Iran : la révolution au nom de Dieu
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Iran : la révolution au nom de Dieu est un témoignage sur les événements qui conduisirent à la Révolution Iranienne, publié par Claire Brière-Blanchet et son mari, Pierre Blanchet, alors journalistes à Libération, en 1979 aux éditions du Seuil. La présence, en appendice, d’une libre discussion avec le philosophe Michel Foucault a achevé de le rendre historiquement très précieux.
Ce livre, écrit lors des derniers mois du régime impérial iranien, constitua l’un des plus passionnants témoignages sur ces événements. Les rencontres relatées, venant de milieux variés, proposent une vision élargie qui dépasse et complète le point de vue des intellectuels laïcs, les plus écoutés alors dans la presse occidentale. Ainsi en est-il de l’ayatollah Kazem Shariatmadari, religieux modéré vite débordé par la surenchère révolutionnaire, que Claire Brière-Blanchet rencontre secrètement[1]. L’ouvrage commence par le raccourci saisissant entre les fastes des commémorations du 2500e anniversaire de l’empire perse, à Persépolis en 1971, et l’actualité toute récente au moment de la publication, le retour en gloire de Khomeini à Téhéran le , une fois le Chah chassé de son pays. Une des grandes vertus du livre fut de tenter de répondre à une problématique qui surgit ainsi brutalement : comment était possible la défaite d’un pouvoir de technocrates modernistes, porté quelques années auparavant par un boom économique sans précédent, vaincu par l’émergence inattendue d’une thématique mêlant religion et mysticisme[2]. Le corps principal de l’ouvrage consiste en l’enquête sur place proprement dite. Pour finir, les auteurs proposèrent une remise en perspective historique, économique et sociale, qui rappelle aux lecteurs français les origines millénaires du pays ainsi que les enjeux pétroliers, culminant dans l’épopée de Mohammad Mossadegh, qui dominèrent les tensions géopolitiques le long du XXe siècle.
L’aveuglement de la gauche de l’époque
Claire Brière-Blanchet critiqua fortement, par la suite, la façon dont cette époque, et singulièrement les « intellectuels de gauche », ont pu être fascinés pour le surgissement de l’islam politique sur la scène mondiale, et la figure de Khomeini sous les pommiers de Neauphle-le-Château, en adversaire du Chah venu d’un autre temps. Le récit fait dans Iran : la révolution au nom de Dieu atteste à plusieurs endroits d’une analyse pourtant nuancée, et d’autant plus lucide qu’elle fut rédigée vraiment à chaud. La quatrième de couverture, questionnait ainsi : « Ces retrouvailles de tout un peuple avec la tradition islamique inaugurent-elles une révolution, ou le retour en force du passé ? Cette irruption de la spiritualité dans la politique n’est-elle pas lourde aussi d’une nouvelle intolérance ? » Arrivés en , les deux journalistes sont sur place le lorsqu’une foule innombrable fête la fin du Ramadan en se réunissant sur une colline du nord de la capitale. Devant le centre religieux fondé par Ali Chariati (décédé en ), et fermé par la Savak, le recueillement devient politique. La description des glaïeuls offerts aux soldats est saisissante. Tout comme l’atmosphère lourde au grand cimetière du sud de la ville, Béhecht Zahra, où les victimes du « Vendredi Noir », tuées par la police alors qu’elles manifestaient sur la place Jalé, sont enterrées plus tard. Les auteurs ne prêtent pas une foi crédule aux rumeurs les plus folles qui circulent alors sur les décomptes invérifiables, mais sont vigilants face aux accusations xénophobes qui circulent : des étrangers, des israéliens souvent, voire des minorités, nombreuses en Iran, auraient tiré sur la foule désarmée. « Ces cosmopolites auront-ils droit de cité dans la république islamique ? La question se pose, car les bahaïs sont pourchassés depuis plusieurs mois. »[3]. Claire Brière-Blanchet confiera en 2008 que, au journal Libération, on eut du mal à croire certaines informations qui contredisaient l’élan révolutionnaire à la mode alors à Paris. Après l’exécution de Hassan Pakravan, Pierre Blanchet, rentré en France, ne parvint que difficilement à faire publier un article alertant l’opinion publique sur les violences commises par les révolutionnaires (et intitulé « J’entends un bruit de bottes… »). Il ne paraîtra, finalement, que sous la rubrique de « Libre opinion », les rendant suspects aux yeux de la rédaction[4].
