Italo Rota

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Décès
(à 70 ans)
Milan, Italie
Nationalité
Italienne
Italo Rota
Biographie
Naissance
Décès
(à 70 ans)
Milan, Italie
Nationalité
Italienne
Formation
Activité
Architecture muséale, design urbain, scénographie, éclairage, design de mobilier
Autres informations
A travaillé pour
Distinction
Lion d'or de la Biennale d'architecture de Venise (2025, in memoriam)
Médaille d'or de l'architecture italienne (2006)
Œuvres principales
Museo del Novecento (Milan)
Musée d'Orsay (avec Gae Aulenti)
Pavillon italien Expo 2020 (Dubaï)

Italo Rota, né le à Milan et mort dans la même ville le , est un architecte et designer italien dont le travail se situe à la croisée de l'architecture, du design et de la scénographie. Formé au Politecnico di Milano, il développe au cours de sa carrière une pratique caractérisée par l'attention portée à la relation entre espace, lumière, technologies et narration architecturale, intervenant aussi bien dans des projets muséaux que dans des réalisations urbaines, des installations et des objets de design.

Après des débuts professionnels auprès de Franco Albini et Vittorio Gregotti, il s'installe à Paris à la fin des années 1980 où il collabore avec Gae Aulenti sur plusieurs projets liés à des institutions culturelles françaises, notamment le Musée d'Orsay et le Centre Pompidou. De retour en Italie au milieu des années 1990, il fonde son agence à Milan et réalise plusieurs projets, dont l'aménagement du Museo del Novecento sur la Piazza Duomo et la promenade du Foro Italico à Palerme, récompensée par la médaille d'or de l'architecture italienne pour l'espace public en 2006. Parallèlement, il mène des projets internationaux et collabore avec des entreprises du design et de l'éclairage.

Son activité inclut la scénographie d'expositions et de spectacles, ainsi qu'une implication dans l'enseignement du design et de l'architecture au sein de plusieurs institutions européennes et internationales. En 2025, la Biennale d'architecture de Venise lui décerne à titre posthume le Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière.

Formation et débuts

Italo Rota obtient son diplôme d'architecture au Politecnico di Milano en 1982[1]. Avant cette date, il effectue un apprentissage de quatre ans dans le cabinet de Vittorio Gregotti, au cours duquel il participe notamment au projet de l'université de Calabre entre 1972 et 1973[2]. De 1976 à 1981, il s'implique dans la rédaction de la revue d'architecture Lotus International aux côtés de l'architecte Pierluigi Nicolin, consolidant son intérêt pour l'édition et la théorie architecturale[3].

Période française (fin des années 1980 – milieu des années 1990)

À la fin des années 1980, il s'installe à Paris et collabore avec l'architecte Gae Aulenti sur plusieurs projets de musées et d'aménagements en France : interventions au Musée d'Orsay, contributions au Musée national d'art moderne du Centre Pompidou, aménagement de nouvelles salles de l'École française dans la Cour Carrée du Louvre, études d'éclairage pour la cathédrale Notre-Dame de Paris et le long de la Seine, et participation à la rénovation du centre de Nantes[4],[2]. C'est durant cette période parisienne qu'il collabore également avec le metteur en scène Bernard Sobel sur plusieurs productions théâtrales, et qu'il repense l'intérieur du bâtiment du Théâtre de Gennevilliers[5].

Retour en Italie et Studio Italo Rota

Au milieu des années 1990, il revient en Italie et fonde à Milan le Studio Italo Rota, qui développe une activité allant de la conception architecturale au design de produits, avec un accent sur l'emploi de matériaux innovants, des technologies avancées et une recherche sur la lumière[6]. Parmi ses réalisations de cette période figurent la promenade du Foro Italico à Palerme (2005), récompensée par la médaille d'or de l'architecture italienne dans la catégorie espaces publics en 2006, et le Museo del Novecento, installé au Palazzo dell'Arengario sur la Piazza Duomo de Milan, inauguré en [7].

Projets internationaux

En parallèle, il réalise des projets à l'international : la Casa Italiana à l'université Columbia à New York (1997), un temple hindou dédié au seigneur Hanuman à Mumbai (2009) et le Chameleon Club de l'hôtel Byblos à Dubaï (2011)[1],[8]. Le padiglione Ciudades de Agua pour l'Expo de Saragosse en 2008, le Padiglione Kuwait à l'Expo 2015 de Milan, et le pavillon de l'Italie à l'Expo 2020 de Dubaï (conçu avec CRA-Carlo Ratti Associati) complètent ce volet international de son activité[8],[9].

Design et collaborations

Dans le domaine du mobilier et du luminaire, il dessine la chaise Modestly Veiled pour l'éditeur Driade et co-signe la lampe suspendue Calenda pour Artemide[4].

En 2019, Salvatore Ferragamo présente The World of Italo Rota, exposition consacrée à l'univers créatif de l'architecte pendant la Semaine du design de Milan, dans les boutiques de la Via Monte Napoleone[4].

Parmi ses derniers travaux figure la scénographie de l'exposition Pittura italiana oggi à la Triennale de Milan, commissariée par Damiano Gullì, close en , réunissant des œuvres d'environ 120 artistes italiens nés entre 1960 et 2000[10].

Décès

Italo Rota meurt à Milan le à l'âge de 70 ans, après une longue maladie[11].

Scénographie

Durant son séjour parisien, Italo Rota développe une activité de scénographie théâtrale en collaborant avec le metteur en scène Bernard Sobel, directeur du Théâtre de Gennevilliers. Il participe également à la réfection de l'intérieur du bâtiment du Théâtre de Gennevilliers lors de son agrandissement, redessinant les espaces intérieurs de la salle[5].

Sa réalisation scénographique la mieux documentée est celle d'Hécube d'Euripide, dans la traduction française de Nicole Loraux et François Rey, mise en scène par Bernard Sobel au Théâtre de Gennevilliers le . Rota conçoit pour cette production une scénographie exploitant des miroirs et des éclairages à contre-jour pour reconstituer un espace évoquant les gradins d'un théâtre grec antique. Maria Casarès interprète le rôle-titre aux côtés de Vladimir Yordanoff dans le rôle d'Agamemnon[12],[13]. Maria Casarès obtient le Molière de la meilleure comédienne en 1989 pour cette interprétation[13].

Rota collabore par la suite avec Bernard Sobel sur d'autres productions : L'École des Femmes de Molière, Nathan le Sage de Gotthold Ephraim Lessing, Philoctète de Heiner Müller dans la traduction de François Rey, et Entre chien et loup ou La Véritable Histoire d'Ah Q de Christoph Hein[14].

Enseignement

Italo Rota mène une carrière d'enseignant en parallèle à sa pratique professionnelle. Il est professeur de conception architecturale à l'École d'Architecture UP8 Paris-Belleville de 1987 à 1990, puis à l'IED (Istituto Europeo di Design) de Milan de 1996 à 1998, et à la Facoltà di Architettura de Ferrare de 1998 à 2000[3]. Il intervient également dans le cadre de séminaires dans plusieurs institutions, dont l'université Columbia, le Politecnico di Milano et les facultés d'architecture de Lausanne et de Genève[8].

À partir de 2010 et jusqu'à la fin de sa vie, il occupe le poste de directeur du département de Design à la Nuova Accademia di Belle Arti (NABA) de Milan, où il contribue à orienter la formation vers une approche interdisciplinaire croisant design, arts visuels et nouvelles technologies[3],[7].

Réalisations

Musée d'Orsay (1980–1986)

Entre 1980 et 1986, Italo Rota participe à la transformation de l'ancienne gare d'Orsay en musée, sous la direction de Gae Aulenti[15]. L'équipe comprend également Piero Castiglioni pour l'éclairage et Richard Peduzzi pour l'architecture des espaces[15]. Le projet vise à créer un espace d'exposition unifié utilisant des matériaux homogènes, tout en préservant la structure monumentale de la gare du XIXe siècle[2].

Centre Pompidou — Musée national d'art moderne (1986)

En 1986, toujours aux côtés de Gae Aulenti, Rota signe la rénovation du Musée national d'Art moderne au Centre Pompidou[16]. Cette intervention contribue à redéfinir la muséographie des collections permanentes du musée parisien[2].

Musée du Louvre — Cour Carrée (1985–1992)

En 1985, Rota remporte le concours pour l'aménagement des nouvelles salles de l'École française de peinture au deuxième étage de la Cour Carrée du Louvre[17]. Les salles, inaugurées en 1992, associent béton poli et bois clair. Le projet s'inscrit dans le programme du Grand Louvre dirigé par Ieoh Ming Pei, qui reçoit l'Équerre d'argent en 1989[17],[11].

Éclairage de Notre-Dame de Paris (1991–2000)

En 1989, la Commission nationale des Monuments historiques confie à la Ville de Paris la mission de rénover l'éclairage extérieur de la cathédrale Notre-Dame de Paris[18]. Le projet est attribué en 1991 aux concepteurs lumière Roger Narboni (Concepto), Louis Clair (Light Cible) et à Italo Rota[19]. Après une campagne de nettoyage de la pierre, le nouveau dispositif est mis en œuvre entre 1998 et 2000, utilisant la fibre optique et l'iodure métallique pour mettre en valeur la statuaire de la façade occidentale[18]. L'éclairage souligne la structure étagée de la façade, sa répartition ternaire, ainsi que la transparence et la double peau de pierre de ses galeries et colonnades[19].

Aménagement urbain de Nantes (1992–1995)

Entre 1992 et 1995, Italo Rota, associé à Bruno Fortier et Jean-Thierry Bloch, réalise l'aménagement du centre-ville de Nantes[20]. Le projet transforme l'île Feydeau et le cours des Cinquante-Otages en promenades vertes, accompagnant l'implantation du tramway[11]. Cette intervention reçoit le Grand Prix de l'urbanisme de la Ville de Paris[21]. Un concours international d'architecture avait été lancé, dont le projet de Fortier et Rota prévoyait la réintroduction de l'eau dans une darse au nord de l'île Feydeau[22].

Foro Italico de Palerme (2005)

En 2005, Italo Rota, avec son collaborateur Alessandro Pedretti, réaménage la promenade du Foro Italico Umberto I à Palerme, sur le front de mer longeant le quartier de la Kalsa[23]. Le projet, intitulé Mare verde, transforme une surface d'environ quatre hectares en espace public vert et restitue au front de mer palermitain une lisibilité visuelle que plusieurs décennies d'usages informels avaient altérée. Une piste cyclable en béton vert de 1,5 km suit le périmètre du parc[23].

L'élément le plus reconnaissable de l'intervention est une bordure de 1 400 dissuaseurs en céramique représentant le profil d'Éléonore d'Aragon selon un modèle de Francesco Laurana, hauts de cinquante centimètres et disposés en quinconce sur un linéaire de près de 600 mètres le long de la via Foro Umberto I. Ces éléments, populairement surnommés principesse, combinent une fonction anti-intrusion et une référence iconographique à l'histoire de la ville[6],[23]. Le projet reçoit en 2006 la médaille d'or de l'architecture italienne dans la catégorie espaces publics[8].

Museo del Novecento de Milan (2001–2010)

En 2001, Italo Rota remporte avec Fabio Fornasari le concours international pour la transformation du Palazzo dell'Arengario en Museo del Novecento, consacré à l'art italien du XXe siècle[24]. L'édifice, construit dans les années 1930 par Piero Portaluppi, Giovanni Muzio, Pier Giulio Magistretti et Enrico Agostino Griffini, est restructuré pour accueillir plus de 4 000 m2 d'espaces d'exposition sur trois niveaux[24]. Des escalators à ciel ouvert relient les étages tandis que de larges baies vitrées offrent des vues sur la Piazza del Duomo et l'architecture historique et contemporaine de Milan[7]. Le musée ouvre ses portes le [24].

Pavillon italien à l'Expo 2020 de Dubaï

Pour l'Expo 2020 de Dubaï, Italo Rota Building Office s'associe à CRA–Carlo Ratti Associati, Matteo Gatto et F&M Ingegneria pour concevoir le pavillon de l'Italie[9]. D'une superficie de 3 500 m2 et d'une hauteur de 27 m, le bâtiment constitue une expérimentation d'architecture circulaire et reconfigurable[25]. La toiture est composée de trois coques de bateaux retournées, évoquant les vagues de la mer et du désert[9]. La façade multimédia est réalisée à partir de deux millions de bouteilles en plastique recyclé, tandis que d'autres éléments intègrent des matériaux bio-sourcés : écorces d'orange, marc de café, algues et sable[25]. Le pavillon est inauguré le [9].

Approche architecturale

Une définition élargie de l'architecture

Selon Carlo Ratti, collaborateur de longue date, l'approche d'Italo Rota se caractérise par une conception de l'architecture qui dépasse les frontières traditionnelles de la discipline pour englober le design, l'art, la technologie et la culture visuelle[26]. Cette conception le rapproche moins des impresarios éclectiques comme Philip Johnson ou Charles W. Moore que des penseurs médiévaux comme Raymond Lulle, animés par une soif encyclopédique de connaissance[26].

Interdisciplinarité et landarchitecture

Tout au long de sa carrière, Rota développe une recherche croisant l'art contemporain, la robotique et les nouvelles technologies[27]. Il désigne par le terme landarchitecture ses projets à grande échelle dans l'espace public, qui visent à réconcilier la ville avec son environnement naturel — qu'il s'agisse du rapport entre Palerme et la mer, ou entre Nantes et son réseau d'eaux urbaines[6],[23]. La revue Domus retient en 2017 sa capacité à « se familiariser, comprendre, sélectionner et recomposer » comme méthode transversale à ses projets muséaux comme à ses créations de design[14].

La lumière comme matériau

L'attention portée à la lumière constitue un fil conducteur de son œuvre, des projets muséaux parisiens à l'éclairage de Notre-Dame de Paris, en passant par le Museo del Novecento[19],[18]. Rota considère l'éclairage non comme un élément technique accessoire mais comme un matériau architectural à part entière, capable de révéler la structure, la texture et la profondeur des espaces[18].

Distinctions et récompenses

AnnéeDistinctionProjet ou motif
1989Équerre d'argent (équipe Grand Louvre)Salles de peinture française, Louvre[17]
1994Grand Prix de l'urbanisme de ParisAménagement du centre de Nantes[8]
1996Landmark Conservancy PrizeNew York[8]
2003Médaille d'or de l'architecture italienne (culture)Médiathèque de Anzola dell'Emilia[8]
2006Médaille d'or de l'architecture italienne (espace public)Promenade du Foro Italico, Palerme[7]
2025Lion d'or de la Biennale de Venise (in memoriam)Ensemble de la carrière[27]

Lion d'or de la Biennale de Venise 2025

Le , la direction de la 19e Biennale d'architecture de Venise, intitulée Intelligens et placée sous le commissariat de Carlo Ratti, annonce l'attribution du Lion d'or spécial pour l'ensemble de la carrière (in memoriam) à Italo Rota[28]. La philosophe américaine Donna Haraway reçoit le même jour le Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière[29]. Dans ses motivations, Carlo Ratti souligne que le travail de Rota, centré sur une recherche interdisciplinaire pendant plus de trente ans, a contribué à développer de nouvelles approches de conception[27].

Publications

Italo Rota est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'architecture et le design :

  • I Maestri dell'Architettura, [édité par Anna Sartea], Hachette, San Giovanni Lupatoto, 2009[6].
  • Cosmologia portatile. Scritti, disegni, mappe, visioni, [édité par F. La Rocca], Quodlibet, Macerata, 2013[6].
  • Una storia elettrica, Quodlibet, 2014[3].

Il contribue à la rédaction de la revue Lotus International entre 1976 et 1981, et co-dirige l'ouvrage collectif Good N.E.W.S. Temi e percorsi dell'architettura [édité avec Fulvio Irace], Triennale-Electa, Milan, 2006[6]. Son travail est publié dans de nombreuses revues d'architecture et de design, parmi lesquelles Domus, Casabella, Abitare, Lotus International, Architectural Design et L'Architecture d'Aujourd'hui[8].

Héritage et postérité

Notes et références

Voir aussi

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