Hôtel Excelsior de Casablanca

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Pays
Maroc
Commune
Casablanca
Hôtel Excelsior
Localisation
Pays
Maroc
Commune
Casablanca
Coordonnées
Architecture
Type
Architecte
Hippolyte-Joseph Delaporte
Style
Néo-mauresque

L'Hôtel Excelsior, situé sur la Place des Nations-Unies à Casablanca, est un hôtel historique ouvert en 1918 durant le Protectorat français.

Son histoire, intimement liée à celle de la ville, reflète les transformations urbaines et sociales de son époque, tout en témoignant de son impact sur le paysage hôtelier et culturel marocain. De son inauguration fastueuse à son déclin progressif, l'Hôtel Excelsior se dresse comme un témoin emblématique d'une époque révolue, attirant l'attention des historiens et des passionnés du patrimoine de la ville.

À la suite de la crise d'Agadir en 1911, un épisode marquant des tensions impérialistes entre la France et l'Allemagne, les négociations diplomatiques ont permis à la France de consolider son influence sur le Maroc. Cet accord franco-allemand, en stabilisant la situation politique, a ouvert la voie à un environnement favorable aux investissements. Ainsi, des entrepreneurs français et européens se sont engagés activement dans le développement des affaires économiques du pays.

Parmi eux, Monsieur Isaac, dit Gustave Gompel[1],[2], cofondateur du groupe Paris-France, a créé en février 1912 la société française Paris-Maroc[3]. Cette entreprise avait pour ambition de réaliser des opérations dans divers domaines: finances, immobilier, industrie, commerce, agriculture et exploitation minière. Administrée par Monsieur Maxime Katz, Paris-Maroc s’est spécialisée dans l’acquisition de terrains dans les principales villes marocaines afin d’y établir des comptoirs commerciaux inspirés des grandes maisons de vente de Paris-France[4].

Après la signature du traité de Fès en 1912 instaurant le protectorat français sur le Maroc, Casablanca a connu une expansion démographique rapide. Cette croissance, soutenue par l'agrandissement du port et l'émergence d'industries modernes, a attiré de nombreux colons, notamment des commerçants et des hommes d’affaires à la recherche d’opportunités. Ces nouveaux arrivants, exigeants en matière de confort et de luxe, ont stimulé des initiatives pour moderniser les infrastructures de la ville.

Pour répondre à ces exigences, la société Paris-Maroc a créé trois entités à Casablanca :

  1. Les Magasins Paris-Maroc : Inspirés des grands magasins européens, un vaste immeuble a été construit en 1914 sur la place du Grand Sokko (future place de France). Conçu par l'architecte Hippolyte Joseph Delaporte et réalisé par les frères Perret, ce bâtiment, surnommé les "Grands Magasins Modernes", deviendra plus tard les Galeries Lafayette de Casablanca[5].
  2. L'Agence industrielle et automobile: Cette entité comprenait un garage destiné à la vente d’équipements automobiles, réunissant les grandes marques de l’époque notamment Panhard et Levassor.
  3. L'Hôtel Excelsior: En 1911, le commandant Dessigny, directeur des services municipaux de Casablanca, a explicitement exprimé la nécessité d'un hôtel doté du confort moderne[6]. Afin d'offrir un hébergement de qualité aux voyageurs et aux hommes d’affaires, Paris-Maroc a présidé à la constitution de la société anonyme de l’Hôtel Excelsior en au 137 boulevard voltaire avec un capital de 800 000 francs. Son objet principal est l'exploitation de l’hôtel Excelsior qui sera édifié à la place du grand Sokko de Casablanca[5],[7],[8].

Construction de l’immeuble Excelsior et mise en service de l’hôtel

Construction et architecture

L’immeuble de l'hôtel Excelsior conçu également par l'architecte Hippolyte Joseph Delaporte est construit entre 1914 et 1916[9] par la compagnie Coignet[10]. Il se situe devant les remparts de la ville sur la place de France (actuelle Place des Nations-Unies) au croisement du boulevard de l'horloge (actuelle rue Allal Ben Abdellah) et de la rue Nolly (actuelle rue Brahim El Amraoui). L'immeuble a été édifié sur le lit de l'oued Bouskoura[11], à l'emplacement des anciens abattoirs[12], sur un terrain dont une partie faisait également office de dépotoir sauvage[13],[14].

L'hôtel Excelsior en construction

Ce bâtiment en béton armé, à cinq étages et en forme de V, présente une architecture néo mauresque. Son style distinctif se caractérise par des arcs en plein cintre, des azulejos ornant les façades, des toits couverts de tuiles vertes, ainsi que des frises et balcons inspirés des réalisations architecturales de l’occupation française en Afrique du Nord au XIXe siècle, notamment en Algérie et en Tunisie[10],[15].

La construction sur ce terrain, bien que potentiellement favorable en raison de sa nature rocheuse, a posé un défi de taille: la présence de la nappe d'eau de l'oued Bouskoura. Le niveau de cette nappe, pouvant monter jusqu'à trois mètres au-dessus du sous-sol, a nécessité la mise en œuvre d'un cuvelage pour assurer l'étanchéité du fond et des parois du sous-sol et les protéger contre la pression de l'eau. Un radier général composé de voûtes inversées a été conçu pour permettre au sol des caves de résister à ces pressions. Enfin, l'intrados des voûtes a été rempli avec du gros béton contenant des tirants afin de compenser la poussée desdites voutes[16]. L'écrivain britannique Wyndham Lewis avait constaté, lors de son séjour à l’hôtel en 1931, que l'eau du cours d'eau continuait de couler dans le sous-sol de l'immeuble et devait être pompée quotidiennement[13]. Le radier devait donc comporter des orifices de drain de remontée de l'eau de la nappe phréatique à l'intérieur du bâtiment.

Mise en service

Le , lors d’un séjour en ville, le général Lyautey visita l’hôtel Excelsior avant son ouverture et s’intéressa à son agencement, dont les détails lui furent expliqués. En tant que fervent partisan de l’urbanisme moderne, Lyautey manifestait un intérêt naturel pour ce type de projet, qui reflétait ses ambitions pour le développement de l'industrie hôtelière au Maroc[17],[18].

Le , les actionnaires de Paris-Maroc ont approuvé une augmentation de capital, sous la présidence de M. Gustave Gompel, de 6,5 à 7 millions de francs pour acquérir l'Hôtel Excelsior de Casablanca. Cette acquisition a fait de Paris-Maroc le propriétaire unique et exploitant direct de l'hôtel, entraînant la dissolution de la société qui le détenait auparavant[19],[2].

L’hôtel Excelsior a finalement été ouvert au public le premier sous la direction de M.Vauthier[20] et devient l'un des plus grands hôtels du Maroc. En cette année, Casablanca comptait 82 000 habitants dont 37 000[21] européens et constituait déjà l'une des principales portes d’entrée et de sortie du Maroc.

L’hôtel disposait de 150 chambres avec un rez de chaussée et un entresol occupés par un café-restaurant doté d'un salon de thé et d'un bar américain[22], une salle de fêtes (où des mariages s'organisaient[23]), un salon de lecture, des magasins et un coiffeur[21].

L'immeuble n’était pas exclusivement destiné à l’hôtel, il a également accueilli des cabinets et les sièges sociaux de plusieurs sociétés notamment les agences des compagnies de navigation[24]. L'école Pigier s'y est établie depuis 1928.

Période de l'entre-deux-guerres

Le refuge moderne de Casablanca

L'hôtel Excelsior aux années 20

Installé dans une ville qui ne possède aucun intérêt touristique mais dont l'avenir économique était prometteur, la principale clientèle de l’hôtel Excelsior était soit des gens de passage soit des hommes d'affaires occidentaux exigeant un confort moderne[21].

En effet, l’hôtel Excelsior était considéré comme un hôtel moderne de premier ordre équipé d’électricité, d'un chauffage central, d'ascenseur et d'appartements avec salle de bains privée[25].

L'écrivain Louis Thomas qui a séjourné en à l’hôtel Excelsior, décrit celui-ci dans son livre "Le Maroc au lendemain de la guerre" comme suit: "...les chambres y sont d'une scrupuleuse propreté, confortablement meublées, avec des tapis de rabat et de salé qui les égayent et les ornent, des salles de bains parfaites, des tables de toilettes modernes, avec eau courante font oublier certaines cambuses primitives ou je demeurais jadis, à de précédents voyages à Casablanca"[26].

Une chambre du cinquième étage a été décrite par le journaliste Isaac Knafo en : "Un grand lit à deux places,..., une table de nuit avec le dessus en marbre et, un vase de nuit bien propre dans la niche du bas, une armoire dans laquelle je n'avais rien à pendre, une table bureau, une chaise, un fauteuil et une large baie vitrée donnant sur un balcon en façade d'une rue adjacente"[27].

L'écrivain Wyndham Lewis a également mentionné l’hôtel Excelsior dans le récit de son voyage au Maroc en 1931 "Filibusters in barbary" . Il décrit l’hôtel comme suit: " En tant qu'hôtel, il est à tous égards plus «moderne» que la plupart des hôtels de Londres ou de Berlin, bien qu'il soit en dessous de la classe Ritz....... peu d'hôtels londoniens offrent un dîner aussi bon que celui de la table d'hôte de l'Excelsior "[13].

L’hôtel Excelsior, en plus de garantir un confort apprécié par sa clientèle, occupait une place centrale dans la vie quotidienne de Casablanca de l’époque. Son café et sa brasserie étaient devenus des points de rencontre prisés, notamment par les hommes d’affaires et les spéculateurs fonciers. Cet aspect est largement évoqué dans Les Hommes nouveaux, roman de Claude Farrère publié en 1922, où l’hôtel est décrit comme un lieu emblématique de Casablanca. Il y apparaît comme un espace de convergence des dynamiques sociales, économiques et culturelles, offrant aux personnages à la fois un cadre propice à la détente et un contexte idéal pour les négociations[28].

Changement de gestionnaires

Paris-Maroc décide de confier l’exploitation de l’Hôtel Excelsior à une entreprise spécialisée, la Société Chérifienne Hôtelière, Immobilière et Financière, fondée le à Casablanca. Cette société est créée pour gérer les actifs de l’Hôtel Excelsior ainsi que d’autres propriétés au Maroc[5],[19],[29].

Affiche publicitaire de l'hôtel Excelsior sous la direction de Baldrati

Dans ce cadre, Paris-Maroc transfère à la nouvelle société l’économat, le matériel, la cave, et le fonds de commerce de l’hôtel en contrepartie de plusieurs actions d’apport et de parts bénéficiaires[30].

Dix ans après son ouverture, l’Hôtel Excelsior a vu trois directeurs se succéder: MM. Vauthier, Boubée[31] et Scarella (Baptiste François)[32],[33]. En , Rodolphe Thomas Baldrati devient directeur de l’Excelsior et locataire de son fonds de commerce auprès de la Société Chérifienne[34],[35].

Le , la Société Chérifienne Hôtelière, Immobilière et Financière cède à son tour le fonds de commerce de l’hôtel-restaurant-bar Excelsior à la Société Africaine Foncière, Immobilière et Agricole (S.A.F.I.A)[36] pour un montant de 1.500.000 francs[35]. Cette dernière accorde un bail de trois ans à Baldrati à partir de en reprenant les mêmes conditions établies avec la Société Chérifienne. L'hôtel a été rénové avec soin par Baldrati, incluant l'acquisition de matelas spéciaux de la marque "Simmons"[35], l'installation d'un billard signé "Henri Prestable et Cie"[37]pour le bar américain, l'équipement de toutes les chambres en téléphones et l'aménagement d'un roof garden[38]. Cependant, en , le contrat de bail est résilié pour non-paiement des loyers par Baldrati[35] à savoir une somme de 338.175 francs[39].

Après cette résiliation, la S.A.F.I.A confie temporairement la direction de l’établissement à un dénommé Parriaux, avant de vendre le fonds de commerce en à un prix beaucoup plus inférieur à celui auquel il avait été acquis[35].

Les nouveaux propriétaires, la famille Rudel et la famille Levy, ont acquis l'hôtel Excelsior et sa brasserie via la nouvelle société EXCELSIOR SARL. À la suite de cette acquisition, l'hôtel et sa brasserie ont relancé leurs activités avec succès, générant d'excellents résultats[40],[41].

Deuxième guerre mondiale

Pendant la deuxième guerre mondiale, Casablanca était un point de transit crucial. Les réfugiés fuyant l’Europe occupée par les nazis passaient par cette ville dans l’espoir de rejoindre des territoires neutres ou alliés, comme les États-Unis.

À la suite de la débâcle militaire de 1940 entre la France et l’Allemagne nazie, plusieurs personnalités politiques françaises ont choisi d'embarquer à bord du Massilia, un paquebot en partance de Bordeaux pour Casablanca, au Maroc, le . Leur objectif était de rejoindre une zone encore hors du contrôle direct des forces allemandes, afin d’organiser une résistance ou de poursuivre leur activité politique.

Une fois à Casablanca, plusieurs d’entre eux furent assignés à résidence par le Résident général Noguès à l’hôtel Excelsior, placé sous étroite surveillance. Parmi ces figures, Georges Mandel et Édouard Daladier tentèrent de diffuser, à partir de l’hôtel, un appel à la résistance française depuis l’Afrique du Nord[42],[43],[44].

En 1942, la société Excelsior, dotée d’un capital de 500 000 francs, a été liquidée conformément à une décision prise en mais dont les prémices remontent à la déclaration de guerre en [45]. La répartition des actifs s’est effectuée par tirage au sort comme suit[46]:

  1. Premier lot: L’Hôtel Excelsior, le restaurant et le bar américain (dit Bar Nolly)) ont été attribués à M. Salomon Lévy, représentant 150 parts, et son fils M. Jacques Lévy, représentant 100 parts.
  2. Deuxième lot: La Brasserie Excelsior ainsi que le bar situé à l’angle de la rue de l’Horloge ont été attribués aux époux Madame Rudel (née Angèle Consuelo Llados) représentant 225 parts et Monsieur Antoine Rudel représentant 25 parts

En raison de restrictions liées à la guerre, la vie nocturne à Casablanca a été considérablement réduite pendant cette période. Les habitants se retrouvaient principalement dans les clubs de l'après-midi jusqu'en début de soirée. La Brasserie Excelsior dirigé par Mr.Rudel était l'un des plus grands et les plus fréquentés de ces lieux, proposant une ambiance animée et de la musique américaine allant du ragtime au jazz[47]. Les clients pouvaient y écouter des groupes jouer des standards de l'époque comme "Alexander's Rag Time Band" ou "Deep in the Heart of Texas"[47].

La brasserie Excelsior deviendra à partir du le restaurant et le siège de l'union des évadés de France et sera exclusivement réservé aux évadés de France militaires et civils. À cet effet, les locaux de la brasserie seront aménagés et inaugurés le en présence des autorités civiles et militaires de Casablanca[48]. Le , un incendie mystérieux frappe le siège des évadés causant des dégâts matériels importants[49].

L’hôtel quant à lui a été vendu en 1944 par les Lévy à l'exclusion du restaurant et du bar américain[50]. Les principaux propriétaires sont désormais le suisse Solari (Pierre Joseph) et son épouse Jeanne née Zanetti[50],[51].

Au sortir de la guerre, l'hôtel Excelsior a été séparé en trois entités: la brasserie, gérée par les Rudel; le restaurant et le bar américain, exploités par les Levy; et l'hôtel par les Solari.

Le déclin

Événements et personnalités

Références

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