Hellhound on My Trail
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| Face B | From Four Until Late |
|---|---|
| Sortie | |
| Enregistré |
Chambre 414 du Gunter Hotel (en) de San Antonio, Texas, |
| Durée | 2:35 |
| Genre | Delta blues |
| Format | 78 tours |
| Auteur-compositeur | Robert Johnson |
| Producteur | Don Law (en) |
| Label | Vocalion Records (Vo 03623) |
Singles de Robert Johnson
Hell Hound on My Trail (ultérieurement orthographié Hellhound on My Trail) est une chanson de blues écrite et enregistrée par Robert Johnson en [1] et sortie en 78 tours chez Vocalion Records en septembre de la même année[2]. Inspirée par des morceaux de blues plus anciens[3], elle est décrite par l'historien du blues Ted Gioia comme « l'une des interprétations les plus connues et les plus admirées de Johnson – beaucoup la considèrent même comme sa plus grande »[4].
La chanson est reprise par de nombreux interprètes parmi lesquels on peut citer Fleetwood Mac, Eric Clapton, John Hammond, Sting ou Larkin Poe[5], [6]
Contexte
Avant l'enregistrement de Johnson, l'expression Hell Hound on My Trail (« chien de l'enfer à mes trousses ») est déjà utilisée dans diverses chansons de blues[3]. Devil Blues de Sylvester Weaver, enregistrée en 1927, contient les paroles suivantes : « Hellhounds start to chase me man, I was a running fool, My ankles caught on fire, couldn't keep my puppies cool »[7] et "Funny Paper" Smith, dans son Howling Wolf Blues No. 3 de 1931, chante : « I take time when I'm prowlin', an' wipe my tracks out with my tail ... Get home and get blue an' start howlin', an' the hellhound on my trail »[8]. L'enregistrement du gospel Show Pity Lord du Biddleville Quintette, sorti en 1926, s'ouvre sur un message religieux déclarant : « The hell hound has turned back off my trail »[9].
Des critiques de blues, comme Elijah Wald, voient en Johnson un héritier de Kansas Joe McCoy (1934, Evil Devil Woman Blues) et de Johnny Temple (1935, The Evil Devil Blues) dans son adaptation de la chanson de Skip James de 1931, Devil Got My Woman[3],[10]. L'intensité émotionnelle, l'accordage de guitare et le chant tendu de Hell Hound on My Trail se retrouvent également dans l'interprétation de James[10].
Dans les années 1980, un autre disque de Skip James, Yola My Blues Away (1931), connaît une large diffusion grâce aux rééditions. Devil Got My Woman partage l'accordage et le style vocal de Johnson, mais la mélodie de Hellhound est plus proche de Yola que de Devil. C'est de ce dernier que Johnson reprend le procédé consistant à répéter la fin des vers avec une phrase musicale. De plus, il utilise les paroles d'un des couplets de Come On in My Kitchen. L'historien du blues Edward Komara conclu : « Il est probable que Johnny Temple ait utilisé les expressions et les paroles liées au "diable" lorsqu'il enseignait "Yola" à Johnson »[11].
Ecriture et composition
Hell Hound on My Trail est un morceau solo de Johnson, chant et guitare slide. Il utilise un accord ouvert en mi mineur, les cordes graves produisant un accompagnement lancinant ; Charles Shaar Murray décrit « le bottleneck… faisant gémir les cordes aiguës de sa guitare comme le vent dans les arbres morts »[12].
Gioia note que les paroles abordent « le thème blues classique du musicien errant, mais le voyage prend ici une tournure plus sombre, le voyageur est poursuivi »[4]. L’historien de la musique Samuel Charters considère les premier et dernier couplets comme étant parmi les plus beaux de l'histoire du blues[13]. L'image des chiens de l'enfer venant capturer les pécheurs était répandue dans les églises du Sud à cette époque, et Charters pense que c'est peut-être celle qui hantait l'esprit de Johnson[13] :
« I got to keep movin', I've got to keep movin', blues fallin' down like hail, blues fallin' down like hail
Umm-mm-mm-mm, blues fallin' down like hail, blues fallin' down like hail
And the day keeps on worrin' me, there's a hellhound on my trail, hellhound on my trail, hellhound on my trail »
Karlos K. Hill, professeur d'histoire afro-américaine à l'Université Texas Tech, dans un article pour la revue Study the South de l'Université du Mississippi, émet l'hypothèse que « Hellhound on My Trail » pourrait refléter la peur du lynchage chez Johnson, le « chien de l'enfer » du titre faisant référence aux chiens de sang utilisés pour traquer les fugitifs recherchés par une foule enragée. Le beau-père de Johnson, Charles Dodds, fut contraint de changer de nom et de fuir la région du Mississippi Delta pour Memphis, au Tennessee, après avoir été menacé de lynchage par une foule de Blancs[14].
Enregistrement et parutions
Johnson enregistre la chanson lors de sa dernière séance d'enregistrement, le , dans un studio improvisé de la chambre 414 (devenue mythique) du Gunter Hotel (en) de San Antonio au Texas, avec le producteur Don Law[1]. Seule la seconde prise nous est parvenue[15]. C'est la première chanson qu'il enregistre ce jour-là, et le premier single issu de cette séance à être commercialisé. Hell Hound on My Trail paraît en 78 tours sur le label Vocalion le , avec From Four Until Late sur l'autre face[2]. Le disque est distribué également par Banner, Melotone, Oriole, Perfect et Romeo Records[2],[16]. En 1961, Le titre clôt l'album de compilation posthume King of the Delta Blues Singers, où il est titré Hellhound on My Trail[2]. Il figure naturellement sur le coffret de deux CD The Complete Recordings paru en 1990[1].
Reconnaissance et postérité
Dans son ouvrage de 1946, Shining Trumpets : a History of Jazz, le critique Rudi Blesh analyse l'enregistrement de Johnson en ces termes : « Malgré toute son étrangeté, Hell Hound n'est pas seulement un blues authentique, mais une variation remarquable où l'harmonie standard est altérée de manière personnelle et créative pour permettre l'expression de sentiments étranges et inquiétants. La voix stridente de Johnson semble possédée, comme celle d'un homme ensorcelé, et son articulation, telle une parole possédée, est difficile à comprendre… »[17]. Dans son livre de 1992, Searching for Robert Johnson, Peter Guralnick décrit l'enregistrement comme « le chef-d'œuvre de Johnson et l'apogée du blues, presque universellement reconnu… ». Selon Hill, Hellhound on My Trail est « considérée comme l'une des chansons les plus terrifiantes du blues, ainsi qu'une pierre angulaire des débuts du blues »[18].
En 1983, le titre de Johnson est l'une des premières chansons intronisées au Blues Hall of Fame en tant qu'« enregistrement classique du blues »[2]. Jim O'Neal, écrivant pour la Blues Foundation, la décrit comme « l'une des œuvres les plus profondes et les plus sombres du légendaire chef-d'œuvre de Robert Johnson »[2]. La chanson figure parmi les « 100 œuvres musicales américaines les plus importantes du XXe siècle » selon NPR[19]. Elle apparaît également dans la liste des « 500 chansons qui ont façonné le rock 'n' roll » (500 Songs That Shaped Rock and Roll) du Rock and Roll Hall of Fame[20].
Reprises
Hellhound on My Trail est un standard du blues repris par de nombreux artistes de styles différents[5], [6]. Parmi ceux-ci, on peut citer :
- 1968: Fleetwood Mac sur l'album Peter Green's Fleetwood Mac
- 1993 : Cassandra Wilson sur l'album Blue Light 'til Dawn
- 2003 : John Hammond sur At the Crossroads: Blues of Robert Johnson
- 2003 : Leslie West sur Blues to Die For
- 2004 : Eric Clapton sur Me and Mr Johnson
- 2008 : Sting sur Songs from the Labyrinth (réédition)
- 2011 : Todd Rundgren sur Todd Rundgren's Johnson
- 2020 : Larkin Poe sur Kindred Spirits
La chanson est également enregistrée par Rory Block (1995), The Mountain Goats (1996), Bjørn Berge (1997), Peter Green Splinter Group avec Nigel Watson (2000), Alvin Youngblood Hart et James Cotton (2001), Vic Vergeat (2002), Chris Whitley & Jeff Lang (2006), Noël Akchoté (2015), Messa (2016) et Steve Hill (2021).