Halmyris
ancien fort romain
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Halmyris était un fort auxiliaire romain, une agglomération et un port naval romain et byzantin, situé à 2,5 km à l'est du village de Murighiol, dans le Județ de Tulcea, en Roumanie. Il se situe à l'embouchure du delta du Danube. Son nom à l'époque romaine était probablement Almyridensium[1],[2].
| Halmyris | ||
Site archéologique du fort romain | ||
| Localisation | ||
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| Pays | ||
| Région | Dobroudja | |
| Localité | Murighiol Județ de Tulcea |
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| Type | Colonie romaine | |
| Protection | Patrimoine culturel de Roumanie | |
| Coordonnées | 45° 01′ 30″ nord, 29° 11′ 52″ est | |
| Géolocalisation sur la carte : Roumanie
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Halmyris occupait une position clé dans l'Antiquité à l'extrémité du système défensif frontalier du Limes Moesicus (en) en Mésie et est incluse dans pas moins de huit sources grecques et latines importantes, dont l'Itinéraire d'Antonin et la Notitia dignitatum. Halmyris a servi de dépôt pour les approvisionnements, la colonisation et les échanges culturels dans la région pendant 1 100 ans, de l'âge du fer à la période byzantine.
Le site est inscrit au Registre archéologique national sous le code RAN 160920.12[3].
Historique
La région était habitée durant le deuxième âge du fer par les Gètes ou Daces, comme en témoigne la découverte de plusieurs sépultures par crémation au sein d'une possible nécropole datant des IVe et IIe siècles av. J.-C.. Halmyris fut construite stratégiquement sur une péninsule rocheuse dominant le Danube, près de la mer Noire, et entourée de marais. Elle se situait à l'extrémité orientale de la frontière danubienne à l'époque romaine et servait probablement de centre d'approvisionnement pour la flotte.
Le fort romain

Le fort d'origine était fait de bois et de tourbe construit pendant la période flavienne, mais comme le fort gagnait en importance et qu'une garnison régulière était établie le long du Danube, le fort fut reconstruit en pierre sous le règne de Trajan par des vexillations des légions Legio I Italica et Legio XI Claudia.
Bien que le plan du fort d'origine soit en grande partie recouvert par des reconstructions ultérieures, il semble avoir été typique d'un fort du IIe siècle, composé d'un mur défensif rectangulaire, de tours rectangulaires et d'une porte au milieu de chaque mur.
Les liens précoces avec la flotte romaine et ses activités maritimes à Halmyris sont confirmés par des preuves épigraphiques mentionnant l'existence d'un village de marins ou vicus classicorum (unique dans l'empire romain)[4].
Au début de son histoire, les Goths venus du nord traversèrent le Danube et conquirent la forteresse. Elle fut reprise par les Romains et reconstruite, avec d'importantes modifications, durant la Tétrarchie. Le nouveau tracé des remparts consistait en un polygone irrégulier renforcé par quinze tours et au moins deux portes bien défendues au nord et à l'ouest. Parmi les structures découvertes à l'intérieur de la forteresse figurent de nombreuses casernes, des thermes privés et une basilique.

Au début du IVe siècle, la forteresse connut une période particulièrement prospère, devenant l’une des quinze villes les plus importantes de Scythie Mineure. À la fin de la période romaine, deux unités de la flotte militaire, les Classis in Plateypegiis et les Musculi Schytici (qui disposaient de navires à faible tirant d'eau, adaptés au delta du Danube), ont peut-être été hébergées par cette ville. Durant l'hiver 384/5, le Danube gela, permettant aux tribus du nord de traverser et de piller Halmyris.
Une série de séismes au IVe siècle et plus tard endommagea la ville et modifia le cours du Danube, entraînant l'ensablement du port d'Halmyris et diminuant ainsi son importance économique et stratégique. La dernière période d'occupation semble correspondre à la reconstruction de la forteresse par l'empereur Justinien Ier]. Par ailleurs, Halmyris devint le siège d'un des principaux évêchés de la province et fut reconnue comme l'une des quinze villes les plus importantes de Scythie. Halmyris perdit peu à peu de son importance et fut abandonnée.
La ville
- La porte ouest.
- La porte ouest.
- Le mur oriental.
- La porte nord.
La porte principale occidentale donnait sur le Limes, la voie romaine principale qui longeait le Danube et reliait toutes les forteresses. À l'époque de Trajan, elle fut construite avec deux tours rectangulaires latérales en pierre de taille cyclopéenne, construites par les vexillations des Legio I Italica et Legio XI Claudia. Au IIIe siècle, elle fut transformée en une porte à cour intérieure pour une meilleure défense. À la fin du IIIe siècle, elle fut entièrement reconstruite en une cour intérieure circulaire avec des portes successives flanquées de bastions massifs.
La porte nord, ouverte sur le Danube, était réservée aux piétons. Les principes vitruviens semblent avoir été appliqués pour les fondations de cet édifice situé à proximité d'un cours d'eau : une plate-forme stable et massive, à trois côtés, empêchait également l'infiltration d'humidité dans les blocs de calcaire du reste de la construction. Deux tours rectangulaires, construites en blocs cyclopéens, à l'instar de la porte ouest, flanquaient un portail de 3,40 m de large. Dans les années 280, lors de la reconstruction générale entreprise par Aurélien (270-275) ou Probus (276-282), la porte fut entièrement démantelée et deux tours monumentales en forme de U furent érigées de part et d'autre d'un portail voûté de 6,15 m de large, en utilisant des pierres de la phase précédente ainsi que des autels votifs et des pierres tombales provenant de l'ancienne nécropole. La reconstruction fut achevée durant la période tétrarchique, entre 301 et 305. À la fin du IVe siècle, d'importants travaux de restauration des fondations des deux tours permirent de les consolider, suite à des glissements de terrain près du fleuve. La porte fut finalement bloquée dans la seconde moitié du VIe siècle, lorsque le Danube s'était éloigné.

- Les thermes, construits au IVe siècle près de la porte nord, comportaient trois bassins. Le praetorium se situait au carrefour des deux rues principales, au centre de la forteresse.
- Les casernes, au nombre de quatre, du IVe siècle étaient adossées au mur ouest et restèrent en usage jusqu'au VIe siècle. La caserne n°2, la plus longue, présentait un plan et un aménagement intérieur qui laissaient supposer qu'elle était occupée par un officier de haut rang. Le mur nord, en pierre et en brique, s'est effondré, probablement à la suite d'un tremblement de terre vers la fin du VIe siècle, et ses vestiges sont encore visibles. La caserne n°3 est la plus grande et de loin la mieux conservée. Une rue séparait les casernes de la basilique, construite plus tard (entre le milieu et la seconde moitié du VIe siècle).
- La basilique paléochrétienne, construite après 324 sous Constantin Ier, occupe une position centrale. À l'origine, il s'agissait d'un édifice rectangulaire à nef centrale, avec une entrée à l'ouest, un atrium et un espace semi-circulaire couvert d'une demi-coupole, d'une exèdre ou d'une abside. Au milieu du IVe siècle, elle fut considérablement agrandie par l'ajout de bas-côtés de 2,50 m de large de chaque côté, soutenus par des colonnes. Lors de la troisième phase d'agrandissement, l'abside fut intégrée à un bâtiment rectangulaire parallèle au cardo maximus, la rue orientée nord-sud, créant ainsi un déambulatoire de 4 à 4,50 m de large derrière l'autel. Une longue salle orientée est-ouest fut construite contre le côté sud de la basilique. Ces agrandissements coïncidèrent avec la transformation d'Halmyris en évêché de la province de Scythie.
La basilique la plus ancienne était dotée d'une crypte voûtée dont les murs et le plafond étaient ornés de peintures à motifs végétaux et d'une inscription en grec mentionnant le mot Astion et un verbe grec signifiant martyre. La découverte d'ossements humains dans la crypte et les recherches menées sur celle-ci ont clairement démontré, d'un point de vue historique et archéologique, qu'elle était dédiée aux deux martyrs morts à la fin du IIIe siècle: Ceux-ci identifient les ossements comme appartenant au prêtre Épictète et au moine Astion, dont la vie et les souffrances sont présentées dans les Acta Sanctorum : « martyrs d'Halmyris en Scythie ».