Histoire de Tours
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L'histoire de Tours inventorie l'ensemble des évènements, anciens ou plus récents, liés à cette ville française

Des fouilles modernes entreprises à différents endroits de Tours, dans une vaste zone allant jusqu'à la Loire et le long de celle-ci, ont révélé la préexistence d'un habitat ancien et dispersé[1]. Sous l'autorité romaine, au Ier siècle, une cité est fondée : elle est nommée Caesarodunum « ville fortifiée (dédiée à) César ». Au Bas-Empire, selon un processus courant en Gaule après le IVe siècle, la ville prend le nom du peuple gaulois dont elle est la cité ([Civitas] Turonorum), c’est-à-dire Turones[2] qui évolue en Tours par coalescence. La ville devient la métropole de la province romaine de Lyonnaise troisième vers 380-388, dominant la vallée de la Loire, le Maine et la Bretagne. La cité possède des thermes, un temple et un amphithéâtre. Un réseau de voies romaines met la cité en relation avec ses voisines. À cause de troubles, elle est entourée d'une enceinte pourvue de tours et de poternes vers le IVe siècle délimitant le castrum. Le château médiéval de Tours, situé dans l'angle nord-ouest de l'ancienne cité, mis au jour lors de fouilles dans les années 1970, réutilisa cette fortification du Bas Empire[3].
Sous les vestiges du château on découvrit également des thermes antiques[3]. Une autre partie de cette fortification gallo-romaine (le long des rues du Petit Cupidon et du Port Feu Hugon) et deux tours nous sont parvenues : celle attenante à l'Évêché (actuel Musée des beaux-Arts) et les vestiges de la tour dite « du Petit Cupidon », qui constituaient respectivement l'angle Sud-Ouest et Sud-Est du castrum. On retrouve le remploi de cette fortification lors du dégagement de la chapelle Saint-Libert en 2011.
Moyen Âge
Un sanctuaire national de pèlerinage et de culture
Une des figures marquantes de l'histoire de la ville est saint Martin de Tours, troisième évêque de la ville après le mythique Gatien et Lidoire. Martin est un ancien militaire devenu officier romain. Épris du message chrétien, il partage son manteau avec un démuni à Amiens, puis se fait moine. Inlassable prédicateur d'une foi modèle dans les assemblées chrétiennes, il y épouse la condition des plus modestes et acquiert une renommée légendaire en Occident, faisant des émules et créant le monastère de Marmoutier.
Cette histoire et l'importance post-mortem de Martin encore plus grande dans l'Occident chrétien médiéval firent de Tours une ville de pèlerinage majeure au Haut Moyen Âge au point que le concile de Chalon-sur-Saône en 813 donnait à ce pèlerinage la même importance qu'à celui de Rome[4] ; c'était notamment une possible étape détournée sur le chemin vers Saint-Jacques de Compostelle, traversant Amboise.
En 461 a lieu le premier concile dans la ville de Tours, auquel participa le premier évêque de Rennes, Anthemius. Le monastère Saint-Martin a bénéficié très tôt, dès le début du VIe siècle, de libéralités et de soutien des rois francs, Clovis le premier a attribué la victoire des Francs sur les Wisigoths à l'intercession du vénérable saint ancien soldat, et accrut considérablement l'influence du monastère et de la ville en Gaule, en lui donnant notamment le droit de battre cette monnaie tournois, qui deviendra plus tard la livre tournois.
Au VIe siècle, Grégoire de Tours, jeune lettré vient s'y faire soigner d'un mal présumé incurable. Guéri, il y reste et parvient à s'y faire nommer évêque. Cet écrivain mérovingien, auteur des Dix Livres d'Histoire Des Francs , marque la ville de son empreinte notamment en restaurant la cathédrale détruite par un incendie en 561. En 567, le concile de Tours donne le droit aux évêques l'excommunication pour les juges oppresseurs et instaure la dîme au profit de l'Église.
La bataille de Tours ou de Poitiers, est une victoire remportée en 732 ou 733 par une armée, conduite par Charles Martel, contre des combattants sarrasins conduits par l'émir de Cordoue Abd el Rahman. Selon quelques auteurs contemporains, la bataille ne s'est pas déroulée à Poitiers, mais à mi-chemin entre Poitiers et Tours, elle devrait de ce fait s'appeler la bataille de Tours, l'historien André-Roger Voisin, préfère la situer dans la banlieue sud-ouest de Tours, sur un lieu-dit qui porte le même nom depuis des siècles et qui semble fortement révélateur, les landes de Charlemagne. Pour tous les historiens, Charles Martel entre en guerre, seulement pour défendre le monastère de Saint-Martin de Tours le sanctuaire national des Francs, et pour plus tard bien sûr, en avoir le contrôle. Cette bataille pour Charles Martel et les Carolingiens n'est pas mythe, mais un symbole historique.
Au IXe siècle, Tours est l'un des foyers privilégiés de la Renaissance carolingienne, notamment du fait de l'élévation à l'abbatiat d'Alcuin, ancien prieur anglo-saxon du monastère de Cormery. Le manteau de Saint Martin (cappa) serait aussi à l'origine du nom "Capet", qui est celui de la dynastie des rois de France, les Capétiens. À la fin de l'ancien régime, Saint Martin de Tours reste le symbole de l'unité franque et française [5]. En 813, un concile de grande importance à l'initiative de Charlemagne, impose l'usage de la langue « Romana Rustica » qui s'oppose à la « Theostica » et peut être considéré comme la naissance du français[6].
Deux villes fortifiées
Tours est une ville fortifiée, comme son nom l'indique. Mais parfois, elle doit son salut à des catastrophes naturelles : ainsi, pendant l'hiver 575-576, c'est une forte crue de la Loire qui empêche l'entrée des Wisigoths dans la ville[7].
En 845, Tours repousse une première attaque du chef viking Hasting[8]. En 850, les Vikings s’installent aux embouchures de la Seine et de la Loire qu'ils empruntent et contrôlent. En 851, le roi français Charles II le Chauve donne à William (Walganus, Walwain, Gauvain, ou Gauwinus), chevalier de Normandie (dans l'actuelle Norvège), la seigneurie de Tours, plusieurs châteaux en Provence, ainsi que le Château de Nantouillet (du latin Nantolio ou Natolii)[9]. Toujours menés par Hasting, les Vikings remontent à nouveau la Loire en 852 et mettent à sac Angers et le Maine[10], mais le la crue de la Loire les bloque et sauve la ville[11]. Tours et l’abbaye de Marmoutier tombent dans les mains des pillards en 853[10].
Durant le Moyen Âge, Tours est constituée de deux noyaux juxtaposés, parfois concurrents : la Cité et Martinopole. A l'est, la Cité est l'héritière du premier castrum remodelé après 265. Elle est composée de l'ensemble archiépiscopal (cathédrale et résidence des archevêques) et du château de Tours, siège de l'autorité comtale (tourangelle puis angevine) et royale. À l'ouest, la « ville nouvelle », ou Martinopole, est structurée autour de l'abbaye Saint-Martin. Elle bénéficie du prestigieux pèlerinage et s'émancipe de la cité au cours du Xe siècle. Martinopole érige une première enceinte vers 918 et devient le « Châteauneuf » (castrum novum). Cet espace, organisé entre Saint-Martin et la Loire, devient le centre économique de Tours. Son rayonnement lui vaut même le droit de battre monnaie. Cette monnaie, le denier tournois, devient la livre tournois, monnaie de compte de l'Ancien régime, avant d'être remplacée par le franc après la Révolution [12]. Entre ces deux entités subsistaient des espaces de varenne, de vignes et de champs peu densément occupés, à l'exception de l'abbaye Saint-Julien installée en bord de Loire. Les deux noyaux sont unis par une enceinte de réunion au cours du XIVe siècle. Tours est un modèle de la ville double médiévale.
Tours est la capitale de la Touraine, ce territoire sous le nom de comté de Tours est âprement disputé (cette guerre est l'origine des châteaux de la Loire) entre la maison féodale blèsoise et la maison d'Anjou, qui emporte la mise en 1044 sous forme d'un fief.
En 1050, au concile de Tours, le pape Léon IX condamne et dénonce comme hérétique le théologien Bérenger de Tours. Le [13], le pape Urbain II préside les cérémonies de dédicace de la grande église abbatiale de Marmoutier-lès-Tours et tient concile à Tours où l'évêque Otton fut réadmis dans l'Église, à condition de faire pénitence en participant à la croisade.
En , le pape Alexandre III, réfugié à Tours, consacre la nouvelle chapelle de Marmoutier-lés-Tours, sous l'invocation des saints Benoit et Vincent[14]. Ce souverain pontife, élu en 1159, abandonna précipitamment le Saint-Siège, car l'empereur d'Allemagne, Frédéric Barberousse, avait fait élire un autre pape dévoué à ses intérêts.
Le pape décide et convoque un concile extraordinaire en la ville de Tours, où se réunirent, pendant un an, un nombre impressionnant de dignitaires ecclésiastiques, 17 cardinaux , 124 évêques et 414 abbés, la ville de Tours apparut même comme une « seconde Rome », Alexandre reçut le soutien de toutes les Églises françaises et anglaises, cette docte assemblée condamna l'empereur d'Allemagne et réaffirma le pouvoir premier du spirituel des papes sur le pouvoir temporel des empereurs. Alexandre III ne regagnera Rome qu'en 1178[15].
Prenant acte de la déchéance continentale des Plantagenêts, Philippe II de France, dit Philippe Auguste, roi suzerain, récupère par la force la Touraine après 1204. Avec ce rattachement à la couronne, la livre tournois, qui tire son nom de l'abbaye Saint-Martin de Tours où l'on frappait des deniers dits « tournois » remplace la livre parisis comme monnaie de compte du domaine royal.
Le , Philippe le Bel convoque à Tours les états généraux du royaume, cette assemblée était chargée de chasser les hérétiques et plus particulièrement les templiers. En obtenant un large appui populaire, ce n'est pas le roi qui se dresse contre les templiers mais le peuple entier qui réclame justice, une délégation portera au pape une demande de condamnation du Temple et de ses membres. L'ordre sera finalement dissous en 1312 et certains de ses membres périront sur le bûcher. Voici l'épilogue d'un conflit opposant deux pouvoir, le pouvoir spirituel et le pouvoir d'un roi, Philippe le Bel qui veut rester maître dans son royaume.
La ville unifiée
Le par lettres patentes le roi Jean II le Bon, « Jean, par la grâce de dieu, au bailli de Tours, par le péril de la guerre, ordonne de fortifier murs et maisons, et organiser le guet pour la défense de la ville » ; par cette nouvelle enceinte, dite clouaison de Jean le Bon, la ville unie de Tours vient de naître.
La fin du Moyen Âge est marquée par la dégradation du climat, qui provoque plusieurs fortes crues de la Loire : on note celles de 1405, 1421, aggravée par la crue du Cher, et [16] mais ce n'est qu'en 1593 qu'on envisage de construire une digue pour protéger la ville[17].
Le roi Charles VI et le dauphin Charles, vinrent se réfugier à Tours de à . La ville ouvrait ses portes au duc de Bourgogne en , et le Dauphin Charles la reprenait en [18]
Au printemps 1429, la jeune Lorraine Jeanne d'arc est hébergée chez Jean Dupuy (dans une maison disparue, à l'emplacement d'un hôtel particulier du début du XVIIe siècle, à l'actuel 15, rue Paul-Louis-Courier), elle se rend souvent au couvent des Augustins, pour voir son confesseur, Jean Pasquerel.
À Tours, Jeanne prépare l'expédition d'Orléans, le roi lui fait faire une armure qui a coûté cent livres tournois et un étendard de 25 livres tournois payé à Hauves Poulnoir peintre demeurant à Tours, mais le fait le plus surprenant fut la demande de Jeanne d'envoyer un marchand d'armes pour retrouver son épée dans la chapelle de Sainte-Catherine-de-Fierbois et de lui rapporter, ce qu'il fit, la Pucelle quitta la ville le , pour son destin[19].
Résidence des rois de France
Les environs de Tours comme l'ensemble du Val de Loire (Orléans, Blois, Chambord, Saumur...) deviennent la résidence favorite des rois de France, de leurs proches et de leurs courtisans entre 1450 et 1550. Séjour continuel des rois en Touraine avec sa couronne de châteaux et lieux des fastes de la cour. En particulier, délaissant l'inconfortable résidence royale du château de Tours pourtant restauré par sa femme Marie d'Anjou, Charles VII s'installe en 1444 au château des Montilz-lèz-Tours et y séjourne à plusieurs reprises, pour y signer le traité de Tours avec les Anglais conduits par William de la Pole.
En 1454, Charles VII signe l'ordonnance de Montilz-lèz-Tours qui définit la rédaction des coutumes de France qui s'inscrit pour une vision plus moderne de la société, vaste entreprise dont la réalisation devait encore se faire longtemps attendre.
Le , Louis XI l'acquiert pour 5300 écus et s'installe au château des Montilz-lèz-Tours nommé encore Plessis-du-Parc-lèz-Tours. En 1468, du au , eurent lieu les états généraux convoqués par le roi, les députés de Tours redoutant une nouvelle guerre de Cent Ans « la royauté filant vers l'absolutisme ».
Après sa reconstruction en , à La Riche, dans l'actuelle banlieue ouest de Tours, Louis XI, épris de Tours et de sa contrée, la développe[20] et introduit maintes activités, parmi lesquelles en 1470 l'industrie de la soie, du mûrier au défilage des cocons. Lorsqu'on s'enquiert des origines de la fabrication de la soie en France, il est souhaitable de reconnaître que la manufacture tourangelle a commencé d'exister un demi-siècle avant que ne se créent, à Lyon, les premiers ateliers de fabrication de la soie. Tours a dû son destin au refus de Lyon à pratiquer une industrie qui risquait de déplaire au commerce de la soierie italienne ; Lyon a dû le sien à l'exemple de Tours qui avait offert, par sa manufacture bien établie, un débouché assuré et plus étendu à la soie qui venait d'Italie. L'une et l'autre restent inséparables dans l'histoire de l'économie française[21]
« A grands coups et despens des deniers de ses finances, auxquelles personnes donna de gros gaiges et de beaulx privilèges, et à l'intention de planter et édiffier l'art, science et fabrication de ses beaulx draps de soye, et pour faire, choisit sa ville de Tours comme la plus propre entre toutes les aultres villes de son royaulme et a telle fin de l'enrichir, et pour avoir l'usaige des beaulx draps qui s'y fabriquèrent et aussi, pour se passer de l'estrangier qui en faisoit venir en cedit royaulme, qui tiroit et emportait beaucoup de finances et diminuoit la richesse du pais. Et que, depuis que l'on a faict desditctz beaulx draps, ne s'est transporté si grand somme de deniers, comme il se faisoit auparavant, qui est maintenant la richesse de ceste ville »[22]
À la mort de Louis XI, les états généraux sont rassemblés à Tours. On y dénombre 285 délégués ; les séances débutent le pour accorder un renouvellement des impositions qui doit financer le fonctionnement du gouvernement royal. Les délégués demandent le un état des dépenses et des recettes : celui qui leur sera fourni sera manifestement faux, pourtant, une prolongation de la levée de la taille sera accordée pour 2 ans, mais réduisant son montant de 4 millions à 1,5 million de livres tournois, manifestement « quand les comptes sont faux il faut réduire les impôts ».
Les décisions du pouvoir royal en faveur de la Touraine continuent une longue tradition d'implantation d'activités, dans un contexte exceptionnel pour la création artistique au point que l'on a pu dire "TOURS CAPITALE DES ARTS" [23] et qui sera encore favorisée par le passage des compagnons du tour de France, ateliers d'art et imprimerie sous Charles VIII et Louis XII, qui se perpétuent avec la passementerie sous François Ier[24].
L'artisanat à Tours à la fin du Moyen Âge
Le , le roi Jean le Bon délivra les lettres patentes, signe de la naissance de la ville de Tours. La ville obtient le droit par ces lettres de se fortifier, de tenir des assemblées générales et d’organiser sa défense. Ce nouveau départ facilite la constitution des fonctions civiles et militaires de Tours. Le premier corps de ville entra en fonction en 1357. À partir de 1358-1359 commence les années comptables réunies dans les livres de comptabilité de la ville. Une économie urbaine s’installe. La construction de l’enceinte entraîne le besoin de personnel qualifié : les artisans. Ce groupe d’actif ne s’organise réellement qu’à partir du XVe siècle. La ville n'était pourtant pas vide d’artisanat avant cette période. Les premiers livres de compte en font mention. Le tissu urbain comportait déjà de grands édifices : la cathédrale et l’abbaye de Saint-Julien-et-Saint-Marti. Il faut attendre le XVe siècle, et surtout le XVIe, lorsque Tours devint capitale royale pour voir apparaître une réelle organisation en métier.
Visage de l’artisanat à Tours au XVe siècle
L’artisanat au début du XVe siècle
L’une des premières traces de l’organisation de l’artisanat est une liste établie dans le registre des comptes de 1358-1359. Il s’agit des « estaz et metiers » qui ont participé de leurs deniers à la construction des fortifications. Il a été publié dans le premier tome de l’ouvrage de Joseph Delaville Le Roulx, archiviste tourangeau. À la fin du XIXe, ce dernier a retranscrit une première partie des livres de comptabilité de la ville de Tours en deux volumes[25]. Voici ce que l'on peut trouver :
| Métiers | Somme prêtée à la ville de Tours | Métiers | Somme prêtée à la ville de Tours |
|---|---|---|---|
| Des Bourgeois | 155 écus et 10 sous | Cordouanniers et vachiers | 404 écus et 15 sous |
| Drapiers et souppiers | 164 écus et 10 sous | Taverniers et fourniers | 37 écus et 13 sous |
| Orfervre, garnisseurs, potiers d'estain | 64 écus et 15 sous | Poissonniers, williers et potiers de terre | 8 écus |
| Tanneurs | 110 écus et 15 sous | Selliers, pelletiers, juponniers et barbiers | 52 écus et 19 sous |
| Bouchiers | 74 écus et 10 sous | Mareschaulx et claveuriers | 1 écus |
| Changeurs, espiceirs et merciers | 306 écus 11 sous et 8 deniers |
D’après Bernard Chevalier, dans son ouvrage Tours ville royale, ces chiffres permettent avant tout de juger la générosité des métiers et seulement dans un deuxième temps leur richesse. Nous pouvons conclure des valeurs que les métiers prédominants sont ceux du cuir (cordonniers et vachers avec 97 140 d.t. ou les tanneurs avec 26 580 d.t.) et de l’alimentation (épiciers, bouchers). Les métiers les plus riches sont ceux qui répondent à un besoin local et immédiat : se nourrir et s’habiller. Enfin, en 1359, les métiers sont réunis en communauté, certes assemblés, mais de manière très arbitraire. Il n’y a pas encore de réelle organisation ou de statut[26].
L'artisanat au milieu du XVe siècle
En 1450, nous pouvons nous appuyer sur un rôle de guet et de rereguet dressé d’une quinzaine en quinzaine par les clercs de la ville. Ce document mentionne en effet les professions des habitants convoqués. On trouve alors 646 artisans[27].
| Branches | Métiers | Total | Effectif | % |
|---|---|---|---|---|
| Bâtiment | bousilleurs, carreleurs, charpentiers, couvreurs, maçons… | 9 | 95 | 14,7 |
| Travail des étoffes | bonnetiers, brodeurs, chapeliers, chasubliers… | 8 | 91 | 14,1 |
| Travail du cuir | aiguilletiers, cordonniers, gainiers, ceinturiers… | 8 | 85 | 13,1 |
| Travail des métaux | armuriers, brigandiniers, chandeliers, chaudronniers, fourbisseurs, serruriers… | 16 | 70 | 10,9 |
| Fabrication des tissus | cardeurs, foulons, teinturiers, tisserands, tondeurs | 5 | 76 | 11,7 |
| Alimentation | bouchers, boulangers, fourniers, huiliers, pâtissiers, poissonniers, poulaillers | 7 | 70 | 10,9 |
| Cuirs et peaux | corroyeurs, écorcheurs, pelletiers, tanneurs | 4 | 47 | 7,2 |
| Transports | barociers, bouvilleux… | 5 | 35 | 5,4 |
| Travail du bois | faiseur de chalands, bastiers, tourneurs, tonneliers | 4 | 19 | 2,9 |
| Services | barbiers, hôteliers, rôtisseurs | 3 | 13 | 2 |
| Métiers d'art | écrivains, enlumineurs, ménestrels… | 7 | 10 | 1,6 |
| Divers | arbalétriers, artilleurs, cordiers, pêcheurs… | 7 | 15 | 2,4 |
| Manœuvres | sans qualification | - | 20 | 3,1 |
| TOTAUX | 83 | 646 | 100 |
Au total, ce sont 83 métiers différents répartis en 12 branches (hors manœuvres), mais sans prépondérance réelle d’un métier. Certaines activités sortent du lot : encore une fois celles du cuir et de l’alimentation. Dans la confection de tissus, c’est surtout les chaussetiers et les brodeurs qui gagnent très largement leur vie. À l’inverse, dans le bâtiment, on trouve beaucoup de personnes mais pas beaucoup d’enrichissement[29].
L'artisanat à la fin du XVe siècle
Pour faire l’état des lieux de l’artisanat après 1450, il y a deux documents. Tout d’abord un état des habitants prêtant serment de fidélité au roi en 1471. On y décompte 179 artisans. Le deuxième date de et se situe dans un contexte bien précis. Cette année, Louis XI priva la ville d’Arras de son nom et de ses habitants afin d’en faire, sous le nom de franchise, une place sûre et gardée par une population fidèle. Il récupéra des habitants dans d’autres villes dont Tours qui doit fournir 53 « ménagers ». Ils reçurent un dédommagement pour la route et une prime de départ de leur métier. La liste fournit donc les noms ainsi que la somme donnée par leur métier.
D’après la source de 1471, les maîtres seuls représentaient 73.4 % des artisans (contre 14,3 pour les marchands et 12,2 pour les bourgeois et les hommes du roi). L’organisation se fait en 70 métiers (pour 80 en 1450), la division du travail n’a pas tant changé. De la même manière, le traitement des cuirs et des peaux reste toujours la première activité, même si la métallurgie se développe aussi bien en valeur qu’en effectif[30].
| Branches | Nombres de métiers | Nb de maîtres | en % du total | en % v. 1450 |
|---|---|---|---|---|
| Métaux | 13 | 68 | 18,2 | 10,9 |
| Étoffes | 6 | 62 | 16,1 | 14 |
| Cuir | 6 | 55 | 14,8 | 13,1 |
| Alimentation | 8 | 45 | 11,8 | 10,8 |
| Cuirs et peaux | 3 | 39 | 10,2 | 7,2 |
| Bâtiment | 7 | 32 | 8,4 | 14,7 |
| Tissus | 4 | 16 | 4,2 | 11,7 |
| Métiers d'art | 5 | 10 | 2,6 | 1,5 |
| Divers | 18 | 52 | 13,7 | 15,6 |
| TOTAUX | 70 | 379 | 100 | 100 |
Il y a une étonnante stabilité de l’artisanat, plus grande que ce que montrent les chiffres. Encore et toujours, l’installation à Tours d’une grande manufacture de drap est un échec. La métallurgie progresse brusquement. Si elle satisfait d’abord les besoins locaux, l’arrivée des armuriers et des brigandiniers travaillant pour le Roi fait entrer Tours sur la voie industrielle[31].
Le visage de l’artisan à Tours au XVe siècle
La vie dans le métier
Au Moyen Âge, un métier est une corporation organisée avec des maîtres, des valets, des compagnons et des apprentis (même si la distinction ne peut pas être si claire[32]). Le métier possède des statuts qui lui donnent des droits. Pour comprendre la vie de l’artisan dans son métier, il faut s’interroger sur les statuts des métiers dont l’organisation s’est faite tardivement et rapidement. Entre 1444 et la fin du XVe siècle, ce sont vingt-deux métiers qui possèdent leurs statuts pour deux au début de la période. Cette évolution est rapide et brutale car la plupart de ces créations se concentrent dans la génération 1467-1483. Nous savons que Charles VII et Louis XI ont systématiquement encouragé la formation de métiers. Ainsi, à Tours, Louis XI profita du renouvellement de la constitution de la ville pour introduire un article qui imposait l’organisation en métiers. Pour les artisans, se regrouper en métier c’était réglementer l’accès au métier mais aussi s’assurer une protection. C’était aussi se défendre face à la concurrence apportée par le roi. La cour à Tours est autant une menace qu’une aubaine[33].
Pour entrer dans un métier il faut passer par un apprentissage. Les chiffres montrent que les apprentis étaient essentiellement de jeunes garçons. Entre 1473 et 1520 : seuls 4 % des contrats d’apprentissage concernent des jeunes filles qui travaillaient dans la lingerie et la chaperonnerie. Mais cette nouvelle forme d’entreprise acceptait plus le travail de la femme, en lui confiant des tâches, secondaires certes, auxquelles certains hommes étaient tout de même appelés. Pour les garçons l’entrée est tardive. Entre 1473 et 1498, ils entraient à seize ans puis à quinze ans. Que faisaient-ils avant ? Ils étaient probablement oisifs.
L’apprentissage est cher, les jeunes se tournaient donc vers le moins cher et le plus court, réparti sur trois niveaux :
- « Facile » d’accès : maçon, couvreur, charpentier, tisserand, coutelier, chapelier ;
- « Rare » : tanneur, menuisier, brodeur, pelletier, orfèvre ;
- « Quasiment impossible » : marchand, cordonnier, couturier, chaussetier, sellier.
Attention, l’apprentissage ne garantissait pas la maîtrise, l’accès à cette dernière est difficilement mesurable car il n’y a pas de document de maîtrise. Nous savons que pour la boucherie l’accès était ouvert, pour les autres métiers il se justifiait par un chef-d’œuvre et le paiement de droit d’entrée.
Les compagnons : tous n'arrivaient pas au rang de maître et travaillaient comme compagnons ou comme valets. C'était un poste dur à trouver car les maîtres artisans travaillaient souvent seuls. Il n'était pas question pour un simple compagnon de conduire du début à la fin la production d'un objet. Ils étaient un genre de domestiques, avec le même état de dépendance, nourris, logés et introduits dans le foyer des patrons qui répondaient d'eux vis-à-vis des pouvoirs publics en leur portant secours. C'était une véritable tutelle. D'une manière générale, les compagnons étaient des personnes trop jeunes, trop pauvres ou trop instables pour faire partie du métier et être maître[34].
Niveau de vie
Connaitre le niveau de vie des différentes strates d’un métier (apprentis, compagnons et maîtres) est difficile. Si nous continuons à nous intéresser aux compagnons, le salaire était misérable et le quotidien difficile (rattrapé par le plaisir de l’aventure peut-être). Ainsi ils étaient payés une dizaine de livres par an. Leur chambre (si ce n’était pas une simple paillasse) leur coutait cinq livres par an. Enfin, pour se nourrir, les compagnons réservaient 18 sous/an. Ainsi, à la fin du XVe siècle le revenu du compagnon était 20 % moindre que le maître. Chez les maçons, par exemple, les maîtres tel que Michau Carré que l’on connait notamment pour ses travaux sur « les ponts » de Loire[35], gagnaient deux fois plus que les manœuvres. Les maîtres, à la différence des apprentis, ouvriers ou manœuvres, étaient en fait de réels architectes, avec une vraie connaissance technique, capables de diriger les travaux[36].
Ce niveau de vie, qui ne paraît pas reluisant aussi bien pour les apprentis, les compagnons, les maîtres ou les manœuvres pose la question de l’existence d’une fortune d’artisan. S’il y a capital, il est modeste. Les artisans étaient, à la fin de leur vie, riches de leurs outils et d’une petite somme. Pour les plus riches qui « déclaraient » leur fortune au notaire, nous savons qu’ils avaient des possessions terriennes de petite envergure. En observant les minutes notariales, on remarque que les terres étaient des terres arables, de petite taille dans les environs de la ville. Elles étaient des genres de jardins et parfois des vignes. L’artisan s’occupait de son patrimoine à valeur d’un passe-temps. Mais surtout, ce patrimoine était si faible qu’il ne survivait pas à la descendance, le morcellement le rendant ridicule (parfois un cinquième d’une parcelle ou d’une cave)[37].
Lieu de vie, lieu d’activité ?

Savoir où logent ou même où travaillent les artisans est compliqué, l’archéologie peut apporter des traces. L’ouvrage publié sous la direction d’Henri Galinié, Tours antique et médiévale, recense les fouilles réalisées à Tours, soit de manière privée, soit lors de missions préventives. Cette archéologie du sol permet d’en apprendre plus sur le tissu urbain aux différentes époques. Ces rares informations ont permis de réaliser une carte (Localisation des ateliers d'artisans à Tours). Que conclure de la carte ? D’une part que le tissu urbain de Tours comportait de l’artisanat dès avant la création de la ville en 1356. Les données sont trop faibles pour essayer d’établir un quelconque quartier artisanal à Tours. Les lieux des ateliers semblent se rapprocher de plus en plus du niveau actuel de la Loire. Les artisans ont tout simplement dû suivre le niveau de cette dernière qui a reculé au cours du temps. Enfin il est impossible de dire si le lieu de l’atelier était aussi le lieu d’habitation. Impossible sauf peut-être pour l'atelier d'épinglier à l'ouest de la ville. En effet il a été retrouvé par les archéologues pas moins de 2 753 restes osseux permettant d’entrevoir la viande consommée. Impossible de généraliser cependant à tout l’artisanat tourangeau, cela donne malgré tout une idée du niveau de vie d’un artisan à Tours à la fin du XVe.
| Viandes | % de la consommation |
|---|---|
| BŒUFS /CAPRINES / PORCS dont… | 92 |
| Bœufs | 62 |
| Caprinés | 26 |
| Porc | 13 |
| BASSE-COUR dont… | 6 |
| Coqs | 57 |
| Oies | 17 |
| Canards | 6 |
| GIBIERS À POILS ET A PLUMES dont… | 1,3 |
| Lièvres / Lapin | - |
| Pigeon, Bécasse, Perdrix | - |
| Fuligule, Cormoran | - |
Conclusion
L’état de l’artisanat à Tours est encore à établir. Il n’y a guère de synthèse qui existe sur la question hormis des chapitres du livre de Bernard Chevalier. Il faut alors s’appuyer sur les thèses et mémoires de master réalisés à Tours et ailleurs, notamment sur la soierie, Tours étant une grande place de soie. L’artisanat à Tours au XVe se développe largement en plusieurs branches, il était diversifié. Pour autant aucun métier ne prédomina réellement pendant le siècle, ce qui ne signifie pas que les métiers étaient médiocres. Du plus notable au moins favorisé, les artisans de Tours menaient une vie sans éclat et sans avenir. Les communautés de fait du XIVe doivent attendre le milieu du XVe pour avoir le besoin d’acquérir une existence légale par la rédaction de statuts. Cependant, B. Chevalier insiste sur le fait qu'aucun n’a semblé jouer un rôle dans l’organisation municipale, l’activité quotidienne sert à gagner sa vie dignement, pas à faire du profit[39].
Époque moderne
Du statut de capitale au statut de ville de province

Les états généraux sont de nouveau réunis à Tours, à la demande de Louis XII. Les séances commencent en , et proclame Louis XII "père du peuple" qui demande l'annulation du traité de Blois, qui fiance sa fille Claude de France (héritière du duché de Bretagne) avec Charles de Luxembourg (futur Charles Quint) et propose plutôt François d'Angoulême, héritier du royaume. Cette union sera décisive dans l'union de la Bretagne à la France.
La Renaissance a offert à Tours et à la Touraine maints hôtels particuliers et châteaux, réunis pour partie sous l'appellation générique de « châteaux de la Loire », les contemporains ont conscience de cet âge d'or artistique[Note 1], l'avocat Jean Brèche écrit au milieu du XVIe siècle « notre ville de Tours abonde en célébrités artistique de tout genre, Michel Colombe, Jean Fouquet et ses fils, Jean Poyet, Jean Bourdichon puis Jean d'Amboise, Bernard et Jean de Posay et Jean Clouet et tant d'autres sont et seront toujours nos plus dignes représentants[41]. »
À l'ombre des rois, non contents de posséder à Tours de somptueux hôtels, quelques familles tourangelles, vont se hisser aux plus hautes charges du royaumes, les Gardette, Briçonnet, Bohier, Berthelot, et les Beaune-Semblancay, seront les financiers du royaumes et pour afficher leurs réussites, ils se feront bâtir, à la mode nouvelle des châteaux qui contribuent largement à la réputation actuels du val de Loire, mais, en 1527 François Ier, décide de revenir de façon définitive à Paris. Le "règne" des grands financiers Tourangeaux va se terminer au gibet de Montfaucon. Tours et la Touraine seront dès lors des résidences secondaires royales, pour d'autres périodes plus heureuses.
Mais l'intolérance religieuse et de subites guerres marquées de spectaculaires massacres, closent ces périodes heureuses. Le pouvoir royal est impuissant à rétablir l'ordre. Charles IX passe dans la ville lors de son tour de France royal (1564-1566), accompagné de la Cour et des Grands du royaume : son frère le duc d’Anjou, Henri de Navarre, les cardinaux de Bourbon et de Lorraine[42]. À ce moment, les catholiques ont repris les choses en main à Tours. L’intendant s’est arrogé le droit de nommer les échevins.
En , les protestants s'emparent de la ville est détruisent tous les symboles à leurs yeux de dérives superstitieuses. À cet effet, lors de ces évènements, l'art de la cité tourangelle, sous toutes ses formes, se révèle en être l'une des principales victimes. Néanmoins, cette victoire demeure de courte durée. Ainsi, le de cette même année, les catholiques reprennent la ville, ce retournement de situation se révélant, selon Jean de Serres, impitoyable :
« le peuple égorge en si grand nombre que la Loire est colorée de leur sang. »
Le massacre de la Saint-Barthélemy qui prend une ampleur démesurée à Paris fin août 1572 n'a pas cours en Touraine. Le responsable royal a préféré s'éloigner de la ville, plutôt que de compromettre les paix longuement négociées avec les réformés. Quelques bourgeois protestants sont emprisonnés par les échevins de Tours, par précaution pour leur éviter l’extermination[43].
Tours, qui possède un présidial depuis 1551, devient en 1577 le siège d'une généralité, qui contrôle seize élections sur la Touraine, l'Anjou et le Maine. L'archevêché de Tours couvre sous son égide un territoire similaire.
Henri III, prudent vient se réfugier à Tours, qui en la circonstance retrouve son rôle de capitale du royaume et entre dans la ville le , suivi par le Parlement qui tiendra ses séances dans l'abbaye Saint Julien, le au Plessis-lèz-Tours, la réconciliation entre Henri III et Henri de Navarre a lieu. Celle-ci est mise en pratique dans les jours qui suivent lors de la bataille de Saint-Symphorien, faubourg de Tours au nord de la Loire qui est relié à la ville par le pont, où les troupes de la Ligue sont repoussées par la nouvelle coalition. Mais le 1er aout, Henri III est assassiné, Henri IV le nouveau roi fera son entrée solennelle à Tours le , le Parlement de Tours et les instances de l'Etat reviendront définitivement à Paris en 1594. Les Grands Siècles de cette capitale "inachevée" se terminent[44].
La construction d'une nouvelle enceinte dont les boulevards Béranger et Heurteloup reprennent sensiblement une partie du tracé s'étale sur presque tout le XVIIe siècle.
Ville administrative et marchande

Avec la reprise en main autoritaire du pouvoir, la cour royale des Bourbon revient de façon permanente à Paris ou dans ses environs, en attendant de fuir à nouveau Paris pour la proche Versailles. Ce retour marque le début d'un déclin lent mais permanent. Pourtant, les intendants du Roi favorisent à nouveau Tours, en la dotant d'une route moderne, de magnifiques ponts alignés sur la nouvelle voie de passage. Tours, capitale de la subdélégation de Touraine, peut plus que jamais conserver sa prééminence de marché d'approvisionnement, redistribuant les grains, les vins, les fruits et légumes, les produits laitiers et de basse-cour.










