Japon pendant la Seconde Guerre mondiale

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Le Japon participe à la Seconde Guerre mondiale dans le camps des forces de l'Axe. Dans le contexte japonais, la participation au conflit rentre dans le cadre plus large de la guerre de quinze ans commencé en 1931 avec l'Incident de Mukden.

L'armée japonaise enregistre une première phase victorieuse au début du conflit avec l'Attaque de Pearl Harbor () et une première poussée dans le Pacifique et en Asie du sud-est. Son entrée en guerre contre les États-Unis entraine cependant une dynamique défavorable pour le pays, en particulier à partir de la Bataille de Guadalcanal en , et qui culmine avec la capitulation du pays à la suite des Bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki des 6 et et de l'offensive soviétique sur la Mandchourie.

Les troupes japonaises se rendent coupables de nombreux crimes de guerre lors du conflit, qui sont jugés lors des procès de Tokyo.

Des gouvernements de guerre (1937-1945)

La guerre qui éclate contre la Chine en surprend le gouvernement et les responsables politiques. L'escalade du conflit est rapide, passant d'un incident isolé à Pékin à une invasion totale du pays en six semaines. Or, politiquement, la guerre permet de légitimer le gouvernement. Tout d'abord, l'armée suspend pour un temps ses exigences en matière de réformes plus profondes ; ensuite, la chambre des représentants se range derrière le gouvernement et soutient les décisions favorables aux troupes engagées en Chine ; enfin, la population mécontente prend plus aisément pour cible la Chine que son propre gouvernement[1]. Cependant, l'enlisement du conflit sape rapidement cette « union sacrée », et au contraire, exacerbe les tensions qui traversent l'appareil politique japonais. Si en le gouvernement du prince Konoe parvient à faire voter une loi de mobilisation générale de l'État, c'est au prix de concessions avec la chambre des représentants  notamment, le fait de suspendre la mise en œuvre de cette loi à la fin du conflit et au retour d'une situation économique plus propice. Or, en plus des difficultés militaires, les États-Unis décident en d'un embargo économique qui prive le pays de plusieurs ressources stratégiques[2]. Mis en difficulté à cause de l'enlisement du conflit, le prince Konoe démissionne en . Son successeur Hiranuma Kiichirō, figure des mouvements nationalistes japonais, ne parvient à se maintenir que quelques mois au pouvoir, son gouvernement achoppant sur la question des alliances internationales[3]. L'ancien général Nobuyuki Abe, Premier ministre d' à , est lui aussi renversé à cause de la gestion des conséquences de la guerre contre la Chine[3]. Pour la troisième trois fois en trois ans, un gouvernement tombe en raison d'une opposition forte au sein de la chambre des représentants. Cela fait prendre conscience aux pouvoirs militaires que, sans une maitrise de cette chambre, aucune réforme favorable à l'armée ne peut être votée[4].

En , dès les premières semaines d'activité du gouvernement de l'amiral Mitsumasa Yonai, les responsables de l'armée commencent à manœuvrer pour faire émerger un parti unique au sein de la chambre des représentants[5]. Les dirigeants du Rikken Seiyūkai et du Rikken Minseitō sont régulièrement pris à partie à la Diète[6], et c'est finalement en , qu'est constitué autour du prince Konoe ce parti unitaire, baptisé Association de soutien à l'autorité impériale. Les militaires le considèrent comme l’outil indispensable pour faire passer leurs réformes à la Diète ; les responsables politiques qui s'y rallient y voient la possibilité pour la Diète de peser sur le gouvernement[7]. Jusqu'en , le nouveau parti sert efficacement de relais du gouvernement au sein de la population[8]. La montée des tensions avec les États-Unis favorise les responsables de la Marine impériale, qui envisagent de plus en plus concrètement de frapper les intérêts américains dans le Pacifique. Le Premier ministre Konoe tente de s'y opposer, mais, mis en minorité, il démissionne en . Son successeur, le général Hideki Tōjō, est favorable à cette nouvelle guerre que la Marine impériale estime pouvoir gagner en 18 mois : le mois suivant, le Japon entre en guerre dans le Pacifique contre les Alliés[9].

Hideki Tōjō reste au pouvoir jusqu'en . Il ne parvient pas à soumettre totalement les oppositions présentes au sein de la bureaucratie et de la Diète. Si les élections législatives de 1942 font la part belle aux candidats soutenus par l'Association de soutien à l'autorité impériale, l'ampleur de leur victoire n'est pas suffisante pour museler les opposants au sein de cette assemblée, qui dès lors, peut être utilisée comme tribune[10]. Au sein des ministères, l'allocation des ressources matérielles entre les civils et les militaires reste l’objet d'importantes tractations pendant tout le conflit[9]. La justice parvient à conserver une certaine indépendance vis-à-vis du pouvoir militaire[11], mais la presse subit une importante censure, et les opposants au régime comme les libéraux, les socialistes, les journalistes ou les professeurs d'université sont intimidés ou arrêtés[12]. Derrière l'apparence de l'unité nationale, les conflits politiques restent intenses, ce qui ne permet pas l'instauration d'un nouvel ordre politique totalitaire, comme souhaité par certains responsables militaires. En outre, pour aboutir à des compromis, de nombreuses tractations sont nécessaires. Même lors de la décision de capitulation du pays, les discussions au sein du conseil suprême de guerre montrent de nombreuses lignes de fracture au sein du pouvoir[13].

L'occupation américaine et la démocratisation du pays

Allocution de l'empereur du Japon annonçant la reddition sans condition du pays.
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Discours du président américain Harry Truman annonçant la victoire des forces alliées contre le Japon.
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Le , lors d'une allocution radiophonique, l'empereur Hirohito annonce la capitulation du Japon[14]. Le 17, le prince Naruhiko Higashikuni est chargé de former un gouvernement transitoire afin de gérer le pays en attendant l'arrivée des troupes alliées. Le , à bord du cuirassé USS Missouri, les dignitaires japonais signent la reddition du pays et des troupes japonaises, et le 8, Douglas MacArthur, responsable de l'administration de l'occupation américaine, installe son administration à Tokyo, face au palais impérial. Environ quatre cent mille soldats américains débarquent dans le pays jusqu'à la fin du mois d'octobre de la même année[15]. Dès le , 40 hauts cadres de l'armée, dont Hideki Tōjō, sont arrêtés et, le , l'occupant se porte garant des libertés civiles des Japonais[16] : près de 2 500 prisonniers politiques sont libérés, le droit de vote est accordé aux femmes, et la majorité électorale est fixée à vingt ans[17].

Dimension internationale

La question des alliances

Dès 1938, face à l'enlisement du conflit en Chine, les militaires japonais envisagent deux options. Par idéologie anti-communiste, certains chefs militaires favorisent une « option nord », qui consiste à attaquer l'URSS de façon à sécuriser les possessions au nord. D'autres responsables, soutenant une « option sud », souhaitent couper les voies d'approvisionnement des nationalistes chinois et s'en prendre aux colonies européennes (Indochine française, Birmanie britannique, Indes orientales néerlandaises…). Les tenants de la première option ont d'abord gain de cause, et une première série d'escarmouches oppose troupes japonaises et soviétiques à l'été 1938. L'année suivante, les troupes soviétiques surclassent les forces japonaises à la bataille de Khalkhin Gol[18].

La signature du Pacte germano-soviétique le les ayant apparemment privés du soutien potentiel de l'Allemagne nazie, les Japonais renoncent dès l'automne de la même année, à attaquer l'URSS une nouvelle fois. Les victoires allemandes en Europe de l'Ouest, qui entraînent un affaiblissement des puissances coloniales européennes en Asie, ouvrent la voie en 1940 à la réalisation de l'« option sud »[19]. Le Tonkin est envahi en septembre 1940. Le Pacte tripartite est signé le même mois entre le Japon, l'Allemagne, et l'Italie, scellant l'axe Rome-Berlin-Tokyo. Ces développements sont perçus négativement par les États-Unis qui restreignent leurs exportations de fer et de pétrole vers le Japon[20]. La signature de ce pacte par le Japon est ainsi un message envoyé aux États-Unis, les dissuadant d'intervenir militairement en Asie. Après le Pacte germano-soviétique, le pays nourrit aussi l'illusion[n 1] qu'un élargissement de celui-ci est possible, ce qui couperait l'approvisionnement à la Chine. C'est dans cette perspective que, le , est signé le pacte nippo-soviétique de non-agression, toujours dans l'optique de couper l'approvisionnement étranger aux troupes chinoises. De leur côté, les Russes projettent au contraire de détourner l'attention des Japonais, en les poussant ainsi à attaquer les États-Unis[21]. En , profitant de l'effondrement de la France sur le front européen l'année précédente, les troupes japonaises envahissent le Sud de l'Indochine française, ce qui place leur aviation à portée des possessions anglaise (Malaisie) et américaine (Philippines). En représailles, les États-Unis décrètent un embargo total vis-à-vis du pétrole exporté vers le Japon. Or, ce dernier a besoin de carburant pour mener sa guerre contre la république de Chine. Dans l'espoir de ramener les Américains à la table des négociations, les militaires japonais envisagent une guerre maritime éclair contre eux[22].

Guerre totale contre les alliés de 1941 à 1945

À partir du printemps 1941, le Japon et les États-Unis entament une série de négociations sur la situation en Asie, et en particulier en Chine. Pour les États-Unis, ce dernier pays ne constitue pas une priorité stratégique, et tactiquement, le maintien des forces nippones en Chine est même vu positivement par certains observateurs américains, car cette occupation éloigne les Japonais des intérêts américains, comme leur colonie des Philippines. De la même façon, pour les Japonais, la menace la plus pressante n'est plus celle des Anglo-Américains, mais celle des Soviétiques, ce qui les pousse à signer une alliance militaire avec l'Allemagne, puis un pacte de non-agression avec l'URSS. En faisant ceci, du point de vue américain, le Japon s'est placé dans le camp des alliés de l'Allemagne[23]. En , à l'entrée en guerre de l'Allemagne nazie contre l'URSS, le Japon, redoutant d'avoir à mener une guerre sur deux fronts[24], reste en dehors de ce conflit, malgré des demandes allemandes répétées[25]. Les militaires japonais préparent un plan d'attaque des États-Unis pendant que se déroulent les négociations entre les deux pays. Les demandes des Japonais sont jugées excessives : rétablissement de l'approvisionnement en pétrole, maintien des troupes en Indochine… La note Hull que les Américains adressent aux diplomates japonais le est elle aussi jugée excessive par les responsables politiques et militaires japonais, et perçue comme un ultimatum. Le jour même, la flotte spécialement constituée pour attaquer Hawaï, quitte le port et prend la direction des Kouriles[26].

La guerre du Pacifique commence le [n 2], lorsque les troupes japonaises attaquent simultanément les Britanniques en Malaisie et les Américains à Pearl Harbor. Le conflit mené en Asie par le Japon devient alors partie intégrante de la Seconde Guerre mondiale. Les troupes nippones, qui envahissent dans la foulée les Philippines, Hong Kong, Guam, les Indes orientales néerlandaises, puis la Birmanie, progressent rapidement lors des mois suivants, en remportant victoire sur victoire[27]. Le Japon place des gouvernements fantoches dans les pays « libérés » — dirigés de fait par l'armée japonaise. Il y déploie la rhétorique d'une « fraternité asiatique », opposée aux « puissances colonisatrices occidentales ». C'est dans cette optique qu'est organisée en la conférence de la grande Asie orientale, qui réunit à Tokyo les responsables des pays « libérés » et qui vise alors à donner corps à la sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale. Les engagements y sont symboliques, car à cette date, la situation militaire s'est retournée[28]. En effet, dès la mi-1942, la progression du Japon dans la région est déjà interrompue, et l'armée japonaise subit ses premiers revers, comme à Midway, en juin[29]. À partir de la fin de la bataille de Guadalcanal en , les Japonais sont contraints de mener une guerre défensive contre les Alliés[30]. La prise de Saipan en place le Japon à portée des bombardiers américains[31]. Presque un demi-million de civils japonais sont victimes de ces engins au cours des attaques aériennes américaines au-dessus de l'archipel[32]. Entre avril et , l'île d'Okinawa est conquise par les Américains — bien que ceux-ci enregistrent également de lourdes pertes[33].

Entretemps, les Japonais se voient coupés de leurs alliés : l'Italie capitule en septembre 1943, suivie par l'Allemagne en mai 1945. Le , lorsque la déclaration de Potsdam est adressée au Japon par le Royaume-Uni, les États-Unis et la Chine, exigeant une capitulation générale, le pouvoir japonais croit pouvoir s'appuyer sur l'URSS pour négocier. En effet, le Japon qui a signé un pacte de non-agression avec les Soviétiques, n'est pas intervenu contre ces derniers aux côtés de l'Allemagne, et l'URSS de son côté, n'a pas signé la déclaration de Potsdam. Mais pour les Alliés, l'absence de réponse japonaise est analysée comme un refus de se soumettre à l'injonction de capitulation : les États-Unis comme l'URSS appliquent alors leurs plans respectifs[34]. Alors qu'un plan d'invasion du Japon est mis au point par les Américains, ces derniers prennent finalement la décision d'utiliser l'arme nucléaire nouvellement développée pour contraindre le pays à la reddition, et signaler par la même occasion aux Soviétiques que les États-Unis disposent de plusieurs exemplaires d'une arme d'un nouveau genre. Hiroshima est bombardée le 6 août, et Nagasaki, le 9[35]. Cependant, dans un premier temps, considérant que les villes bombardées ne constituent que de « simples pertes » parmi d'autres, les autorités japonaises n'envisagent pas la reddition. Estimant que l'hypothétique invasion des nombreuses iles de l'archipel serait trop coûteuse pour les États-Unis, elles pensent être capables de les défendre suffisamment longtemps pour trouver un accord convenable pour l'Empire. Le gouvernement compte aussi sur l'aide de l'URSS dans les discussions à venir avec les Américains pour sortir de la guerre. Mais le 9 aout, les Soviétiques envahissent la Mandchourie. L'offensive coûte également au Japon sa colonie coréenne, le Nord de Sakhaline et les îles Kouriles[36]. La défaite de l'armée japonaise du Guandong anéantit l'espoir des Japonais de résister aux États-Unis et de compter sur la médiation de l'URSS pour une sortie de guerre. Préférant, pour la survie du système impérial, l'occupation américaine à la conquête soviétique, la capitulation est acceptée le par les autorités japonaises, et est formellement signée le [37].

Economie

Une économie de guerre à partir de 1936

Le 26 février 1936, le ministre de l'économie Takahashi Korekiyo et plusieurs autres membres du gouvernement sont assassinés par des militaires de la Kōdōha. Cette tentative de coup d'État fait évoluer drastiquement la politique économique du Japon. Depuis 1934, Takahashi était parvenu à maintenir sous contrôle les dépenses militaires ; ses successeurs, incapables de s'opposer au nouveau pouvoir militaire, augmentent celles-ci en votant des plans d'armement pluriannuels. C'est ainsi que, dès 1937, l'État accroît ses dépenses de près de 40 %[38]. Lorsque Konoe devient Premier ministre du Japon en 1937, trois priorités économiques sont définies : l'équilibre de la balance des paiements, l'essor des dépenses militaires et la régulation de l'offre et de la demande des biens de consommation, en plafonnant l'importation et l'exportation de certaines ressources. En , dès le déclenchement de la seconde guerre sino-japonaise, l'économie nationale est à la fois sévèrement contrôlée[39] et principalement organisée pour satisfaire les besoins de l'armée. Cette nouvelle orientation entraîne un pénurie de certaines ressources, comme le pétrole, qui commence à toucher le pays[40].

La loi de mobilisation générale de l'État, votée par la Diète en , permet au gouvernement de nationaliser les entreprises et les mines, de contrôler les allocations de ressources financières et de matières premières attribuées aux entreprises, de recruter de force la main-d'œuvre nécessaire et de décider, comme bon lui semble, des conditions de travail[40]. C'est ainsi que le Japon entre rapidement dans une économie de guerre. En 1940, le gouvernement ordonne de rationner le riz et le sucre ; des prix fixes sont également décrétés — mais ceux-ci ne font que stimuler le marché noir[41]. Les entreprises japonaises implantées en Mandchourie et dans le nord de la Chine sont largement mises à contribution pour fournir les matériaux nécessaires à la machine de guerre japonaise. Des pénuries apparaissent dans les chaines d'approvisionnement. En 1939, le traité commercial entre le Japon et les États-Unis est abrogé par ces derniers, ce qui permet à son gouvernement d'instaurer un embargo sur certaines matières premières critiques (fer et acier en 1940, pétrole en 1941). Le déclenchement de la guerre en Europe la même année perturbe l'approvisionnement de certains biens. Enfin, les stocks d'or et de devises étrangères que possède encore la banque du Japon sont presque épuisés en 1940, ce qui empêche le pays d'acheter des matières premières en dehors de sa zone d'influence économique. L'effondrement de plusieurs puissances coloniales européennes, comme les Pays-Bas et la France, rend leurs colonies asiatiques vulnérables, et les militaires japonais commencent à préparer des plans d'invasion dans le but d'accéder à certaines ressources (pétrole, caoutchouc, et étain dans les Indes orientales néerlandaises notamment)[42].

À partir de la fin 1941, le Japon remporte des victoires contre les Occidentaux en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique. Ces premiers succès retardent la mise en œuvre de mesures économiques plus drastiques. Par excès d'optimisme, les dirigeants japonais pensent pouvoir matérialiser la sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale et s'en servir pour combler leurs besoins. Ce n'est qu'à l'automne 1942 que sont prises des mesures supplémentaires et que la priorité est donnée à la production d'armes et d'équipements militaires. La construction aéronautique passe de 6 174 unités en 1941 à 26 507 unités en 1944, et la construction navale, de 201 000 à 408 000 tonnes sur la même période. À partir de l'été 1944 et de la défaite de la bataille de Saipan, l'approvisionnement depuis l'Asie du Sud-Est cesse, et en la matière, le Japon ne peut plus compter que sur le nord de la Chine, la Mandchourie et la Corée[43]. Le besoin en matériaux est tel que des équipements non prioritaires sont sacrifiés pour répondre à la demande : des cloches de temple ou des rails de tramway sont fondus pour en faire des munitions, et des machines d'usines textiles, reconverties pour les produire[44]. Les ouvriers des usines qui ne peuvent plus fonctionner sont réquisitionnés pour travailler dans les mines et les usines d'armement, et à partir de 1944, les étudiants et les lycéens sont eux aussi mis au travail pour soutenir l'effort de guerre[45].

La production agricole vacille dès 1937. Du fait des réquisitions de main-d'œuvre, la population paysanne diminue de 7,4 % entre 1937 et 1939 — ce recul touchant en particulier les hommes de 16 à 35 ans — et continue de diminuer tout au long de la guerre. Le manque d'équipements agricoles, de fertilisants chimiques, ainsi que de pétrole, contribue grandement à faire chuter la production[46]. De son côté, la Corée est touchée par une série de sécheresses à partir de 1940 et les importations de riz depuis cette colonie sont divisées par deux. Le gouvernement japonais voit alors dans le développement de la Mandchourie la solution à ses problèmes d'approvisionnement, mais là aussi, la production agricole baisse en dépit de plusieurs plans de soutien[47]. La famine touche à la fois la population de l'archipel et celle des pays occupés. Plus d'un million de Vietnamiens meurt de famine en 1945, et les soldats japonais meurent davantage de malnutrition que du fait des combats[48].

Les conquêtes du Japon sont exploitées de différentes manières. Les mines de fer de Malaisie sont remises en activité dès , mais en 1942, elles ne produisent plus que le dixième de la production d'avant-guerre. Les puits de pétrole de Sumatra sont quant à eux relancés avec un certain succès, mais les problèmes de logistique ne permettent pas d'en faire profiter le Japon. La population locale est aussi utilisée comme main-d'œuvre, dans des conditions qui peuvent s'avérer très dures. Plus du tiers des quatre cent mille mineurs travaillant à l'extraction de charbon au Japon à la fin de la guerre sont coréens, chinois, ou prisonniers de guerre — la plupart gravement sous-alimentés et soumis à des conditions très rudes[49].

Les derniers mois de la guerre mettent à mal l'ensemble de l'appareil de production. À partir de mi-1944, les bombardements américains touchent massivement l'archipel. Complexes industriels et centres urbains connaissent d'importantes destructions. En , l'invasion soviétique de la Mandchourie coupe le Japon d'un important centre d'approvisionnement. À la fin de la guerre, 80 % de la flotte maritime japonaise est perdue, tout comme 25 % de l'ensemble de ses bâtiments, et 34 % de ses outils de production industrielle. Plus largement, le Japon est coupé de toutes ses sources d'approvisionnement en nourriture et en matières premières, sur lesquelles il a bâti son modèle économique depuis le début de la période impériale[50].

Crimes de guerre

Déroulé

L'armée japonaise fait payer un lourd tribut à la population chinoise, lors du conflit en Chine, mais aussi, lors des conquêtes en Asie, en s'en prenant à sa diaspora. Lors du massacre de Nankin en 1937, au moins vingt mille (et peut-être jusqu'à 80 000) Chinoises sont violées et au moins deux cent mille civils chinois désarmés sont exécutés. D'importantes exactions sont aussi perpétrées à Wuhan et Xuzhou[51]. Vivant aux dépens du pays, l'armée japonaise commet de nombreux pillages, mais elle procède aussi à de nombreuses exactions pour intimider les populations locales. Au total entre 1937 et 1945, 95 millions de Chinois, soit 26 % de la population, deviennent des réfugiés[52]. Au nord du Vietnam, ces politiques de réquisition de nourriture pour entretenir l'armée participent à une grande famine qui frappe le pays en 1945 et qui cause jusqu'à deux millions de morts dans la population locale[53]. Aidée par les expérimentations médicales de l'Unité 731, l'armée utilise aussi ponctuellement des gaz de combat et des pathogènes (comme la peste, l'anthrax, le choléra et la fièvre typhoïde) contre des Chinois[54]. Pour mettre fin aux activités de résistance, l'armée japonaise suit la politique des Trois Tout en détruisant systématiquement tout village suspecté de soutenir la guérilla anti-japonaise, et en exécutant tous ses habitants[51]. Lors de l'invasion de l'Asie du Sud-Est, l'armée japonaise s'en prend aux populations chinoises locales : après la prise de Singapour en 1942, près de 200 000 des 600 000 Chinois qui y vivent sont détenus et interrogés (suspectés d'être des soutiens du gouvernement nationaliste ou d'être communistes), et 40 000 sont tués. Lors de la campagne de Malaisie, soixante mille Chinois supplémentaires sont exécutés dans des conditions similaires. Ces exactions ne se limitent pas aux Chinois : lors de la construction de la ligne Siam-Birmanie, sur les deux cent mille travailleurs venant de Birmanie, d'Indonésie, de Malaisie, d'Inde, de Thaïlande et de Chine, plus de 74 000 meurent avant la fin du chantier[55].

À partir de 1937, lors des opérations en Chine, l'armée japonaise systématise la mise en place de bordels militaires[53]. Environ cent mille femmes, à 80 % coréennes, sont recrutées par la force ou par la ruse pour y « travailler », selon des modalités relevant de l'esclavage sexuel[56]. Les conditions sont particulièrement rudes, chaque femme devant « servir » jusqu'à une dizaine d'hommes par jour — chiffre pouvant atteindre 30 ou 40, avant les départs pour le front ou au retour d'opérations[57]. En , l'armée installe 400 de ces structures (la plupart, en Chine, mais les territoires nouvellement conquis en possèdent aussi), lesquelles fonctionnent avec des femmes locales — philippines, indonésiennes, malaisiennes, mais aussi hollandaises (capturées lors de la prise des colonies des Pays-Bas). Si le système, qui repose essentiellement sur des Coréennes, vise officiellement à faire baisser les viols dans les populations locales, il ne l'empêche nullement[56].

Le Japon impose des conditions de vie terribles aux prisonniers de guerre capturés. Sur les 132 134 prisonniers britanniques, américains, australiens, canadiens, néozélandais, et hollandais, 35 756 meurent, soit un taux de létalité de 27 % — bien supérieur au chiffre de 4 % enregistré dans les camps de prisonniers mis en place par les Alliés. Ce chiffre s'explique par de nombreuses marches de la mort que l'armée japonaise impose à ses prisonniers (comme celle de Bataan ou celle de Sandakan), mais aussi par les travaux forcés, souvent effectués avec peu de nourriture et dans des conditions extrêmes — comme pour la construction de la ligne Siam-Birmanie, passant par le pont sur la rivière Kwaï. L'armée japonaise procède aussi à des assassinats de prisonniers ennemis, notamment chinois. Les deux pays n'ayant pas formellement procédé à une déclaration de guerre, le Japon considère les personnes qu'il combat comme de simple bandits et refuse de les reconnaître comme des soldats : ceci lui permet de les exécuter en l'absence de tout jugement[58].

Jugement

Dès le , 40 hauts cadres de l'armée, dont Hideki Tōjō, sont arrêtés[16].

Début 1946, environ deux cent mille personnes sont déclarées inéligibles par l'occupant en raison de leurs liens avec le régime précédent[59]. De à , les procès de Tokyo jugent les anciens responsables du régime[60] ; sur cinquante mille inculpés, dix pour cent sont condamnés, dont 984 à la peine capitale. À l'occasion de ces procès, l'opinion publique japonaise prend connaissance des crimes commis par son armée, comme ceux de Nankin ou ceux de Bataan[61].

Dimension mémorielle

Notes et références

Bibliographie

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