Indépendantisme groenlandais

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L'indépendantisme groenlandais est un courant politique qui revendique un Groenland indépendant du Danemark. Il est apparu dans les années 1960 et est désormais porté par la plupart des Groenlandais et des partis politiques de l'île.

Histoire coloniale du Groenland

Colonisation du Groenland

Statue de Hans Egede à Nuuk.

Après que la Norvège y a exercé une certaine influence jusqu'au XVe siècle, le Groenland est colonisé par le Royaume du Danemark au XVIIIe siècle. En 1721, le missionnaire dano-norvégien Hans Egede obtient du roi Frédéric IV du Danemark le droit d'évangéliser au protestantisme ce qu'il reste des Vikings norvégiens. Une fois sur place, Egede réalise qu'il n'en reste rien, alors il évangélise de force les autochtones Inuits, qu'il souhaite « civiliser », c'est-à-dire soumettre aux valeurs danoises[1].

Exploitation de l'île

Dans les années qui suivent, le Danemark s'intéresse au potentiel économique de l'île et y fonde des ports tels que Godthab en 1729. Les colons entreprennent un véritable pillage des ressources locales et exportent vers l'Europe peaux de phoque, graisse de baleine ou encore dents de narvals. L'expérience coloniale met à mal le peuple inuit, qui voit sa langue supplantée par le danois et ses membres cantonnées aux activités non décisionnelles. Riche en ressources minérales, le Groenland attire les convoitises américaines et norvégiennes. Les Etats-Unis proposent d'acheter l'île en 1867 et en 1946, tandis que la Norvège en revendique une partie en 1931. A chaque fois, le Danemark se montre déterminé à conserver sa colonie[1].

La modernisation des années 1950

Après la Seconde Guerre mondiale, le contexte international est très favorable à la décolonisation (affaiblissement des puissances coloniales, valeurs émancipatrices portées par les Alliés, intérêts américains et soviétiques à la décolonisation...). Afin de conserver le Groenland, Copenhague entreprend de cultiver une image de "colon responsable" et de moderniser l'île. Créée en 1948, la Commission pour le Groenland rend en rapport en 1950 faisant état de la situation délicate des autochtones qui souffrent de l'accroissement démographique et d'un changement climatique. En résultent la même année le Greenland Acts qui envisagent de concentrer la population en quelques stations principales, d'industrialiser la pêche sur la côte sud-ouest et de réformer l'économie de l'île[2]. Le Danemark vante cette politique auprès des Nations unies qu'il a rejoint en 1946 pour faire accepter sa conservation de la colonie qui est pourtant contraire aux prescriptions de l'ONU[3].

En 1953, le Groenland cesse officiellement d'être une colonie même s'il en est toujours une dans les faits. Au profit d'une révision constitutionnelle, le Danemark fait de l'île un comté, et négocie en parallèle à l'ONU pour faire reconnaitre une troisième définition de la décolonisation : l'intégration (qui s'ajoute à l'indépendance et à la libre association, et qui correspond justement au nouveau statut du Groenland). Ainsi, Copenhague contourne l'incitation internationale à la décolonisation[3].

Apparition du nationalisme

Dans les années 1960, certains Groenlandais qui ont fait leurs études au Danemark acquièrent pour la première fois du recul par rapport à leur île, et ils réalisent les inégalités dans le niveau de vie des Danois et des Groenlandais. Par exemple, le Greenland Civil Servants Act limite les salaires des Inuits à 85% de ceux des Danois travaillant sur l'île[1]. Le Parti National Inuit est créé en 1964 dans une logique de protestation, mais également d'identification nationale.

La loi d'autonomie de 1979

Les velléités indépendantistes n'éclosent réellement que lorsque le Danemark rejoint la Communauté Economique Européenne (CEE) en 1973, ce qui désavantagerait les pêcheurs groenlandais. La métropole est contrainte d'assouplir son étreinte sur son comté en adoptant une loi d'autonomie (1979) qui permet au Groenland de quitter la CEE (1985)[4]. Cette loi d'autonomie entérine la création du gouvernement groenlandais et transfère 17 domaines de compétences de Copenhague à Nuuk (éducation, fiscalité, économie, santé...)[5][réf. à confirmer].

L'autonomie renforcée en 2009

Dès la création du gouvernement groenlandais, les relations entre l'île et la métropole sont au cœur de la politique groenlandaise. Ainsi est créée en 1999 une commission chargée d'étudier différents scénarios possibles pour l'émancipation du Groenland. Le scénario finalement retenu est l'autonomie renforcée. Après de nombreuses négociations avec le Danemark, le référendum sur l'autonomie du Groenland de 2008 valide ce choix. Le , le Danemark promulgue la Lov 473 om Grønlands Selvstyre reconnaissant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes du Groenland et prévoyant en son chapitre 8 la possibilité pour le Groenland d'organiser un référendum pour décider de cette question[6]. De nouvelles compétences sont attribuées au Groenland, comme la police, la justice ou une partie des relations internationales. De plus, le groenlandais devient la langue officielle et les Groenlandais sont reconnus comme un peuple[5].

Enthousiasme et hésitations depuis 2010

Le , la coalition gouvernementale, composée d'Inuit Ataqatigiit, de Siumut et du Partii Naleraq, dispose d'un ministre chargé de l'indépendance[7]. L'accord gouvernemental débute par « Le Groenland est irrévocablement en route vers l’indépendance »[8]. Pourtant, un an auparavant et dans un contexte de chute du prix des matières premières, le nouveau premier ministre déclare que la question n'était pas à l'ordre du jour, mais appartient aux générations futures[9], rompant avec les déclarations de son prédécesseur, qui en déclare que l'indépendance est « naturelle »[10].

Durant les Jeux d'hiver de l'Arctique de 2016, qui se sont tenus à Nuuk, le président du parlement Lars-Emil Johansen déclare que « ces partenariats avec les Jeux d'hiver de l'Arctique font partie de notre exercice vers l'indépendance »[11].

En 2017, une commission est chargée de travailler à la rédaction de la constitution groenlandaise, qui serait la première de l'île et qui marquerait un pas important vers l'indépendance. L'objectif était de produire un texte pour 2021, à l'occasion du trois-centième anniversaire de la colonisation du Groenland, mais la crise sanitaire du Covid-19 a interrompu le travail constituant pendant plusieurs mois[12].

Nationalisme groenlandais

Drapeau du Groenland depuis 1985.

Le nationalisme groenlandais apparaît en même temps que l'indépendantisme, lorsque des étudiants revenus du Danemark réalisent la place du Groenland dans le monde et les injustices subies par rapport à la métropole. Il se donne à voir dans ses débuts dans le Parti national Inuit, créé en 1964 et dissout quelques années plus tard, qui revendique la reconnaissance du peuple groenlandais. Lorsque l'île devient autonome en 1979, les villes changent leurs noms danois en noms autochtones, comme Godthab qui devient Nuuk. En 1985, le drapeau danois est remplacé par le drapeau actuel, appelé Erfalasorput Notre drapeau »). L'autonomie renforcée de 2009 fait du groenlandais la langue officielle et reconnait le peuple groenlandais[5],[1].

Perspectives d'indépendance

Notes et références

Voir aussi

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