Jean-François Bérard
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Militaire, négociant |
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Jean-François Bérard est un colon esclavagiste, négociant et militaire français, né à Constantinople (Empire ottoman) en 1730 et mort le au château de Draveil (Essonne). Possédant de vastes habitations à Saint-Marc (Petite-Rivière de l'Artibonite), il fut un membre du club Massiac. Il fut aussi le maître du vénérable Pierre Toussaint.
Jean-François Bérard appartient à une famille d'ancienne bourgeoisie provençale[1] connue depuis le XVIe siècle (famille de Bérard)[2]. La branche dont il est issu s'établit à Saint-Domingue au XVIIIe siècle où elle possédait des plantations[3]. Jean-François Bérard est notamment l'aïeul d'Hippolyte Bérard des Glajeux[3] et Anatole Bérard des Glajeux, magistrats et écrivains du XIXe siècle. Cette famille Bérard en Provence porte pour armes de gueules au demi-vol d'argent[4].
Biographie
Jean-François Bérard naît en 1728[5] à Constantinople du légitime mariage d'Anne Magnan et de Jean-Antoine Bérard, consul de France et négociant à Constantinople[6],[7].
Élevé au collège des oratoriens de Marseille, il embrasse la carrière des armes[3] et est envoyé en 1743 à Saint-Domingue et entre, dès l'âge de 15 ans[5],[8], comme soldat dans la Compagnie des Grenadiers de Saint-Marc[5]. Enseigne en 1756[5], il est lieutenant en 1758[5].
Le , il épouse Marguerite Victoire Magnan de la Mahotière[7], sa cousine germaine, « riche créole »[9] âgée de 25 ans, fille de Gabriel Michel Magnan de la Mahotière, trésorier de la Marine, et de Marie Louise Grué[6],[7]. Le jeune couple obtient de Gabriel Magnan la jouissance d'une habitation de 50 carreaux et 18 esclaves[9].
De ce mariage sont nés[7] : Victoire Élisabeth Bérard, qui épouse le négociant, armateur et contre-révolutionnaire marseillais Jean-Joseph Abeille ; Marie Louise Félicité Bérard, qui épouse Jacques Lafitte de la Jonneanque ; Jean-François ; Jean-Jacques ; Antoine Paul Bérard de Lester, qui épouse Mlle Jeudy, dont postérité ; Gabriel François Bérard des Glajeux, qui épouse Mlle Ducros de Belbeder, dont postérité[3] ; Jean-Louis Bérard du Pithon, qui épouse Jenny Thenet, dont postérité ; Eulalie Marie Gabrielle Bonne Bérard, qui épouse M. Nigon de Berty ; Aurore Bérard.
Les achats de terrains et les successions permettent à Jean-François Bérard d'augmenter la valeur de ses propriétés[9] : en 1786, il possède plusieurs habitations, dont trois indigoteries-cotonneries sur lesquelles travaillent 448 esclaves. Sonia Taleb relève que « la mortalité des esclaves des plantations Bérard était particulièrement élevée : près du quart des esclaves attachés aux trois indigoteries périrent entre 1786 et 1789 »[9]. Parmi ses esclaves, il y a Pierre Toussaint que le pape Jean-Paul II a déclaré vénérable en 1996[10],[11]. Selon l'inventaire des indemnisations[12], les biens des Bérard étaient constitués de :
- Indigoterie et Cotonnerie « L'Ester » à Ester, La Petite Rivière[9] ;
- Indigoterie et Cotonnerie « Les Glajeux » à Ester, La Petite Rivière[9] ;
- Indigoterie et Cotonnerie « Artibonite des Citroniers » à Ester, La Petite Rivière[9] ;
- Caféterie « de la Croix » à Artibonite, La Petite Rivière ;
- Hatte « Place des Pithons » à Gonaives, La Petite Rivière ;
- Place à vivres à Artibonite, La Petite Rivière.
Selon le même inventaire[9], Jean François Bérard était le 5e propriétaire le plus fortuné de Saint-Domingue, et avait la plus importante exploitation en Indigoterie après celle de Jean Baptiste d'Anglade. Il est propriétaire à La Petite-Rivière de biens valant 2 500 000 livres[7] et commissionnaire de plusieurs négociants nantais[7].
En 1765, il est marguillier responsable de la paroisse de Saint-Marc et capitaine de la compagnie de grenadiers de ce lieu (Petite-Rivière de l'Artibonite). En 1769, il devient capitaine d'une compagnie d'infanterie de la Petite-Rivière de l'Artibonite (Saint-Domingue)[7],[5]. De 1780 à 1788, Jean-François Bérard est le commandant de la Paroisse de la Petite-Rivière de l'Artibonite[7],[5]. Il est fait chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis en récompense de ses années de service[5].
En 1786, il devient un colon absentéiste en quittant la colonie pour la métropole, et laisse l'administration de ses terres à son frère cadet, Pierre-Louis Bérard du Tapion[9]. En , Lucas de Blaire — qui est également un gendre de M. Magnan de la Mahotière — propose Jean-François Bérard comme membre à la société des amis des Noirs[9]. Jean-François Bérard « apporta une souscription sans pour autant se joindre aux séances »[9]. « Les liens de Lucas de Blaire et de Bérard, deux colons esclavagistes, futurs membres actifs du club Massiac, avec la Société des Amis des Noirs paraissent aujourd’hui surprenants et soulèvent plusieurs interrogations. Pourquoi avaient-ils rejoint une société dont ils ne partageaient pas – et ne partagèrent jamais – les convictions abolitionnistes ? [...] Des propriétaires esclavagistes, moins inspirés par l’abolition de l’esclavage que par la rentabilité de leurs habitations, pouvaient dès lors trouver un intérêt aux travaux d’une société qui n’avait jamais adopté de vues anticolonialistes et qui conservait l’objectif de convaincre les planteurs. »[9].
Lucas de Blaire et Jean-François Bérard, accusés par des Blancs de la Petite-Rivière de l'Artibonite de prendre une part active à l'émancipation des Noirs, furent défendus par le club Massiac qui voyait en eux deux de ses membres « les plus zélés » (assemblée générale du )[9].
En 1790, il achète le château de Draveil (aujourd'hui « Paris-Jardins ») à Antoinette Marie de Lahaye de Launay, veuve de Jean Ducros de Belbeder, pour 400 000 livres, et s'y installe avec sa famille[3],[13].
Emprisonné à Corbeil en 1794 comme colon de Saint-Domingue, il obtient d'être emprisonné chez lui au château de Draveil, sous la garde des sans-culottes[3]. Il meurt dans son château de Draveil le [3].
Références
- ↑ Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables — Bérard des Glajeux.
- ↑ L. de Puymège, Les Vieux noms de France, — Bérard, de Bérard
- 1 2 3 4 5 6 7 H. de Lacombe, Un magistrat chrétien, « Le Correspondant », p. 395-415
- ↑ Charles Poplimont, La France héraldique, 1875, p. 251.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Bérard, Jean François, capitaine d'infanterie, commandant de la paroisse de la Petite-Rivière à l'Artibonite, à Saint-Domingue (pour la croix de Saint-Louis).
- 1 2 « Acte de mariage de Jean-François Bérard et Marguerite Victoire Magnan de la Mahotière » 14 février 1763 à Saint-Marc (Petite-Rivière de l'Artibonite).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Médéric Louis Élie Moreau de Saint-Méry, Description topographique, civile, physique, politique et historique de la partie française de l'île Saint-Domingue, p. 1451 (Index Moreau de Saint-Méry, Généalogie et Histoire de la Caraïbe, lettre B)
- ↑ Gabriel Debien, Les colons de Saint-Domingue et la Révolution, 1953, p. 88
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Sonia Taleb, « Une relecture des origines du club Massiac, entre Saint-Domingue et métropole, 1788-1790 », La Révolution française, no 27, (ISSN 2105-2557, DOI 10.4000/13469, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Pierre Toussaint, Mémoires, 1854
- ↑ Arthur Jones, « Pierre Toussaint, a slave, Society hairdresser, philantropist, may become first black saint », sur National Catholic Reporter, 25 août 2000.
- ↑ Inventaire des indemnisations des colons de Saint-Domingue (archives nationales).
- ↑ Serge Bianchi, Michel Chancelier, Draveil et Mongeron, deux villages en révolution, 1989, p. 9