James Bond 007 contre Dr No
film de Terence Young, sorti en 1962
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James Bond 007 contre Dr No (Dr. No) est un film d'espionnage britannique réalisé par Terence Young et sorti en 1962. C'est le premier de la série des films de James Bond d'EON Productions, qui en comporte actuellement 25. Il est adapté du roman Docteur No de Ian Fleming, publié en 1958. L'agent secret James Bond est envoyé en Jamaïque par le chef du MI6, « M », pour enquêter sur la mystérieuse disparition de deux autres espions. 007 va devoir affronter le SPECTRE, une organisation qui vise à dominer le monde, personnifiée par le « Dr No ».
Johanna Harwood
Berkely Mather
Terence Young (non crédité)
| Titre québécois | James Bond 007 contre docteur No |
|---|---|
| Titre original | Dr. No |
| Réalisation | Terence Young |
| Scénario |
Richard Maibaum Johanna Harwood Berkely Mather Terence Young (non crédité) |
| Musique |
John Barry Monty Norman |
| Acteurs principaux |
Sean Connery Ursula Andress Joseph Wiseman Jack Lord |
| Sociétés de production | EON Productions |
| Pays de production |
|
| Genre | espionnage |
| Durée | 105 minutes |
| Sortie | 1962 |
Série
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Bien qu'étant le premier film James Bond, Dr. No est en fait le sixième roman mettant en scène l'espion. Le film fait toutefois référence à des évènements étant arrivés dans les précédents romans, et les romans suivants, tel que l'organisation du SPECTRE, qui n'apparaît que dans le roman de 1961 Opération Tonnerre. Produit avec un budget modeste, James Bond 007 contre Dr No a été un succès financier. Il a permis de découvrir Sean Connery qui y incarne James Bond pour la première fois, mais aussi Ursula Andress, lauréate du Golden Globe de la révélation féminine de l'année 1964. Pour sa première apparition au cinéma dans le film, le personnage de James Bond est considéré comme le troisième plus grand héros de l'histoire du cinéma par l'American Film Institute[1].
Synopsis
Dans la capitale jamaïcaine, Kingston, le chef de la section jamaïcaine du MI6, John Strangways, est assassiné par un trio de faux aveugles connus sous le nom de Three Blind Mice. Après s'être introduits dans la villa de Strangways et avoir assassiné sa secrétaire Mary, les assassins subtilisent deux dossiers, respectivement intitulés Crab Key et Doctor No.
À Londres, l'agent secret James Bond, de matricule 007, se trouve au casino lorsqu'il est convoqué dans le bureau de son supérieur, M. Bond reçoit pour ordre d'enquêter sur la disparition de Strangways et de déterminer si elle est liée ou non à une affaire sur laquelle il travaillait avec la CIA, portant sur la perturbation par ondes radio de lancements de fusées depuis Cap Canaveral. Pour cette mission, l'agent voit son arme Beretta remplacée par le Walter PPK (Bond ayant été blessé dans sa précédente mission).
À son arrivée à l'aéroport de Kingston, une photographe tente de le prendre en photo, et un conducteur suspect lui propose ses services. Bond décide de se renseigner auprès de l'ambassade, qui confirme n'avoir envoyé aucun chauffeur. Il décide toutefois de monter dans la voiture, étant alors pris en filature par deux hommes. Pensant à un traquenard, Bond intime au chauffeur de quitter la route principale et, après un bref combat, l'homme refuse de révéler le nom de son employeur avant de se suicider avec une cigarette au cyanure. Il informe la police locale, qui l'autorise à mener une enquête.
Au cours de celle-ci, à la villa de Strangways, Bond remarque la photo d'un pêcheur avec ce dernier. Un policier l'informe qu'il s'agit de Quarrel, un pêcheur connu de la région. Après avoir repéré l'homme dans un port, Bond discute avec lui mais le trouve peu coopératif. Il le reconnaît comme étant le conducteur de la voiture l'ayant pris en filature la veille. Il le suit et commence à se battre avec lui et un ami, Pussfeller, lorsque le combat est interrompu par le second homme ayant attendu Bond à l'aéroport : Felix Leiter, agent à la CIA, et explique que non seulement les deux agents travaillent sur la même mission, mais aussi que Quarrel l'assiste dans sa tâche. Il informe Bond que la CIA a réussi à remonter le brouillage jusqu'à la Jamaïque, mais que les reconnaissances aériennes n'ont pas permis de localiser sa provenance.
Le soir même, Quarrel révèle alors qu'il a emmené Strangways sur les îles proches afin de collecter des échantillons de minéraux. Il parle également du Dr No, qui possède l'île de Crab Key sur laquelle se trouve une mine de bauxite : l'île est activement protégée des intrus par une force armée de sécurité, assistée d'un radar. Une photographe du Daily Gleaner prend alors en photo les hommes, et est rattrapée par Quarrel, puis interrogée par Bond, mais ne veut rien dire de sa mission.
Pendant la fouille de la maison de Strangways, Bond avait trouvé un reçu signé du professeur Dent. Après avoir survécu à une tentative d'assassinat de la part des Three Blind Mice, Bond se rend aux laboratoires Dent : selon le professeur, les échantillons apportés par Stragways ne valaient rien. Sur ce, Dent se rend immédiatement sur Crab Key, où le Dr No lui fait part de son déplaisir quant à sa venue sur l'île en plein jour et son échec à tuer Bond. Il lui ordonne d'essayer de nouveau, cette fois-ci avec une tarentule. La nuit, Bond parvient à tuer l'araignée. Le lendemain, il sympathise avec la secrétaire à la maison du Gouvernement, Mlle Taro, qui est également complice de l’organisation secrète avec Dent. Elle lui donne rendez-vous chez elle.
En cours de route, l'espion est pourchassé par un corbillard conduit par les Three Blind Mice. Il parvient à leur échapper et ces derniers décèdent dans une sortie de route. Bond arrive chez la secrétaire et cette dernière, très surprise, couche avec lui. Mais l'espion, sûr de sa culpabilité, la fait arrêter en prétendant envoyer une voiture pour les emmener dans un restaurant, qui s'avère être une voiture de police, et tend un piège au professeur chez elle, qu'il parvient à capturer, interroger et qu'il élimine froidement de deux balles, alors que le pistolet du professeur Dent est vide, illustrant ainsi sa licence de tuer, rappelée par M lors de leur entrevue avant la mission.
Ayant détecté des traces de radioactivité des échantillons de Strangways dans le bateau de Quarrel, Bond persuade le Jamaïcain réticent de l'emmener sur Crab Key au soir. Le matin suivant, il y rencontre Honey Ryder, une jeune femme cherchant des coquillages et seulement vêtue d'un bikini blanc. Malgré un accueil hostile, elle accepte d'aider Bond et emmène les deux hommes dans les marais intérieurs de l'île. Après la tombée de la nuit, ils sont attaqués par le faux dragon du Dr No, qui terrorisait l'île de Crab Key. Pris d'assaut par Bond et Quarrel, l'engin tue ce dernier puis 007 et Honey sont faits prisonniers. Ils apprennent que l'eau des marais est contaminée, puis ils sont décontaminés et sont emmenés dans une prison dorée où ils sont drogués.
À leur réveil, ils sont escortés jusqu'à la salle à manger du Dr No. Il révèle alors qu'il est membre du SPECTRE (SPecial Executive for Counter-intelligence, Terrorism, Revenge and Extortion) et prévoit de perturber le programme Mercury de Cap Canaveral grâce à un faisceau d'ondes atomiques. Après le dîner, Honey est emmenée et Bond frappé par les gardes.
Emprisonné dans une cellule, Bond parvient à s'évader par le système de ventilation. Déguisé en technicien, il se rend dans la salle de contrôle, une salle pleine d'instruments high-tech dotée d'un réacteur atomique enfoncé dans le sol, le tout supervisé par le Dr No en personne. Bond parvient à dérégler le réacteur nucléaire alors que la fusée américaine est en train de décoller. Il engage un combat au corps à corps avec un garde qui l'a repéré, puis avec le Dr No alors que la salle est en cours d'évacuation : poussé dans le bassin nucléaire en ébullition, le scientifique meurt ébouillanté, incapable de s'agripper à l'échelle métallique avec ses mains artificielles. Bond réussit à trouver Honey et à s'enfuir en bateau avec elle juste avant que la base n'explose.
James Bond et Honey se retrouvent donc sur le bateau. Alors qu’ils commençaient à se faire des câlins, la marine anglaise les aperçoit, et décide de les aider en les traînant derrière leur bateau, avec une corde. Mais James retire cette dernière assez rapidement, laissant les deux compagnons perdus en mer, continuant à se faire des câlins, sous le regard amusé des marins.
Fiche technique
Sauf indication contraire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par la base de données cinématographiques IMDb, présente dans la section « Liens externes ».
- Titre : James Bond 007 contre Dr No
- Titre original : Dr. No
- Réalisation : Terence Young
- Scénario : Richard Maibaum, Johanna Harwood, Berkely Mather, d'après le roman Docteur No de Ian Fleming
- Musique : John Barry et Monty Norman
- Photographie : Ted Moore
- Son : Wally Milner et John Dennis
- Direction artistique : Syd Cain (en)
- Décors : Ken Adam
- Costumes : Tessa Welborn
- Montage : Peter Hunt
- Générique : Maurice Binder
- Photographe de plateau : Bunny Yeager
- Production : Harry Saltzman et Albert R. Broccoli
- Société de production : Eon Productions Limited
- Société de distribution : United Artists
- Budget : 1 000 000 USD[2]
- Pays de production :
Royaume-Uni - Langues originales : anglais, secondairement français et italien
- Format : couleurs (Technicolor) - 1,66:1 (Europe) ou 1,85:1 (États-Unis) - 35 mm - mono (Westrex Recording System)
- Genre : espionnage, action, aventure, policier
- Durée : 105 minutes
- Dates de sortie[3] :
- Royaume-Uni : (première mondiale à Londres) ; (sortie nationale)
- France :
- États-Unis : (sortie limitée) ; (sortie nationale)
- Affiches : Macario Gómez Quibus (Espagne), Boris Grinsson (France)
Distribution
Sauf indication contraire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par la base de données cinématographiques IMDb, présente dans la section « Liens externes ».
- Sean Connery (VF : Jean-Pierre Duclos) : James Bond
- Ursula Andress (VO : Nikki van der Zyl (voix) et Diana Coupland (chant) / VF : Sophie Leclair) : Honey Ryder
- Joseph Wiseman (VF : Roger Tréville) : Dr Julius No (No 8 du SPECTRE)
- Jack Lord (VF : Gérard Buhr) : Felix Leiter
- Bernard Lee (VF : Serge Nadaud) : « M »
- Anthony Dawson (VF : Maurice Pierrat) : Pr R. J. Dent
- Zena Marshall (VF : Martine Sarcey) : Mlle Taro
- John Kitzmiller (VF : Jean Daurand) : Quarrel
- Eunice Gayson (VO : Nikki van der Zyl / VF : Nadine Alari) : Sylvia Trench
- Lois Maxwell (VF : Paule Emanuele) : Miss Moneypenny
- Peter Burton (VF : Jean Berger) : Commandant Boothroyd (qui deviendra « Q » dans les films suivants)
- Yvonne Shima (VF : Jane Val) : Sœur Lily
- Michel Mok (VF : Claude Chantal) : Sœur Rose
- Marguerite LeWars (VF : Danièle Ajoret) : Annabel Chung, la photographe indépendante
- William Foster-Davis (VO : Robert Rietty / VF : Jean-Henri Chambois) : commissaire Duff
- Dolores Keator (VF : Anne Caprile) : Mary Prescott[note 1]
- Reginald Carter (VF : Serge Sauvion) : M. Jones
- Louis Blaazer (VF : Claude Péran) : Pleydell-Smith
- Colonel Burton : Général Potter
Légende : VO : doublage en version originale / VF : doublage en version française.
Lieux de l'action
Angleterre, Londres ;
Jamaïque, Kingston ;- Crab Key, île imaginaire au large de la Jamaïque.
Production
Sauf mention contraire ou complémentaire, les informations contenues dans cette section sont issues du livre Les Archives James Bond 007 par Paul Duncan[4], ainsi que du commentaire audio de l'équipe du film.
Genèse et développement
Débutée en 1953 avec la publication de Casino Royale, la série de romans avec James Bond signée Ian Fleming connaît un succès grandissant en Grande-Bretagne. Le , à la parution du neuvième livre, Opération Tonnerre, James Bond est déjà un personnage phare de la littérature britannique, avec sa propre bande dessinée dans le quotidien Daily Express. Huit jours auparavant, aux États-Unis, le magazine Life révèle que Bons Baisers de Russie est l'un des romans préférés du président John F. Kennedy[5].
En 1958, Ian Fleming écrit ainsi Dr. No, mais d'abord comme le contour d'un téléfilm pour le producteur Henry Morgenthau III, visant à promouvoir l'industrie du tourisme en Jamaïque. Après que le projet soit annulé, Fleming a commencé à rencontrer le producteur canadien Harry Saltzman pour une adaptation sur grand écran. Bien qu'il n'était pas fan de son style naturaliste, c'est en ayant vu Samedi soir, dimanche matin qu'il se décide à lui vendre les droits de tous les romans James Bond, à l'exception de Casino Royale et Opération Tonnerre pour 50 000 dollars[6]. À l'origine, Harry Saltzman a des difficultés à financer le projet, et n'a également aucune intention de faire évoluer la série. Le scénariste Wolf Mankowitz va alors lui présenter Albert R. Broccoli, qui voulait lui aussi les droits des romans, et voulait les lui racheter. Saltzman, refusant de les céder, propose toutefois à Broccoli de former un duo pour réaliser une saga James Bond. La plupart des studios hollywoodiens refusent le projet, le trouvant « trop britanniques » ou « trop ouvertement sexuels »[7]. United Artists leur donne finalement l'autorisation de produire le film, pour une sortie en 1962. Dans la foulée, Saltzman et Broccoli créent alors deux compagnies : Danjaq, qui détient les droits des romans, et EON Productions, chargée de produire les films. Le partenariat entre les deux hommes a continué jusqu'en 1975, lorsque des tensions sont survenues durant le tournage de L'homme au pistolet d'or, et que Saltzman a revendu ses parts de Danjaq à United Artists[8].
Les deux hommes voulaient à l'origine adapter le roman Opération Tonnerre, avec le scénariste Richard Maibaum écrivant une première version du script terminée en juillet 1961[9], mais après un différend juridique avec le coauteur Kevin McClory, c'est le roman Docteur No qui est choisi[10]. Le timing de l'action était alors très judicieux, étant donné que des rumeurs se baladaient à l'époque sur des missiles américains de test à Cap Canaveral s'égarant[11]. Enfin, ce roman offrait des facilités pour la production : un lieu unique (la Jamaïque), un scénario simple et classique et peu de séquences d'action coûteuses[10].
Le premier choix des producteurs pour le réalisateur du film était Phil Karlson, qui a demandé un salaire trop élevé[6]. Ils ont ensuite proposé successivement à Guy Green, Guy Hamilton, Val Guest[12] et Ken Hughes de réaliser le film, mais tous refusent. Ils choisissent finalement Terence Young comme réalisateur, que Broccoli connaissait très bien à l'époque[13]. Saltzman et Broccoli pensent Young capable de transcrire fidèlement le caractère de James Bond du roman au film. Young impose de nombreux choix stylistiques au personnage, choix qui se développèrent au fil de la série des films. Terence Young a également voulu ajouter de l'humour, considérant que « beaucoup de choses dans ce film, le sexe, la violence, etc...si elles sont jouées de manière normale, a) seraient choquants et b) ne passeraient jamais la censure ; mais dès qu'on s'en moque et qu'on met de l'ironie, cela semble désamorcer le tout ».
Enfin, le film sera financé par United Artists, mais simplement à hauteur d'un million de dollars[2], soit environ 300 000 livres à l'époque.
Écriture
Les sources divergent sur quel scénariste fut engagé en premier pour travailler sur le film, Albert Broccoli déclarant qu'il s'agissait de Richard Maibaum et Wolf Mankowitz, ce dernier ayant été engagé en partie grâce à son aide dans les négociations des accords entre Broccoli et Saltzman[14]. Cependant, Joanna Harwood déclarera quant à elle dans une interview avoir été engagée en première par Saltzman, étant la secrétaire de ce dernier, et cela avant même que le contrat avec United Artists ne soit signé[9].
Dans tous les cas, les scénaristes vont s'atteler dans un premier temps à vouloir réécrire le personnage du Dr. No, le voyant comme un peu plus qu'un « Fu Manchu avec des crochets en acier »[15]. Une première version de l'histoire a ainsi été rejetée car faisant du Dr. No un singe contrôlé par le véritable antagoniste, un magnat de la livraison appelé Hugh Buckfield, ayant des plans pour détruire les écluses du canal de Panama[9]. Mankowitz décide de quitter le travail de scénarisation peu après, et demandera à ce que son nom soit retiré du générique après avoir vu de premières images, ayant eu peur que ce soit un désastre. Richard Maibaum et Johanna Harwood, plus tard accompagnés de l'écrivain de thriller Berkely Mather, travaillent ensuite sur des réécritures plus proches du roman[9]. Terence Young décrira le travail de Harwood comme étant avant tout une script doctor aidant à ajouter des éléments plus britanniques à l'histoire.
Bien que le film (et plusieurs autres par la suite) se baseront sur la guerre froide, Broccoli et Saltzman ont voulu introduire l'organisation du SPECTRE pour éviter de faire un commentaire sur la situation politique internationale[6]. Egalement, certains éléments du roman ont été conservés dans le film final, sans leur contexte initial. Ainsi, l'évasion de Bond de sa cellule est originalement une ruse du Dr. No pour tester le talent et l'endurance de l'agent secret, mais devient une vraie évasion dans le film. Cependant, d'autres obstacles de la ruse du roman, comme le torrent d'eau ou les surfaces brûlantes, n'ont aucune explication logique dans le film. De tels incongruités se sont par la suite reproduites dans les films James Bond suivants[16].
Différences avec le roman original
Comme cela deviendra la coutume dans le futur de la saga[17], le film a beaucoup de différences avec le roman original :
- La scène d'introduction de James Bond ainsi que son retour chez lui sont un total ajout d'EON Productions, de même que le personnage de Sylvia Trench. En effet, dans le roman, James Bond revient de sa convalescence de 6 mois, après avoir échappé à la mort dans le roman précédent, et est envoyé dans une mission (cette fois-ci similaire), que M juge être à la limite des vacances[18].
- Dans le film, le personnage de Félix Leiter est présent. Bien que certes présent dans certains des romans de Ian Fleming, il n'apparaît pas dans Dr No. En effet, dans ce dernier, Bond n'aura comme acolyte que Quarrel, qu'il avait déjà rencontré dans le roman Vivre et laisser mourir[18], et qui apparaît bel et bien dans le film. Etant toutefois tué, lorsque Vivre et laisser mourir fut adapté au cinéma, le personnage de Quarrel Fils fut inventé par les scénaristes.
- Le personnage du chauffeur Jones, de la photographe Miss Taro ainsi que du professeur Dent, tous trois espions du Docteur No, sont également des ajouts du film[18].
- Dans le roman, le Docteur No meurt enterré dans du guano (des excréments d'oiseaux), alors que dans le film, il meurt dans de la matière radioactive, après une bataille avec Bond[18].
- Par ailleurs, le nucléaire n'est pas évoqué dans le roman, le Docteur No y voulant certes saboter les essais des missiles américains, mais en prenant le contrôle radio de ces dernières, avec l'aide des soviétiques[18].
Attribution des rôles
James Bond
Broccoli et Saltzman considèrent à l'origine l'acteur Cary Grant pour le rôle de l'agent secret, mais abandonnent l'idée car il ne veut faire qu'un seul film, et les producteurs cherchaient un acteur qui pouvait faire partie d'une série de films. James Mason fut également refusé pour cette raison, car il ne voulait s'engager sur deux films. Richard Johnson a déclaré avoir été le premier choix du réalisateur, mais aurait refusé car il était déjà sous contrat avec la MGM[19]. Patrick McGoohan fut également considéré pour le rôle, les producteurs se basant sur son rôle d'espion dans la série Destination Danger, mais il refusa pour des raisons morales, étant catholique[20]. Un autre candidat potentiel fut David Niven, qui jouera finalement le rôle dans la parodie de 1967 Casino Royale[21]. Enfin, Rod Taylor fut approché pour faire des tests vidéos, mais a rejeté l'offre, trouvant que le rôle était « au-dessus » de lui[22]. Un concours pour « trouver James Bond » fut enfin organisé, avec six finalistes choisis et testés en vidéos par Broccoli, Saltzman et Ian Fleming. Le gagnant fut un modèle de 28 ans appelé Peter Anthony qui, selon Broccoli, avait des qualités semblables à Gregory Peck, mais s'est avéré inadéquat pour le rôle[23].
Albert Broccoli déclarera dans son autobiographie When the Snow Melts que Roger Moore avait déjà été considéré à l'époque pour le rôle, mais qu'ils le pensaient « trop jeune, et peut-être un peu trop beau »[24]. L'acteur déclarera quant à lui dans sa propre autobiographie, My Word Is My Bond, qu'il n'a jamais été approché pour le rôle de Bond avant 1972 et Vivre et laisser mourir[25]. Par coïncidence, le premier épisode de la série Le Saint, dans laquelle Roger Moore joue le rôle de Simon Templar, a été diffusé au Royaume-Uni le 4 octobre 1962, la veille de la première de Dr. No[26].
Beaucoup d'histoires apocryphes existent au sujet de l'acteur que Ian Fleming aurait personnellement voulu pour le rôle. Selon certaines sources, Fleming aurait donné sa préférence à l'acteur Richard Todd, mais le beau-fils de l'auteur, Paul Morgan, déclarera que son beau-père aurait préféré Edward Underdown[6].
L'acteur écossais Sean Connery, alors pratiquement inconnu, fut néanmoins remarqué par la femme de Broccoli, Dana, qui avait regardé le film Darby O'Gill et les Farfadets, et était charmée par l'acteur[27]. Ian Fleming s'est dit sceptique par le choix, disant qu'il n'était pas ce qu'il cherchait chez Bond[28]. Les producteurs invitent tout de même Connery à le rencontrer, et l'acteur se présente avec une allure négligée et des vêtements non repassés. Durant le rendez-vous, l'acteur a « joué la comédie, et cela a porté ses fruits », car il s'était comporté avec une attitude virile et insouciante. A son départ, les producteurs le regardèrent par la fenêtre alors qu'il regagnait sa voiture, et furent convaincus qu'il était l'homme idéal pour incarner Bond[29]. Une fois Connery choisi, Terence Young (qui avait déjà travaillé avec l'acteur sur le film Au bord du volcan en 1957) l'a emmené chez son tailleur et son coiffeur, et l'a initié à la vie mondaine, aux restaurants, aux casinos et aux femmes de Londres. Selon les mots de l'auteur Raymond Benson, qui a notamment écrit plusieurs romans James Bond, le réalisateur lui a appris à « être élégant, plein d’esprit et surtout, cool »[30]. Le choix de l’acteur fut annoncé le 3 novembre 1961[6].
Casting secondaire
Pour le rôle de la première James Bond Girl, Honey Ryder, l'actrice Julie Christie a été considérée, mais refusée par Albert R. Broccoli qui aurait trouvé sa poitrine trop petite[31]. Martine Beswick (qui jouera finalement dans Bons Baisers de Russie et Opération Tonnerre) fut également rejetée car n'étant pas assez expérimentée dans le domaine d'actrice, et Gabriella Licudi car elle était trop jeune[6]. Ce n'est que deux semaines avant le début du tournage que l'actrice Ursula Andress sera choisie, après que les producteurs aient vu une photo prise par son mari d'alors, John Derek. Kirk Douglas convaincra Ursula d'accepter le rôle lors d'une fête chez Derek[6]. Pour apparaitre suffisamment convaincante comme une Jamaïcaine, l'actrice dut avoir un bronzage peint sur son corps chaque matin.
Le premier choix de Ian Fleming pour le rôle du Dr. No fut son ami et voisin en Jamaïque, le dramaturge Noël Coward, ce à quoi il répondit par ce télégramme : « Dr No? No! No! No! »[32]. Le rôle est ensuite proposé au Suédois Max von Sydow, qui refusera, mais qui jouera plus tard le rôle de Blofeld dans Jamais plus Jamais[33]. Enfin, Fleming propose son beau-cousin, Christopher Lee, bien que les producteurs avaient déjà choisis Joseph Wiseman lorsque Fleming les informa de son idée[34]. Harry Saltzman avait en effet apprécié la performance de l'acteur dans le film Histoire de détective[35], et l'acteur a dû avoir du maquillage appliqué sur son visage pour faire référence à l'héritage chinois du Docteur.
Le rôle du premier Felix Leiter fut donné à l'acteur Jack Lord. Il s'agit de la première rencontre entre Bond et Leiter (bien que Bond dira le connaître de nom durant l'entretien avec M), bien que le personnage n'apparaisse pas dans le roman. L'acteur devait revenir dans Goldfinger en 1964, mais avait demandé plus d'argent et un meilleur positionnement au générique, entrainant un remplacement par Cec Linder[36].
Le casting inclut également des acteurs qui deviendront récurrents dans les prochains films, dont Bernard Lee, qui jouera le supérieur de Bond, M, dans les 10 prochains films, et Lois Maxwell qui jouera sa secrétaire Miss Moneypenny dans les 14 films suivants[37]. Celle-ci, qui avait déjà travaillée avec Terence Young dans L'Étrange Rendez-vous en 1948, accepta le rôle afin de supporter sa famille financièrement après que son mari Peter Marriot ait eu une sévère crise cardiaque et que les docteurs prédisaient sa mort[6]. Bien qu'elle fut choisie pour le rôle après que Fleming ait pensé qu'elle était parfaite dans le personnage[38], elle fut d'abord offerte le rôle de Sylvia Trench, refusant ce dernier, le trouvant trop sexuel[39]. Bernard Lee fut quant à lui choisi grâce à sa « figure paternelle prototypée »[40]. Eunice Gayson fut finalement castée dans le rôle de Sylvia, et il était prévu qu'elle revienne dans les 6 films suivants comme une petite amie récurrente de James Bond, mais n'apparaitra finalement que dans Dr. No et Bons baisers de Russie. Le rôle lui a été donné par le réalisateur Terence Young, qui avait travaillé avec elle sur Zarak le Valeureux, lui disant que « Tu m'as toujours apportée de la chance dans mes films »[41], bien qu'elle fut également castée pour ses formes généreuses. Un rôle récurrent n'ayant pas été donné à un acteur récurrent fut celui du Major Boothroyd, le chef de la branche Q pour les gadgets, qui a été donné à Peter Burton. Ce dernier n'étant pas disponible pour le film suivant, le rôle fut donné à Desmond Llewelyn[42].
Dans les rôles exclusifs au film, on retrouve Anthony Dawson, qui joue le professeur Dent, et qui avait notamment joué un meurtrier dans le film d'Alfred Hitchcock Le crime était presque parfait. Il avait également travaillé pour Young dans son film Trois des chars d'assaut, et jouera l'incarnation physique de Blofeld, chef du SPECTRE, dans Bons baisers de Russie et Opération Tonnerre, bien qu'on ne voit jamais son visage, et qu'il sera redoublé en anglais par l'acteur autrichien Eric Pohlmann[43]. Zena Marshall, qui joue le rôle de Miss Taro, avait été attirée par les éléments d'humour du script[44], décrivant son rôle comme étant « cette sirène attirante, et en même temps qui est une espionne, une femme fatale »[45], et à qui Young a demandé de jouer « non pas une chinoise, mais une femme médio-atlantique dont les hommes rêvent mais qui n'est pas réel ». Ce rôle avait précédemment été refusé par Marguerite LeWars, Miss Jamaïque 1961, qui travaillait à l'aéroport de Kingston, car cela demandait d'être « dans une serviette, dans un lit, embrassant un homme étrange », et qui jouera finalement la photographe du Daily Gleaner qui travaille pour le Dr. No. Les actrices Talitha Pol, Lina Margo et Violet Marceau furent également considérées pour le rôle de Taro[6]. Enfin, l'acteur Timothy Moxon avait rencontré Terence Young lorsqu'il était acteur de théâtre à Londres, mais lorsque le film avait été tournée, il travaillait comme pilote d'avion et pulvérisait des pesticides en Jamaïque[46].
Décors
Sur le budget total du film, Ken Adam se voit attribuer 14 500 £ pour les décors, un budget assez faible qui l'oblige à faire preuve d'ingéniosité[47]. Il demandera aux producteurs 20 000 £, finalement accordé par les producteurs après avoir déboursé le manque avec leurs finances personnelles[48]. Terence Young, impressionné par son travail sur différents autres films, lui donnera carte blanche, et il occupera ainsi 3 plateaux aux studios Pinewoodavec ses décors[49].

Pour le bureau de M, il souhaite un décor réduit au strict minimum. Il donne une touche traditionnelle à la pièce, notamment en utilisant du bois, dans le style anglais. Pour ce faire, il prendra des feuilles de teck, ce dernier étant un arbre produisant un bois hors de prix. Les maquettes de bateaux sont présentes pour rappeler le passé de M. La porte est en réalité en plastique, mais il lui donne l'apparence du cuir[50].
L'équipe n'a presque plus d'argent pour construire le décor du repaire du Dr No, dans lequel Anthony Dawson — le professeur Dent — se rend à la 37e minute du film. Ken Adam veut quelque chose de stylisé, et fera une sorte de trompe-l’œil avec des barreaux se trouvant au-dessus d’une pièce avec la mygale au premier plan. Terence Young trouve ce décor parfait, et souhaite même que l'on puisse ouvrir davantage le plafond. Le coût de ce décor est d'environ 450 £[49].
Pour le repaire du Dr No sur Crab Key, Ken Adam veut un décor assez moderne, dans lequel sont présents des ordinateurs et des matériaux modernes. Peter Hunt apprécie le décor de l'appartement dans la grotte du Dr No. Dans ce décor, une fenêtre donne vue sur les fonds marins. La scène avec les poissons, filmée auparavant, est projetée sur le mur lors du tournage. Lorsque Bond entre dans la salle à manger, il note un portrait du duc de Wellington par Francisco de Goya. En 1961, la disparition de ce tableau de la National Portrait Gallery avait fait la une des journaux britanniques[51], et Ken Adam décide de peindre une copie afin de l'ajouter au décor, trouvant drôle d'impliquer le Docteur dans le vol du tableau. Le musée trouvant la copie excellente, ils décideront de l'exposer, en partie pour la promotion du film, mais comme l'original, la copie fut également volée[47].
Finalement, et afin de concevoir le décor de la salle des réacteurs, Harry Saltzman demandera à Ken Adam, qui n'y connaissait rien, de visiter des centres de recherche atomique. Le décorateur se rendra ainsi à celui d'Harwell en Angleterre, dont il s'inspirera pour le décor final[52].
Tournage

Le tournage commence le en Jamaïque par la séquence de la cabine téléphonique, à l'aéroport de Kingston[6], ainsi que des premiers plans extérieurs de la ville et Crab Key, où le directeur artistique Syd Cain a commencé à designer le tank Dragon[53]. Le tournage a eu lieu à quelques mètres de la maison de Ian Fleming, Goldeneye, et l'auteur a régulièrement visité le tournage avec ses amis. La plupart des scènes furent tournées à Oracabessa, avec des scènes additionnelles filmées dans la bande des Palisadoes et le Port Royal à Saint-Andrew☃☃. La maison où travaille Dolores Keator dans le film est en réalité la vraie maison de l'actrice, et elle eut même le droit à un rôle comme la secrétaire de Strangways[54]. La plage où apparaît Honey Rider sortant de l'eau, mitoyenne du domaine de Ian Fleming et qui est indiquée à l'équipe de tournage par Chris Blackwell, sera rebaptisée plus tard « James Bond Beach »[55]. La costumière Tessa Prendergast a conçue le bikini de Honey, avec une ceinture à sangles de l’armée britannique[6]. Le 21 février, la production se voit obligée de quitter la Jamaïque avec des images non filmées pour cause de mauvais temps, rendant les tournages difficiles voire impossible.
Cinq jours plus tard, le tournage reprend en Angleterre aux Pinewood Studios, dans la banlieue de Londres, dont la base du Docteur No, les tuyaux de ventilation et l'intérieur des quartiers des services secrets. Les studios en question furent plus tard utilisés sur la majorité des films Bond suivants. Le réalisateur Brian Trenchard-Smith, qui a visité le tournage avec le club de cinéma du Wellington College, notera que la scène du réveil de Bond et sa première rencontre avec Honey étaient des plans de raccord filmés dans un espace de trois mètres autrement vide, et que le décor du réacteur nucléaire fait par Ken Adam était « beaucoup plus petit que ce que l'on voit à l'écran. Cela m’a ouvert les yeux sur le pouvoir des objectifs lorsque j’ai vu le film terminé un an plus tard »[56]. Après 58 jours de tournage, la production principale s'est achevée le [57], avec un dépassement de budget d'environ 160 000 $[58].
La scène où une tarentule marche sur Bond dans le but de le tuer avait d'abord été tournée en plaçant un lit contre un mur et en mettant Sean Connery dessus, avec une vitre de protection entre lui et l'araignée. Terence Young n'ayant pas aimé le résultat final, les scènes furent entrelacées avec des images de l'araignée sur le cascadeur Bob Simmons, qui décrira cette scène comme la cascade la plus effrayante qu'il ait jamais réalisé[59]. Simmons s'est également occupé de chorégraphier les scènes de combat du film, avec un style de combat brut. La violence du film a par ailleurs contraint les producteurs à apporter des modifications afin d’obtenir la classification « A », autorisant l’accès aux mineurs accompagnés d’un adulte, auprès du British Board of Film Classification[60]. Durant la scène de la chasse en voiture, Sean Connery a insisté à faire une de ses cascades lui-même, devant rouler sous une grue de construction avec seulement quelques centimètres d'écart, ce qui a failli le tuer[61].
United Artists accorde 100 000 $ non prévus au budget pour les explosions dans les dernières scènes. C'est Bud Ornestein, le responsable de United Artists à Londres, qui a obtenu cette somme après plusieurs négociations.
Marguerite LeWars a déclaré en 2022 que Terence Young l'a agressée sexuellement sur le tournage, alors qu'ils étaient dans une limousine, en route pour la fête de fin de tournage du film. Le réalisateur aurait fait des avances répétées à LeWars et, face à son refus, l’aurait tripotée physiquement. Face au refus répété, Young l'aurait menacé de supprimer ses scènes du film, ce à quoi elle a répondue qu'étant déjà payée, elle n'en avait pas grand chose à faire. Deux mois plus tard, Young aurait téléphoné à LeWars chez elle, à Kingston, pour lui demander de se rendre à Londres pour doubler ses répliques. Lorsqu’elle a refusé, il l’aurait à nouveau menacée de la retirer du film. LeWars a déclaré que c’était selon elle la véritable raison pour laquelle sa voix a été doublée par une autre actrice[62].
- Lieux de tournage
Jamaïque
- Kingston
- Aéroport international Norman Manley de Kingston, commune de Palisadoes
- Port Royal
- Blue Mountains
- Marais salants de Vanzie, Falmouth
- Ocho Rios, Laughing Waters
- Saint Ann's Bay
- Montego Bay
Angleterre
- Londres
- Pinewood Studios, près de Londres
- Ocho Rios en 1966
- Ocho Rios en 1971
- Ocho Rios, Laughing Waters lieu de tournage d'une scène culte
- Ocho Rios, Laughing Waters lieu de tournage d'une scène culte
- Véhicules utilisés dans le film
- Un corbillard similaire à celui des Three Blind Mice.
- Le BOAC Boeing 707 emmenant Bond en Jamaïque.
- Une Chevrolet Bel Air Convertible 1957 semblable à celle de Mr. Jones, première voiture conduite par James Bond au cinéma.
- Chevrolet Bel Air 1961 semblable à celle utilisée par Felix Leiter et Quarrel à l'aéroport
- La Vauxhall Cresta PA du Professeur Dent, conduite lorsqu'il se rend au port pour avertir le Dr No.
- Triumph Herald 1200 Saloon qu'on aperçoit à l'aéroport
- La Sunbeam Alpine Série II Sport, conduite par Bond pour se rendre chez Mlle Taro, prise en chasse par les Three Blind Mice.
- Le tank dragon du Dr No, chargé d'entretenir un climat de peur autour de Crab Key.
Post-production
Sauf mention contraire ou complémentaire, les informations contenues dans cette section sont issues du commentaire audio de l'équipe du film.
Montage
Peter Hunt a eu l'idée d'innover pour le montage du film, et a utilisé des coupes rapides, ainsi que des effets sonores exagérés, comme lorsque la secrétaire Mary est tuée, et que le son de la fenêtre brisée est exagéré. Egalement, pour donner l'impression du flash de l'appareil photo, Hunt a intercalé une image vierge à chaque fois. Il dira que son intention était d'« avancer rapidement et faire avancer les choses tout le temps, tout en lui donnant un certain style »[63], et ajoutera que le montage rapide pourrait aider à faire en sorte que les spectateurs ne remarquent pas les problèmes d'écriture.
L'artiste Maurice Binder a créé les crédits d'ouverture du film, et eut l'idée durant la conception de créer une introduction qui apparaîtra plus tard dans les autres films de Bond, à savoir la séquence du gunbarrel. La séquence a été filmée en sépia avec un sténopé dans un canon de pistolet .38, avec le cascadeur Bob Simmons jouant le rôle de Bond[6]. Binder a également réalisé une séquence d'ouverture très stylisée, quelque chose qui deviendrait récurrent dans les films suivants de la franchise. Le budget de Binder pour le design des crédits fut de 2 000 £[64]. Cette séquence possède par ailleurs un oubli, celui du designer Syd Cain. Albert Broccoli lui fit cadeau d'un stylo en or en échange, ne voulant pas dépenser plus d'argent pour refaire faire les crédits[65].
Norman Wanstall s'occupa du montage sonore, un travail particulièrement difficile vers la dernière partie du film, dû au fait qu'il était seul en raison du budget, alors qu'un film nécessite généralement deux monteurs sons. Il fallait inventer des sons pour améliorer la scène où Bond s'enfuit de la cellule par un conduit d'aération afin de créer plus de suspense, tel que le pistolet laser, ou le grondement sourd lorsque Bond chute du tunnel. Enfin, à la fin du film, lorsque Bond tourne la roue de radioactivité, Norman Wanstall voulait un son inquiétant pour faire comprendre au spectateur que la tension monte. Les machinistes lui ont apporté une machine qui fait varier le son en fonction d'une poignée[66]. Le plan où le Dr No écrase le budha fut un casse-tête pour Norman Wanstall. Il essaya de mixer plusieurs sons à la fois pour donner un bruit de casse, et fut si fier du résultat que lors de ses visionnages du film, il était toujours épaté par cela[67].
Censure
Des censures ont été réalisées ou envisagées par les autorités pour ce film, notamment la scène où Dent arrive chez Mlle Taro et tire sur le lit, puis celle où James Bond le menace avec son arme ; cette dernière scène est finalement autorisée. En revanche, la fin de celle-ci fut raccourcie, montrant à l'origine Bond tirer six coups de feu sur Dent (il vidait donc son chargeur comme l'avait fait son adversaire), mais la version finale du film n'en montre que deux. Certaines diffusions TV omettent par ailleurs le deuxième coup de feu, ou la scène entière[68].
Deux autres actes de violences ont été coupés dans le montage final, à savoir un coup de genou porté par James Bond à Jones durant leur bagarre, et le passage à tabac de Bond par les gardes du Docteur No. Enfin, une ligne jugée trop sexuellement suggestive fut censurée, puis redoublée, lorsque le Docteur No demandait à ses gardes d’emporter Honey : à l’origine, il disait « I’m sure she will amuse the guards » (« Je suis sûr qu'elle distraira les gardes »), réplique qui fut redoublée en « The guards will amuse her » (« Mes gardes se chargeront de la distraire » dans la VF)[68].
Scènes coupées
D'autres scènes furent coupées pour des raisons de rythme. Ainsi, une scène dans laquelle le Dr. No force Bond à appeler Felix Leiter via radio pour l'informer que rien d'intéressant n'avait été trouvé sur Crab Key, en échange de quoi il promettait à Bond et Honey une mort moins douloureuse pour lui et Honey, a été coupée[68].
Une autre scène, très inspirée du roman, avait également été filmée, et devait se situer à la fin du film, montrant Honey ligotée en présence de crabes attendant de la manger. Hélas, les crabes ramenés d'Angleterre avaient été gelés pour le transport, et se déplaçaient si lentement que la scène n'était plus dramatique du tout. Ursula Andress dira que Terence Young avait tenté de la vapeur chaude pour dégeler les crabes, ce qui les avaient fait cuire, et les crabes ont fini comme dîner. La scène fut remplacée par une scène où Honey attend d'être noyée[68].
Doublage
Ursula Andress fut doublée dans le film final (en VO) par Nikki van der Zyl, en raison de l'accent suisse-allemand trop prononcé de l'actrice. Elle a également déclarée avoir chantée la fameuse chanson Underneath the Mango Tree et que Diana Coupland n'a chantée que sur le disque de la bande originale. Elle a également redoublée Eunice Gayson en raison de son accent dit bourgeois, sans être créditées[69]. Ce fut le cas pour presque toutes les James Bond girls principales des années 1960, et quelques autres dans les années 1970. Dans les années 1960, seules Honor Blackman et Diana Rigg eurent le privilège d'avoir leur propre voix à l'écran.
L'acteur Timothy Moxon fut également doublé, cette fois par Robert Rietti, pour des raisons inconnues. Aucun des deux acteurs ne fut crédité au générique de fin[70]. Enfin, Bernard Lee parlait à l'origine du MI6 lors de son entretien avec James Bond. La ligne fut redoublée en « MI7 » pour des raisons inconnues, bien qu'il sera théorisé que cela était dû aux lois britanniques sur le secret défense[71].
Bande originale
Le producteur Albert R. Broccoli a choisi Monty Norman pour la bande originale du film, après avoir apprécié son travail pour la comédie musicale The Ballad of Dr Crippen[72]. Monty Norman était alors occupé avec du travail sur d'autres comédies musicales, et n'a accepté qu'après que les producteurs l'aient autorisé à les accompagner durant leur voyage en Jamaïque. La piste la plus connue dans la bande originale est le James Bond Theme, que l'on peut entendre à la fin de la séquence du gunbarrel, ainsi que dans un medley calypso durant le générique d'ouverture, et qui a été écrite par Norman d'après sa précédente composition Bad Sign, Good Sign[73]. John Barry, qui écrira plus tard la musique de 11 films James Bond, a arrangé le thème mais n'a pas été crédité, sauf pour son orchestre jouant la version finale du thème. Il a souvent été déclaré que John Barry était l'auteur du thème, ce qui a été le sujet d'au moins deux procès, le plus récent en 2001, en faveur de Monty Norman[74]. Le thème, tel qu'écrit par Norman et arrangé par Barry, a été décrit par un autre compositeur de musiques des films James Bond, David Arnold, comme « un truc bebop-swing couplé avec cette guitare électrique sombre, vicieuse et distordue, définitivement un instrument de rock 'n' roll...ça représentait tout ce que vous vouliez savoir du personnage : arrogant, fanfaron, confiant, sombre, dangereux, suggestif, sexy, inarrêtable. Et tout ça en 2 minutes »[75].
La musique durant la scène d'ouverture est une version calypso de la comptine Three Blind Mice, avec de nouvelles paroles reflétant les intentions du trio d'assassins engagés par le Docteur No, qui portent par ailleurs le même nom que la comptine[76]. D'autres chansons notables dans le film sont Jump Up, jouée en arrière-plan de certaines scènes par le groupe Byron Lee and the Dragonaires, qui jouera par ailleurs certains des morceaux sur l'album de la bande originale[77], et la chanson traditionnelle jamaïcaine Under the Mango Tree, chantée par Diana Coupland (la femme de Monty Norman à l'époque) sur l'album[76]. Byron Lee et d'autres musiciens jamaïcains apparaissant dans la bande originale, comme Ernest Ranglin et Carlos Malcolm, ont été présentés à Monty Norman par Chris Blackwell, le propriétaire du label Island Records qui a travaillé sur le film comme repéreur de décors[78]. L'album de la bande son est sorti en 1963 chez United Artists Records, ainsi que plusieurs reprises du James Bond Theme chez Columbia Records[79]. L'interprétation du thème par l'orchestre de John Barry en single est par ailleurs entré dans le UK Singles Chart en 1962, atteignant la 13ème place de celui-ci[80]. Ranglin, qui a arrangé certaines des pistes, et Malcolm ont plus tard fait un procès à EON pour des frais impayés, mais l'affaire s'est réglée en dehors des tribunaux. Malcolm et son groupe ont ensuite performés un an plus tard à la première du film à Kingston[78].
Sortie
Promotion
Dès la fin de l'année 1961, United Artists a démarré une campagne marketing pour rendre James Bond populaire en Amérique du Nord. Les journaux ont ainsi reçus des coffrets contenant les romans, ainsi qu'un livret détaillant le personnage de Bond et une photo d'Ursula Andress[81]. EON et United Artists ont également conclu des accords de sponsoring par des marques liées aux goûts du personnage, notamment des marques de boissons, de tabac, de vêtements pour homme ou de constructeurs automobiles. La campagne a également mis l'accent sur le nom de Ian Fleming en raison du succès modeste des romans[82]. Après le succès du film en Europe, Sean Connery et Terence Young effectuèrent une tournée américaine en mars 1963, principalement lors d'avant-premières du film et de conférences de presse. La tournée culmina par une première très médiatisée à Kingston, ville où se déroule la majeure partie du film[81],[82]. Une partie de la campagne mettait également l’accent sur le sex-appeal du film, avec une affiche réalisée par Mitchell Hooks représentant Sean Connery et quatre femmes légèrement vêtues[83]. La campagne comprenait également le logo 007 désormais célèbre conçu par Joseph Caroff, avec un pistolet à la place du chiffre sept[84].
Une des affiches imprimées pour la sortie japonaise comportait à l'origine une mauvaise traduction du titre, donnant Nous ne voulons pas de docteur, en raison du point suivant le mot Docteur qui avait été imprimé comme un point d'interrogation. Le quiproquo fut toutefois levé avant la sortie du film[85].
Sortie en salles
Dr. No a été diffusé en avant-première mondiale au London Pavilion le 5 octobre 1962, avant d’être diffusé dans le reste du Royaume-Uni trois jours plus tard[86]. La première nord-américaine, le 8 mai 1963, s’est quant à elle déroulée dans une ambiance plus discrète, avec une diffusion dans 450 salles dans les régions du Midwest et du Sud-Ouest des États-Unis[87]. Le 29 mai, le film est sorti simultanément à Los Angeles et à New York : à Los Angeles, il était programmé en double séance avec le film The Young and the Brave[86], tandis qu'à New York, il bénéficiait du traitement Premiere Showcase de United Artists, avec 84 salles à travers la ville afin d'éviter les cinémas coûteux de Broadway[81].
Accueil
Accueil critique
Box-office
En France, le film sort au début du mois de mars 1963, et démarre assez bien avec presque 50 000 spectateurs sur Paris en première semaine[88], et finissant par réaliser un score de 419 000 entrées dans la capitale et 900 000 entrées dans le pays. Les différentes ressorties du film jusqu'en 1986[89] feront monter le total à 4 772 574 entrées, dont 1 148 239 à Paris[88].
Afin de pouvoir combler le budget, les producteurs firent un emprunt conséquent à la Bank of America, emprunt intégralement remboursé au 31 décembre 1963 grâce aux recettes du film. Cependant, par la suite, EON décida de ne plus jamais faire appel à leurs services[90].
Mondial : 59 567 035 $[88]
États-Unis : 16 067 035 $[91]
Distinctions
Récompenses
- Golden Globes 1964 : révélation féminine de l'année pour Ursula Andress (Ex aequo avec Tippi Hedren pour Les oiseaux et Elke Sommer pour Pas de lauriers pour les tueurs)[92]
Nominations
- Laurel Awards 1964 : meilleur film d'action dramatique (2e place), meilleur acteur d'un film d'action pour Sean Connery (3e place)
- Saturn Awards 2013 : meilleure collection DVD / Blu-Ray pour Bond 50 : The Complete 22 Films Collection (Avec Bons baisers de Russie, Goldfinger, Opération Tonnerre, Au service secret de Sa Majesté, Les diamants sont éternels, L'homme au pistolet d'or, L'Espion qui m'aimait, Meurs un autre jour & Casino Royale)[93].
Héritage
En , le bikini blanc porté par Ursula Andress dans le film fut adjugé pour 35 000 £ (52 000 € env.) à Robert Earl, cofondateur de la chaîne de restaurants à thème Planet Hollywood. L’acquéreur de ce maillot de bain de la toute première James Bond Girl déclara qu'il s'agissait « du plus important objet souvenir jamais proposé dans une vente aux enchères ».
Notes
- Mary Trueblood dans le roman original.