Jarnhitin
noble breton du haut Moyen Âge
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Jarnhitin (VIIIe siècle - 826) est un machtiern du Broérec. Lui et sa famille forment une dynastie locale qui apparait à de nombreuses reprises dans les chartes du cartulaire de Redon.
| Jarnhitin | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Machtiern | |
| fin du VIIIe siècle – | |
| Successeur | Portitoë & Wrbili (machtierns) |
| Biographie | |
| Lieu de naissance | Bretagne |
| Date de décès | 2e moitié du VIIIe siècle |
| Lieu de décès | Bretagne |
| Nature du décès | 826 ou après |
| Fratrie | Branoc, Driken |
| Enfants | Portitoë, Uurbili |
| Religion | catholique |
| Résidence | villa Lisbedu |
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Par le fait d'une notice de ce cartulaire, datée de 813, Jarnhitin a parfois été considéré par des auteurs anciens comme un roi breton.
Anthroponymie
Pour citer Jarnhitin, les historiens utilisent plusieurs variantes d'orthographe changeant la position du "h" ou remplaçant le "J" par un "I" :
- pour citer Jarnhitin parmi ses frères et sœurs dans la charte no 53 du cartulaire de Redon, Aurélien de Courson écrit Iarnhitin et Jarnhitini[AdC 1], et Gilles Déric écrit Jarnithin[GD 1].
- pour citer Jarnhitin, roi, dans la notice no 135 du cartulaire de Redon, A.de Courson écrit « regnante Iarnhitino et Uuido comite »[AdC 2], le même A.de Courson écrit « Jarnithin roi suprême armoricain »[ADC 1]. Arthur de La Borderie écrit Jarnhitin ou regnante Jarnhitino, Wido comite[ADLB 1].
- pour citer Jarnhitin, machtiern et prince, dans la notice no 267, A. de Courson écrit Jarnhitin ou Jarnithin[AdC 3],[1]. Pour cette même notice Jean-Christophe Cassard écrit Iarnhitin[2].
Comme de nombreux anthroponymes notés dans le cartulaire de Redon pour cette période, le nom propre de Jarnithin semble être formé de deux termes en vieux-breton relatifs aux qualités guerrières[3] :
- Iarn, forme archaïque pour « fer ».
- Uuethen, pour « combat ».
Biographie
Jarnhitin vit au début du IXe siècle, à l'époque de Charlemagne et de Louis le Pieux. Il exerce sa charge de machtiern dans le Vannetais oriental et réside en la villa Lisbedu « la cour du bouleau », probablement située en Ruffiac ou en Pleucadeuc[AdLB 1],[4],[cnrs 1].
Jarnhitin possède une collection de plous de grande étendue : Carentoir, Molac, Pleucadeuc, Ruffiac, situées dans le Vannetais oriental[3], qu'Arthur de la Borderie considère comme une véritable principauté centrée sur une partie du bassin de l'Oust[AdLB 2].
Depuis l'époque mérovingienne, les rois francs essaient d'intégrer la Bretagne à leur royaume. Dans le pays vannetais, leurs succès marqués par un serment de fidélité ou des traités de paix sont limités et éphémères[5]. En 799, le comte carolingien Guy de Nantes, préfet de la marche de Bretagne, pénètre en Bretagne et obtient la soumission des Bretons[6]. En 800, les chefs bretons, vaincus et porteurs de dons, sont présentés à Charlemagne à Tours et celui-ci agrée leurs dons[7]. De 753 à 830, les Bretons réduits à la défensive par les Carolingiens n'ont le choix qu'entre révoltes et soumissions feintes, et se partagent alors entre deux partis : celui de la réunion des forces sous l'autorité d'un chef de guerre et celui d'un accommodement avec les Francs qui laisse le pouvoir à la noblesse locale[2]. Après 799, Charlemagne tente d'installer son administration en Bretagne. Ayant choisi les machtierns comme interlocuteurs, Charlemagne confie des charges à certains Bretons comme Jarnithin[8].
Les victoires des Francs carolingiens sur les Bretons en 799 et 811 n'ont pas été décisives : l'année du concile de Tours de 813 se termine en Bretagne avec un acte foncier daté du , dans lequel une expression, qui aura fait couler beaucoup d'encre chez les érudits, indique que Jarnhitin "règne"[AdLB 3],[AdLB 4]. Cet acte mentionne comme témoins le comte Gui II de Vannes et Isaac, évêque de Vannes[AdLB 5]. La mention de Jarnhitin en tête des détenteurs du pouvoir a induit en erreur de nombreux commentateurs. Arthur de La Borderie classe Jarnhitin parmi les princes bretons, peut-être souverain du Vannetais, non sans exprimer des doutes préalables[AdLB 4],[AdLB 5]. Léon Levillain voit en Jarnithin un comte breton de Vannes, exerçant le pouvoir conjointement avec un comte franc[AdLB 5].
Du XVIIIe siècle à la fin du XIXe siècle, plusieurs chroniqueurs et historiens bretons (Dom Lobineau[9], Dom Morice[DPYM 1], Jean-Baptiste Delaporte, Gilles Déric[GD 2]) ont considéré Jarnhitin comme un roi breton. Pierre-Michel-François Chevalier nuance cette royauté en soulignant le caractère vague du titre de « roi » pour les Bretons[MPC 1]. D’autres auteurs, tels qu’Aurélien de Courson[10], Joseph Loth[JL 1] et Jacques Flach[JF 1], y voient plutôt un chef militaire ou un prince local, pouvant être doté d’une autorité reconnue par les souverains carolingiens. Enfin, au début du XXe siècle, Ferdinand Lot remet en cause l’idée même d’une royauté, considérant Jarnhitin comme un gouvernant provisoire, éventuellement délégué du pouvoir carolingien[11].
La date du décès de Jarnhitin est incertaine. Selon Joël Cornette, dans son Histoire de la Bretagne et des Bretons en 2008, Iarnithin meurt entre 821 et 826. Selon André Chédeville, la date du décès de Iarnithin se situe autour de 825[3].
Sa lignée se poursuit avec Portitoë[12] et Wrbili[GD 1],[AdLB 5]. Un des petits-fils de Jarnhitin et fils de Portitoé portera aussi le nom de Iarnhitin ou Jarnhitin. Il est cité en 843 au no 143 des chartes du cartulaire de l'abbaye de Redon. La charte no 53 du cartulaire de Redon datée de 846 cite Branoc, Iarnhitin, leur sœur Driken et d'autres de ses descendants, en tant que vendeurs de biens fonciers[AdC 1],[cnrs 2].
Machtiernat
Le cartulaire de l’abbaye de Redon est un recueil de chartes de la fin du VIIIe siècle au milieu du XIIe siècle, établies principalement dans la région de Redon. Il contient 391 pièces en latin[13]. Marcel Planiol et Jean-Christophe Cassard font remarquer que ces chartes ou notices, avec les actes fonciers et les témoins qu'elles contiennent, sont en fait des preuves pré-constituées en vue de procès futurs[2]. La majorité des actes du cartulaire concerne l'époque carolingienne et constitue un témoignage historique majeur en Bretagne et dans l'Ouest de la France[3].
Les chartes concernant Jarnhitin ont permis aux historiens de mieux discerner la nature du machtiernat. Dans le no 267 du cartulaire de Redon, daté des années 800 à 820, Worwelet demande à Jarnhitin un endroit pour faire pénitence de ses péchés. Jarnhitin, en tant que machtiern et propriétaire, lui donne un lieu nommé Rosgal (ou Botgarth) avec l'autorisation de défrichement et fondation d'un ermitage. Worwelelt venant à mourir, son fils Worworet demandera à Iarnhitin la jouissance de l'ermitage construit par son père à Rosgal (aujourd'hui Roga en Saint-Congard)[AdLB 6],[AdLB 5]. Ce même acte indique que Jarnithin est secondé par des mediatores (médiateurs), comme son chapelain Doitanau[AdLB 6]. Jarnithin réside à Lisbedu, une résidence de type aristocratique, dénommée aula en latin et lis en breton[3]. Le machtiernat est une charge héréditaire, et l'on peut suivre la dynastie de Jarnhitin à travers ses deux fils Portitoë et Wrbili, machtierns eux aussi, puis par ses petits-fils jusque vers 875[3],[AdLB 7],[14]. La charge peut être collective et la transmission du territoire aux héritiers peut se faire en état d'indivision. Ainsi, Portitoë et Wrbili exercent conjointement la charge de machtiern qu'ils héritent de leur père[15].
Les machtierns disposent aussi d'une autorité judiciaire, et l'on peut voir Jarnithin et ses deux fils tenir un tribunal public composé de douze scabins[2].
Jean-Christophe Cassard estime que le ressort géographique des possessions de Jarnithin dans les quatre paroisses primitives de Carentoir, Molac, Pleucadeuc et Ruffiac correspond à 30 000 hectares et à une quinzaine de communes, ce qui en fait une étendue remarquable. Jarnithin ne dispose cependant pas de toutes les terres à l'intérieur de ce ressort[2].
Selon Arthur de la Borderie, dans la hiérarchie sociale de la Bretagne carolingienne, les machtierns sont soumis aux comtes[AdLB 8].
Historiographie ancienne
Dans la table généalogique des rois, comtes et ducs de Bretagne de Dom Morice en 1750, Jarnhitin est le dernier roi légendaire de la Bretagne armoricaine. Selon Dom Morice, Jarnhitin est aussi le premier roi de Bretagne avant Morvan en 818[DPYM 2],[DPYM 3].
Se basant sur la notice no 135, Arthur de la Borderie déduit une situation historique : « À côté du chef breton, dont le règne atteste à coup sûr une rébellion plus ou moins grave contre l'autorité impériale, elle nomme et place le comte Gui (Wido) agent de cette dernière : soit qu'à un certain moment il y ait eu entente ou compromis entre le comte franc et le chef breton… chefs dont l'autorité était reconnue par chacun des deux partis »[ADLB 2]. Pour le même Arthur de la Borderie, Jarnhitin représente la volonté des Bretons d'être une nation et de se donner un souverain digne de l'ancien Waroch[AdLB 4].
