Horace His de La Salle

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Naissance
Décès
(à 83 ans)
Paris
Nationalité
Français
Activité
Collectionneur et érudit
Horace His de La Salle
His de La Salle d'après un dessin d'Achille Devéria
Biographie
Naissance
Décès
(à 83 ans)
Paris
Nationalité
Français
Activité
Collectionneur et érudit
Période d'activité

Aimé-Charles His de La Salle, dit Horace His de La Salle, né le et mort le à Paris, est un érudit et collectionneur d'art français.

Sa collection, constituée à partir de 1822, rassemble plusieurs centaines d'œuvres graphiques, de peintures, de sculptures et de monnaies, de l'Antiquité au XIXe siècle. Une place significative y est donnée aux œuvres de Nicolas Poussin, de Théodore Géricault ou encore de Pierre-Paul Prud'hon. Réunissant notablement d'importants ensembles de dessins et de gravures, en particulier d'artistes italiens, français ou hollandais, sa collection est aujourd'hui dispersée.

Proche de plusieurs hommes de l'administration des musées français, il a contribué à l'enrichissement des collections de nombreuses institutions nationales, à l'instar du musée du Louvre, du musée d'Alençon, du musée de Dijon, du musée d'Orléans ou encore de l'École des Beaux-Arts de Paris. Il n'a eu de cesse de penser le rayonnement de sa collection, par des donations de son vivant ou par des legs.

L'exposition « Officier et gentleman au XIXe siècle. La collection Horace His de la Salle »[1] tenue au musée du Louvre en 2019, a mis en valeur sa contribution à l'histoire des collections françaises.

Enfance et éducation

Richard Cosway, Portrait de Madame Hélène de Montgeroult

Aimé Charles His naît le (23 pluviôse an III) rue des Petit-Champs à Paris[2].

Sa mère, Hélène de Montgeroult, née Hélène Antoinette Marie de Nervo, est une musicienne de talent renommée[3]. Veuve du marquis de Montgeroult, elle épouse en deuxièmes noces Charles Antoine Hyacinthe His, rédacteur au Moniteur[4]. Par ce mariage, le (12 Prairial an V)[5], ce dernier reconnaît l'enfant comme le sien. Leur mariage est cependant de courte durée puisque le divorce est prononcé en 1802[5]. Charles His se remarie et a un second fils en 1809, Charles Adrien His de Butenval.

Aimé Charles, surnommé Horace par sa mère, grandit dans un milieu artistique foisonnant. Il reçoit une éducation classique tournée vers les arts[6].

Carrière militaire

Il a 19 ans lorsqu'en 1814, durant la Première Restauration, il s’engage dans les gardes du corps de la Compagnie de Raguse[7]. Il obtient le grade de lieutenant de cavalerie[5].

Royaliste et légitimiste, il suit le roi Louis XVIII en exil à Gand en 1815 lors du retour de Napoléon[8]. Après les Cent-jours et la défaite de Waterloo, il peut rentrer à Paris avec le roi[5]. Il est nommé sous-lieutenant au 2e régiment des Cuirassiers de la Garde royale et chevalier de la Légion d’honneur le .

En 1822, il passe lieutenant en second du 2e régiment des Cuirassiers de la Garde royale, avec rang de capitaine. C’est à cette époque qu’il achète sa première gravure et ses premières lithographies[9].

En 1825, il est envoyé à Caen, au service de la remonte[9]. Il y reste un an. C’est à cette époque qu’il ajoute officiellement le nom « de la Salle » à celui de son père[9]. Ce nom provient d’un domaine en Eure-et-Loir, près de Senonches, acheté par sa mère en 1795 et qu’il complétera par des acquisitions ultérieures.

En 1826, sa mère, qui a épousé en troisièmes noces en 1820, le comte Edouard Dunod de Charnage, ancien préfet de l’Empire, est de nouveau veuve. Le , Horace His de la Salle quitte le service militaire pour se consacrer à sa mère dont la santé décline[5]. Il est alors lieutenant dans le 2e régiment des Cuirassiers de la Garde Royale, et croix de la Légion d’honneur[5].

Voyage en Italie

His de la Salle décide d’accompagner sa mère en Italie en 1834[5]. Tous deux découvrent les œuvres des maîtres de la peinture et de la sculpture[10]. Ils s’installent à Padoue, puis à Pise avant de s’établir à Florence[9]. Horace visite Venise puis Rome. Son goût se développe, s’affirme, et il débute sa collection de bronzes de la Renaissance[11], en même temps qu'il confirme son intérêt pour les dessins.

Hélène de Montgeroult meurt à Florence le . Elle est inhumée dans le cloître de l’église Santa Croce[5].

Retour à Paris

Horace His de la Salle rentre en France et s’installe à Paris, rue de Clichy, dans une maison achetée par sa mère en 1817. Il occupe plusieurs adresses successives à Paris au fil des ans, tout en conservant cette maison jusqu’en 1868[5]. En parallèle, il cultive une passion pour le voyage, visitant Marseille, la Belgique, la Hollande et l’Allemagne[5]. Il organise sa vie comme collectionneur en fréquentant assidûment musées et bibliothèques, ventes et expositions, collectionneurs et artistes. Tous les ans il passe quelques mois dans son domaine de La Salle.

His de la Salle déménage place de la Belle Chasse en 1841, puis place Bourbon en 1842. Son appartement modeste est trop petit pour ses collections. Il les installe donc rue de Clichy, dans la maison qu’il a conservée[12].

Son père Charles Hyacinthe His meurt en 1851[5].

Il commence à fréquenter Madame White, née Catherine Chamaillau, en 1855. Elle reste sa maîtresse jusqu’à la fin de sa vie. His de la Salle lui achète une maison près de la Porte Maillot[5].

Fin de vie et succession

Souffrant de névralgie à partir de 1873 il ne sort plus de chez lui. Il continue malgré tout de recevoir ses amis et de donner des œuvres de sa collection à différents musées. Resté sans descendance, Horace His de la Salle meurt chez lui au 85 rue d'Amsterdam le . Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise[5].

Sa cousine germaine, la marquise de Perrigny, est désignée sa légataire universelle par son testament du [5]. Toutefois, le , son demi-frère Charles Adrien His de Butenval conteste le testament et se déclare son unique héritier. L’inventaire des biens d’Horace His de la Salle, et en particulier de sa collection, est dressé en présence des deux parties[5]. Le , His de Boutenval est débouté de ses demandes. Madame de Perrigny hérite du domaine de La Salle et de tous les biens[5].

Madame White, la maîtresse d’His de la Salle, conserve les œuvres de la collection qui se trouvent dans la maison de Neuilly qu’il lui a achetée. Elle meurt à son tour en 1883[13].

Démarche, genèse et constitution de sa collection

Processus de collectionnement et méthodes d'acquisition

Pierre-Imbert Drevet d'après Hyacinthe Rigaud, Portrait de Jacques Bénigne Bossuet

Horace His de La Salle constitue progressivement une collection variée traduisant l’évolution de ses centres d’intérêt. En 1822, alors qu’il est encore engagé dans son service militaire, il réalise sa toute première acquisition, le Portrait de Bossuet, une estampe gravée par Drevet d’après Rigaud, achetée pour 300 francs[9].

Par la suite, sa collection s’enrichit de dessins, de peintures, de sculptures, de bronzes et de médailles[11]. Amateur d’art averti, His de La Salle recherche exclusivement des « pièces rares »[14], qu’il repère dans des maisons de vente ou chez des marchands spécialisés[15]. Parmi ces marchands de dessins et d’estampes figurent Guichardot, Defer et Blaisot[16].

Les ventes aux enchères, qu'il fréquente assidûment[15], jouent également un rôle privilégié dans l'enrichissement et l'accroissement de sa collection. Horace His de La Salle participe notamment à des ventes aux enchères après décès. L'une des plus marquantes est la vente du baron Salomon Louis Roger, du 23 au , au cours de laquelle il acquiert plusieurs dessins de Del Sarto et de Romano[17]. En 1851, lors de la vente après décès du comte Narcisse Adolphe Thibaudeau, il est adjudicataire d'un important ensemble de dessins de Poussin, de Mantegna et de Pérugin[18].

Projet de collection : l'ambition de la transmission

La collection constituée par Horace His de La Salle, aujourd'hui dispersée à travers le monde[19], se caractérise par son ampleur, notamment en ce qui concerne le nombre d'œuvres signées de la main d'artistes passés à la postérité qui en font partie. Son importance tient en particulier à son éclectisme, déjà reconnu et célébré par les contemporains du collectionneur[20]. Majoritairement constituée de dessins, pour beaucoup donnés à des musées français peu avant sa mort, elle vaut à Horace His de La Salle l'hommage de voir son nom de donateur figurer en lettre d'or dans la Galerie d'Apollon du Musée du Louvre, dès 1878[21].

A posteriori, elle reflète effectivement l'ambition, de la part d'un homme proche des institutions[22], de réunir des chefs-d'œuvre des Beaux-Arts, de médiums, de périodes et d'écoles différentes. Il entreprend alors son collectionnement autour d'un projet pensé sur le long terme d'enrichissement des collections des « propriétés nationales »[22].

Dans une lettre à Benjamin Simon, il déclare : « Vous n’ignorez pas, Monsieur, que dans ma collection de dessins, commencée il y a plus de trente ans, j’ai tâché de faire entrer toutes les illustrations des plus célèbres écoles » [23]

Marque de collection d'Horace His de La Salle

Bien qu’il n’ait livré ni mémoire ni journal[21], il démontre une conscience de sa démarche de collectionnement. Soucieux de marquer sa propriété, en même temps que de rentrer dans l'histoire en faisant reconnaître sa contribution à celle des œuvres qu'il a tenu entre ses mains, il appose sur certains des dessins qu’il acquiert une « marque de collection »[24]. Elle prend la forme des initiales H et L contenues dans un cercle[25]. De deux tailles différentes, ces marques de propriété ne sont cependant pas présentes sur toutes ses œuvres graphiques. Faute de journaux, il reste impossible d'identifier la première occurrence de leur emploi et de pleinement saisir la raison de leur absence sur certaines pièces de sa collection[22].

Aucun inventaire exhaustif de sa collection n'a été réalisé de son vivant[21]. Cependant, l'inventaire de ses donations au musée du Louvre, intitulé État des dessins et tableaux légués par monsieur His de la Salle au musée du Louvre, permet d'identifier quatre cent dix-neuf dessins et douze tableaux de sa collection. Cet inventaire partiel est daté du et est entrepris par Philippe de Chennevières, Frédéric Reiset et Léonce Both de Tauzia[26].

La démarche d'Horace His de La Salle est celle d'un collectionneur savant, investi intellectuellement - au point d'apprendre l'italien[6], entre autres pour lire Vasari - et à l'œil exercé. Amateur reconnu de son temps, il fait preuve d'un véritable connoisseurship[27].

Un collectionneur de son temps : les relations d'Horace His de La Salle

Des amitiés érudites : les relations d'His de La Salle avec des collectionneurs et des conservateurs

Horace His de la Salle poursuit son érudition artistique en côtoyant un réseau d’autres collectionneurs. Régulièrement, le dimanche, il invite chez lui, comme s'il s'agissait d'un musée, des amateurs d'art tel que Léonce Both de Tauzia, le marquis de Chennevières, Henry Barbet de Jouy ou encore le vicomte Delaborde[5].

Ces amitiés avec des professionnels de l'histoire de l'art, en particulier des conservateurs de musées, sont l'occasion de relations d'expertise. Par cette sociabilité savante, il étend ses connaissances dans ses domaines de prédilection[21].

Lorsqu'il se rend en ventes, il est le plus souvent accompagné de deux amateurs aussi passionnés que lui, Louis La Caze et Frédéric Reiset dont il connaît la collection[28]. Malgré leur vingtaine d’années d’écart, il noue une relation de confiance sincère avec Reiset[28], conservateur des dessins au musée du Louvre[29]. À cette époque, His de La Salle et Reiset sont parmi les rares personnes attachées à collectionner les dessins anciens[30]. Pour His de La Salle, cela tient tant à des circonstances budgétaires[31] - les œuvres graphiques étant généralement moins chères que les grandes compositions peintes - qu'à l'importance qu'il décèle en ces œuvres à part entière, y compris lorsqu'il s'agit d'esquisses préparatoires[32]. Reiset et His de La Salle créent « deux collections jumelles d’une valeur à peu près égale »[30]. Aussi, quand est publiée la Description abrégée des dessins de diverses écoles appartenant à M. Frédéric Reiset, en 1850, c'est à Horace His de La Salle qu'est consacrée la préface[33].

Philippe de Chennevières, conservateur au musée d’Alençon est également un bon ami d'His de La Salle, ce qui explique sans doute la raison de son don à ce musée[34]. Louis Courajod, conservateur des sculptures au musée du Louvre, est lui aussi un proche du collectionneur. C'est d'ailleurs lui qui invite personnellement His de la Salle à certaines ventes[5].

Témoignant de la relation de réciprocité créée, lorsqu’il commence son inventaire de dessins, il reçoit l'aide de Frédéric Reiset et du marquis de Chennevières dans le dernier examen de ses objets[35]. En 1877, c'est encore le marquis de Chennevières, Frédéric Reiset et Léonce Both de Tauzia, qu'il invite pour leur faire part de sa volonté de donner au Louvre sa collection de dessins[36].

Une expertise amateure reconnue

L'expertise acquise par Horace His de La Salle lui vaut d'être nommé en 1850 membre de la Commission chargée de juger le concours de la restauration de tableaux du musée du Louvre, aux côtés notamment de Louis La Caze et d’Eugène Delacroix[5]. Au même titre, il est appelé en 1861 à rejoindre la Commission consultative des musées mise en place par le ministre chargé des Beaux-Arts, sous Napoléon III, entre autres aux côtés de Viollet-le-Duc[5].

Les relations d'His de La Salle avec les artistes de son temps

Horace His de La Salle fréquente des collectionneurs, mais aussi des artistes. Le peintre Léon Bonnat est l'un des artistes avec lesquels Horace His de La Salle a noué les liens d'amitié les plus forts[12]. Vers 1864-1865, Léon Bonnat s’installe au deuxième étage d'une maison située place de Vintimille et devient le voisin du collectionneur[5]. His de La Salle éveille en lui « la passion des dessins, l’âpre amour des belles choses »[12] lorsqu'il lui fait visiter sa collection. His de la Salle, salué pour sa générosité, lui offre des dessins afin qu'il puisse commencer sa propre collection[37]. Parmi ceux-ci, figurent notamment des croquis de Rembrandt, Poussin ou encore Watteau[12].

Horace His de La Salle collectionne également des œuvres d’artistes de son siècle, les considérant équivalents aux anciens maîtres[38]. Cependant, il est difficile d'établir avec certitude les relations personnelles qu'il entretient avec chacun de ces artistes. Un doute persiste parmi les historiens quant à la rencontre ou non entre Horace His de La Salle et le peintre Théodore Géricault[7]. His de la Salle collectionne nombre des œuvres du peintre et ils servent également comme compagnons d'arme durant la semaine sainte, en 1815.

Des relations qui interrogent

Il existe dès le XIXe siècle certaines reproductions ou falsifications réalisées d'après des œuvres en bronze de la collection personnelle de His de La Salle[39]. Parmi les fréquentations du collectionneur est notamment attestée le vicomte de Novilos, lui-même lié à un faussaire et connu pour fabriquer de ses mains de faux objets d'art, qu'il fait passer pour des œuvres anciennes. Ces circulations de reproductions et ces relations attestent de l'inscription d'Horace His de La Salle dans le marché de l'art en expansion de son temps[38].

Les goûts d’Horace His de La Salle : techniques, artistes, écoles et périodes

La passion des arts graphiques

Les premières acquisitions d'Horace His de La Salle concernent principalement les estampes[21], avec une prédilection marquée pour les artistes italiens, et cela, quels que soient les médiums de sa collection. Son troisième séjour en Italie, en 1834, joue un rôle décisif dans l'orientation de son collectionnement : il y découvre la collection d’art graphique des Offices de Florence[10]. Après son Grand Tour, le dessin devient alors un axe central de ses acquisitions, on estime qu’il réunit tout au long de sa vie environ quatre cents dessins italiens[40]. Il est autant sensible aux dessins de grandes compositions très travaillées, avec un goût pour les emphases baroques[41], qu'aux études de figures isolées qui, selon lui, permettent d'observer réellement le style de l’artiste[41].

Le corpus le plus important au sein de sa collection est celui consacré à Nicolas Poussin. Le dernier inventaire publié en 1994 dénombre 51 dessins de l’artiste, ce qui fait de His de La Salle l’un des collectionneurs privés les plus importants de l’œuvre graphique de Poussin[42]. Il collectionne aussi des peintres du XVIIIe siècle tel que Pierre Paul Prud’hon dont il réunit au cours de sa vie cinq peintures et au moins quinze dessins[43].

Parallèlement à cet intérêt pour l’Italie et pour le classicisme français, il rassemble un ensemble notable de dessins provenant des écoles du Nord et datés du Siècle d'or[44]. Il privilégie des artistes hollandais ayant représenté des vues d’Italie, tels que Nicolas Berchem, Jacob van der Ulft, Thomas Wijck, Jan Asselijn, Bartholomeus Breenbergh, Herman van Swanevelt ou encore Adam Pijnacker. Sa collection compte au total environ 170 dessins nordiques[44].

Collectionner la sculpture et la numismatique

Mino da Fiesole, Madone à l'Enfant

Son voyage italien de 1834 marque aussi le début de ses acquisitions de bronzes antiques et modernes[11], ainsi que de numismatique, c'est-à-dire de monnaies et de médailles[33]. Deux ans plus tard, il ramène à Paris plusieurs caisses de bas-reliefs en bronze de Donatello et de ses élèves, ainsi que nombre de figurines et de plaquettes d’orfèvres[45].

À cela s’ajoute un goût prononcé pour les petites sculptures en marbre, en bois ou en terre cuite, avec une attention particulière pour la production florentine du Quattrocento[10]. Parmi les artistes qu’il apprécie figure notamment Mino da Fiesole représenté en particulier dans sa collection par la Madone à l'Enfant. Bien que son ensemble de sculptures soit numériquement limité, il comprend des pièces d’une réelle importance, dont plusieurs rejoignent les collections du Louvre entre 1860 et 1990 et figurent encore aujourd’hui dans la galerie Donatello.

Acquérir le moderne

Horace His de La Salle collectionne également des artistes du XVIIIe et du XIXe siècle, parmi lesquels Jean-Auguste-Dominique Ingres, Eugène Delacroix, Paul Gavarni, François Marius Granet, et Richard Parks Bonington[32]. L'un des artistes de son époque qu'il collectionne le plus est Théodore Géricault dont il réunit 14 peintures et de nombreux dessins[46].

Une collection personnelle : quelques thèmes de prédilection

La collection d’Horace His de la Salle rend compte de ses goûts pour certaines techniques, périodes, écoles ou artistes. Elle est cependant également construite autour de thèmes auxquels le collectionneur est particulièrement attaché. Ces thèmes reflètent l'influence de sa carrière, de sa personnalité, de ses engagements ou encore de son époque[32].

L'éclectisme avant tout

L’éclectisme des sujets représentés est une caractéristique des collections d’œuvres graphiques à laquelle n’échappe pas celle d’Horace His de la Salle[47], au point de devenir « une recherche qui ne l'abandonna jamais »[43]. Les estampes et dessins qu’il acquiert donnent ainsi à voir des scènes religieuses autant que profanes, des paysages comme des scènes militaires, ou encore quelques portraits[32].

Les paysages : le Grand Tour, les détours et le retour

Jan Both, Bords de rivière en Italie

Une place importante est donnée au sein de sa collection aux représentations de paysages, qu’ils soient de la main d’artistes issus des écoles du Nord, de France ou d’Italie. À la suite de ses propres voyages en Italie, dont le plus important en 1834, His de la Salle s’intéresse aux « petits paysagistes de Hollande »[48] qui représentent des vues inspirées par leur Grand Tour en Italie. C’est le cas du dessin Bords de rivière en Italie de Jan Both, qui remémore à His de La Salle la lumière qui l'a frappé en Italie[49].

Les vedute d'artistes italiens séduisent également le collectionneur en tant qu'amateur de voyage, au même titre que les paysages historiques ou pastoraux, dont le Grand paysage de Francisque Millet[49], ou encore les vues de ruines.

Considérant les artistes de son temps, il acquiert également des paysages orientalistes tel Paysage d’Orient d'Alexandre-Gabriel Decamps[50], ou des paysages intemporels et pittoresques, non localisables, qui lui rappellent son propre domaine en Eure-et-Loir[51]. C'est notamment le cas du Paysage de montagnes avec muret et jeunes arbres d’Alexandre Calame[51].

Les scènes militaires : la virtus dans les yeux d'un officier-collectionneur

Albrecht Dürer, Trois cavaliers orientaux conversant

Plus que tous les autres, les sujets militaires sont particulièrement représentés dans sa collection, sans ostracisme d’école ou d’époque[52], qu’ils s’agissent de véritables armées ou de scènes tirées du théâtre et de la littérature épique. Ces œuvres graphiques, rassemblées par un homme ayant grandi sous l’Empire, engagé dès la Restauration dans la Compagnie de Raguse au service de Louis XVIII[53], sont le reflet de l’ambiance guerrière du tournant du XIXe siècle.

Nombre d’œuvres rassemblées par His de la Salle font l’éloge de la gloire militaire et célèbrent la force épique, le courage valeureux ou le sens du sacrifice que met notamment en scène le Néo-classicisme[54] (en témoigne Le Silence des Athéniens de Moreau dit Le Jeune). Pour autant, le collectionneur militaire trouve également de tels sujets dans les dessins de Dürer[52] (Trois cavaliers orientaux conversant), de van Dyck[52] (Étude de cavalier et de chevaux), ou encore de Primaticcio[52] (Ulysse assis avec un trophée d’armes à ses pieds).

Théodore Géricault, Cuirassier blessé

Du côté du Romantisme, His de La Salle acquiert nombre d’œuvres de Géricault, son compagnon d’armes durant la semaine sainte en 1815 – sans qu’aucune interaction entre les deux ne soit néanmoins attestée[46]. Parmi cet ensemble majeur d’œuvres de Géricault figurent des scènes solennelles de préparation au combat (Louis XVIII passant une revue au Champ-de-Mars), autant que des scènes de bataille dont les soldats triomphent (Le prince vice-roi sauvant un officier fait prisonnier par les cosaques) ou sortent affaiblis (Cuirassier blessé assis sur un tertre)[46].

Théodore Géricault, Épisode de la campagne d'Égypte

Les représentations équestres dont l’Épisode de la campagne d’Égypte ou encore l’Officier de carabiniers entraînant ses troupes, constituent un pan à part entière de sa collection. Cet amour constant pour les représentations équines[55], qu’il partage indirectement avec Géricault, n’est pas sans rappeler son engagement personnel dans la cavalerie des Bourbons[22].

Horace Vernet, Soldat turc
Théodore Géricault, Mameluk retenant son cheval

Qu’importe les armées représentées, His de La Salle acquiert des œuvres qui célèbrent la valeur de l’engagement militaire[7], y compris celui d’un Soldat turc par Vernet ou d’un Mameluck retenant son cheval par Géricault. Bien que légitimiste et partisan de l’Ancien Régime, certains des dessins qu’il achète évoquent les campagnes de Napoléon (Le Porte-Drapeau et un vieux grenadier de Toussaint Charlet, Carabinier de l’infanterie légère de Raffet), tandis qu’il se montre enclin à acquérir des œuvres du bonapartiste Jacques-Louis David, sensible à ses représentations de soldats esseulés[56], comme Bélisaire.

Rayonnement de la collection His de La Salle

La diffusion de sa collection de son vivant (prêts, publications, dons)

Son éducation l’ayant sensibilisé à l’art dans une vision héritière de la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle, il souhaite diffuser sa collection tant pour servir de support à la formation de jeunes artistes que pour garantir à tous l’accès au savoir[40].

Diffusion auprès de son entourage, de particuliers et d'institutions

Se révulsant à « thésauriser »[14] et décrit d’une grande générosité[57], il entreprend cette mission de son vivant en acceptant de prêter des œuvres lors d’évènements culturels, en autorisant la création de fac-similés ou encore en effectuant plusieurs dons, tant envers un entourage privé qu’institutionnel. Il prête à l’Union Centrale des Beaux-Arts appliqués à l’Industrie une enluminure[40] ainsi que des objets lors de l’Exposition universelle en 1865[58] et autorise en 1868 la publication de certains dessins par Alphonse Leroy[40] .

Il cède à son ami Léon Bonnat trois dessins lui permettant de commencer sa collection et donne également des œuvres à sa maîtresse Madame White[22]. Il offre également des œuvres, majoritairement des dessins, à plusieurs musées dont il côtoie les conservateurs : Louis Courajod, Louis La Caze, Frédéric Reiset et Léonce Both de Tauzia pour le musée du Louvre[59], Louis Boulanger pour l’École nationale des Beaux-Arts de Dijon[60] ou encore Philippe de Chennevières pour le musée d’Alençon[61],[57]. D’autres établissements bénéficient épisodiquement de ses faveurs tels l’École des Beaux-Arts de Paris[40],[62], la Bibliothèque nationale de France[57],[63], le musée de Rouen[31],[64], le musée de Mâcon, le musée d’Orléans et le musée de Lyon[36].

Les premières ventes

Parmi les rares ventes de ses œuvres, il faut néanmoins noter une vente du 21 au , dont l'objectif est cependant de se consacrer plus spécifiquement à un collectionnement spécialisé[5].

Ainsi écrit-il : « Nous nous en séparons avec un vrai chagrin, sans aucun doute, mais pour nous livrer entièrement à l'étude des productions que l'art des anciens et des modernes a créées sous d'autres formes »[65]

Vers la fin de sa vie, en 1877, il se sépare également de sa collection de bronzes et de médailles qu’il met en vente aux enchères[66].

La dispersion de sa collection après sa mort (transmission, legs et dons)

À sa mort en 1878, sa collection est démantelée et répartie entre la marquise de Perrigny, sa cousine germaine et légataire universelle, Madame White et le musée du Louvre[67]. Madame White devient propriétaire des œuvres présentes (bronzes antiques, dessins, tableaux, médailles…) dans sa maison près de la Porte Maillot. En tant que grand philanthrope, il lègue sans condition sa collection de tableaux et ses 434 dessins au musée du Louvre[9], déjà très enrichi par ses dons antérieurs durant les années 1850-1870.

Il déclare en 1877 : « Je n’ai point de conditions à vous imposer. Ce sera un assez grand honneur pour moi, pour ma collection, d’être admis par vous [Philippe de Chennevières, Frédéric Reiset et Léonce Both de Tauzia] »[68].

Évolution historiographique de la collection His de La Salle

Mina da Fiesole, San Giovannino

Certaines œuvres provenant initialement de sa collection gagnent plus tardivement les musées par des dons. Le musée du Louvre acquiert le buste de Saint Jean-Baptiste enfant de Mino da Fiesole des Perrigny en 1880[69] alors que le musée de Bayonne obtient la terre cuite de la Tête de vieille femme, attribuée à Antonio Begarelli de la part de Léon Bonnat[70].

Après leur acquisition par certains musées, quelques œuvres de sa collection changent d'attribution du XIXe au XXIe siècle. C'est notamment le cas de la Tête de Vierge, de trois quart vers la gauche que His de La Salle et ses contemporains attribuaient à Botticelli, aujourd'hui considérée de la main de Botticini[71], ou encore de Molorchos faisant un sacrifice à Hercule, acquise par His de La Salle a priori pour ses seules qualités esthétiques, puisque attribuée à un anonyme lors de son achat, aujourd'hui considérée de la main du Corrège[71].

Hommages et postérité

Expositions notables de sa collection

  • Officier et gentleman au XIXe siècle. La collection Horace His de la Salle, - Musée du Louvre, Paris[72].
  • L'art des collections, bicentenaire du musée des beaux-arts de Dijon : du siècle des Lumières à l'aube d'un nouveau millénaire, - , Musée des beaux-arts de Dijon, Dijon
  • Dessins de la collection His de La Salle, 1974, Musée des beaux-arts de Dijon - Palais des Etats de Bourgogne, Dijon

Sélections d'œuvres de la collection His de La Salle

Bibliographie

Ouvrages

  • Léonce Both de Tauzia, Notice des dessins de la collection His de La Salle exposés au Louvre, Paris, Éditions Charles de Mourgues Frères,
  • Monique Geiger et Marguerite Guillaume (dir.), Dessins de la collection His de La Salle : cat.expo., Dijon, musée des Beaux-Arts - Palais des États de Bourgogne, Dijon, musée des Beaux-Arts,
  • Eugène Lecomte, Notice sur His de La Salle lue à l'assemblée générale annuelle de la Société des Amis du Louvre le 12 janvier 1903, Paris, Imprimerie générale Lahure,
  • Laurence Lhinares et Louis-Antoine Prat (dir.), Officier et gentleman au XIXe siècle : la collection Horace His de la Salle : cat.expo., Paris, musée du Louvre (7 novembre 2019 - 10 février 2020), Paris, musée du Louvre / Liénart éditions, , 223 p.
  • Emmanuel Starcky et Sophie Jugie (dir.), L'art des collections, bicentenaire du musée des beaux-arts de Dijon : du siècle des Lumières à l'aube d'un nouveau millénaire : cat.expo., Dijon, musée des Beaux-Arts (16 juin - 9 octobre 2000), Dijon, musée des Beaux-Arts,

Articles

  • Marine de Bayser, « His de La Salle : "Être utile au Louvre" », Grande Galerie, Le Journal du Louvre, no 9, , p. 88
  • Léon Bonnat, « Comment je suis devenu collectionneur », La Revue de Paris, , p. 757-764 (lire en ligne)
  • Charles Ephrussi, « Les dessins de la collection His de La Salle », Gazette des Beaux-Arts, vol. 25, , p. 225-245 ; 297-309
  • Louis Gonse, « Le don de M. His de La Salle : Chronique des arts et de la curiosité », Supplément à la Gazette des Beaux-Arts, vol. 9,
  • François-Anatole Gruyer, « M. His de La Salle, lu dans la séance publique annuelle des cinq académies, le 25 octobre 1881 », Journal officiel de la République française, no 296, , p. 5976-5981
  • Paul Ratouis de Limay, « Trois collectionneurs du XIXe siècle : His de La salle - Le docteur La Caze - Les Marcille », Le Dessin, no 1, , p. 20-27
  • Charles Timbal, « M. His de La Salle », Journal des Débats, vol. 2,

Catalogues de vente après décès

  • Catalogue de la collection d'estampes anciennes provenant du cabinet de M. H. de L. [His de La Salle] ... dont la vente... aura lieu... le lundi 21 avril 1856... : Vente, Paris, Hôtel des commissaires-priseurs / par le ministère de Me Delbergue-Cormont,... [3 volumes], Paris, P. Defer, (lire en ligne)
  • Catalogues de vente numismatique. Collection His de la Salle, Paris, Hoffmann, (lire en ligne)

Travaux académiques

  • Marine de Bayser, His de La Salle. Collectionneur du XIXe siècle [Thèse de doctorat en Histoire de l'art, dirigé par Bruno Foucart], Paris, Université Paris IV Sorbonne,

Voir aussi

Notes et références

Liens externes

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