Holli
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Les Holli, version francisée de Ohori, sont une population du Bénin, apparentée aux Yoruba, vivant au sud de Kétou et à Pobè, à proximité de la frontière avec le Nigeria. Ils forment historiquement une organisation politique sous la forme d'un royaume dont la capitale est l'agglomération d'Ohori-Ije et régnant sur 17 villages. Ils opposent une résistance farouche à l'administration coloniale française au Dahomey. Leur dernière insurrection a lieu en 1915-1916. Elle est réprimée et leur roi exilé en Mauritanie.
Situation géographique
Les Hollis sont concentrés dans une dépression à environ 100 km au nord de Porto-Novo, entre les plateaux de Kétou au nord et de Sakété au sud. La région fait partie de la grande vallée du Lama, qui traverse le sud du Bénin d’ouest en est jusqu’au Nigeria. La dépression est composée d’un sol argileux gris, détrempé pendant la saison des pluies et craquelé en saison sèche. Cette géographie rend la zone difficilement accessible. Le sol riche favorise une végétation dense. La région est marquée par une faible présence hydrographique avec seuls quelques trous d'eau saisonniers. Une forêt épaisse recouvre le territoire, avec des essences telles que palmier à huile, iroko, acajou, fromager, et baobab sur les franges septentrionales[1].
Ethnonyme
Le nom Ohori est attribué à la découverte d’un arbre nommé Sohori par Ahoua, fondateur du royaume, dont les feuilles auraient eu des vertus médicinales favorisant la fertilité[2].
Histoire
Royaume Ohori
Selon la tradition orale, les premiers habitants holli seraient arrivés entre les XVIe et XIXe siècles, en provenance de cités yoruba comme Oyo et Ilé-Ifè, mais aussi de régions voisines. Certains récits évoquent l’installation d’un chasseur nommé Ahoua et de son épouse Kouoka au XVIe siècle. La légende rapporte que Kouoka met au monde seize enfants (huit garçons et huit filles), à l’origine des seize villages qui forment le royaume. Le fils d’Ahoua et Kouoka, Alafèka, est reconnu comme le premier roi d’Ohori, avec l’appui des autorités de l'Empire d'Oyo. Au fil du temps, l’augmentation de la population et la chute de l’Empire d’Oyo au XIXe siècle entraînent une centralisation politique accrue. Contrairement à d’autres monarchies de la région, la royauté ohori ne repose pas sur une stricte succession héréditaire. Les chefs religieux mettent en place un système de rotation du pouvoir, où les rois sont choisis parmi quatre villages différents[2].
L’implantation du royaume au cœur de la forêt et la topographie environnante complexe limite l’accès aux esclavagistes, donnant à cette forêt une notion de force spirituelle dans la tradition locale. Le royaume d’Ohori se distingue ainsi de nombreux États voisins en restant isolé du commerce transatlantique. Il devient par ailleurs hôte de nombreux réfugiés fuyant l’instabilité et les razzias du XIXe siècle[2].
Résistance coloniale
Lorsque les autorités coloniales françaises visitent Ohori-Ije en 1890, elles estiment sa population entre 5 000 et 10 000 habitants. Malgré l’intégration administrative au Dahomey colonial, les habitants d’Ohori-Ije continuent à revendiquer une autonomie politique locale[2]. Ils opposent une résistance farouche à l'administration coloniale française au Dahomey[1].
Dès 1895, les Hollis s’opposent ouvertement aux tentatives françaises de recrutement de soldats et de main-d’œuvre pour Madagascar. L’expédition française rencontre une hostilité marquée à Ohori-Ije. Entre 1905 et 1910, une crise dynastique éclate : l'Oba Awelede et son second, jugés trop favorables aux Français, se suicident sous la pression populaire. Les Français tentent alors d’imposer un candidat pro-colonial, ce qui accentue les tensions. De 1907 à 1913, les Ohori refusent le recensement, la fiscalité directe et le travail forcé. Plusieurs affrontements ont lieu avec les troupes coloniales. La situation dégénère en 1914[1],[3].
En janvier 1914, les habitants attaquent la prison d'Ipobe pour libérer deux des leurs. Cet acte déclenche une répression militaire majeure. Les combats s’étendent sur plusieurs mois ; les Ohori organisent une guérilla en utilisant la forêt à leur avantage. Ils détruisent des lignes télégraphiques et perturbent le trafic ferroviaire. Malgré leur résistance, les Français occupent progressivement la région. En août 1915, les hostilités reprennent après l’arrestation arbitraire d’un jeune homme par un officier français. L'Oba Otutubiojo, jugé trop ambigu dans son attitude, est déporté en Mauritanie, comme plusieurs chefs traditionnels. La répression de 1915–1916 entraîne la destruction de nombreux villages et la dispersion des habitants en hameaux[1],[4],[3].
De 1916 à 1934, l’administration coloniale maintient un régime militaire strict sur les hollis. La résistance, bien que moins organisée, se poursuit par des révoltes sporadiques dans les années 1920, 1930, 1940 et 1945. Même après les réformes coloniales (fin du travail forcé, limitation de la conscription), les Hollis continuent de défendre leur autonomie et rejettent en partie l’école coloniale et le christianisme, perçus comme des menaces culturelles[1].