Ernest Ranglin

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Naissance (93 ans)
Manchester,
Drapeau de la Jamaïque Jamaïque
Activité principale Musicien
Genre musical Ska, rocksteady, reggae, calypso, blues, jazz
Instruments Guitare
Ernest Ranglin
Description de cette image, également commentée ci-après
Ernest au Royaume-Uni en 2008
Informations générales
Naissance (93 ans)
Manchester,
Drapeau de la Jamaïque Jamaïque
Activité principale Musicien
Genre musical Ska, rocksteady, reggae, calypso, blues, jazz
Instruments Guitare
Années actives Depuis 1959
Site officiel http://home.planet.nl/~vanbergh/

Ernest Ranglin est un guitariste né le à Manchester (Jamaïque), qui a évolué dans différents styles musicaux, dont le jazz, le ska et le reggae avec un tel talent qu'on a pu lui discerner le titre de « patriarche de la musique jamaïcaine »[1]. Contrairement à une rumeur vivace, Ernest Ranglin n'a jamais été le professeur de guitare de Bob Marley.[réf. souhaitée]

Formation et débuts

Ernest Ranglin naît en 1932 dans le comté de Manchester et est élevé par sa grand-mère[2]. Il commence à apprendre seul la guitare et le ukulélé dès l'âge de cinq ans[2]. Contrairement à de nombreux musiciens jamaïcains autodidactes, Ranglin fait partie de ceux qui ont reçu une formation musicale formelle et savent lire la musique, qualités qui font de lui un jazzman accompli[3]. Ranglin précise lui-même avoir d’abord joué d’oreille avant d’apprendre à lire les partitions[4]. Il découvre le jazz par la radio et les disques, notamment Charlie Christian qui constitue une influence majeure et lui fait découvrir tout le potentiel de la guitare[5].

À Kingston, il enrichit son jeu en observant les orchestres locaux, notamment sous l’influence du musicien Cecil Houdini.[2],[6][7]. Dès 1946, le technicien Hedley Jones transforme sa guitare en modèle électrique avec amplificateur, le dotant ainsi de l’un des premiers instruments de ce type sur la scène jamaïcaine[8]. Dès 1948, il transmet et enseigne la guitare, ainsi à Jah Jerry Haynes et à son père [9], et ce pendant sept ans[10].

À l'âge de quinze ans, il intègre l'orchestre de Val Bennett, puis rejoint en 1951 le Colony Club band d'Eric Deans, de son vrai nom Dudley McMillan[11], formation alors considérée comme la meilleure du genre en Jamaïque[6]. Il tourne avec ces musiciens dans les îles Caïmans et Turques-et-Caïques et se produit notamment en Haïti et à Nassau (Bahamas)[12]. C'est à son retour de la République dominicaine en 1953, lors de la tournée de l'orchestre, que Ranglin aurait, selon ses dires, introduit le merengue en Jamaïque[13].

Il passe ensuite par la formation de Baba Motta avant de constituer son propre quintet, avec lequel il se produit dans les grands hôtels de Kingston[2] et de Montego Bay[12].

Rôle dans la naissance du ska

En 1958, Ranglin dirige son propre quintet dans les hôtels de Kingston. Une représentation à Montego Bay attire l'attention de Chris Blackwell, qui lui propose d'enregistrer. Cet album, enregistré en collaboration avec le pianiste Lance Haywood, est le premier disque publié par Island Records[7].

En 1959, Ranglin rejoint le bassiste Cluett Johnson au sein des Clue J & His Blues Blasters. Ils enregistrent plusieurs instrumentaux pour le producteur Clement « Coxsone » Dodd aux studios Federal. Le premier de ces titres, Shuffling Bug, est considéré comme l'un des premiers exemples de ska[7]. Dodd lui-même aurait encouragé Ranglin à accentuer le contretemps du shuffle alors populaire et à en accélérer légèrement le tempo[14]. Ranglin n'est pas crédité sur l'enregistrement, choix délibéré de sa part. Revendiquer la paternité d'une « musique de ghetto » aurait compromis ses engagements dans les hôtels et les cercles mondains[15]. La coexistence de deux circuits dans l’économie musicale jamaïcaine, musique touristique et musique populaire, l’empêche de faire valoir ses droits d’auteur sur de nombreuses productions[16]. Dodd et Duke Reid font appel à lui, aux côtés de Jackie Mittoo et du batteur Jah Jerry, comme musicien de session pour leurs productions[17]. Il joue sur les premières productions de Prince Buster, dont le premier hit de Derrick Morgan, Shake A Leg(1961), et travaille également pour le label Beverley's[9]. Il participe également aux sessions du Sound Dimension, le groupe maison du label Studio One[4].

Entre 1958 et 1965, il est membre de l'orchestre permanent de la Jamaica Broadcasting Corporation (JBC), constitué à la demande du Premier ministre Manley et dirigé par Bertie King. L'ensemble, qui réunit notamment Lenny Hibbert, Carlos Malcolm et Baba Motta, enregistre cinq à six jours par semaine des musiques pour les émissions de la station[18]. Selon lui, il fait partie des premiers musiciens à avoir joué du ska sur ses ondes[5]. Le week-end, Ranglin dirige parallèlement un orchestre au Half Moon Hotel de Montego Bay[12]. En 1962, il participe aux côtés de Carlos Malcolm, directeur musical de la JBC, à la bande originale du film Dr. No composée par Monty Norman[19].

À cette époque, Ranglin fréquente également le secteur d'Adastra Road à East Kingston, où Count Ossie organise ses sessions d'improvisations réunissant Tommy McCook, Roland Alphonso, Don Drummond et d'autres pionniers de la musique jamaïcaine. Ces échanges contribuent à l'intégration croissante des rythmes rastafari dans la musique populaire émergente[20].

Consécration internationale

Polyvalent, Ranglin assume pour les labels Treasure Isle de Duke Reid, Federal, Gay Feet et Studio One les fonctions de musicien de session, arrangeur, directeur musical et producteur[21]. Il figure parmi les musiciens du Duke Reid Band, aux côtés de Don Drummond, Roland Alphonso, Rico Rodriguez et des trompettistes Oswald « Baba » Brooks et Johnny « Dizzy » Moore, formation qui préfigure les Skatalites[22]. Il joue également comme bassiste maison pour Prince Buster's All Stars, assurant notamment la basse sur le titre ska Wash Wash (1963)[10]. Il enregistre par ailleurs avec les Jamaican Jazz Crusaders, formation qui réunit Roland Alphonso au ténor, Aubrey Adams au piano, Roy Burrowes à la trompette et Carl McLeod à la batterie[23], et joue dans le groupe de Jimmy Cliff[24].

En 1964, Chris Blackwell fait venir Ranglin à Londres pour arranger My Boy Lollipop interprété par Millie Small[25]. Le titre atteint la deuxième place des charts britanniques au printemps 1964, première incursion du ska dans la musique pop internationale[26]. La même année, le Melody Maker désigne Ranglin lauréat de sa catégorie « nouvelle étoile »[27].

Ranglin est par ailleurs compté parmi les musiciens jamaïcains ayant obtenu une reconnaissance dans les cercles jazz internationaux des années 1960, aux côtés de Joe Harriott, Cecil Lloyd, Dizzy Reece et Don Shirley[28]. En 1963, il séjourne neuf mois comme guitariste résident au Ronnie Scott's Jazz Club à Londres. Son premier album solo, Wranglin' (1964), paraît chez Island Records, suivi de Reflections (1965). Il joue également au sein des Upsetters de Lee « Scratch » Perry, aux côtés du bassiste Boris Gardiner, du guitariste Robert Johnson, de l'organiste Winston Wright et du pianiste Keith Sterling[29] participant notamment aux sessions du studio Black Ark, dont l'album Heart of the Congos en 1976.

En 1974, le Premier ministre Michael Manley lui décerne l'Order of Distinction, distinction honorifique jamaïcaine[5].

En 1998, il enregistre In Search of the Lost Riddim à Dakar, une fusion entre rythmiques jamaïcaines et instruments traditionnels africains (kora, balafon, tama) avec le chanteur sénégalais Baaba Maal, rencontré lors d'une tournée au Sénégal avec Jimmy Cliff en 1976[30]. En 2004, il enregistre avec le pianiste Monty Alexander un album de jazz réinterprétant des riddims canoniques de l'ère du reggae roots, dont Marcus Garvey de Burning Spear, Fisherman des Congos et East of the River Nile d'Augustus Pablo[31]. Son neveu, le bassiste Gary Crosby, prend la relève dans la fusion jazz-reggae au début des années 1990 et cofonde les Jazz Warriors avec Courtney Pine.

Il s'installe par la suite à Brooklyn (New York)[12], tout en effectuant des retours réguliers en Floride et à Londres, notamment au club Dingwalls (1998) et au Queen Elizabeth Hall (2001)[12].

Style

Une oreille magique et virtuose pour les progressions harmoniques, Ernest excelle dans les solos de guitare. Spontanée, généreuse, passionnée, sa musique est, à l'instar d'un Billy Rogers, jouée avec le cœur : il « chante » la guitare.

Bien qu'il aborde avec aisance le ska, le reggae, le calypso et le blues, le jazz reste son domaine de prédilection[5]. Ses influences musicales incluent, outre Charlie Christian, Les Paul, Wes Montgomery, Dick Dale et George Benson[24].

Ranglin se distingue par une maîtrise des progressions harmoniques et un sens inné du swing[32], que Ronnie Scott a pu qualifier de « meilleure chose qui soit arrivée à la guitare depuis longtemps »[33]. Son style d'improvisation, ancré dans le jazz américain et nourri d'inflexions caribéennes perceptibles dans ses arrangements rythmiques[13], est décrit comme « un son personnel et un style d'improvisation captivant »[34]. Sa technique est souvent qualifiée de percussive : jouant très près du chevalet, il obtient un son étouffé évoquant une marimba, avant de relâcher l'action pour glisser vers des chorus jazz plus amples, dans la tradition de Wes Montgomery et de Grant Green[35].

Il est considéré comme l'inventeur du style de guitare rythmique étouffée et staccato dit « scratching », caractéristique du ska jamaïcain[36].

Discographie succincte

  • 1961 — Guitar in Ernest, Ernest Ranglin Trio (Federal Records, label Island Records (prod. Chris Blackwell). Trio jazz enregistré à Kingston avec Thad Mowatt (basse) et « Tootsie » Bean (batterie) où se mêle compositions originales et reprises de standards, avec des inflexions caribéennes.
  • 1964 — Wranglin' (Island Records). Trio de jazz enregistré en studio à Londres avec Malcolm Cecil (basse) et Alan Ganley (batterie). Jazz savant aux accents caribéens.
  • 1964 — Reflections (Island Records, prod. Chris Blackwell). Même session londonienne dans un jazz chaleureux au groove plus enlevé.
  • 1969 — Boss Reggae (Federal Records). Ranglin en studio au tournant du reggae, mêlant rocksteady, dub naissant et harmonies jazz singulières où l'on trouve des reprises éclectiques (Everybody's Talkin’, My Elusive Dreams).
  • 1969 — A Live Interview And Set With The Jamaican Jazz Crusaders (JMA Records, JLP 11-101). Hardbop jamaïcain en sextet avec Roland Alphonso et Roy Burrows où Ranglin se montre particulièrement inventif.
  • 1976 — Monty strikes again (avec Monty Alexander)
  • 1996 — Below the Bassline (Island Jamaica Jazz). Alexander, Idris Muhammad, Mayonne, Coleman et Alphonso sont invités.
  • 1997 — Memories of Barber Mack
  • 1998 — In search of the lost riddim (Palm Pictures)
  • 1999 — Now is the time
  • 2000 — Modern Answers to Old Problems (Telarc)
  • 2001 — GOTCHA! (Telarc)
  • 2002 — Ultimate Ranglin Roots
  • 2004 — Rocksteady avec Monty Alexander (Telarc)
  • 2005 — Surfin' (Telarc)
  • 2005 — Alextown

Distinctions

  • 1973 : Ordre de la distinction, décerné par le gouvernement jamaïcain.
  • 1992 : Médaille de Musgrave

Récemment

Références

Bibliographie

Liens externes

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