Histoire de l'ichtyologie
histoire de la science qui traite des poissons
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L'ichtyologie est la science qui traite des poissons. Le champ temporel de l'ichtyologie recouvre une période qui va de la révolution supérieure du Paléolithique jusqu'à aujourd'hui. La pratique de l'ichtyologie est par ailleurs ancestrale sur les littoraux, bien que son caractère proprement scientifique se soit affirmé en même temps que se développaient les autres disciplines de la zoologie et de la médecine à partir du XVIe siècle.
Préhistoire
L'étude des poissons trouve ses origines dans les activités humaines de subsistance (pêche, utilisation des écailles, etc.)[1]. Michael Barton, un ichtyologiste américain, explique que « les premiers ichtyologistes ont été les chasseurs-cueilleurs, qui apprirent à se fournir en poissons "utiles", et qui savaient où et quand les trouver en abondance ». Les premières manifestations culturelles comme l'imagerie du poisson témoignent de cette connaissance empirique.
Antiquité
Les premiers phénomènes bioélectriques connus sont les décharges produites par l'organe électrique de certains poissons. Des bas-reliefs de l'Égypte antique représentent des poissons-chats, dont on sait qu'ils peuvent générer des impulsions électriques de plus de 350 V (bas-relief de la tombe de Ti à Saqqarah, datant de 2750 av. J.-C. environ par exemple)[2].
Aristote reconnaît l'ichtyologie comme une discipline d'étude scientifique formelle. Entre -335 et -322, il fournit la première classification taxinomique des poissons, dans laquelle il décrit correctement 118 espèces de la mer Méditerranée[3]. De plus, Aristote réalise des observations de l'anatomie et du comportement de différentes espèces de poissons et de mammifères marins. L'inclusion des mammifères marins dans les poissons perdurera jusqu'au XVIIIe siècle. Certains de ses élèves poursuivent ces recherches ichtyologiques après sa mort. Ainsi, Théophraste rédige un traité sur les poissons amphibiens. Les Romains, quoique moins portés sur les sciences, ont produit beaucoup d'écrits sur les poissons. Pline l'Ancien, un naturaliste romain célèbre, synthétise les travaux grecs en matière d'ichtyologie, introduisant des raffinements tantôt vérifiables (par exemple le poisson-scie), tantôt farfelus (telle la sirène). La contribution de Pline l'Ancien[4] a été le dernier grand apport à l'ichtyologie jusqu'à la Renaissance européenne. Pourtant, Élien a rédigé vers 220 une histoire des animaux en 17 volumes dans laquelle sont décrites quelque 130 espèces de poissons. Les poèmes didactiques d'Oppien de Corycos, les Halieutiques sur la pêche, contiennent aussi beaucoup de descriptions et de narrations sur les poissons connus des Anciens au IIe siècle[5].
En Méditerranée, 5 espèces au moins de poissons électriques sont connues, comme Torpedo torpedo (torpille) dont il existe des représentations anciennes (mosaïque de Pompéi du Ier siècle). La torpille peut générer des impulsions de 45 V. Bien que leur mécanisme fût inconnu, les décharges générées par ces poissons étaient utilisées d'une manière que l'on pourrait décrire comme de l'« électrothérapie ». Scribonius Largus, sous le règne de l'empereur Claude (41-54) décrit ainsi le traitement contre la migraine ou contre la goutte[6].
Et, sans que l'on puisse le qualifier d'ichtyologue, Ausone, vers 350, dans une ode appelée Moselle, décrit de très nombreux poissons d'eau douce[7] ; c'est d'ailleurs lui qui donna à la truite son nom actuel[réf. nécessaire].
Moyen Âge
Le développement de la pisciculture au Moyen Âge en Europe, ne développe pas beaucoup cette science ; cependant plusieurs publications sont à noter.
Des descriptions scientifiques quoiqu'informelles des poissons se retrouvent dans la tradition judéo-chrétienne. Les règles de l'alimentation cacher interdisent la consommation de poissons dépourvus d'écailles et de nageoires. Les théologiens et les ichtyologistes débattent pour savoir si Saint Pierre et ses contemporains consommaient les poissons provenant de l'actuel lac de Tibériade : cyprinidae des genres Barbus et Migorex, cichlidae du genre Sarotherodon et Mugil cephalus (famille du Rouget).
La Renaissance
XVe siècle
Vers 1480 (sans doute en 1486) — Juliana Berners, probablement prieure du couvent de Sopwell près de St Albans, fait paraître un ouvrage sur la chasse, la vénerie et la pêche[8],[9].
XVIe siècle
Au cours d'une brève période s'étendant sur seulement quinze ans, durant le premier quart du XVIe siècle, naquirent cinq savants qui allaient fondamentalement transformer l'histoire naturelle en Europe du Sud-Ouest et asseoir les bases solides de l'ichtyologie moderne. Classés selon leur année de naissance, ces précurseurs sont : Guillaume Rondelet (France, 1507–1566), Ippolito Salviani (Italie, 1514–1572), Conrad Gessner (Germano-Suisse, 1516–1565), Pierre Belon (France, 1517–1564) et Ulisse Aldrovandi (Italie, 1522–1605 ou 1607). Cette émergence simultanée de figures scientifiques majeures, accompagnée d'un grand nombre d'autres chercheurs de renom moindre, marque le plein essor de la Renaissance en Europe occidentale, période charnière où la convergence de forces intellectuelles et culturelles a profondément renouvelé la conception occidentale du monde[10]. La naissance de l'ichtyologie moderne procède en particulier des écrits de trois d'entre eux : Ippolito Salviani, Pierre Belon et Guillaume Rondelet. Tous trois réalisent de vraies études exhaustives, ce qui n'avait jamais été fait. Leurs découvertes originales connaissent de ce fait un large succès, dans ce qui a parfois été appelé la « Période de l'érudition » d'après Cuvier[11].
Pierre Belon fait paraître L'histoire naturelle des estranges poissons marins, avec la vraie peincture et description du daulphin, et de plusieurs autres de son espèce en 1551 et La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts représentez au plus près du naturel en 1555. Le terme de poisson regroupe encore tous les animaux marins : de la baleine à l'otarie, du crustacé à l'anémone en passant par l'hippopotame ou la loutre et, bien sûr, les poissons.
En 1554, Salviani fait paraître son Aquatilium Animalium Historia, illustré par des gravures sur cuivre, l'un des premiers livres faisant appel à ce genre de procédé.
Rondelet fait paraître en 1554-1555 plusieurs livres sur la faune aquatique d'une très grande qualité scientifique. Il est notamment très critique sur les connaissances des auteurs anciens. Le De Piscibus Marinum de Rondelet est bien souvent cité comme l'ouvrage le plus influent ; il regroupe 224 espèces de poissons[3].
Valerius Cordus (1515-1544) voyagea en Italie en 1542. À Venise, il étudia l'ichthyologie de la mer Adriatique, et décrivit, d'une manière exacte, soixante-six espèces de poissons ; le manuscrit de ces descriptions tomba, plus de vingt ans après la mort de l'auteur, entre les mains de Conrad Gessner[12].
Gessner et Aldrovandi, non seulement consignèrent l'ensemble des connaissances qu'ils acquièrent par leurs observations personnelles sur les poissons, mais intégrèrent également dans leurs ouvrages majeurs les apports de leurs contemporains et les contributions de nombre d'écrivains précédents. Ces deux savants peuvent légitimement être qualifiés d'encyclopédistes, par leur démarche systématique de compilation et de synthèse du savoir ichtyologique disponible à leur époque[10].
À côté ses productions médicales et littéraires ainsi que des matériaux compilés pour son projet inachevé d'histoire naturelle des plantes et de sa monumentale « Bibliotheca Universalis », Gessner a laissé une œuvre majeure, son « Historia Animalium ». Cet ouvrage, rédigé en langue latine, a été publié progressivement à Zurich (Tiguri) entre 1551 et 1587. Ce corpus comprend quatre grands volumes in-folio totalisant 4500 pages, illustrées par des centaines de gravures sur bois, qui synthétisent l'état des connaissances mondiales, anciennes et contemporaines, relatives aux animaux connus à son époque. Ce travail comporte une section dédiée à la nature des poissons et des animaux aquatiques qui porte le titre suivant : « Historiae Animalium Liber IIII qui est de Piscium & Aquatilium animantium natura, Tiguri 1558 »[10].
La description d'Ulisse Aldrovandi des poissons de son cabinet de curiosités montre l'intérêt des premiers naturalistes pour la faune aquatique. L'œuvre majeure d'Aldrovandi porte le titre d'« Opera omnia ». Elle regroupe treize volumes in-folio de grande taille, publiés à Bologne (Bononia) entre 1599 et 1668. Seuls cinq, voire six tout au plus, parurent du vivant de l'auteur, décédé en 1605 ou 1607 ; les autres furent édités ultérieurement par divers héritiers intellectuels, notamment ses élèves, ses successeurs et d'autres amis. Tous ces ouvrages adoptèrent le format in-folio, orné de milliers de gravures sur bois. L'ensemble des Opera constitue la plus vaste histoire naturelle collective jamais éditée. Le volume concernant les poissons porte le titre suivant : « De piscibus libri V et de cetis lib. unus. Bononiae, 1613 ». La section spécifique traitant des poissons s'étend sur 668 pages in-folio, illustrées par des centaines de gravures sur bois généralement plus rudimentaires que celles réalisées par Belon. Bien qu'un certain nombre de figures et de descriptions concernent de nouvelles espèces de poissons méditerranéens, la majeure partie de l'ouvrage est constituée d'une compilation de données existantes, dépassant même dans cette entreprise celle observée chez Gessner[10].
XVIIe siècle
On connaît, au début de ce siècle, un peu plus de 1 200 espèces de poissons. Les progrès notables réalisés dans la navigation et la construction navale sont le point de départ d'une nouvelle pratique de l'ichtyologie. Durant cette période la plus riche en termes d'exploration et de colonisation, et sur la base de l'intérêt pour la navigation, l'histoire naturelle peut se développer.
Georg Markgraf (1611-1648), originaire de Saxe, écrit le Historia Naturalis Brasilae en 1648. Cet ouvrage est la première étude scientifique de cent espèces de poissons venant d'une autre région que la Méditerranée[3].
En 1680, Joseph-Guichard Duverney (1648-1730) a disséqué 17 espèces de poissons en Bretagne pour étudier leur structure, les dessins étant exécutés par Philippe de La Hire (1640-1718) qui l'accompagnait[13].
En 1686, a lieu la publication par John Ray (1627-1705) de De Historia piscium de Francis Willughby (1635-1672) décédé quatorze ans plus tôt. Il s'agit d'une œuvre extrêmement importante, clarifiant la classification, jusque-là très embrouillée, des poissons. 178 espèces décrites étaient des découvertes récentes. 420 espèces y sont décrites dont près de 180 encore acceptées de nos jours[3].
XVIIIe siècle
Les principaux auteurs pré-linnéens
Au commencement du XVIIIe siècle, Joseph-Guichard Duverney (1648-1730) participait au meilleur travail scientifique publié jusqu'alors sur la respiration des poissons[14].
Jakob Theodor Klein (1685-1759) fait paraître Historia Naturalis Piscium (vers 1745) qui n'est guère qu'un catalogue suivant Rondelet. Laurentius Theodorus Gronovius (1730-1777) fait paraître en 1754-1756 : Museum ichthyologicum sistens piscium indigenarum et quorundam exoticorum.... Cette étude représente deux ouvrages plus importants continuant l'œuvre classificatoire de Ray et Willughby. Il a développé et popularisé une technique novatrice de conservation des poissons qu'il a décrite dans un article publié en 1742. Il préconisait de préparer les spécimens en séchant soigneusement leurs peaux et en les écrasant à plat, à la manière dont on conserve les plantes dans un herbier. Cette méthode, qu'il vantait comme étant à la fois économique et simple, permettait aux naturalistes d'envoyer facilement des échantillons dans des enveloppes à travers l'Europe, favorisant ainsi les échanges internationaux. Il préférait le spécimen physique à l'image et s'est opposé à ceux qui valorisaient les livres richement illustrés, comme Mark Catesby, arguant que les gravures, aussi belles soient-elles, ne servaient pas véritablement la cause de la classification scientifique. Pour Laurentius, seul l'objet tangible, conservé selon sa méthode, permettait de vérifier objectivement les caractéristiques nécessaires au classement, telles que le nombre exact de rayons aux nageoires ou les structures osseuses visibles[15].
L'apport linnéen
La classification des espèces est inventée par Carl von Linné, le père d'une taxinomie qui deviendra la systématique moderne. Un de ses élèves et collègues, le naturaliste suédois Peter Artedi, est souvent qualifié de père de l'ichtyologie du fait de ses découvertes importantes. C'est Albertus Seba, un pharmacien prospère d'Amsterdam, qui possédait une grande collection de poissons qu'il mit à la disposition d'Artedi et qui permit à celui-ci de faire ses découvertes. Malheureusement, Artedi se noya dans un canal de la ville à l'âge de trente ans. Linné fait paraître, après sa mort, deux ouvrages de celui-ci, Bibliotheca Ichthyologica et Philosophia Ichthyologica (1738)[16]. Les connaissances de Linné sur les poissons viennent manifestement d'Artedi[17],[18]. Ils ont mis à jour cinq ordres supplémentaires chez les poissons : Malacopterygii, Acanthopterygii, Branchiostegi, Chondropterygii, et Plagiuri[3].
Linné a également révisé les ordres introduits par Artedi, soulignant l'importance de la paire de nageoires pelviennes. Les poissons qui en sont dépourvus furent placés dans l'ordre des Apodes ; ceux possédant un abdomen, une cage thoracique ou des jugulaires pelviennes furent catégorisés sous l'ordre des Abdominales, des Thoracici et des Jugulares respectivement[19]. Cependant, ces modifications n'étaient pas étayées par la théorie de l'évolution d'alors. De fait, il faudra attendre les travaux de Charles Darwin, un siècle plus tard, pour que soit perçue la corrélation entre les caractéristiques taxinomiques et les relations phylogénétiques, les premières étant des conséquences des secondes.
L'Exploration
Vers le milieu du 18e siècle vint l’époque des voyages maritimes, dits « scientifiques »[20]. Autour des années 1750, les premières études de faunes extra-européennes paraissent. Elles sont notamment l'œuvre d'étudiants de Carl von Linné. Iter Chinensis de Pehr Osbeck renseigne sur la faune de Chine, Iter Palæstinum de Fredric Hasselquist sur celle du Proche-Orient. Il faut mentionner pour le nouveau continent : Natural History of Carolina, Florida and the Bahama Islands de Mark Catesby, première étude de la faune et de la flore d'Amérique du Nord. L'Amérique fait l'objet de plusieurs études successives dont celles de Sir Hans Sloane ou de Patrick Browne sur la Jamaïque, celle de Charles Plumier sur la Martinique. La faune de l'Alaska et de la Sibérie est pour la première fois décrite par Georg Wilhelm Steller. Ces régions sont alors explorées plus systématiquement, notamment par Johann Georg Gmelin et Johann Anton Güldenstädt. Outre ces quelques exemples représentatifs d'explorateurs, il faudrait citer d'autres naturalistes comme Thomas Pennant qui écrit sur les poissons de Grande-Bretagne, Johan Ernst Gunnerus sur ceux de Norvège, Otto Friedrich Müller sur ceux du Danemark, François Valentijn et Jan Nieuhof sur ceux de l'Asie du Sud, Henri Louis Duhamel du Monceau sur ceux de France, Francesco Cetti sur ceux de Sardaigne, Juan Ignacio Molina sur ceux du Chili et Antonio Parra pour ceux de Cuba. En 1768 est publié l'œuvre de Morten Thrane Brünnich, Icthyologia Massiliensis sur des poissons récoltés à Marseille[19].
La consolidation du savoir
Le berlinois Marcus Elieser Bloch (1723-1799) consolide le savoir ichtyologique du siècle des Lumières. Il est l'auteur d'un des plus importants, et sans doute l'un des plus beaux, ouvrages sur les poissons du XVIIIe siècle : Allgemeine Naturgeschichte der Fische, en douze volumes. Les 432 planches sont peintes à la main. Les trois premiers volumes décrivent les poissons d'Allemagne et des États prussiens et sont intitulés Die Oekonomische Naturgeschichte der Fische Deutschlands, Besonders des Preussischen Staates et Oekonomische Naturgeschichte der Fische Deutschlands. Les autres volumes traitent des poissons des autres régions du monde et sont intitulés Naturgeschichte Ausländischer Fische. Après la publication de cette somme de travaux en 1785, Bloch décide de réaliser le catalogue de toutes les espèces connues. Il sera publié à titre posthume, en 1801, par son collaborateur Johann Gottlob Schneider (1750-1822) sous le titre de M.E. Blochii Systema Ichthyologiae ; 1 519 espèces y sont décrites[19].
Le legs de Buffon
Georges-Louis Leclerc de Buffon (né en 1707), intendant du Jardin du Roi à Paris, fut l'un des principaux naturalistes des Lumières et auteur de l'Histoire Naturelle, Générale et Particulière, ouvrage incomplet de trente-cinq volumes couvrant mammifères, oiseaux et minéraux après quarante-trois années de rédaction. La partie sur les poissons n’est pas publiée de son vivant. L'Histoire Naturelle est continuée par Lacépède, son disciple. Contrairement à Carl Linné, également né en 1707 et défendeur d'une classification fixe des espèces conçues selon la Genèse, Buffon promeut une conception dynamique de la nature. Son approche privilégiant l'observation continue et le rejet des catégorisations rigides, qualifiée ultérieurement de « complexisme », s'oppose au système linnéen. Après sa mort le 18 avril 1788 et son enterrement suivi par un cortège de vingt mille personnes, Buffon subit un renversement posthume cinq ans plus tard lorsque sa tombe fût profanée et un buste de Linné installé au Jardin du Roi, là où se trouvait sa statue[21].
La fin du XVIIIe siècle et le tout début du XIXe siècle sont ainsi marqués par l'œuvre de Lacépède (1756-1825), avec l'Histoire naturelle des poissons (en cinq volumes in-4°, entre 1798 et 1803), largement inspirée des notes et des collections laissées par Philibert Commerson (1727-1773)[19]. À l'aube du XIXe siècle, Lacépède continue ainsi, dans le domaine ichtyologique, l'œuvre de Buffon (1707-1788)[21].
XIXe siècle
Les faunes locales
Tous ces ouvrages suivent diversement le système linnéen. C'est le cas de Patrick Russell (1727-1805) dans son livre Two Hundred Fishes Collected at Vizagapatam and on the Coast of Coromandel qui paraît en 1803. Dans ce cas, les noms attribués aux espèces décrites, même pour celles qui le sont pour la première fois, ne sont pas considérés comme valides. Le naturaliste Wilhelm Gottlieb von Tilesius von Tilenau prend part à la première expédition russe de circumnavigation (1803-1806) dirigée par le capitaine Johann Adam von Krusenstern et détaille dans de nombreuses publications les poissons récoltés durant ce voyage. Antoine Risso (1777-1845) publie en 1810 une bonne étude de la faune de Nice, Ichthyologie de Nice qu'il élargit en 1826 à une Histoire Naturelle de l'Europe Meridionale. En Méditerranée également, Constantine Samuel Rafinesque (1783-1840) fait paraître en 1810 deux ouvrages d'ichtyologie sur la faune de Sicile : Caratteri di Alcuni Nuovi Generi et Ittiologia Siciliana. Il se rend par la suite aux États-Unis où il rédige l'Ichtyologia Ohiensis publié en 1820[19].
L'explorateur John James Audubon (1785-1851) est également un des importants découvreurs dans la zone nord-américaine. Il serait à l'origine de la description par Rafinesque d'un poisson imaginaire (Litholepis adamantinus) dont il lui aurait fourni un dessin[19],[3]. Charles-Alexandre Lesueur, un étudiant de Cuvier, s'installa dans la région des Grands Lacs pour y étudier les espèces locales[22],[3.1],[23].
L'exploration scientifique des Amériques souligna dans le même temps la très grande variété des poissons dans le monde. Pierre Broussonet publie en 1782 la première partie d'un travail sur les poissons, Ichthyologiae Decas I, basé sur des spécimens récoltés lors des voyages de James Cook[24],[25].
Les synthèses
À l'aube du XIXe siècle, le parisien Georges Cuvier (1769-1832) s'intéresse à la consolidation du savoir ichtyologique, dans la lignée de Buffon continuée par Lacépède. Cuvier, assisté par Achille Valenciennes (1794-1865), fait une synthèse de toutes les informations de la discipline dans sa monumentale Histoire Naturelle des Poissons publiée entre 1828 et 1849 qui contient 4 514 espèces de poissons, dont 2 311 nouvelles, ce qui en fait encore aujourd'hui l'un des traités les plus ambitieux. Malgré quelques défauts, la collection de 22 volumes va devenir l'ouvrage de référence de nombreuses générations d'ichtyologistes[19],[3]. Auguste Duméril (1812-1870) va compléter l'œuvre de Cuvier en publiant une Histoire naturelle des poissons en deux volumes paraissant en 1865 et 1870. Duméril y décrit notamment des espèces non traitées par Cuvier et Valenciennes comme les requins[19].
Johannes Peter Müller (1801-1858) entame mais n'achève pas son travail sur la classification des poissons[26]. Par ailleurs, le suisse Louis Agassiz (1807-1873) fait sa réputation en étudiant les poissons et organismes d'eau douce ; il est le pionnier de la paléoichtyologie. Né en Suisse, Agassiz émigra ensuite aux États-Unis et enseigna à Harvard en 1846[19].
Albert Charles Lewis Günther (1830-1914) est la dernière personne qui étudie l'ensemble des poissons connus à travers le globe[26].
L'augmentation des connaissances
Le fameux conservateur du British Museum Albert Charles Lewis Günther va jouer un rôle considérable dans le développement de l'ichtyologie. Il fait l'inventaire des collections de poissons du muséum qui paraît sous la forme de son Catalogue of the Fishes of the British Museum en huit volumes de 1859 à 1870. Il décrit 6 843 espèces certaines et 1 682 espèces douteuses. Le naturaliste Huxley (1825-1895) publia de nombreux mémoires sur l'anatomie des poissons. Il a travaillé sur les poissons fossiles, en particulier sur les crossoptérygiens qu'il a séparé des ganoïdes et des dipneustes[19].
Généralement considéré comme l'un des ichtyologistes les plus influents, David Starr Jordan (1851-1931) écrit 650 articles et livres sur les poissons[3].
Les premières observations de métamorphose de leptocéphales datent de la fin du XIXe siècle. Gill établit le premier la relation entre Leptocephalus morrisii et Conger vulgaris en 1864. Puis Delage confirme cette observation en 1886. Enfin en 1896, le zoologiste italien Giovanni Battista Grassi (1854-1925) établit qu'un autre type de larve leptocéphale, appelée Leptocephalus brevirostris par Kaup en 1856 constituaient un stade larvaire océanique des Anguilles. Ce qu'il confirme avec Calandruccio en 1897. Il aura donc fallu attendre quarante ans pour établir un lien avec Anguilla[27].
XXe siècle
Au début du XXe siècle, le nombre d'espèces connues atteint 12 000, et en 1992 on évalue à 22 000 le nombre des espèces connues[28].
Le tournant du siècle est marqué par l'œuvre du successeur de Günther : George Albert Boulenger (1858-1937). Travaillant au Département d'histoire naturelle du British Museum de 1880 à 1920, Boulenger décrit plus de 1 000 espèces nouvelles de poissons.
La découverte du lien entre L. brevirostris et l'anguille a eu une très grande portée au début du XXe siècle. Elle fit l'effet pour le Danemark, d’une « affaire nationale », et entraîna le biologiste danois Johannes Schmidt (1877-1933) à la recherche de l’aire de ponte des anguilles européennes. Il suivit, le long de l'Océan Atlantique, la distribution des leptocéphales de taille décroissante jusqu'à ce qu'il identifie en 1922 la mer des Sargasses comme le lieu de naissance et de reproduction des Anguilles[27].
Le Cœlacanthe, qui n'était connu par les scientifiques qu'à l'état de fossile, fut découvert en 1938 par Marjorie Courtenay-Latimer (1907-2004) et identifié en 1939 par James Leonard Brierley Smith (1897-1968) en tant que Latimeria. Cette découverte a mis en lumière l'ichtyologie sud-africaine sur la scène internationale, et J.L.B. Smith a produit la première édition de l'ouvrage pionnier Sea Fishes of Southern Africa en 1949. Par la suite, en 1986, avec l'aide de nombreuses contributions locales et internationales, Margaret M. Smith et Phillip H. Heemstra ont compilé l'ouvrage Smiths' Sea Fishes, qui documentait plus de 2000 espèces de la région[29].
La science halieutique est née de l'histoire naturelle au tournant du XXe siècle, suite à l'introduction du chalutage à vapeur qui a provoqué un déclin des captures côtières et du rendement à l'effort dans la mer du Nord et d'autres zones de pêche de l'Atlantique Nord. La réponse scientifique, qui inclut la fondation de l'ICES (Conseil international pour l'exploration de la mer), a conduit à des avancées scientifiques majeures, notamment le développement de la première théorie unificatrice en sciences halieutiques par Beverton et Holt en 1957. La science halieutique a également conduit au développement de bases de données liées à l'ichtyologie et aux pêches, d'abord au format « papier », puis sur CD-ROM et enfin sur internet[30]. Les principales étant :
- Annuaires FAO : 1948, première version papier sur les pêches ; 1995 première version informatique sur CD-ROM ; en 2000 inclusion de l'aquaculture dans l'annuaire ; 2003 données accessibles sur le web à partir du logiciel FISHSTAT+[31].
- ECoF : le catalogue Eschmeyer est la première source faisant autorité sur la classification des poissons. En 1980 sont publiées les premières versions de « Genera of Fishes » (les genres des poissons) et du « Catalog of Fishes » (Catalogue des poissons) sur papier ; en 1997 la première version web est mise en ligne[32].
- Fishbase, est la base de référence sur les données bio-écologiques des poissons : 1995, premier CD-ROM public[33] ; en 1998-99 première version internet[34].
- WoRMS le World Register of Marine Species et ses bases associées forment un groupe de bases de données faisant autorité sur la taxonomie de l'ensemble des espèces marines[35]. La base a été mise en ligne en 2007[36].
XXIe siècle
Selon les données mises à jour au 19 mai 2026 de l'Eschmeyer's Catalog of Fishes, la base de référence mondiale pour l'ichtyologie, il existe 37 630 espèces valides de poissons répartis dans 5 341 genres. Parmi ces espèces, près de la moitié (19 277) sont d'eau douce. On observe une augmentation récente du nombre de descriptions, avec 408 nouvelles espèces ajoutées en 2025 et 126 au début de l'année 2026. Ce dynamisme taxonomique est attribué à l'accroissement des financements, au travail accru des chercheurs et à une meilleure exploration de certaines régions géographiques. La méthode de comptage exclut les noms non disponibles et considère généralement les noms sans attribution précise (nombreux depuis le XIXe siècle) comme des synonymes[37],[32].
En 2019, deux nouvelles espèces d'anguilles électriques sont décrites dans le genre Electrophorus, qui a été considéré pendant plus de 250 ans comme n'étant formé que d'une seule espèce[38],[39].
En 2020, l'Espadon de Chine (Psephurus gladius) est déclaré espèce éteinte selon les critères de la liste rouge de l'UICN[40].
Frise chronologique
