André Chénier

poète français From Wikipedia, the free encyclopedia

André Marie de Chénier, dit André Chénier, né le à Constantinople et mort guillotiné à Paris le 7 thermidor de l'an II () est un poète et journaliste français.

Décès
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ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
André-Marie ChénierVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Naissance, Décès ...
André Chénier
Portrait d'André Chénier (1795).
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 31 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
André-Marie ChénierVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Université de Paris (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Père
Mère
Elisabeth Santi Lomaca (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Autres informations
Mouvement
Distinction
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Sa poésie comprend des réécritures de poèmes antiques, des élégies personnelles, des poèmes philosophiques et des poèmes politiques marqués par le contexte révolutionnaire. L'œuvre inachevée de ce jeune poète du XVIIIe siècle, publiée progressivement à partir de 1819, a fait de lui une figure majeure de l'hellénisme en France[1] et un inspirateur du romantisme.

Durant la période révolutionnaire, il prend part aux polémiques politiques. Héritier des Lumières, il est membre du parti constitutionnel, admire la Révolution de 1789 mais prend violemment position contre le jacobinisme mené par Robespierre, tout en méprisant les royalistes.

Biographie

Enfance et adolescence

André Chénier est né à Galata, quartier de Constantinople (aujourd'hui Istanbul en Turquie), d’une mère grecque, Élisabeth Lhomaca[2],[3], et d’un père français, Louis de Chénier, négociant et diplomate. Sa famille rentre en France en 1765, mais son père repart bientôt seul pour être consul au Maroc[4]Safi). André fut élevé par sa tante Marie Béraud et son époux André à Carcassonne[5],[6] où une cloche, « l'Andréne », fut baptisée en son honneur à l'église Saint-Vincent. Il est admis en 1773 au collège de Navarre, à Paris, qui est ouvert aux idées nouvelles : l'histoire et la géographie décalquent l'Essai sur les mœurs de Voltaire, et la philosophie s'inspire du sensualisme de Condillac[7]. Il se lie avec des fils de grandes familles, notamment Charles et Michel de Trudaine, ainsi que Louis et François de Pange, grâce auxquels il fréquente les milieux littéraires et aristocratiques. Plusieurs de ses poèmes sont dédiés à ces amis. Les Trudaine et les Pange sont par ailleurs proches de Turgot, des Lumières et des encyclopédistes. Tous ces amis ont Condorcet pour maître à penser[8].

Activités poétiques

Pour l'arracher à un amour malheureux pour une chanteuse d'opéra (peut-être cette « Lycoris », que l'on retrouve dans plusieurs poèmes), on lui propose un stage d'élève-officier à Strasbourg en 1782. Mais il se voit fermer la carrière militaire comme roturier. Reportant désormais son ambition vers la poésie, quoique sans publier, il conçoit de grands projets avec l'espoir de devenir « l'Homère des modernes »[2]. Cependant, après un voyage en Suisse en 1784, il compose surtout des Élégies et des Bucoliques. L'imitation des modèles antiques[9] sert l'expression esthétique d'une inspiration orientée par sa passion pour la mondaine Michelle Guesnon de Bonneuil (appelée D'Azan ou Camille), puis par son amitié amoureuse pour la peintre italo-anglaise Maria Cosway.

À partir de , au retour d'un rapide voyage en Italie, il se consacre plus activement à une poésie philosophique et satirique, qui porte la marque du climat idéologique pré-révolutionnaire. Mais sa mauvaise situation financière l'oblige à contenir sa créativité. Engagé comme ambassadeur privé du marquis de la Luzerne, ambassadeur de France en Angleterre, il part pour Londres le en compagnie de Maria Cosway. Il y reste en service jusqu'en 1790, tout en prenant chaque été un congé à Paris.

Journalisme

Il contribue au Journal de la Société de 1789 qui édite une quinzaine de numéros[2]. À partir de 1791, il collabore, aux côtés de Michel Regnaud de Saint-Jean d'Angély et de François de Pange, au Journal de Paris, l'organe du parti constitutionnel. Il condamne la Terreur dans des articles critiques visant Jacques Pierre Brissot, et dans d'autres textes plus véhéments contre les Jacobins, notamment Robespierre et Marat[2]. Inquiété pour ces prises de position, il réussit à quitter Paris après le , partant du quartier du Sentier où il résidait chez ses parents. Au moment des massacres de septembre, il se rend à Rouen, puis au Havre, d'où il pourrait embarquer. Il refuse néanmoins d'émigrer et revient à Paris pour participer aux tentatives faites pour sauver Louis XVI de l'échafaud. Au printemps 1793, il se replie sur Versailles, d'où il se rend souvent à Louveciennes dans la propriété de ses amis les Le Couteulx[2]. Discrètement amoureux de Françoise Lecouteulx, il compose pour elle la mélancolique série des Odes à Fanny[10].

Arrestation et condamnation

Appel des dernières victimes de la Terreur dans la prison Saint-Lazare. 7-9 thermidor 1794 par Charles Müller.

André Chénier est arrêté à Passy (dans l'actuelle rue Bois-Le-Vent[11]) le , alors qu’il rend visite à son amie Adélaïde Piscatory, femme du constitutionnel Emmanuel de Pastoret, alors en exil. Venant de Versailles, il est accompagné d'Émilie-Lucrèce d'Estat qui, comme lui, a participé à des achats de votes de conventionnels pendant le procès de Louis XVI[12]. Mlle d'Estat, maîtresse puis épouse de José Ocariz, l’ancien chargé d’affaires ayant rang d’ambassadeur espagnol à Paris avant la déclaration de guerre, et qui a supervisé cette vaste opération de corruption[Note 1], a conservé des papiers relatifs à cette affaire. Ce dossier très important qu'André Chénier a eu entre les mains est activement recherché par les comités de l’an II.

Sachant que Mlle d'Estat, dont le frère et la sœur viennent d’être guillotinés, est elle-même en danger, Chénier se met courageusement en avant, créant une situation confuse pendant laquelle Mlle d'Estat peut s’esquiver tandis qu’on l’emmène, lui, à la prison Saint-Lazare. Impliqué dans une affaire qui permet d’exécuter les suspects sans les entendre, il est condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire pour avoir « recelé les papiers de l'ambassadeur d'Espagne ». Il est également accusé, comme « ex-adjudant-chef et chef-de-brigade » sous les ordres de Charles François Dumouriez, d'avoir écrit « un mémoire contre des habitants de la commune de Breteuil », alors qu'en réalité c'est son frère Sauveur Chénier qui en est l'auteur et qui est emprisonné à Beauvais[13].

À l'instar de Jean-Baptiste Coffinhal qui avait déclaré à Antoine Lavoisier lors de son procès : « La République n’a pas besoin de savants, ni de chimistes »[14], Fouquier-Tinville adresse à André Chénier la phrase suivante : « La République n'a pas besoin de poètes »[15]

André Chénier est guillotiné le 7 thermidor, avec le poète Jean-Antoine Roucher et Frédéric de Trenck, deux jours avant la chute de Robespierre. La veille de sa mort, il aurait écrit l'ode La Jeune captive, qui évoque la figure de sa muse, Aimée de Coigny.

La plaque commémorative d'André Chénier sur le mur de l'enclos des fosses communes au cimetière de Picpus.

S'adressant à Jean-Antoine Roucher, il prononce ces paroles[16] avant de monter sur l’échafaud : « Je n'ai rien fait pour la postérité », ajoutant en désignant sa tête : « Pourtant, j’avais quelque chose là ! » ou : « C'est dommage, il y avait quelque chose là ! »[Note 2]. Son corps, parmi mille trois cents autres victimes de la Terreur et de la guillotine, est jeté place de la Nation, dans une fosse commune du couvent des chanoinesses, qui deviendra plus tard le cimetière de Picpus[17].

On raconte qu'en attendant son tour devant l'échafaud, il lit une pièce de Sophocle. Lorsque le bourreau l'appelle pour lui attacher les mains, Chénier remet son livre en poche, non sans avoir corné la page[18],[19].

Son frère cadet, Marie-Joseph Chénier, écrivain et dramaturge, mène de pair une carrière politique. Après la mort d'André, les royalistes se livrent à une violente campagne diffamatoire contre Marie-Joseph, le traitant de Caïn et l’accusant faussement d’avoir laissé exécuter son frère, pour discréditer les républicains.

Œuvres de Chénier

  • Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1940, Bibliothèque de la Pléiade, édition de Gérard Walter.
  • Poésies, Paris, Gallimard, 1994, coll. « Poésie », édition de Louis Becq de Fouquières, fac-similé de l'édition de 1872 (ISBN 2-07-032812-0).
  • Œuvres poétiques,
    • tome 1 : Imitations et préludes. Art d'aimer. Élégies. Édition critique par Georges Buisson et Édouard Guitton, Paradigme, 2005.
    • tome 2 : Bucoliques. Epîtres et Poétique. L'Invention. Édition critique par Georges Buisson, Paradigme, 2010[20].

Œuvres d’art inspirées de ses poèmes et de sa vie

Portrait du poète André Chénier (1762-1794),
Horace Vernet, 1825
Collection privée[21].
Buste d'André Chénier par le sculpteur David d'Angers (1839).

Hommages

Plaque au no 97, rue de Cléry (Paris).
Plaque apposée à Carcassonne, rue Pinel, sur la maison où André Chénier passa une partie de son enfance.

À Paris, dans le 2e arrondissement, une rue Chénier existe depuis 1864, à quelques pas du 97 rue de Cléry, immeuble dit « Pointe Trigano », où est apposée une plaque commémorative, le présentant erronément comme la maison du poète[23] ; en réalité Chénier demeurait au niveau du numéro 23 actuel de la rue de Cléry[24].

À Carcassonne, entre la gare et le centre-ville, un square bordé d'un mail porte le nom d'André Chénier.

À Versailles, une rue André Chénier existe dans le centre-ville. Elle est l'une des quatre rues périphériques de la place du marché Notre-Dame. Sur un plan de 1854, elle s'appelait rue des Fripiers[25], elle apparaît sous son nom actuel sur un plan de 1889[26].

Le nom d'André Chénier a encore été donné à :

Il existe des collèges André Chénier à Carcassonne, Eaubonne, Mantes-la-Jolie et Marseille (12e arrondissement) ; des écoles à Amiens, Antony, Louveciennes[27], Montigny-le-Bretonneux, Neuilly-sur-Marne[28], Rabat[29].

Notes et références

Annexes

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