Jean-François Sarasin
poète, littérateur et historien français
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Jean-François Sarasin[1], baptisé le à l'église Saint-Pierre de Caen[2] et mort le à Pézenas, est un poète et historien français du règne de Louis XIII et de la régence d'Anne d'Autriche.
Caen
Pézenas
| Naissance | Caen |
|---|---|
| Décès |
(à 39 ans) Pézenas |
| Nom dans la langue maternelle |
Jean-François Sarasin |
| Formation | |
| Activités |
Biographie
Ses débuts
Fils de Roger Sarasin, trésorier-général de France à Caen, et de Catherine du Mont, Jean-François Sarasin fut éduqué à Hermanville. Après avoir terminé ses études à l'université de Caen, Sarasin vient à Paris, où il rivalise comme auteur de vers de société avec Voiture, mais il ne sera jamais admis au petit cercle de l’hôtel de Rambouillet.
« Bien que d'humeur égale et peu susceptible d’un vain amour-propre, Sarasin ne put toutefois se défendre d’un sentiment de jalousie contre Benserade et Voiture à cause de ce que Voiture était bien venu de M. le prince et des princesses et fréquentait l’hôtel de Rambouillet, et que Benserade, qui était bien auprès des filles de la reine, occupait toute la cour, tandis que lui, Sarasin, arrivant à Paris en modeste équipage, était dans le même temps forcé, pour ainsi dire, de s’introduire chez de simples bourgeois[3]. »
Surnommé « Amilcar » par les Précieuses, il est intime avec Madeleine de Scudéry, Gilles Ménage, Paul Pellisson et Paul Scarron, avec qui il a échangé des vers. En 1639, il soutient Georges de Scudéry dans son attaque contre Corneille, avec un Discours de la tragédie et va jusqu'à demander à l’Académie française de déclarer l’Amour tyrannique de Scudéry, chef-d’œuvre de la scène française.
Les voyages
Présenté au comte de Chavigny, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, il l’accompagne dans divers voyages diplomatiques.
« Ce ministre, qui avait reconnu le parti qu’on pouvait tirer des connaissances acquises et de l’esprit naturel de son protégé, le chargea d’une mission à Rome auprès du pape Urbain VIII, amateur éclairé des belles-lettres. Sarrasin reçut 4 000 livres pour ses premiers frais de voyage ; mais au lieu de leur donner cette destination, il n’eut rien de plus pressé que de les dissiper en parties de plaisir avec une maîtresse qu’il avait rue Quincampoix. M. de Chavigny voulut bien fermer les yeux sur cette escapade, en l'attribuant à la fougue de l’âge, et son intervention sauva le poète des rigueurs de la Cour, mais ceci eut pour conséquence d’affaiblir sa position avec Chavigny qui se sépara de lui à l’hiver 1643-1644. Un autre sujet de jalousie de Sarrasin à l’égard de Voiture venait encore de ce qu’étant chez de Chavigny, il était regardé par celui-ci comme un domestique ou à peu près, ne s’asseyant pas à sa table, alors que chaque fois que Voiture venait à l’hôtel, il y mangeait et était traité en ami par le maître.
Peu de temps après, Sarrasin entreprit un voyage en Allemagne, où il sut gagner les bonnes grâces de la princesse Sophie, fille du roi de Bohême et amie de Descartes, mais sans autre résultat. De retour en France, il reconstitua sa fortune écornée par ses voyages en épousant la riche veuve d’un maître des comptes, union, cimentée d’un côté par l’amour et de l’autre par l’intérêt, qui ne fut pas heureuse. Trop de contrastes s’opposaient à l’harmonie dans un tel ménage, qui fut de courte durée : Sarrasin, d’une humeur libre et enjouée, ne pouvait longtemps s’accommoder d’une femme âgée, chagrine, fantasque, et qui, comme il le disait lui-même, portait son caractère sur sa figure. Un jour qu’il se plaignait à Ménage des tracasseries auxquelles il était chaque jour exposé de la part de sa femme qui venait de lui refuser quelque argent, « Couchez avec elle, lui dit Ménage.— Eh ! par Dieu, couchez-y vous-même », lui répondit Sarrasin.
De guerre lasse, il rompit sa chaîne, et, par l’entremise du cardinal de Retz et de la duchesse de Longueville, entra comme secrétaire de ses commandements, en 1648, dans la maison du prince de Conti, dont il aidera, en 1653-1654 à négocier le mariage avec une nièce de Mazarin. Il sut, en peu de temps se rendre indispensable, et le prince, tout en le maltraitant, en vint à ne pouvoir se passer de lui. Il le mettait de tous ses voyages. La tournure d’esprit particulière à Sarasin se sait bien à travers cette aventure assez singulière : le maire et les échevins d’une petite ville attendaient un jour le prince sur son passage pour le complimenter à la portière de son carrosse. Le harangueur étant demeuré court à la seconde période de son discours, sans pouvoir, malgré tous ses efforts, en retrouver la suite, Sarrasin sauta lestement de l’autre portière, et ayant fait le tour du carrosse, prit la place du maire, et termina la harangue d’après le sens primitif, mais d’une manière si burlesque, avec des expressions si sérieusement bouffonnes, que le prince ne put retenir un éclat de rire. Le plus plaisant fut que le maire et les échevins, remerciant Sarrasin de les avoir tirés de ce mauvais pas, lui offrirent, comme au prince, le vin de la ville[3]. »
L'œuvre
En 1644 Sarasin se joignit à l’avocat Charles Feramus et à Gilles Ménage dans la guerre des pamphlets contre le parasite pédant Pierre de Montmaur avec sa satire Bellum parasiticum. Accusé d’avoir écrit des mazarinades, il renonça, pendant une courte période, à la pratique de la poésie.
Les plus considérables de ses poésies sont les fragments épiques de Rollon conquérant, la guerre espagnole, l’épopée burlesque contre l’inventeur du genre des bouts-rimés Dulot vaincu, ou la Défaite des bouts-rimés (1649, poème spirituel en 4 chants) et la Pompe funèbre de Voiture.
Il a probablement été surestimé comme poète. Antoine Adam signale toutefois, dans son Histoire de la littérature française au XVIIe siècle, qu'il a « admirablement compris et traduit » Virgile. Ses deux Églogues fourmillent de réminiscences virgiliennes[4]. Dans la deuxième partie de celle titrée « Orphée »[5], il traduit très fidèlement les soixante-quatorze vers de l'histoire d'Orphée dans le chant IV des Géorgiques, en supprimant seulement l'allusion à Aristée. Pour Antoine Adam, Sarasin a, « le premier en France, transporté dans notre langue une des formes les plus émouvantes et les plus belles de la poésie de tous les temps. On est même tenté, devant certaines réussites, de soutenir qu'avec [lui], et grâce à lui, commence dans notre histoire littéraire cette tradition virgilienne qu'ont illustrée Racine, André Chénier et Anatole France »[4]. Comme preuve, il cite les adieux d'Eurydice, « ces admirables vers » que l'éditeur de Sarrasin avait déjà relevés[4] :
Prends ce dernier adieu : l'obscurité plus forte
D'un tourbillon épais m'enveloppe et m'emporte,
Et je te tends en vain, pour gages de ma foi,
Ces inutiles mains qui ne sont plus à toi[N 1].
Sarasin est l’auteur de deux excellents récits en prose, l’Histoire du siège de Dunkerque (1649) et la Conspiration de Walstein (1651), inachevée, dont l’élégance et la simplicité ont été comparées à l'Histoire de Charles XII de Voltaire. Il a également écrit en latin sous le pseudonyme d'Atticus secundus.
Ses œuvres ont été publiées après sa mort, en 1656, par son ami Gilles Ménage. Édouard Neveu commente :
« Paul Pellisson, dans son discours sur les œuvres de Sarasin, et comme pour donner plus de force à ce qu’il dit de la souplesse et de la fécondité de son esprit, invoque le témoignage de ce même prince de Conti, "d’un prince qui ne juge pas par les yeux et par le raisonnement d’autrui, mais par les siens propres, et qui mille fois, quoique environné d’une foule de personnes de qualité et de mérite, trouva comme une cour tout entière en M. Sarasin, soit qu’il fallût délibérer, exécuter ou négocier en des affaires importantes et publiques, soit qu’il eût à se reposer sur quelqu’un de la conduite de sa maison et de ses affaires particulières, soit qu’il cherchât un entretien solide et savant, soit qu’il eût besoin de se délasser dans un entretien agréable." »
Décès
Ses biographes ont pu dire, sur la foi de preuves insatisfaisantes, que sa mort avait été provoquée par le prince de Conti, qui résidait à Pézenas, dans un moment de passion. « S’étant mêlé d’une affaire particulière à son noble patron, écrit Édouard Neveu, celui-ci s'oublia, dit-on, au point de le frapper avec des pincettes » et il serait mort de chagrin, ce que dit cette épigramme.
Deux charmants et fameux poètes,
Disciples de Marot, Ducerceau, Sarasin,
Ont éternisé les pincettes,
Le premier par ses vers, et l’autre par sa fin.
D’autres biographes ont pu dire qu’il avait été empoisonné par un mari jaloux qui n’employait pas d’autre moyen pour se débarrasser des amants de sa femme, histoire sûrement causée par la propension bien connue du poète aux aventures galantes, mais il serait en réalité mort de la fièvre. La Gazette de Loret rapporte d’ailleurs en date du :
Sarasin, cet aimable esprit
Dont on voit maint sublime écrit,
Est à Pézenas si malade,
Qu’il n’use plus que de panade.
Publications
- Les Œuvres de Monsieur Sarasin, Paris, Augustin Courbé, 1656 lire en ligne sur Gallica
- Nouvelles œuvres de Monsieur Sarazin, Paris, Barbin, t. I, lire en ligne, et t. II, lire en ligne sur Google Livres.
- Œuvres choisies de Sarrazin, Paris, Nicolas Delangle, 1826 lire en ligne sur Gallica.
- Œuvres de J.-Fr. Sarrasin, rassemblées par Paul Festugière, 2 vol., Paris, Champion, 1926.
- Sarah Perret, Édition critique des œuvres de Sarasin, thèse, Montpellier, 2020, lire en ligne. (Cette édition ne concerne que les œuvres poétiques.)
- Poésies de François Sarasin, augmentées de documents nouveaux et de pièces inédites, publiées avec notice, préface et notes par Octave Uzane, Paris, Librairie des bibliophiles, 1877, lire en ligne sur Internet Archive.
- « Discours de la tragédie, ou Remarques sur l’Amour tyrannique de Monsieur de Scudéry. Dédiées à l'Académie françoise, par Monsieur de Sillac d'Arbois », dans L'Amour tirannique, tragi-comedie par Monsieur de Scudéry, Paris, Augustin Courbé, 1639, lire en ligne sur Gallica.
- Histoire du siège de Dunkerque, Paris, Toussaint Quinet, 1649.
- Coq-a-l’asne, ou, Lettre burlesque du Sieur Voiture ressuscité au preux cheualier Guischeus, alias le Mareschal de Grammont sur les affaires et nouuelles du temps. Paris, Chez la veufve & heritiers de l’autheur..., 1649 lire en ligne sur Gallica
- La Pompe funebre de Voiture, avec la clef [s.l.s.n.], 1649, lire en ligne sur Gallica
- (la) Attici Secundi G. Orbilius Musca, sive Bellum parasiticum, satira, 1644, lire en ligne sur Gallica. (voir ci-dessous la traduction française de cette satire.)
- La Guerre des Parasites de Sarazin, par M.M*** [Pierre-Toussaint Masson], Paris, D'Houry, 1757, lire en ligne, sur Google Livres.
- « Opinions du nom et du jeu des eschets (1647-48) », dans Les Œuvres de Monsieur Sarasin, Paris, Augustin Courbé, 1656.
- Nouvelle traduction de l’Aristée de Virgile, Lyon, veuve de P. Muget, 1668, lire en ligne sur Google Livres.
- La Défaite des bouts-rimez. Poème héroïque par Monsieur Sarrazin. Avec les éloges et acclamations des plus beaux esprits de ce temps [s.l.s.n.], lire en ligne sur Gallica.
- Lettre d'un marguiller de Paris à son curé sur la conduite de monseigneur le coadjuteur [Mazarinade], Paris, [s.n], 1651, lire en ligne sur Numelyo.
- La Conspiration de Valstein, Paris, 1656 (dans Les Œuvres de Monsieur Sarasin, Paris, Augustin Courbé, 1656, p. 89-136). Réédition par Bruno Tribout, « La Conspiration de Wallenstein », dans Sarasin, Saint-Réal, Le Noble, Trois récits de conjuration, Paris, Hermann, 2015, pp. 73-162.
- Conspiration de Walstein, épisode la guerre de trente ans, par Sarrasin, avec un appendice extrait des Mémoires de Richelieu (1834), Paris, Hachette, 1853, lire en ligne sur Google livres.
- « La Conspiration de Walstein », dans Petits chefs-d’œuvre historiques, Paris, Didot, 1863, lire en ligne.
- Lettre d’un inconneu envoyee a un sien amy a S. Germain en Laye. En vers burlesque, A Paris, chez Michel Mettayer, Imprimeur ordinaire du Roy, demeurant en l’Isle Notre Dame sur le Pont Marie au Cigne, 1649 livre sur Google Livres.
Hommages
La rue d'Hermanville où se trouve la maison que Jean-François Sarrasin a habitée porte aujourd'hui son nom, sous la forme rue Jean François Sarasin[7]. La médiathèque de la localité lui est également dédiée[8]. Ces deux lieux sont signalés par des panneaux commémoratifs. À Pézenas, un boulevard dans le centre-ville porte son nom.