Histoire du Stade Malherbe Caen

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Maillots du SM Caen, saisons 1992, 2002 et 2005.

L'histoire du Stade Malherbe Caen est une lente marche vers l'élite du football français. Après une première période professionnelle au sein de la toute nouvelle Division 2 (de 1934 à 1938), le club est après-guerre un des principaux clubs amateurs de Normandie.

En 1970, le club découvre la Division 2 à la suite de son ouverture aux clubs amateurs. Après quinze saisons jouées entre Division 2 et Division 3, le Stade Malherbe adopte le statut professionnel en 1985 et obtient sa première promotion en Division 1 en 1988. Depuis, le club évolue selon les saisons et ses succès entre Ligue 1 et Ligue 2.

Localisation de Caen

Plusieurs clubs de football sont créés à Caen à la fin du XIXe siècle. Parmi ceux-là, on connaît l' Union sportive des étudiants de Caen (USEC), fondée en 1892[1], l'Union Athlétique du Lycée Malherbe (UALM), créée en 1892[2] ou 1895[1], et la normalienne Caen, fondée en 1896. Ces clubs participent aux premières éditions du championnat de Basse-Normandie de football USFSA, que l'USEC remporte en 1901, 1902 et 1904 et l'UALM en 1903.

En est créé le Club Sportif Caennais. Le club omnisports semble plutôt spécialisé dans la pratique de la course à pied et de l'athlétisme, mais il participe également aux compétitions de football. Certaines sources indiquent qu'il a été champion de football USFSA de Basse-Normandie en 1907[3]. Le , André Detolle, Albert Berger et Henri Françoise, anciens membres de l'UALM, créent le Club Malherbe caennais[4], qui s'impose rapidement comme le meilleur club de Basse-Normandie, dont il remporte le championnat USFSA en 1908, 1909, 1910 et 1912[5].

Entre 1909 et 1911, plusieurs rencontres amicales sont organisées avec les Anglais de St Albans, d'abord avec une sélection de joueurs bas-normands, puis directement face au Club Malherbe. Quand ce dernier fusionne en avec l'Union sportive des étudiants de Caen[4], il apparaît comme le principal club de football bas-normand.

Premières années et première aventure professionnelle (1913-1939)

Le temps des championnats régionaux (1913-1934)

Le bistrot du Chalet où le club a été créé

Le Stade Malherbe Caennais naît officiellement le de la fusion du Club Malherbe caennais et du Club sportif caennais[3]. Les discussions entre les deux clubs ont commencé au mois de et ont abouti à une réunion extraordinaire des délégués des deux clubs le lundi [6]. Ces délégués ont décidé de fusionner leurs clubs respectifs dans le « Club Sportif Malherbe Caennais »[6]. André de Borniol en est le premier président, secondé par Henri Pigis. Henri Prestavoine est secrétaire, Victor Mullois trésorier. Le nouveau club est omnisports puisqu'il dispose de trois commissions : association (football), rugby et athlétisme[7]. Il adopte le « Malherbe » et le maillot à rayures du CMC, le « S » et les couleurs rouge et bleue du CSC[8]. Le nom « Stade Malherbe Caennais » est entériné lors de la réunion du [9]. Le club dispose alors de trois équipes de football, de deux équipes de rugby et d'une équipe de cross-country[9]. Le premier match amical de football du nouveau club se déroule le [10]. Les statuts du nouveau club, validés par une assemblée générale se tenant au bar « Le Chalet » le , sont enregistrés en préfecture de Caen le .

En pratique, l'équipe de football du Club Malherbe, engagée en championnat 1re série de Basse-Normandie, change de nom avant le début de la saison. Elle dispute son premier match le contre le CS Honfleur à Venoix puis rencontre le SC Cherbourg, le SC Bernay et enfin l'AS Trouville-Deauville. Le championnat prend fin le après une victoire contre l'ASTD (5-3) devant « plusieurs centaines de spectateurs »[11]. L'équipe remporte la compétition et le Stade Malherbe enregistre son premier titre dès sa première année d'existence. L'équipe est qualifiée pour le championnat de France de football USFSA de 1914, elle dispute son premier match contre le champion de Beauce, Maine et Touraine, l'US Le Mans le [12]. L'équipe caennaise dispose facilement des manceaux par 6 buts à 1[13]. Au tour suivant, le SMC tombe contre les champions de Basse-Bretagne le Stade Quimpérois. Le match devait se dérouler au parc des sports de Rennes le [14]. Mais les Quimpérois font défection et l'équipe joue à l'improviste un match contre une sélection du Stade rennais[15]. L'équipe n'est éliminée qu'en 8e de finale par l'Union sportive saint-servannais, futur demi-finaliste de l'épreuve, après lui avoir tenu tête lors d'un premier duel (3-3) et dû déclarer forfait au second[16].

La Première Guerre mondiale provoque l'arrêt provisoire des compétitions. Surtout, trente-neuf membres du club sont tués pendant les combats[16], dont l'ancien capitaine du CMC Eugène Lesomptier au début du conflit[17],[18]. Une coupe à son nom est disputée à partir de 1918 avec les équipes secondes des clubs de l'USFSA de Basse-Normandie[19].

Le championnat de Basse-Normandie est disputé en 1917-1918[20]. L'édition est remportée par le club et lui permet de glaner son deuxième titre[21]. L'équipe ne participe pas à la coupe de France, dont c'est la première édition, mais à la coupe nationale de l'USFSA et se fait sortir par le HAC par un but à zéro[22].

Le SMC reprendre l'entraînement le afin de préparer les championnats de Basse-Normandie (groupe A) et la coupe E. Lesomptier[23]. Le championnat début fin novembre avec un match contre la SPM Cherbourg (victoire 4-3)[24]. Les phases finales du championnat se déroulent à partir le et en demi-finale, le SMC bat la Société gymnastique de Caen par 5 buts à 4[25]. Mais il perd en finale 1-0[26].

En 1919, le championnat de France USFSA disparaît, au profit des championnats régionaux et de la coupe de France. Le Stade Malherbe, renforcé par l'arrivée à Caen de l'ancien international français Eugène Maës, s'inscrit en championnat de division d'honneur de Basse-Normandie, dont il enlève six titres entre 1920 et 1928[27]. La première édition de ce nouveau championnat est remportée par le club mais il ne peut s'imposer en finale du championnat de Normandie[27]. En 1920-1921, le club remporte haut la main le championnat en restant invaincu. Mais comme lors de la saison précédente, il perd en finale du championnat de Normandie contre le FC Rouen[27]. La situation se reproduit pour les saisons 1921-1922 et 1922-1923. En 1923-1924, le club termine deuxième derrière la Stella de Cherbourg. La saison suivante, le club termine deuxième du groupe A du championnat de Basse-Normandie et lors des phases finales du même championnat il arrive à se classer premier et remporter un nouveau titre de champion de Basse-Normandie. En 1925-1926, le club termine deuxième derrière la Stella de Cherbourg. Il devait impérativement terminer aux deux premières places afin de pouvoir disputer la nouvelle formule du championnat de Basse-Normandie pour la saison suivante[28].

En 1925, le district de Basse-Normandie de la ligue de Normandie décide de créer une première division[29]. Le club y participe pour la saison 1926-1927 en ayant terminé deuxième la saison précédente. Lors des matchs réguliers, le club termine deuxième derrière la Stella de Cherbourg. Mais un match entre l'Olympique Caennais et l'équipe cherbourgeoise est contesté par cette dernière. Elle obtient gain de cause dans un premier temps, ce qui lui permet de terminer première. Mais l'Olympique Caennais fait appel et gagne une première fois. La Stella de Cherbourg fait appel aussi de cette décision mais il est rejeté. C'est donc bien le SM Caen qui est sacré champion et qui dispute les phases finales du championnat de Normandie[30]. En 1927-1928, la 1re division de Basse-Normandie devient la division d'honneur. Le club remporte l'édition en ne perdant qu'un match contre le rival de la Stella de Cherbourg. En 1928-1929, le club et la Stella de Cherbourg sont les deux favoris, la rivalité est grande entre les deux équipes. Cette rivalité débouche sur des incidents lors de la rencontre le au stade de Venoix. Des spectateurs caennais prennent à partie verbalement l'arbitre qui est accusé de favoriser l'équipe cherbourgeoise. À la mi-temps, un spectateur donne un coup à l'arbitre derrière l'oreille pendant que d'autres crient « à mort ! »[31]. Pour ces incidents, le stade de Venoix est suspendu 15 jours[32]. C'est finalement la Stella de Cherbourg qui remporte le championnat devant le club. Cette deuxième place permet au club de disputer les poules de classement afin de participer, pour la saison 1929-1930, au nouveau championnat de Normandie qui regroupe les clubs hauts et bas-normands[33]. Le club termine dernier de sa poule et doit se contenter de jouer une année supplémentaire en championnat de Basse-Normandie. En 1929-1930, le club termine largement premier du championnat avec une seule défaite et joue les phases finales du championnat de Normandie afin de pouvoir jouer les barrages pour monter en division d'honneur. Le club est opposé au CS Honfleur (champion de Normandie-centrale) et à l'Union Sportive Saint-Thomas d'Aquin (champion de Haute-Normandie)[34]. Le club sort vainqueur de cette phase finale et peut ainsi disputer le barrage contre le Racing-club de Rouen[35]. Au terme de la double confrontation, le club sort vainqueur, ce qui lui permet d'accéder au championnat de division d'honneur de Normandie pour la saison suivante[36].

De 1930 à 1934, le club participe au championnat de division d'honneur de Normandie (avec le FC Rouen, le Havre AC, l'US Quevilly, la Stella de Cherbourg, etc.), où il peine à jouer les premiers rôles. Lors de la première saison, le club termine dernier et est obligé de jouer les barrages contre le CS Honfleur. Le club sort vainqueur de la double confrontation[37]. En 1931-1932, le club termine à la 6e place sur 8[38]. La saison suivante, il termine à la 5e place[39]. Avec l'arrivée du professionnalisme, le FC Rouen et le Havre AC quittent la division d'honneur qui se retrouve ainsi moins relevée. Mais le club peine à y jouer et termine à la 6e place[40].

Le championnat de France professionnel est créé en France en 1932. Le , le SM Caen reçoit le FC Sète, un des premiers clubs professionnels français, vainqueur de la coupe de France en 1930, devant 5 000 spectateurs. Le début d'année 1933 voit le club caennais affronter, en amical, le Kispest Budapest, l'Olympique lillois, le FC Fribourg, les tchèques du SK Náchod, le Stade rennais.

Première aventure professionnelle (1934-1938)

Première équipe professionnelle du Stade Malherbe, saison 1934-1935

En 1934, un an après le FC Rouen et le Havre AC, le Stade Malherbe acquiert le statut professionnel, ce qui lui permet d'intégrer la deuxième division du championnat de France[41].Le club caennais se dote d'un capital de 100 000 F. Le terrain de Venoix est agrandi à cette occasion.

Malgré des résultats d'abord encourageants (l'équipe termine respectivement aux 6e et 8e places en 1936 et 1937), le club voit sa situation financière se dégrader peu à peu.

  • 1934-1935 M. Alba remplace M. Roy en tant président. Un nouvel entraîneur hongrois est recruté : François Konya, ainsi que plusieurs joueurs : Carabeuf, Carbonnet, Krebs, Falize, Kittel, Delesse, les hongrois François Mayer et Frajt, le marocain Émile Lopez, etc. Le , le Stade Malherbe dispute son premier match professionnel face au FC Metz, qu'il bat 1-0 (Krebs). Malgré ce bon début et une victoire record (12-0) sur l'Hispano-Bastidienne Bordeaux, le Stade Malherbe ne termine qu'à la 11e place (sur 16) de Division 2, avec 21 points (9 victoires, 3 nuls et 14 défaites), à un point du rival havrais. Le FC Metz termine premier et accède à la Division 1.
  • 1935-1936 Henri David devient président, Jean Gast, ancien joueur, est nommé entraîneur bénévole. Après une belle saison, marquée par une qualification en huitième de finale de la coupe de France (où les caennais sont éliminés par le Racing Club de France), le Stade Malherbe termine 6e de Division 2, alors composée de 19 équipes, avec 39 points (17 victoires, 5 nuls, 12 défaites). Le FC Rouen accède à la Division 1.
  • 1936-1937 L'entraîneur est Maurice Cottenet. Le Stade Malherbe, mené par son capitaine et meilleur joueur Vlasta Borecky, arrivé en 1935, termine 8e de Division 2, avec 31 points (12 victoires, 7 nuls, 13 défaites). Malgré une santé financière précaire, les dirigeants décident de poursuivre l'activité professionnelle du club.
  • 1937-1938 Plombé par sa situation financière, le Stade Malherbe parvient à se qualifier pour la deuxième phase du championnat (en se classant 4e sur les 5 équipes de la Poule Ouest) mais termine finalement 14e sur 16 de Division 2 (avec 23 points, pour 9 victoires, 5 nuls et 16 défaites).

Exsangue, le Stade Malherbe met fin à l'aventure professionnelle le , après quatre saisons professionnelles[42]. La section professionnelle est dissoute lors de l'assemblée générale du [43]. Le club réintègre alors le championnat de division d'honneur de Normandie[44], grâce aux bons résultats de la section amateur, vainqueur du championnat de Basse-Normandie de 1re division.

Un grand club... amateur (1938-1983)

  • 1938-1939 Après la dissolution de la section professionnelle le [43], la section football continue d'exister sous la forme amateure. L'équipe première est engagée dans le championnat d'honneur de la ligue de Normandie aux côtés du Stade Havrais, du CA Lisieux, de l'AS Cherbourg Stella, l'équipe amateure du HAC, l'US Fécamp, l'US Quevilly (précédent champion), le CA Saint-Aubinois, l'US Normande et l'Olympique Bas-Normand. L'équipe remporte ce championnat en terminant invaincue sur les matchs retours avec au total 13 victoires, 2 matchs nuls et 3 défaites, 48 buts marqués, 26 encaissés. En coupe de France, l'équipe perd en 32e de finale contre le Stade rennais.
  • 1939-1940 La saison combine à la fois le championnat de division d'honneur de Normandie et le critérium de Normandie[45]. Mais le déclenchement de la guerre juste avant la reprise du championnat, prévu le , change la donne. La ligue de Normandie annule le championnat et envisage, dans un premier temps, de faire jouer des compétitions départementales[46]. L'équipe est finalement intégrée dans le groupe D du critérium de Basse-Normandie avec l'US Houlgate, l'US Normande et le SU Dives. Elle termine deuxième et ne peut jouer la phase finale du critérium. En coupe de France, le parcours s'arrête en 16e de finale après une défaite contre le FC Rouen.
  • 1940-1941 Le club évolue dans le groupe D du critérium de Basse-Normandie avec le Sports et union Dives, le Club athlétique de Lisieux, l'Union sportive normande, l'Union sportive des cheminots de Caen et l'Association sportive Trouville-Deauville[47].
  • 1941-1942 Le club dispute le critérium de Basse-Normandie qu'il remporte. Il gagne la coupe de Normandie. Le club est battu en demi-finale du critérium de Normandie par le CA Lisieux.
  • 1942-1943 Le club dispute le critérium de Basse-Normandie qu'il remporte. Il perd en finale du championnat de Normandie contre l'AS Trouville-Deauville et s'incline en finale de la coupe de Normandie contre l'US Quevilly.
  • 1943-1944 Le club dispute le championnat de France amateur créé pour les amateurs. Il joue dans le groupe Normandie avec le Havre AC (réserve amateur), l'US Quevilly, l'US Normande, le FC Dieppe, le US Fécamp, le FC Rouen (réserve amateur) et le GS Marissel. Peu de matchs se jouent à cause des difficultés liées à la circulation.
  • 1945-1946 Le club termine champion de division d'honneur de Basse-Normandie.
  • 1946-1947 Le club termine champion de division d'honneur de Basse-Normandie[48] et gagne la coupe de Normandie.
  • 1947-1948 Le club termine champion de division d'honneur de Basse-Normandie[49], ce qui lui permet d'intégrer le nouveau championnat de France Amateur.

Le club de CFA multiplie les exploits en coupe de France

En 1948, après dix ans de championnat régional, le club intègre le championnat de France amateur (CFA), troisième niveau de la hiérarchie du football français tout juste créé. Solide équipe de CFA, dont le principal rival régional est alors l'US Quevilly[50], les Caennais se révèlent incapables de remporter le championnat, malgré les appels successifs à d'anciens internationaux français en tant qu'entraîneurs-joueurs : Jules Vandooren, Jean Prouff, André Grillon, Jean Vincent, Célestin Oliver.

Dans les années 1950, les Caennais, menés par leur emblématique capitaine Claude Mercier, font essentiellement parler d'eux par des exploits répétés en Coupe de France[51] :

  • Le 1953, les Caennais réalisent l'exploit d'éliminer le Stade de Reims, le plus prestigieux des clubs français, en 1/32e de finale de Coupe de France[52]. Jean Prouff, entraîneur-joueur, met en place un système de jeu très défensif qui perturbe les rémois. Ces derniers parviennent pourtant à ouvrir le score à l'heure de jeu par Léon Glovacki, malgré les exploits du gardien caennais Brandao. Les Normands profitent alors d'erreurs individuelles rémoises pour inscrire deux buts par Henri Allard et remporter le match. En 16e de finale, les Caennais s'inclinent face à l'OGC Nice (2-0), un autre pensionnaire de première division[53].
  • En 1956, les Normands comptent depuis 1955 dans leur rang l'ancien international André Grillon venu comme entraîneur-joueur. Les Claude Mercier, René Brandao, René Kergal et autres Gérard Léonce confirment leur statut d'équipe de coupe en éliminant le Racing CP (3-2), équipe de D1, puis Alès (1-0), équipe de D2. Ils ne sont défaits qu'en 8e de finale par le RC Lens, après prolongation (1-4)[54].
  • 1956-1957 En 16e de finale, les caennais poussent l'AS Monaco à jouer un match d'appui, après avoir tenu en échec une première fois le club monégasque (1-1), puisqu'à l'époque où chaque match nul est un match à rejouer[55].
  • 1957-1958 En 1/64e, le Stade Malherbe pousse le FC Nantes à jouer cinq matches : les trois premiers se soldent par des matchs nuls 0-0, malgré les prolongations, le quatrième match est interrompu par la pluie, avant que le cinquième ne voit les Nantais l'emporter 1-0. Les deux équipes se seront affrontées près de huit heures ! Le règlement de la Coupe de France est modifié la saison suivante afin de limiter à trois le nombre de confrontations[54],[56].
  • En 1961 enfin, l'équipe élimine le RC Lens (2-1 a.p.) puis l'US Forbach, club de deuxième division (2-2, puis 3-2), avant de s'incliner face aux Girondins de Bordeaux en 8e de finale (3-1)[51]. Ces différents exploits permettent au club de remporter le « challenge France-Football » récompensant la meilleure équipe amateur en coupe de France en 1956 et 1961[57].

Engagé en championnat de France amateur sans discontinuer depuis 1948, mais miné par l'instabilité chronique de ses dirigeants et une santé financière précaire, le club se fragilise peu à peu[50]. Il est relégué à deux reprises (en 1962 et 1965), mais remporte à chaque fois dans la foulée le championnat de division d'honneur de Normandie, lui permettant de retrouver sa place en CFA.

Entre deuxième et troisième division (1970-1983)

En 1970, le CFA est supprimé. À la suite de l'élargissement de la deuxième division de 16 à 48 équipes, le club, alors entraîné par Célestin Oliver[58], y est promu[59]. Durant les années 1970, l'équipe première évolue entre D2 et D3, sans parvenir à se stabiliser. En 1975, l'équipe fanion, dirigée par Jacques Mouilleron et menée notamment par Jean-Paul Bouffandeau et Jean-Paul Pottier (élus joueurs amateurs de l'année en 1975 et 1976), remporte le groupe Ouest de troisième division, ce qui constitue son premier titre national. Le Stade Malherbe est désigné meilleur club amateur par France-Football[60]. La saison suivante, l'équipe se bat longtemps dans le trio de tête et termine finalement au 6e rang du groupe A de deuxième division. Pourtant, les résultats ne suivent pas : trois ans plus tard, le club est redescendu à l'étage inférieur, où il ne termine qu'à la 9e place. De nouveaux champions de D3 en 1980 sous la direction d'Alain Laurier, les Caennais ne parviennent pas à se maintenir en deuxième division la saison suivante.

  • 1970-1971 (Division 2) La saison, commencée par cinq défaites, est très difficile et le Stade Malherbe, avant-dernier, ne doit son maintien qu'à un repêchage lié à sa moyenne de spectateurs.
  • 1971-1972 (Division 2) Grâce aux arrivées du gardien Christian Delachet et du milieu Alain Rampant et au talent du Yougoslave Djuro Šorgić, recruté en milieu de saison précédente, Caen effectue une saison de toute beauté. Très efficace à l'extérieur, l'équipe est longtemps troisième mais finit sixième, victime de son manque d'efficacité à domicile.
  • 1972-1973 (Division 2) Delachet, Rampant et l'espoir local Alain Hopquin quittent le club, de même qu'Oliver qui part au Stade de Reims. Malgré cela, Caen rêve de professionnalisme et recrute des anciennes gloires comme Philippe Gondet et Jean-Claude “Pablo” Hernandez, ainsi que l'entraîneur Bernard Lelong, ex-joueur du RC Paris. Ce mercenariat ne fonctionne pas, Malherbe prend un point en neuf matchs, perd 7-0 à Rouen et change d'entraîneur à mi-parcours : Émile Rummelhardt réorganise l'équipe, lui permettant de se reprendre mais le retard initial n'est pas rattrapé et Caen descend en division 3. En Coupe de France, les caennais atteignent les 32e de finale, mais s'inclinent face aux Girondins de Bordeaux.
  • 1973-1974 (Division 3 - Groupe Ouest) Le Stade Malherbe retourne à une politique plus régionale et l'équipe est bouleversée. Le gardien Alain Douville commence cette saison-là une carrière en bleu et rouge qui finira en 1985 et Jacques Mouilleron est la seule recrue d'expérience. Il devient même entraîneur-joueur en cours de saison. L'équipe, handicapée par des problèmes offensifs, effectue un parcours sans éclat.
  • 1974-1975 (Division 3 - Groupe Ouest) L'équipe achève son renouvellement, marqué par de nombreux départs et peu d'arrivées. Mais ces dernières sont cruciales : le milieu offensif Jean-Paul Bouffandeau et le buteur Éric Lhoste conduisent Caen à la première place du groupe, non sans mal car c'est à la différence de buts particulière que Malherbe s'impose : les cinq premiers sont en deux points ! Cette saison voit se jouer les premiers derbys Stade Malherbe-US Normande.
  • 1975-1976 (Division 2) L'équipe est peu modifiée mais reçoit le renfort du Yougoslave Bojidar Antić, attaquant de classe internationale. L'équipe atteint la troisième place, avant qu'une fin de saison délicate la conduise finalement au sixième rang. Elle est aussi victime du bonus offensif, sans lequel elle serait restée sur le podium. Résultat paradoxal quand on constate qu'Antić et Lhoste finissent aux deux premières places du classement des buteurs. Le Stade Malherbe est désigné meilleur club amateur fin 1975 et Jean-Paul Pottier, indispensable complément de Bouffandeau au milieu, meilleur joueur amateur.
  • 1976-1977 (Division 2) Lhoste s'en va au Paris FC, Antić est suspendu deux mois en début de saison et l'équipe souffre offensivement. Malgré un passage catastrophique de huit défaites consécutives, le Stade Malherbe sauve sa place lors du dernier match, grâce à une victoire décisive contre le FC Lorient qui précipite ce dernier en division 3. Le SMC atteint les 16e de finale en Coupe de France, éliminé par le Paris SG. Bouffandeau est élu meilleur joueur amateur fin 1976.
  • 1977-1978 (Division 2) Le départ d'Antić accroît les problèmes offensifs. Les recrues s'avèrent insuffisantes et Caen doit jouer ses premiers matchs à « domicile »... à Bayeux pour cause de réfection de la pelouse de Venoix. Le parcours est médiocre, Malherbe finit bon dernier.
  • 1978-1979 (Division 3 - Groupe Ouest) Bouffandeau s'en va et Caen tente de corriger ses problèmes offensifs en organisant le retour de Lhoste et de Daniel François. Cela ne fonctionne pas, la saison est médiocre. Caen est même devancé (et battu deux fois) par son voisin de l'US Normande. Seule consolation : les 32e de finale en coupe de France face au Stade de Reims.
  • 1979-1980 (Division 3 - Groupe Ouest) C'est la fin d'une époque : Mouilleron, entraîneur depuis 1974, est remplacé par Alain Laurier et l'équipe est réorganisée. Pascal Théault, au club depuis 1964 mais freiné dans sa carrière par une grave blessure fin 1977, devient libéro. Le capitaine de l'US Normande, Eugène Prieur, est recruté. Les Caennais réalisent une saison exceptionnelle : ils restent invaincus pendant vingt-sept matchs (sur trente), mais s'inclinent lors du déplacement sur le terrain du VS Chartres, pourtant dernier. Néanmoins le championnat est remporté haut la main.
  • 1980-1981 (Division 2) L'équipe valant essentiellement par son sens du collectif et sa solidité défensive, les dirigeants cherchent à la renforcer offensivement mais ratent leur recrutement. La chute n'en est que plus dure, l'équipe termine à la dernière place. La coupe de France offre une nouvelle petite consolation avec une qualification pour les 32e de finale contre le Sporting Club de Bastia.
  • 1981-1982 (Division 3 - Groupe Ouest) Malherbe remodèle tout son secteur offensif, avec notamment les arrivées de l'anglais Bobby Brown et du sénégalais Malick N'Doye. L'équipe effectue un parcours honorable mais au moment où elle se retrouve en position de monter, elle échoue à Venoix lors du match au sommet contre le Red Star 93. Elle finit quatrième.
  • 1982-1983 (Division 3 - Groupe Ouest) Le jeune Alain Vandeputte s'avère être un buteur efficace mais cela ne suffit pas. En lutte avec le Stade Quimpérois pour la montée jusqu'à la dernière journée, Malherbe perd dès qu'un match devient décisif et finit encore quatrième.

De la D3 à la coupe d'Europe (1983-1993)

Montée en puissance vers l'élite (1983-1988)

En 1983, quand Pierre Mankowski est recruté comme entraîneur-joueur, le Stade Malherbe évolue en troisième division. Son arrivée coïncide avec la remontée du club en D2, obtenue à l'issue d'un duel serré avec le CA Lisieux de Jacques Santini. Les Caennais s'offrent une belle aventure de coupe de France, en éliminant l'US Normande, le RC Paris puis le Lille OSC, club de D1, avant de s'incliner aux tirs au but face au Stade lavallois, qui vient d'éliminer le Dynamo Kiev en coupe d'Europe[61],[51]. Fin 1984, Pascal Théault et Pierre Mankowski sont respectivement nommés joueur et entraîneur amateurs de l'année[62]. Le club obtient la saison suivante un maintien relativement confortable en deuxième division, à l'issue duquel il adopte le statut professionnel[63]. Mankowski est ambitieux et le club ne cache pas sa volonté de découvrir l'élite. Le club se renforce progressivement, d'abord en défense, puis en attaque. Les Caennais terminent 6e de D2 en 1986, puis 2e en 1987 grâce notamment aux « PP flingueurs », Philippe Prieur et Éric Pécout. Alors que les Caennais ont fait cette saison-là du stade de Venoix une place inviolée, ils s'y inclinent face à l'AS Cannes au premier tour des barrages de montée (0-1)[64].

  • 1983-1984 (Division 3 - Groupe Ouest) Pierre Mankowski arrive comme entraîneur-joueur pour une saison exceptionnelle. En championnat Malherbe lutte jusqu'au bout pour la montée avec le voisin CA Lisieux, entraîné par Jacques Santini. Cette fois-ci le match au sommet à Venoix est remporté, devant 13350 spectateurs. Troisième et premier club amateur à la différence de buts, Caen remonte en Division 2. En coupe de France, l'équipe s'offre une merveilleuse aventure, éliminant le Racing club de Paris et le Lille OSC. Elle est éliminée en 16èmes de finale après une séance de tirs au but par le Stade lavallois. Théault est nommé meilleur joueur amateur fin 1984.
  • 1984-1985 (Division 2) Peu désireux de renouveler les erreurs du passé, Caen recrute des joueurs expérimentés de division 2, ainsi que le local Yvan Lebourgeois. Ils offrent au club un maintien sans frayeur, essentiellement dû à une grande solidité défensive.
  • 1985-1986 (Division 2) C'est le début de la grande aventure du professionnalisme puisque Caen en adopte le statut. Le gardien de but Alain Douville, au club depuis 1973, arrête sa carrière, remplacé par Michel Bensoussan. Bruno Scipion et Éric Bala sont recrutés pour former une solide défense centrale et Guy Stéphan pour mener le jeu. Dégageant une grande maturité, et malgré une puissance insuffisante en attaque, l'équipe termine à la sixième place.

Les Caennais terminent la saison suivante en tête de leur championnat, à égalité de points avec le RC Strasbourg, mais doivent disputer les barrages du fait d'une différence de buts défavorable. Ils disposent d'abord de l'Olympique d'Alès aux tirs au but (1-1, 3-2 tab), puis éliment l'Olympique lyonnais (1-2, 2-0). Enfin, ils affrontent les Chamois niortais, relégués de D1. Après un match nul à Niort (1-1), les Caennais l'emportent 3-0 à Venoix et obtiennent leur montée dans l'élite[65].

  • 1987-1988 (Division 2) Renforcé notamment par le retour de Franck Dumas (qui a cassé son contrat avec le Matra Racing) et le recrutement de l'international yougoslave Nikolić, le Stade Malherbe lutte avec Strasbourg pour la première place mais échoue finalement à la différence de buts : les caennais doivent de nouveau jouer les barrages. Cette fois ils sont irrésistibles, écartant successivement l'Olympique d'Alès, l'Olympique lyonnais et enfin les Chamois niortais (1-1 à Niort, 3-0 à Caen). Caen est en division 1 pour la première fois de son histoire. Mankowski est de nouveau désigné meilleur entraîneur de division 2.

Découverte de la première division et apogée (1988-1993)

En 1988 le Stade Malherbe découvre la Division 1, dont il a le plus faible budget. Handicapés par de nombreux départs, dont celui de Mankowski, ils débutent par six défaites consécutives en début de saison, ce qui semble confirmer les pronostics des journalistes[66]. Les Caennais obtiennent finalement leur maintien in extremis. Le club, rebaptisé Stade Malherbe Caen Calvados Basse-Normandie, s'ancre progressivement en Division 1. À l'automne 1991, la presse dévoile que le club est proche du dépôt de bilan, du fait d'un déficit supérieur à 32 millions de francs (MF)[67]. Les entreprises régionales et collectivités locales renflouent le club, qui réalise une saison exceptionnelle : le Stade Malherbe termine cinquième de championnat de France, et obtient sa première, et à ce jour unique, qualification pour la Coupe de l'UEFA.

La dure bataille pour le maintien (1988-1990)

  • 1988-1989 (Division 1) Mankowski s'en va, remplacé par Robert Nouzaret. Malherbe doit en fait faire face à de nombreux départs (Prieur, Pécout, Scipion, Nikolić, etc.) et compense par les arrivées de Jean-François Domergue et des anglais Graham Rix et Brian Stein. Si, après six défaites d'entrée, on ne donne pas cher des Caennais, dotés avec 30 millions de francs du plus faible budget de Division 1[66], ceux-ci démontrent des vertus morales insoupçonnées. Avec l'aide d'un Stade de Venoix plein à craquer, Caen arrache son maintien in extremis en arrachant trois victoires lors des trois derniers matchs, notamment à Bordeaux, où menés 2-0 à la mi-temps, les Caennais l'emportent grâce à un triplé de la révélation Fabrice Divert.
  • 1989-1990 (Division 1) Les dirigeants tentent de recruter des joueurs expérimentés mais seul Michel Rio se montre à la hauteur. Après un début de saison décevant, Nouzaret, au caractère difficile, est écarté au profit de Daniel Jeandupeux. Si l'équipe obtient de bons résultats à Venoix, le parcours à l'extérieur est calamiteux (5 matchs nuls et 14 défaites). Caen obtient tout de même un nouveau maintien en division 1 en terminant de nouveau à la 16e place.

Première partie de tableau, Coupe UEFA et problèmes financiers (1990-1993)

  • 1990-1991 (Division 1) L'équipe est bouleversée, à la fois par les recrutements de nombreux joueurs, parmi lesquels Jesper Olsen, Benoît Cauet ou encore Hippolyte Dangbeto, mais aussi par les choix de Jeandupeux qui reconvertit certains joueurs offensifs en défenseurs. C'est ainsi que Dumas commence sa carrière de libéro, qui le mènera à Monaco. Le club réalise un excellent début de saison et pointe à la deuxième place du classement au soir de la 8e journée, derrière l'Olympique de Marseille[68]. Intraitable à domicile, le club effectue une saison prometteuse et termine finalement à la huitième place.
  • 1991-1992 (Division 1) D'un point de vue sportif, cette saison est la plus aboutie du club. Malherbe, renforcé par Xavier Gravelaine, Stéphane Paille et Willy Görter, effectue un parcours remarquable en championnat, finissant cinquième et se qualifiant pour la Coupe de l'UEFA. En Coupe de France, le match Caen-Lens marque les esprits en offrant un spectacle offensif d'une rare intensité ("match de l'année 1991" selon l'hebdomadaire France Football). Le score, 5-4 après prolongations, parle de lui-même. Mais l'aventure se termine en quarts de finale face à l'OM. Situation paradoxale, en coulisse, le club ne passe pas loin de la disparition. Les recrutements des années précédentes (Piet Den Boer, Jesper Olsen) ont coûté cher et n'ont pas été compensés par la revente de Fabrice Divert comme cela était prévu. Fin 1991, le club accuse plus de 30 millions de francs de déficit [69]. Les collectivités et les entreprises locales se mobilisent, le club est finalement sauvé. Le président Jean-Jacques Fiolet démissionne, remplacé par Guy Chambily[70].
  • 1992-1993 (Division 1) Pour sa pérennité financière, le club a encore besoin d'une rentrée d'argent [71]. Le président Guy Chambily se sépare donc de Franck Dumas. Ce dernier part à l'AS Monaco pour 6 millions de francs et n'est pas remplacé en défense, tandis que Gabriel Calderón et Stéphane Dedebant viennent renforcer le milieu de terrain. L'attaque, menée par un Xavier Gravelaine virevoltant, est redoutable. Le tirage du premier tour de la coupe d'Europe réserve au club le Real Saragosse. Les Caennais attaquent le match aller tambour battant : après vingt minutes, ils mènent 2-0, grâce à Paille et Gravelaine, puis 3-1 grâce à un nouveau but de Paille, servi de nouveau par Gravelaine. Les Espagnols réduisent finalement la marque sur une action litigieuse et Caen l'emporte 3-2[72],[73]. La rencontre est élue en fin d'année « match de l'année 1992 » par le magazine France Football[74]. Quelques jours plus tard, Gravelaine est sélectionné en équipe de France pour la première fois de sa carrière. Lors du match retour, dirigé par le controversé arbitre gallois Howard King, les Espagnols bénéficient d'un arbitrage objet à polémique mais l'emportent assez logiquement sur les Caennais, en dépit du pari tactique de Daniel Jeandupeux (le meneur de jeu Stéphane Dedebant et le buteur Paille jouent en défense)[75],[76]. Sur les deux matchs, les Caennais sont éliminés. Malgré l'explosion au plus haut niveau de Gravelaine, auteur de vingt-deux buts toutes compétitions confondues, les Malherbistes ne se remettent pas de cette déception. La faiblesse chronique de l'équipe en défense l'empêche de décoller en championnat, qu'elle termine à la onzième place. L'OM élimine Malherbe en huitièmes de finale de Coupe de France. À la fin de la saison, le mythique mais vétuste Stade de Venoix est abandonné par l'équipe première, qui inaugure le Stade Michel-d'Ornano par une victoire (4-1) lors d'un match de gala contre le Bayern Munich. Une page se tourne.

A la recherche de la stabilisation en première division (depuis 1993)

Notes et références

Voir aussi

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