James Swan
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James Swan, né dans le Fife (Écosse) en 1754 et mort à Paris le , est un diplomate, financier et militaire américain, qui resta emprisonné 22 ans pour insolvabilité.
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Hepzibah Swan (en) |
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Biographie
Les origines d'un patriote
James Swan est issu d'une famille écossaise qui s'installe vers 1765 dans la province coloniale du Massachusetts. Il est placé comme apprenti chez Thaxter & Son[1] à Boston, où il se lie d'amitié avec Benjamin Thompson et Henry Knox, futur général dans la Continental Army. Peu après, il devient membre des Fils de la Liberté, rejoignant secrètement l'organisation des Patriotes. En 1773, il joue un rôle actif au cours de la Boston Tea Party[2]. Deux ans plus tard, il s'illustre au cours de la bataille de Bunker Hill. James Swan compte désormais parmi ses amis et son cercle, des personnages qui vont contribuer à la construction des États-Unis d'Amérique en tant que nation libre, tels que la plupart des Pères fondateurs, et le général La Fayette ; il adopte le grade militaire de colonel (certaines sources américaines indiquent le grade de general). Au moment de l'acte d'indépendance, il épouse Hepzibah Clarke, qui lui donnera, entre 1777 et 1783, quatre enfants. La famille réside dans une belle demeure bostonienne sur Tremont Street (en), disposant d'un parc, futurs Washington Gardens[3],[4],[5].


Entre 1777 et 1778, James Swan occupe diverses fonctions au sein du pré-Gouvernement du Commonwealth of Massachusetts, notamment au sein du Massachusetts Board of War. Membre de la Scots Charitable Society of Boston, il se lance dans de nombreux investissements, avec des partenaires financiers bostoniens, achetant des terres, des maisons, et investissant dans l'achat ou la construction de navires. Il est par ailleurs qualifié de privateer[6], c'est-à-dire qu'il fait arraisonner, au nom de la Continental Army, les navires ennemis britanniques, et reverse les gains aux Patriotes, se montrant très actif et engagé[7]. En 1786, il achète une île située sur la côte du Maine, désormais appelée Swan's Island. Durant ces années, Swan s'établit comme financier et investisseur, il achète mais aussi revend des biens, comme le montre une annonce publiée dans le Continental Journal (Boston, 19 février 1785) dans laquelle il cherche à obtenir des liquidités (specie) contre six domaines[8].
Un agent diplomatique francophile
Au cours des années 1787-1788, Swan, qui semble avoir mené grand train, ou du moins s'être activé sur le plan patrimonial et spéculatif, connaît quelques déboires financiers : du fait de la guerre, il a beaucoup de mal à récupérer ses liquidités. Le dollar continental connaît par ailleurs une dépréciation dramatique et la valeur des scrips, titres et billets à cours forcé émis soit par le Gouvernement américain, soit par des banques privées locales, reste instable. Swan, sans doute acculé, décide de rencontrer George Washington à Mount Vernon en Virginie. De là, il est sans doute missionné et part pour la France, afin de négocier la dette américaine[9]. Il y retrouve entre autres le marquis de La Fayette[10]. Durant ce premier séjour à Paris, il se porte acquéreur de nombreux meubles et objets d'art, dont une partie est conservée dans les collections du Museum of Fine Arts (Boston)[11].
En 1792, en pleine Révolution française, Swan s'associe avec Pierre d'Allarde et forme la maison parisienne de négoce financier, appelée Dallarde, Swan et Cie qui établit, entre autres, des relations d'affaires avec la maison Lubbert et Dumas à Hambourg[12]. Il s'associe par ailleurs à Jean Sigismond Ehrenreich de Redern Bernsdorf, un diplomate prussien, qu'il retrouvera à la fin de sa vie[13].
Le nom de Swan resurgit, au cours de l'année 1795, quand le Directoire reçoit de lui — et de sa maison de négoce — la garantie financière du solde de la dette américaine à l'égard de la France[14], à savoir que le Comité des finances enregistre l'équivalent de 11 millions de francs à son crédit : comment Swan s'y est-il pris ? En spécialiste des transactions obligataires du marché financier de son temps, il a, entre Hambourg et Paris, revendu la dette américaine à plusieurs acteurs importants, soit des banques ou des investisseurs privées, tandis que dans un même temps, une garantie était émise par la First Bank of the United States et donc avec l'aval d'Alexander Hamilton, via le U.S. Loan Office, émetteur de bonds au même titre que le Trésor américain. Cette série de manœuvres est délicate, tributaire de crises financières — telle la panique de 1792 — et donc de défauts de paiements : le fait d'avoir privatisé la dette extérieure américaine à l'égard de la France explique en grande partie sa situation durant les vingt dernières années de sa vie.
Toujours est-il qu'il retourne ensuite en Amérique : Swan se rend à Philadelphie fin 1795, et pose pour le peintre Gilbert Stuart qui exécute son portrait, ainsi que celui de son épouse (musée des beaux-arts de Boston). En 1796, il se fait construire une résidence d'été à Dorchester (Boston), d'après des plans de l'architecte Charles Bulfinch[15].
En 1798, il repart pour Paris[9].
Un prisonnier excentrique
Swan apporta donc 11 millions au Directoire. De son côté, il doit récupérer une partie de ses liquidités, en réclamant le paiement des obligations arrivées à échéance aux divers souscripteurs et associés dans ce montage, cependant que les titres et créances changent de main. D'après le Journal des audiences de la cour de Cassation, publié à Paris en janvier 1809, Swan, qualifié de « citoyen américain négociant », a été arrêté le 28 juillet 1808, en vertu des lois du 5 et 10 septembre 1807, « relative aux Droits du Trésor public sur les Biens des Comptables, pour obtenir la contrainte par corps à l'égard des étrangers résidant en France ». Autrement dit, Swan ne semble pas avoir payé à l'État français, via une caisse d'escompte ou d'amortissement, ce qu'il devait. Swan va contester cette décision[16].
Un historique de situation fiscale nous apprend qu'en 1803, Dallarde, Swan et Cie procèdèrent à la reddition de leurs comptes et furent déclarés reliquaire d'environ 235 000 marcs auprès de Lubbert et Dumas. Or Swan exige en contrepartie le règlement par le Gouvernement français d'une somme qui lui est due (on ignore le montant). Toujours est-il que Dallarde, Swan et Cie se retrouve à devoir payer 625 140 francs, une somme importante à cette époque, à Lubbert et Dumas, qui reçoit 600 000 francs via sa filiale à Amsterdam, et cautionné par les banquiers parisiens Audenet et Slingerland. Pour le solde exigé, soit 58 000 francs, Swan fait défaut et se voit poursuivi[12].
Aussi incroyable que cela puisse paraître, James Swan va, à partir de son arrestation, vivre, par loyauté envers ses principes, dans une situation qualifiée en son temps d'excentrique et très singulière[17] : arrêté pour dette, détenu à Sainte-Pélagie, rue du Puits-de-l'Ermite, il refuse durant toutes ses années de payer et se bat auprès des tribunaux. Voisin un temps, comme compagnon de cellule, de Gabriel-Julien Ouvrard, il mena cependant grand train. Il louait une maison rue de la Clef, située en face de la prison, y recevait ses amis et ses maîtresses, se payait les services d'un cuisinier, et le soir venu, retournait en prison. Il prit soin de se désolidariser de son épouse (décédée en 1825) et de ses enfants, restés en Amérique, afin qu'ils ne payent par ses dettes. Cette étrange vie dura jusqu'au 31 juillet 1830 : ce jour-là, au lendemain des Trois Glorieuses, son corps est retrouvé rue de l'Échiquier — l'homme est mort d'une crise d'apoplexie[18].
Durant ses 22 années de ce régime pénitentiaire, il produisit un certain nombre d'écrits et se mêla d'affaires financières. On compte en 1819, une adresse au Congrès américain, relative aux « moyens de créer un papier-monnaie national par des bureaux de prêt, qui remplacera celui des banques discréditées et se substituera à l'utilisation des pièces d'or et d'argent »[19]. Vers cette même époque, il consultent les avocats Joseph Delacroix-Frainville et André Dupin[20]. En 1825, il intervient publiquement dans le cadre de l'affaire de la liquidation de la Compagnie de colonisation américaine, lancée en 1820 par son associé, le comte de Redern Bernsdorf[21] : il ne lâcha rien[13].
Écrits publiés
- (en) A dissuasion to Great-Britain and the colonies, from the slave-trade to Africa, Boston, J. Greenleaf, 1773 — lire en ligne.
- (en) National arithmetick: or, Observations on the finances of the Commonwealth of Massachusetts: with some hints respecting financiering and future taxation in this state: tending to render the publick contributions more easy to the people, Boston, Adams and Nourse, in Court-Street, [1786].
- Causes qui se sont opposées aux progrès du commerce, entre la France et les États-Unis de l'Amérique. : Avec les moyens de l'accélérer, & la comparaison de la dette nationale de l'Angleterre, de la France, & des Etats-Unis, six lettres au marquis de La Fayette, Paris, À l'Imprimerie de L. Potier de Lille, rue Favart, 1790 — lire en ligne.
- An address to the Senate and House of Representatives of the United States on the question for an inquiry into the state of agriculture, manufactures, and commerce, Boston, John Eliot, 1817.
- Courtes observations sur l'état actuel des manufactures du commerce et des finances de l'Europe et sur celui de l'agriculture en France, et les moyens de l'améliorer , Paris, Delaunay, 1828.