Histoire de Limoges

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Les armes de la ville de Limoges se blasonnent ainsi :
De gueules au buste de saint Martial d'argent, habillé et nimbé d'or, accosté en chef des lettres onciales S et M du même ; au chef d'azur chargé de trois fleurs de lys d'or.
Historique : au Moyen Âge, Limoges adopte pour emblème l'effigie de saint Martial, son premier évêque, qui évangélise le Limousin au IIIe siècle. Le chef de France fut attribué à la ville, en 1421, par le dauphin, futur Charles VII, en l'honneur de la résistance des habitants contre les Anglais.

L'histoire de Limoges, ville du grand Sud-Ouest de la France, remonte à plus de deux mille ans, avec la fondation d'une cité gallo-romaine, à la fin du Ier siècle av. J.-C., sous le nom d'Augustoritum. Au Moyen Âge, la ville reprend son développement de manière bicéphale, partagée entre la Cité épiscopale et le Château vicomtal. Le développement de l'abbaye Saint-Martial sert le rayonnement culturel et religieux de la ville. Les deux villes sont définitivement réunies à la Révolution, et Limoges est érigée en préfecture du nouveau département de la Haute-Vienne.

La capitale des Lémovices, le plus grand oppidum de la Gaule

L'emplacement originel de la capitale des Lémovices (province gauloise) est probablement situé à quelques kilomètres au sud-est de Saint-Léonard-de-Noblat, au lieu-dit de Villejoubert (commune de Saint-Denis-des-Murs) sur le plateau dominant le confluent Vienne-Maulde, en amont du Limoges actuel. Il s'agit d'un très grand oppidum d'environ trois-cents hectares, cerné en grande partie par un murus gallicus. Des fouilles archéologiques, très partielles, y ont révélé une occupation de la fin de l'indépendance gauloise. Cependant, certains historiens préfèrent opter pour le bourg de Saint-Gence, où les découvertes archéologiques datant de la période gauloise sont particulièrement riches[1].

Antiquité

L'époque romaine : Augustoritum

Limoges a été fondée par les Romains vers l'an 10 avant notre ère sous le nom d'Augustoritum. L'empereur Auguste décide en effet la fondation d'une nouvelle capitale des Lémovices, dans le cadre de la réorganisation des cités et des provinces gauloises de l'empire romain.

Un vaste coteau surplombant un gué sur la Vienne est choisi comme site d'implantation de la nouvelle ville. Orienté au sud-est et en pente douce et régulière, ce coteau est moins exposé au gel hivernal. De plus, la ville est placée au carrefour entre l'itinéraire reliant la Méditerranée à l'Armorique et la « Via Agrippa », reliant Lugdunum (Lyon) et Mediolanum Santonum (Saintes).

Le nom d'Augustoritum est donné à cette nouvelle ville. Ce nom est dérivé de rito (gué en langue gauloise), et Augusto (en hommage à l'empereur Auguste, grâce à qui la ville a vu le jour). Augustoritum est donc « le gué d'Auguste ».

La ville est construite suivant un réseau de rues parallèles orientées sud-est / nord-ouest, venant croiser en angle droit un autre réseau de rues parallèles orientées nord-est / sud-ouest. Un quadrillage presque parfait est ainsi dessiné, suivant le schéma d'urbanisme en usage chez les Romains.

L'amphithéâtre

Sûrement bâti à la fin du Ier siècle, il est aujourd'hui à peine visible. Il était situé un peu à l'écart de la ville romaine et avait la forme d'un ovale de 136 mètres par 115 mètres. C'est le monument d'Augustoritum qui a le plus marqué la population car il a subsisté en partie jusqu'en 1718 avant d'être enfoui sous la promenade de l'Intendant d'Orsay. Des fouilles archéologiques, menées dans les années 1970, ont permis la découverte d'importants vestiges, depuis réenfouis.

Le théâtre

Des restes de cet autre monument de spectacle ont été découverts récemment en bordure de la Vienne, quai Saint-Martial et place Sainte-Félicité. Augustoritum est l'une des rares villes de l'époque à posséder à la fois un amphithéâtre et un théâtre.

Les thermes romains

Les thermes dits « des Jacobins » (situés au niveau de l'actuelle place des Jacobins (Limoges) datant du IIe siècle et richement décorés, étaient parmi les plus imposants de la Gaule. Ils ont malheureusement été détruits dans leur quasi-intégralité pour construire un parking. En 2004 des fouilles dans l'actuel jardin de l'évêché ont permis de découvrir de nouveaux thermes, datant probablement du Bas-Empire.

Le forum

Il mesurait cent mètres de large pour plus de trois-cents de long. Implanté au sommet d'un replat dominant toute la ville, il en marquait le centre. Son emplacement est aujourd'hui marqué par l'actuel Hôtel de Ville. Une mosaïque trouvée à proximité du Forum, en contrebas de la Bibliothèque francophone multimédia, a été réinstallée au rez-de-jardin de celle-ci et est visible depuis les espaces publics (entrée libre). Elle présente deux tapis géométriques dont l'un s'orne d'un sujet figurant vraisemblablement une lionne. Cette mosaïque est le seul vestige visible sur place d'un immense chantier archéologique ayant mis au jour un très intéressant quartier gallo-romain. Il a été détruit afin d'édifier la médiathèque et la faculté de Droit.

Les sanctuaires

Aucun temple gallo-romain n'a été identifié à Limoges. Selon la tradition, un temple consacré à Vénus, Diane, Minerve et Jupiter se serait élevé là où se trouve l'actuelle cathédrale. Des fouilles devaient avoir lieu en 2004 pour confirmer cette hypothèse[1].

Limoges au Bas Empire

Du IIIe à la fin du IVe siècle, Augustoritum, dont le site devient « le Château », est progressivement abandonnée en raison de l'insécurité provoquée par les invasions germaniques. La population se concentre sur un lieu plus facilement défendable, le puy Saint-Étienne, sur lequel, au Moyen Âge, est édifiée la cathédrale Saint-Étienne de Limoges et qui devient « la Cité ».

Bien peu de vestiges gallo-romains sont encore visibles à Limoges : la villa de Brachaud, des vestiges situés sous le Lycée Renoir... il existe une grande distorsion entre ce qui a été découvert et ce qui a été préservé. Contrairement aux politiques menées à Périgueux, Poitiers, ou encore Saintes, la municipalité opte pour une conservation très limitée de ses nombreux vestiges. La destruction des quartiers et bâtiments découverts à Limoges depuis le milieu des années 1960 constitue également une grave perte pour l'étude de la civilisation gallo-romaine.

Moyen Âge

De la fin de l'Empire romain aux alentours de l'an mil

Vers 250, saint Martial venu de Rome avec deux compagnons, Alpinien et Austriclinien, évangélise la cité d'Augustoritum, devenant ainsi son premier évêque.

À la fin du IIIe siècle, Augustoritum est progressivement abandonnée à la suite des troubles et de l'insécurité provoqués par les invasions germaniques. La population se réfugie dans un lieu facilement fortifiable : le Puy Saint-Étienne.

Au Ve siècle, les Francs s'emparent de Limoges.

Dès le VIe siècle, un site voisin, dans une nécropole (le tombeau de Saint Martial au nord-ouest d'Augustoritum) fixe des populations attirée par le développement d'un pèlerinage.

Cathédrale Saint-Étienne.

Dès lors, deux noyaux urbains fortifiés vont se développer :

Non loin du château Saint-Martial, un troisième pôle, associé à l'église Saint-Michel-des-Lions, semble se mettre en place vers le Xe siècle. C'est la résidence vicomtale composée d'une motte avec sa basse cour. Mais ce quartier vicomtal est rapidement relié au château Saint-Martial.

En 862, Limoges est pillée par les Vikings (Normands) du chef Hasting[2].

La cathédrale, les terrasses des jardins du palais de l'évêché.

À partir de l'an mil, le Limousin, grâce notamment au rayonnement de l'abbaye Saint-Martial de Limoges, devient un très riche foyer artistique. Dans le scriptorium de l'abbaye ou dans son proche environnement sont produits de magnifiques ouvrages enluminés, parmi lesquels de nombreux manuscrits musicaux ; c'est de ces poèmes para-liturgiques mis en musique que naît la poésie lyrique des troubadours comme Bertran de Born, dont le Limousin du XIIe siècle écrit l'une des pages les plus originales.

Dans ce paysage de l'an mil, des vestiges de la ville antique se dressent encore, notamment les grands monuments qui sont utilisés comme carrières.

D'après le moine Adémar, un incendie provoqué par des hommes du château de Saint-Martial aurait détruit l'église en 1005[3].

Limoges durant la guerre de Cent Ans

Maison à colombages au pont Saint-Martial.

Au XIIIe siècle, il y a toujours deux villes, mais le Château est plus protectif que la Cité.

  • Sur sa motte féodale le Château a connu un fort développement. Il est entouré de murailles de douze mètres de haut, entourées d'un fossé de vingt mètres de large et profond de soixante-seize mètres. Ces murailles avaient huit portes et de nombreuses tours (les boulevards qui cernent le centre de la ville actuelle suivent le tracé de ces murailles). C'est l'époque de la grande splendeur de l'abbaye Saint-Martial.
  • La Cité, à la population en partie cléricale, se voit dotée d'une nouvelle enceinte qui atteint la Vienne, cela pour protéger l'accès au pont Saint-Étienne construit par l'évêque. L'activité du port du Naveix est ainsi développée. Mais elle est victime d'un sac mené par le Prince Noir (Édouard de Woodstock, prince d'Aquitaine et de Galles) et son armée en septembre 1370. La Cité est en grande partie détruite, mais les seules victimes sont les membres de la garnison installée peu auparavant par les Français qui sont au nombre de trois cents personnes. Les « civils » de la Cité sont faits prisonniers. La Cité mettra beaucoup de temps à se relever de ce désastre.

À l'extérieur des murailles, les faubourgs prennent beaucoup d'ampleur : faubourg du pont Saint-Martial, faubourg Manigne, faubourg Boucherie.

Les Dominicains, les Franciscains, les Carmes s'installent dans ces quartiers populaires.

Limoges est au Moyen Âge chef-lieu d'une vicomté.

Époque moderne

XVIe et XVIIe siècles : la « ville sainte »

Ce plan de 1765 montre que la ville est toujours divisée en deux entités : en haut, la Cité, en bas le Château (ici la ville).

Les temps difficiles des guerres de Religion touchent relativement peu le Limousin et Limoges. Le prosélytisme réformé est d'ampleur réduite et de peu d'effets dans la population. On peut citer néanmoins le jet d'un caillou contre une châsse lors d'une procession, le prêche prononcé par Jeanne d'Albret place Sous-les-Arbres, au chevet de la basilique Saint-Martial, et l'ouverture éphémère d'un temple protestant dans le quartier de la Croix-Mandonnaud. Une brève tentative de la Ligue pour s'emparer du Château échoue devant la détermination des bourgeois et des chefs de la commune. Deux consuls sont blessés dont l'un, Étienne Pinchaud mortellement, et un capitaine de la milice succombe aussi à ses blessures, mais les ligueurs sont contenus et plusieurs de leurs chefs sont exécutés[4].

Le passage des armées du duc des Deux-Ponts, qui livre peu de temps après la bataille de la Roche-l'Abeille, à quelques kilomètres au Sud, ne touche pas la ville.

Par contre, le XVIIe siècle est capital dans l'histoire religieuse de la ville : c'est le moment où la Contre-Réforme (réforme catholique) prend une très grande ampleur ; des évêques énergiques accomplissent une tâche considérable, épaulés par des personnalités laïques ou non (Bernard Bardon de Brun, etc.). En quelques années, six compagnies de pénitents sont créées, plusieurs couvents fondés (les Cordeliers, les Récollets, etc.) ou réformés (les Carmes, la Règle, les Feuillants, etc.) et de grands travaux de reconstruction se multiplient (la Règle, par exemple). Deux séminaires sont érigés : séminaire des Ordinands et séminaire de la Mission[5]. Le Collège, confié aux jésuites, encadre la formation des élites locales. Limoges y acquiert le surnom de « ville sainte »[6].

XVIIIe siècle : la réunion

Les intendants royaux tentent d'ouvrir la ville médiévale. En 1712, est tracée la place Dauphine (actuelle place Denis-Dussoubs) dont l'architecture est caractéristique des places royales. Les remparts sont progressivement arasés, laissant place à de larges boulevards plantés d'arbres, ouvrant la ville sur la campagne. La place du Présidial est transformée par Turgot, de nombreux hôtels particuliers répondant au goût classique fleurissent : l'hôtel Bourdeau de la Judie (rue Cruche-d'or) et l'hôtel Pétiniaud de Beaupeyrat (rue Ferrerie) à l'intérieur des anciens murs du Château, mais aussi l'Hôtel Niaud et l'Hôtel Naurissard (actuelle Banque de France) sur les récents boulevards. La Cité se modernise aussi avec la construction du nouveau palais épiscopal (1777) et celle du couvent de la Providence. Les premières manufactures sont créées (textiles surtout, mais aussi faïences, puis les toutes premières manufactures de porcelaine dure de Limoges). Ainsi, à la veille de la Révolution, Limoges est en passe de devenir une ville moderne.

Époque contemporaine

Notes et références

Voir aussi

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