, le lance sergeant Manahi commande une section. L'objectif de son peloton est le piton, plate-forme rocheuse au sommet de la position. Au matin, le peloton ne compte plus que dix hommes sous les tirs nourris de mortiers et d'armes légères, et il reste cloué au sol à mi-pente. Le peloton reprend sa progression vers l'objectif, le lance sergeant Manahi en tête d'un groupe de trois hommes par le versant ouest. Au cours de l'approche, le groupe subit des tirs intenses de mitrailleuses venues de postes de tir sur la pente, ainsi que des tirs de tireurs d'élite postés sur le piton. Pour atteindre l'objectif, Manahi et ses hommes gravissent environ 150 mètres sous un feu violent, dont les 15 derniers mètres quasi verticaux. Il prend la tête du groupe après la neutralisation de plusieurs postes de mitrailleuses ; ils atteignent le piton à la force des bras. Après un bref engagement, une soixantaine d'adversaires, dont un officier d'observation d'artillerie, se rendent. Le reste du peloton les rejoint et le piton est pris.
La zone subit alors des tirs intenses de mortier de la part d'une force adverse nombreuse, toujours maîtresse du village de Takrouna ainsi que des versants nord et ouest, puis un bombardement lourd et continu. Le sergent de peloton est tué et d'autres pertes réduisent la garnison du piton au lance sergeant Manahi et à deux soldats. Un officier d'observation d'artillerie, arrivé sur place, lui ordonne de se replier, mais Manahi et ses hommes restent et tiennent la position. Cette décision est confirmée par le quartier général de brigade dès le rétablissement des liaisons. En fin de matinée, le groupe manque de munitions, de vivres et d'eau. Le lance sergeant Manahi descend en personne jusqu'à son bataillon au pied de la position et ramène ravitaillement et renforts, sous le feu adverse sur tout le trajet. Dans l'après-midi, l'adversaire contre-attaque en force et certains éléments prennent pied sur la position. Sous les grenades et les tirs d'armes légères, Manahi mène ses hommes contre les assaillants. Un violent corps à corps s'ensuit, à l'issue duquel les assaillants sont repoussés. Peu après, le groupe est relevé. Le lendemain matin, des renforts d'urgence sont requis, l'adversaire a repris pied sur la position ; le lance sergeant Manahi prend la tête de l'un des deux groupes d'assaut qui attaquent et repoussent l'adversaire, malgré des tirs nourris de mortiers et de mitrailleuses lourdes. Ce jour-là, la position subit de lourds bombardements d'artillerie, de mortiers et de mitrailleuses depuis Takrouna et ses abords. En fin d'après-midi du , le lance sergeant Manahi, de sa propre initiative, prend deux hommes et se porte vers le versant nord-ouest, où se trouvent plusieurs postes de mitrailleuses et de mortiers adverses ainsi que deux canons de 25 livres. Avec un sang-froid remarquable, il mène son groupe à l'assaut de ces positions, l'une après l'autre, sous les tirs de l'artillerie et des mitrailleuses. Par son habileté et son audace, il force les adversaires de ce secteur à la reddition.
Cette action courageuse contribue de façon décisive à l'effondrement final de la défense adverse et à la prise de l'ensemble de Takrouna, avec plus de 300 prisonniers, deux canons de 25 livres, plusieurs mortiers et soixante-douze mitrailleuses. Dans la nuit du au , le lance sergeant Manahi reste sur la position et participe à l'évacuation des morts et des blessés, et il refuse de regagner son bataillon avant la fin de cette tâche, alors que la zone reste sous des tirs d'artillerie lourds et continus.
Tout au long de l'action, le lance sergeant Manahi fait preuve des plus hautes qualités d'un fantassin. Son action est déterminante pour la prise et la conservation d'une position vitale pour le succès de l'opération[38]. »
L'abaissement de la recommandation au rang de DCM provoque une vive déception dans une large part de la 2e division néo-zélandaise[39], ainsi qu'une incompréhension qui dépasse le cadre divisionnaire : le lieutenant-général britannique Brian Horrocks, présent aux combats de Takrouna et en visite sur le terrain, exprime dans ses mémoires d'après-guerre sa consternation face à cette décision[33]. Certains historiens relèvent, comme facteur possible de l'abaissement, des rapports selon lesquels des soldats italiens auraient été tués par les hommes de Manahi alors qu'ils tentaient de se rendre[40]. L'histoire officielle du bataillon maori, publiée en 1956, indique que ces soldats ont été « abattus, poignardés à la baïonnette ou jetés par-dessus une falaise », tout en précisant que ces faits font suite au jet d'une grenade italienne dans un bâtiment où se trouvaient des Néo-Zélandais blessés[41]. Ces informations n'étaient toutefois peut-être pas encore connues au moment de l'abaissement ; Manahi, au moment des faits incriminés, faisait face à une poussée italienne sur le promontoire[40]. L'attribution récente de la Croix de Victoria à Ngarimu, trois semaines plus tôt, a pu également peser sur la décision : la proposition en faveur de Manahi, maori comme Ngarimu et issu du même bataillon, a pu donner l'impression d'une attribution trop libérale de ces distinctions[42].
Après la guerre
Retour en Nouvelle-Zélande
La capitulation des forces de l'Axe en Tunisie en laisse les Alliés maîtres de l'Afrique du Nord. La 2e division néo-zélandaise regagne sa base en Égypte et 6 000 de ses membres sont désignés pour rentrer en Nouvelle-Zélande pour une permission de trois mois. Manahi, l'un des quelque 180 membres fondateurs encore en vie du bataillon maori, embarque le [43]. Il ne retourne pas au front : face aux protestations de nombreux permissionnaires réticents à reprendre du service alors que d'autres hommes valides n'avaient pas encore été mobilisés, le gouvernement de Nouvelle-Zélande décide d'exempter les personnels de longue date d'un retour au service actif, une mesure dont bénéficient les soldats maoris tels que Manahi[44].
De retour à Rotorua, il suit une formation en menuiserie puis occupe un poste de charpentier à l'hôpital local[45]. Le , Cyril Newall, gouverneur général de Nouvelle-Zélande, lui remet sa DCM lors d'une cérémonie à l'Auckland Town Hall[46]. Intégré au contingent néo-zélandais envoyé en Angleterre pour les célébrations de la victoire, il prend part au défilé de la Victoire à Londres le , avant d'être démobilisé en août[45].
Vie civile et décès
De retour à Rotorua, Manahi reprend une activité professionnelle. Employé par le ministère des Travaux, il exerce comme inspecteur de la circulation dans la région de la Baie de l'Abondance[47]. Séparé de son épouse depuis un certain temps, sans que le couple ne divorce jamais[6], il a par la suite un autre fils d'une relation ultérieure[47].
Sportif assidu, il pratique la natation en qualité d'entraîneur, ainsi que le golf et la pêche. Après le décès de son épouse séparée en 1976, il s'installe à Maketu, sur la côte, tout en restant fidèle à la section rotoruana de la Royal New Zealand Returned and Services' Association (RSA), à laquelle il consacre encore davantage de temps depuis sa retraite en 1978[47]. Le soir du , sur le trajet de retour entre les locaux de la RSA et son domicile de Maketu, son véhicule dévie sur la voie opposée, percute une voiture venant en sens inverse et se renverse. Grièvement blessé à la poitrine et à l'abdomen, il est transporté d'urgence à l'hôpital de Tauranga, où il décède dans la soirée. Ses funèbres (tangi) se tiennent au marae d'Ohinemutu, son village natal, en présence d'anciens soldats du bataillon maori[48]. Il laisse deux fils et est inhumé au cimetière de Muruika[1].
Reconnaissance posthume
Campagne du comité
La rétrogradation de la nomination de Manahi reste une source de mécontentement persistant au sein du bataillon maori. De son vivant, la discrétion de Manahi l'empêche de chercher à rouvrir le dossier. Après sa mort, ses anciens camarades et son iwi constituent le comité Manahi pour la Croix de Victoria, chargé de militer pour une révision de sa distinction[49].
Convaincu que la rétrogradation résulte d'une discrimination fondée sur l'appartenance de Manahi au peuple maori, le comité fait pression sur le gouvernement de Nouvelle-Zélande pour qu'il entreprenne des démarches auprès du Palais de Buckingham, dans l'espoir que la reine Élisabeth II accepte d'accorder à titre posthume la Croix de Victoria. Cette démarche se heurte toutefois au précédent établi en 1949 par le roi George VI, qui avait décidé qu'aucune distinction supplémentaire liée à la Seconde Guerre mondiale ne serait accordée[50]. Craignant un refus catégorique en cas d'approche formelle, le gouvernement de Nouvelle-Zélande préfère une démarche progressive et informelle, soutenant deux requêtes adressées à la reine au début des années 1990 par l'intermédiaire d'anciens gouverneurs généraux. Ces tentatives échouent, le temps écoulé depuis Takrouna étant systématiquement invoqué comme obstacle[51].
Une demande formelle est finalement transmise au gouvernement à la fin de 1993, mais est rejetée, notamment au motif du comportement allégué des soldats maoris envers les prisonniers italiens. En réponse, le comité rassemble de nouveaux éléments de preuve et des témoignages contredisant ces allégations[52]. Il rappelle en outre que l'affaire vise à corriger une erreur des autorités militaires, et non à obtenir une médaille qui aurait simplement été omise, contrairement à ce que soutient l'historien militaire Christopher Pugsley[53]. En 1997, la Première ministre Jenny Shipley soulève officiellement la question auprès du Palais de Buckingham, qui réaffirme que le délai écoulé constitue un obstacle dirimant[50].
Hommage officiel et mémoire
La mobilisation se poursuit. En 2000, l'iwi Te Arawa dépose une requête devant le Tribunal de Waitangi[54], avec le soutien de la RSA de Nouvelle-Zélande. Te Arawa soutient que l'absence d'examen sérieux par le gouvernement de la candidature de Manahi à la Croix de Victoria constitue une violation du Traité de Waitangi, qui impose au gouvernement d'agir de bonne foi à l'égard des griefs maoris[55]. En , le tribunal conclut à l'absence de violation du traité, mais suggère, sans formuler de recommandation formelle, que le comité collabore avec le gouvernement pour une nouvelle approche auprès du Palais de Buckingham[55].
En , après de nouveaux échanges avec le Palais, le ministre de la Défense Phil Goff annonce que la bravoure de Manahi sera reconnue par la remise d'un tissu d'autel pour l'église St. Faith's à Ohinemutu, d'une lettre personnelle de la reine et d'un sabre de cérémonie. Le prince Andrew remet cette distinction aux fils de Manahi, Rauawa et Geoffrey, lors d'une cérémonie à Rotorua le [56],[57].
Le sabre est ensuite transmis au chef des forces de défense de Nouvelle-Zélande, le lieutenant général Jerry Mateparae, accompagné d'un patu (massue de guerre) offert en mémoire de Haane Manahi[58].
Manahi est par ailleurs le sujet d'un documentaire financé par New Zealand On Air, sorti le après des projections commémoratives à partir du , notamment à l'occasion de l'Anzac Day[59]. Intitulé Sgt. Haane et réalisé par Tearepa Kahi[60],[61], le film est coproduit par Donna Morrison, nièce de Manahi, qui contribue également à son contenu aux côtés d'autres descendants de membres du bataillon maori[60].