Histoire des Juifs à Bełżyce

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L'histoire des Juifs à Bełżyce commence dès la fin du XVe siècle avec l'arrivée de quelques familles. Au cours des siècles la population juive va croitre régulièrement jusqu'à représenter au début du XXe siècle plus de 50 % de la population de la ville. La communauté est totalement exterminée par les Allemands lors de la Shoah pendant la Seconde Guerre mondiale.

Bełżyce est une ville du powiat de Lublin dans la voïvodie de Lublin, dans le sud-est de la Pologne. Située à 25 km à l'ouest de Lublin, la ville compte actuellement près de 6 000 habitants,

La communauté au XVe et XVIe siècles

Des Juifs ont très probablement commencé à s'installer à Bełżyce dès la fin du XVe siècle[1]. Au départ, il s'agit d'un petit groupe de marchands attirés par la ville en raison de sa situation sur la route royale reliant Cracovie à Vilnius via Sandomierz et Lublin. Un plus grand nombre de Juifs vont s’installer à Bełżyce au XVIe siècle, probablement vers 1560[2]. À l’instar des populations juives d’autres villes, ils exercent principalement des activités commerciales et artisanales, mais fournissent également le gîte et le couvert aux marchands empruntant la route royale et aux riches nobles ariens et calvinistes arrivant en ville. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, le nombre de Juifs résidant à Bełżyce est si important que la communauté se voit accorder le privilège de construire une grande synagogue. Situé sur la place au sud du marché, l'édifice est plus haut que tout autre bâtiment de la ville[3].

Réponse de Jacob de Bełżyce aux Dialogues de Marcin Czechowic- 1581

Un document datant de 1574 mentionne le nom de trois Juifs vivant à Bełżyce à cette époque : Abram, Jakub et Josko, qui possèdent tous des terrains et des maisons dans la ville. D'autres sources datant de la seconde moitié du XVIe siècle mentionnent l'école juive de Bełżyce (Beth Midrash) ; l'un de ses enseignants est Jacob Nachman, également connu sous le nom de Jacob de Bełżyce[4]. C'est un érudit, un prédicateur et un défenseur des lois talmudiques de renom, considéré comme l'un des plus grands experts médicaux du XVIe siècle. Dans son magnum opus de 1581 intitulé Odpis Jakóba z Bełżyc na Dialogi Marcina Czechowica (Réponse de Jacob de Bełżyce aux Dialogues de Marcin Czechowic), il débat des enseignements propagés par le célèbre prédicateur arien, abordant par exemple les accusations concernant l’utilisation par les Juifs de sang chrétien à des fins liturgiques. L’ouvrage de Nachman est le premier livre connu écrit en polonais par un Juif polonais et devient partie intégrante des réalisations de l’école talmudique polono-lituanienne, qui commence à se développer au XVIe siècle et s’engage dans des polémiques à grande échelle contre les théories répandues dans les communautés catholique, arianiste et calviniste polonaises. Jacob de Bełżyce et Marcin Czechowic prennent également part à deux débats théologiques publics qui se sont déroulés lors des synodes ariens, en 1569 à Bełżyce et en 1572 à Lublin[5],[6].

Au XVIIe siècle, Bełżyce joue un rôle prépondérant au sein des communautés juives polonaises, comme en témoigne le fait que la ville accueille les sessions du Conseil des Quatre Pays, organe central de l'autonomie juive dans la république des Deux Nations, en 1643, 1689 et 1691[7],[8].

La communauté au XVIIe et XVIIIe siècles

Le développement de Bełżyce est compromis par une attaque de l'armée cosaque menée par Bogdan Khmelnitski en 1648. La majeure partie de la ville est détruite, y compris la synagogue et l'école juive. De plus, les Cosaques ont très probablement perpétré un pogrom contre les Juifs locaux[9]. Cependant, la communauté juive renait relativement rapidement. En 1676, les Juifs représentent 23 % de la population de la ville. Le quartier dit « juif » comprend la rue Żydowska (aujourd’hui rue 1000-lecia), la rue Zatylna (aujourd’hui rue Jakuba Nachmana) et la rue Południowa (aujourd’hui rue Bednarska).

Malgré la destruction totale de la place du marché lors de l'incendie de 1780, la seconde moitié du XVIIIe siècle marque la période de plus grande prospérité de Bełżyce. En 1788, un escadron de la cavalerie nationale est stationné dans la ville. Bełżyce organise également six foires annuelles auxquelles participent des marchands juifs venus de tout le gouvernement de Lublin. La richesse croissante de la ville contribue de manière significative à l'amélioration de la situation financière de ses habitants, juifs et non-juifs, et de nombreux Juifs des villages voisins commencent à affluer vers la ville. Le commerce et le droit de débit de boissons, c'est-à-dire la production et la vente de vodka et de bière, concédés par les propriétaires de la ville, rapportent d'énormes profits. À l'époque, les Juifs possèdent 19 étals sur la place du marché, ainsi que des tavernes avec des écuries, reconstruites après le grand incendie de 1780[10].

La communauté du début du XIXe siècle à la Première Guerre mondiale

Au début du XIXe siècle, Bełżyce devient un important centre hassidique. Le premier leader hassidique à apparaître dans la ville est le rabbin Yitzchak Moshe Azriel Licht (1760-1831)[2].

En 1820, les habitants juifs de Bełżyce représentent environ 50 % de la population de la ville. La plupart d’entre eux vivent du commerce et de l’artisanat, principalement la couture. Ils tiennent également de nombreuses auberges où ils vendent de la vodka et de la bière produites dans la distillerie et la brasserie situées dans la cour[11]. Un autre incendie ravage la ville en 1822, détruisant un tiers de ses bâtiments. L'incendie cause des dégâts considérables à la synagogue, détruit complètement l'hôtel de ville, la majorité des maisons de marché, de nombreuses maisons dans les rues adjacentes, ainsi que les auberges et tavernes juives construites après 1780. Elles ne seront jamais reconstruites. Les propriétaires juifs érigent de modestes maisons en bois à l'emplacement des bâtiments d'origine.

En 1842, des représentants de la communauté juive de Bełżyce se présentent devant la Commission gouvernementale des affaires intérieures à Varsovie pour protester contre le détournement de fonds commis par l'ancien propriétaire de la ville, Witold Brzeziński, qui bénéficie du soutien du gouvernement du gouvernorat de Lublin. En 1844, le conflit déclenche une série d'émeutes impliquant des Juifs locaux, qui refusent de payer la taxe dite « sierpowy » et passent à tabac un policier qui tentait de faire respecter le paiement de la somme due. Le différend entre les Juifs et le propriétaire de la ville est tranché en faveur des premiers en 1859[12].

En 1859, Bełżyce compte une population totale de 1 693 habitants, dont 757 Juifs, soit près de 45 %. Parmi les Juifs vivant dans la ville, on compte : 49 commerçants de marchandises diverses, 17 tailleurs, 57 cordonniers, trois boulangers, deux fourreurs, deux tanneurs, un distillateur et cinq aubergistes[12]. Au cours des années suivantes, la communauté juive s’agrandit rapidement. À la fin du XIXe siècle, elle compte 1 705 membres, soit 53 % de la population de la ville. À cette époque, le célèbre rabbin Gedaliah Samuel Jakobson exerce à Bełżyce.

Le quartier juif de Bełżyce en 1915

Comme dans d’autres localités de la région, la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle ont marqué une période d’émancipation pour la communauté juive de Bełżyce, imprégnée de nouveaux courants intellectuels et d’idées politiques. L'association caritative « Achi Ezer » (Aide fraternelle) est fondée à Bełżyce, tandis que dans la ville voisine de Bychawa, un Juif originaire de Bełżyce, Szloma Klajman, ouvre le premier entrepôt pharmaceutique. Le rabbin officiel du district de la synagogue de Bełżyce est Jakub Sznejderman, tandis que le poste d’assesseur (conseiller auprès du bureau du rabbin) est occupé par Szulim Rotenstein. La communauté compte quatre shochetim (abatteurs rituels): Abandel Kałma, Chaskiel Szapiro, Abandel Troppe et Perec Goldberg. Les statistiques de l'époque indiquent que les cérémonies religieuses à la synagogue sont régulièrement suivies par environ 230 hommes adultes (c'est-à-dire âgés de plus de 12 ans).

Bełżyce dans les années 1930

L'entre-deux-guerres

Lorsque la Pologne retrouva son indépendance en 1918, Bełżyce compte une grande synagogue et un Beth Midrash, six lieux de prière privés, huit heders, un mikvé (bain rituel), un abattoir rituel et deux cimetières : l'ancien (désaffecté) et le nouveau, ouvert en 1825 à Bełżyce[13],[14]. En 1921, la ville compte une population totale de 3 694 habitants, dont 1 882 Juifs (50,9 %)[2].

Dans l'entre-deux-guerres, Bełżyce est un shtetl typique, partagé entre une communauté chrétienne, qui se consacre principalement à l'agriculture et à la petite production artisanale, et une communauté juive, qui vit du petit commerce (tissus, paraffine, articles en fer), de l'artisanat et de la fourniture de services de crédit aux habitants de la ville et à la communauté. Au début des années 1930, la communauté est propriétaire de la synagogue, du mikvé et des deux cimetières. La ville compte trente-cinq boutiques et étals de marché appartenant à des Juifs. Les tailleurs, cordonniers et vitriers juifs sont très respectés par les citadins et les paysans non juifs. Il y a également un photographe juif, Mostek Goldsztajn, ainsi qu’un barbier et un dentiste, Jakub Kirszt. Au début des années 1920, les sionistes sont très actifs dans la ville. En 1929, ils ouvrent une école hébraïque fonctionnant dans le cadre du réseau Tarbut[2]. Juste avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, la ville compte plus de 2 000 habitants juifs[15].

La Seconde Guerre mondiale et la Shoah

En , Bełżyce est occupée par l'armée allemande. La première exécution de masse a lieu le  ; elle est perpétrée par des policiers militaires allemands, qui fusillent 13 habitants, dont 10 Juifs du village de Niedrzwica Duża situé à 10 km au sud-est de Bełżyce.

En , un ghetto est créé à Bełżyce en vertu d'un règlement du gouverneur nazi du district de Lublin. Les Juifs de Bełżyce et des villes voisines (dont Bychawa et Piotrowice) sont relogés dans une douzaine de maisons de la rue Południowa (aujourd'hui rue Tysiąclecia). Par la suite, le ghetto est rempli de Juifs acheminés via la gare de Motycz depuis Szczecin (Stettin) (300 personnes, le ), Cracovie (500 personnes, en février et ) et Lublin (500 personnes).

En , un groupe de plusieurs milliers de Juifs arrive dans le ghetto ; il s'agit de citoyens allemands originaires de Saxe et de Thuringe[16]. À l'automne 1942, le ghetto de Bełżyce devient un lieu de concentration pour tous les Juifs de la partie sud du district de Lublin. À la suite de transports successifs, le nombre de personnes dans le ghetto atteint son apogée en avec 4 854 prisonniers, soit une augmentation de 2 754 par rapport à . Le ghetto est entouré d’un mur en  ; auparavant, son périmètre était gardé par des policiers juifs. La population du ghetto, entassée dans ce petit espace, est décimée par des épidémies de typhus et des conditions sanitaires épouvantables. Un Judenrat est formé à Bełżyce au début de l’année 1941[2].

En 1941, un groupe de Juifs de Bełżyce est déporté à Poniatowa. Un autre groupe est envoyé à Majdanek, où il travaille à la construction du futur camp de concentration[2].

En 1942, les nazis commencent à liquider progressivement le ghetto de Bełżyce. Début , environ 3 000 Juifs sont déportés au camp d'extermination de Sobibór[2]. Le , lors des préparatifs du transport, les Allemands fusillent 150 hommes âgés et handicapés sur la place devant la synagogue. Les Juifs sont ensuite conduits en toute hâte à la gare de Niedrzwica, située à 10 km de Bełżyce. De nombreuses personnes sont tuées durant la marche.

Les personnes restées dans le ghetto, soit environ 1 200 personnes[2], sont internées dans le camp de travail forcé établi par les Allemands dans des maisons entourant la synagogue en ruines[2]. La plupart des détenues sont des femmes. Elles travaillent principalement dans des ateliers de couture et de cordonnerie, fabriquant des produits pour la Wehrmacht.

Le , le ghetto est finalement liquidé. Certains de ses prisonniers sont tués sur place. Les Juifs reçoivent l'ordre de creuser une longue et large fosse derrière la synagogue de la rue Południowa ; ils sont supervisés par une unité de gardes ukrainiens du camp de Trawniki. Les Ukrainiens commencent alors à assassiner hommes, femmes et enfants, les tuant à coups de pistolet ou de hache sous l'œil vigilant des Allemands. Au total, 750 femmes, 150 enfants et une centaine d'hommes périssent dans le massacre. La fosse est remplie des corps de Juifs morts ou à demi vivants, recouverte de terre, puis nivelée. Environ 250 femmes et 350 hommes sont épargnés, ayant été sélectionnés par les Allemands pour travailler. Certains sont déportés au camp de travail forcé de Kraśnik-Budzyń où ils travaillent pour l'usine Heinkel sur des chaines de production d'avions de la Luftwaffe, tandis que d'autres sont envoyés au ghetto de Piaski Lubelskie (Luterskie)[2].

L'ancienne synagogue est détruite par les Allemands en 1940. Un an plus tard, ils abattent l'autre synagogue, érigée en 1740 juste à côté de la première. Elle abritait le plus ancien rouleau de la Torah de Bełżyce, datant d'environ 1730. Le mikvé et l'école (ancienne demeure du célèbre tsadik Gedali Szmul Jakubson, petit-fils du non moins célèbre rabbin Kelman Icak Jakubson) survivent à la guerre[17].

Porte d'entrée mémoriale du cimetière juif

En , il ne reste plus aucun Juif à Bełżyce. Cependant, peu après la libération de la ville, les habitants d'avant-guerre qui ont survécu à la Shoah commencent à y revenir. Cependant, ils quittent la ville peu après qu'un groupe de soldats de l'unité Ryś de la Zrzeszenie Wolność i Niezawisłość (Organisation pour la liberté et l'indépendance = WiN) ait tué deux Juifs le . Pendant la Seconde Guerre mondiale, la population juive de Bełżyce est presque entièrement anéantie par les nazis. Parmi les rares Juifs ayant survécu à l'occupation figure Nimrod Ariav, dont la mère tenait un magasin de textile à Bełżyce avant la guerre. Nimrod Ariav émigrera en Israël et deviendra ingénieur en aéronautique.

De la présence juive de Bełżyce, qui a représenté à certaines époques jusqu'à la moitié de la population de la ville, il ne reste aujourd'hui qu'un monument et une pierre sur la place devant le Centre culturel municipal, où se dressait autrefois une synagogue, et dans le cimetière juif rénové, ainsi que le nom de la rue Jakub Nachman, en hommage à cet extraordinaire citoyen de Bełżyce du XVIe siècle.

Évolution de la population juive

Personnalités juives nées à Bełżyce

Références et bibliographie

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