Icones Principum Virorum
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Icones Principum Virorum[a], connu comme l’Iconographie est un album iconographique édité et dirigé par Antoine van Dyck, recensant les principales personnalités anversoises qui lui sont contemporaines. Cet album, composé de gravures exécutées par Van Dyck et par d'autres graveurs sous sa supervision, est publié pour la première fois en 1635 à Anvers.
La gravure de portrait
Après son essor au siècle précédent pour illustrer des livres[1], l'art de la gravure de portrait connaît son apogée durant la première moitié du XVIIe siècle. Elle fleurit d'abord en France, avec notamment Thomas de Leu et Léonard Gaultier[2], et des maîtres tels que Robert Nanteuil, Jean Morin, Antoine Masson ainsi que le Flamand Gérard Edelinck actif en France acquièrent une grande renommée et ont une forte influence en France et à l'étranger[3],[4],[5].
Tandis qu'en Allemagne et en Italie, la gravure de portrait est presque inexistante[6], en Flandres et dans les Provinces-Unies, les peintres produisent également d'excellents portraits gravés, comme Rembrandt excelle dans les deux disciplines, tandis que Pierre Paul Rubens et son élève Antoine van Dyck dirigent une école de gravure. Rubens fonde à Anvers un atelier destiné à reproduire ses estampes et dessins, dans lequel travaillent des graveurs de premier plan tels que Lucas Vorsterman, Boëtius Adams Bolswert, Paulus Pontius, bientôt regroupés sous le nom d'« École de Rubens »[3].
Un an après être fait franc-maître de la guilde de Saint-Luc d'Anvers, Antoine van Dyck devient à vingt ans le principal assistant de Rubens, auprès duquel il se forme à la taille-douce et à l'eau-forte en particulier[3]. Tandis qu'il ne surpasse pas Rubens en peinture, dont il copie le style, Antoine van Dyck se montre l'artiste flamand le plus talentueux dans la gravure de portrait[7],[8].
Genèse de l'Icones Principum Virorum
L'idée d'un ouvrage regroupant les portraits des personnalités célèbres d'Anvers et prenant la forme d'un album germe dans l'esprit d'Antoine van Dyck quand il rentre de son voyage en Italie en 1626 et avant qu'il parte en Angleterre en 1632[9].
La première édition est publiée à Anvers en 1635-1636. Elle est incomplète : le frontispice n'est pas publié avant l'édition de Gillis Hendricx de 1645, gravé par Jacob Neefs[9]. Les planches de la main de Van Dyck semblent n'avoir été mises dans le commerce qu'après sa mort (qui a eu lieu en ), et les tirages des premiers états sont très rares[10].
Réalisation

Antoine van Dyck réalise de nombreux et minutieux dessins de préparation à la craie et au pinceau en vue de leur publication sous forme de gravure[3].
Van Dyck sélectionne les aquafortistes qui vont reproduire ses dessins parmi les meilleurs de l'entourage de Rubens[9]. Il supervise et corrige le travail des graveurs et participe lui-même, créant principalement des portraits d'artistes, probablement les plus réussis de l'ouvrage[3],[9].
Parmi les plus brillants portraits, celui de Pieter Brueghel le Jeune se distingue par son caractère très humain, et parce qu'il est publié commé une esquisse[9],[b].
Sur l'ensemble des quatre-vingt portraits de contemportains illustres, l'album comprend onze portraits de femmes, dont Maria Ruten, la propre épouse de Van Dyck. L'album est publié pour la première fois à Anvers par Maerten van den Enden, entre 1632 et 1641[11].
Postérité
L'Iconographie connut un grand succès, mais c'est la seule fois que Van Dyck s'aventura dans la gravure car la réalisation de portraits peint payait sans doute mieux et qu'il était en outre très demandé. La grande qualité de l'ensemble est reconnue des historiens de l'art : « La gravure de portraits existait à peine avant lui, et elle est soudainement apparue dans son travail au plus haut point qu'elle a jamais atteint dans l'art[c]. »
À sa mort, il existait quatre-vingt planches réalisées par d'autres, dont cinquante deux faites par des artistes, outre les dix-huit réalisées par Van Dyck lui-même. Ces planches furent achetées par un éditeur et ont été utilisées pendant des siècles de sorte qu'elles finissaient par s'user ce qui impliquait d'en refaire périodiquement, ce qui explique que, à la fin du XVIIIe siècle, il y avait plus de deux cents planches de portraits qui ont d'ailleurs été rachetées par le musée du Louvre[10].
L'Iconographie de Van Dyck fut assez influente comme modèle commercial de la reproduction de gravures. Sa collection de planches de dessins, maintenant oubliée, fut très populaire jusqu'à l'avènement de la photographie. Le style des gravures à la Van Dyck, avec des lignes ouvertes et des points, contrastait remarquablement de celui d'autres grands graveurs de portraits de l'époque, comme Rembrandt, et eut un faible impact stylistique jusqu'à la fin du XIXe siècle, où il influença alors des artistes telles que James Whistler[12]. L'historien d'art Hyatt Mayor écrivit à ce sujet :
« Les graveurs ont par conséquent étudié van Dyck car ils peuvent espérer se rapprocher de sa brillante authenticité, alors que personne ne peut espérer approcher la complexité des portraits de Rembrandt[13]. »
