Jean Vimenet

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Jean Vimenet
Jean Vimenet, à gauche, en compagnie de Maurice Baquet durant un vernissage à la galerie Marguerie à Paris le .
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Jean Vimenet est un peintre, animateur et sculpteur français né le à Tours et mort dans la même ville le .

Son œuvre adopte une approche épicurienne. Il traduit un amour du vivant et de l'énergie vitale, dans sa diversité. Il met en avant les petits miracles de la vie en mettant l'accent sur l'émerveillement qu'ils peuvent susciter. Cette approche est alimentée par une révolte permanente contre ce qui pourrait être vu comme de l'imbécillité destructrice et des attitudes castratrices, ce dont témoignent plusieurs toiles et dessins de l'artiste s'indignant de tragédies contemporaines (racisme, guerre d'Algérie, massacre de Soweto…). Œuvre intransigeant et radical dans son refus du « cirque » (social) et du « système » marchand, il est aussi souvent narquois, dans ses citations historiques notamment. Au centre de la démarche de Vimenet, de 1928 jusqu'au milieu des années 1990, s'affirme l'obsession constante qu'en saisissant espace et lumière, il les éprouve dans tous leurs états en tant qu'expression libre et indépendante, et permet à ces éclats de vie de s'affirmer, au-delà de l'épreuve toujours renouvelée de la mort, comme ce qui, en dernier lieu, demeure. Comme en écho à son ami Jacques Prévert, qui disait de ses amis surréalistes des débuts : « En souriant, ils envisageaient la mort, mais c'était pour mieux dévisager la vie. Pour la rendre plus libre, plus belle, plus heureuse même. »

Formation

Jean Vimenet naît à Tours le dans un milieu modeste. Sa mère est marchande de fleurs à la sauvette, son père décorateur de santons. Il entre, en 1928, à l'école des beaux-arts de Tours. Son directeur, Maurice Mathurin, lui donne personnellement des cours. Aux Beaux-Arts, il rencontre Gabriel Allignet et de Moïse Depond, qui deviendra le dessinateur Mose. En 1930, il fait un voyage en Roumanie et en Hongrie, qui le marque. En 1931, il obtient le grand prix du concours de dessin Conté et le 1er prix du 41e concours de composition décorative des écoles des beaux-arts de France. Il devient le portraitiste des grandes familles tourangelles.

Paris

Il entre à l'École des beaux-arts de Paris en 1932, dans l'atelier de Paul Albert Laurens[1]. Il se lie d'amitié en 1933 avec le sculpteur Jean Carton (1912-1988). Après le décès en 1934 de Paul-Albert Laurens, ses élèves, par l'entremise de Jean-Nepveu Degas, arrière-petit-neveu d'Edgar Degas et critique dramatique, sollicitent Édouard Vuillard qui leur accorde deux matinées par mois[2]. Vimenet reste auprès du maître, et devient son ami pour les six années à venir[3].

Expositions

Il expose à la 41e Exposition des amis des arts d'Angers (-), sur l'insistance de Pierre Vignac, camarade tourangeau des Beaux-Arts. Il est présenté dans le catalogue de l'exposition comme « élève de Vuillard », terminologie qu'il réfute[4].

Durant son service militaire (1937-1938), au cours de ses permissions parisiennes, il fait la rencontre de Chaïm Soutine ; il se lie avec lui au cours de longues promenades nocturnes. Vimenet lui ressemble par le caractère : exigence humaine, intransigeance artistique, adhésion aux combats de ses aînés : il est fauché et cherche à survivre.

L'animateur

Au cours du premier semestre de 1937, Vimenet retrouve Gabriel Allignet ; il travaille avec lui sur un chantier du pavillon français de l'Exposition universelle (- ). Il est présenté au réalisateur Paul Grimault, qui travaille à la commande d'un film animé expérimental (Phénomènes électriques) pour le projecteur cinémascope Hypergonar, inventé par le professeur Henri Chrétien. Il intègre l'équipe du cinéaste dans son studio des Gémeaux[5] au 18, rue de Berri, et commence à collaborer à des films animés (Le Messager de la lumière, 1938 ; Gô chez les oiseaux, 1939).

Il rencontre les principaux protagonistes de ce milieu. Il gravite autour du groupe Octobre, se lie à plusieurs d'entre eux : les frères Pierre et Jacques Prévert, Émile Dupont, dit Émile Savitry, Jacques Asséo, Léon Dupont, Henri Lacam, Jacques Gadoin, Alberto Ruiz, Georges Juillet, Brassaï, Jean-Louis Barrault, Django Reinhardt, Henri Crolla, Mouloudji, Francis Lemarque, Alexandre Trauner, Consuelo de Saint-Exupéry, Henri Villand, plus tard Robert Doisneau, Elsa Henriquez, Alexander Calder et d'autres. Il devient, dès 1938, premier animateur dans le studio de Grimault.

Collaboration avec Vuillard

À la fin de son service militaire, Fernand Léger lui prête son atelier. En 1938, Vuillard demande à Vimenet de préparer, à Paris, avenue Frochot, une peinture monumentale, commandée par la Société des Nations (SDN) sur le thème de la paix[6]. Ce sera la Paix protectrice des muses. Son premier biographe, Claude Roger-Marx, en fera mention[7]. Vuillard demandera à Vimenet de l'accompagner à Genève, pour le report aux carreaux de l'œuvre, qu'il effectuera.

Seconde Guerre mondiale

Son père meurt le . Vimenet est mobilisé dès le début septembre. Vuillard meurt le . Démobilisé en , Vimenet rejoint Grimault et collabore à ses dessins animés L'Épouvantail (1943), Le Voleur de paratonnerres (1944), La Flûte magique (1946), et au court métrage qui va rendre célèbre le studio dans le monde entier, Le Petit Soldat (1947).

L'après-guerre

Pierre Bonnard meurt en 1947. Vimenet décide de quitter l'Europe. Il vient de réaliser de nombreuses toiles dépouillées, au chromatisme chaud, très construites[8]. Le critique Max Cogniat lui donne rendez-vous lors d'un passage à Saint-Raphaël. Il veut s'installer au Mexique, via les États-Unis. Au dernier trimestre, il prend un paquebot pour New York : dans ses bagages, le roman de Consuelo de Saint-Exupéry, Oppède[9], lui est dédicacé[10] : « À Jean Vimenet qui est parti malgré la tempête en pleine mer, pour la joie de partir, pour la course au trésor. Très amicalement, Consuelo. »

New York

Jean Vimenet à New York en .

Jean Vimenet arrive à New York un jour de tempête de neige. La lumière le transporte : il exécute plusieurs toiles à New York. Il fait un grand portrait de l'amie qui l'accueille, « exilée » du groupe Prévert, Gilberte Chambefort. Il découvre Harlem et se fait des amis américains, dont un certain Arthur, ami de Jean Cocteau et d'André Breton. Il dessine des chanteuses noires de negro spirituals. Il découvre la littérature américaine, Faulkner, Dos Passos et Caldwell. Il reste un an aux États-Unis. Selon le témoignage de Gilberte Chambefort[10], il renonce alors à son projet mexicain, reprend près de 30 toiles entreposées chez elle pour les détruire ou les recouvrir. Il embarque pour la France le .

Retour en France

De retour en France, il peint. Il a connu Bernard Buffet vers 1946 ou 1947, de quatorze ans son cadet. Il avait été choqué par le galeriste Emmanuel David, qui avait exigé de Buffet une production intense en 1948. Le même galeriste approche Vimenet à son retour, en 1949, et lui suggère de faire dix toiles comme celle qu'il vient de faire. Vimenet l'éconduit. Il reprend sa collaboration avec Grimault, par amitié et pour raisons alimentaires ; il participe à la réalisation du premier long métrage de Grimault, La Bergère et le Ramoneur (1951), complété et devenu plus tard Le Roi et l'Oiseau (1979). Il fréquente Brassaï : l'immigré hongrois, devenu roumain, rappelle probablement à Vimenet son voyage de jeunesse ; leur amitié s'alimente de tout : Paris insolite et nocturne, Picasso, les graffitis, l'argot, Prévert et leur culture respective. Vimenet travaille à la conception des masques du Dîner de têtes, le spectacle de Jacques Prévert, présenté le au cabaret La Fontaine des Quatre-Saisons[11].

Il collabore, en 1952, avec Marthe Romains à une bande dessinée, Une vie de chien, ou l'histoire de Charlot pour le Libération d'après-guerre[12]. Ses liens se renforcent avec le poète Maurice Fombeure, le sculpteur Jean Carton ou le comédien Maurice Baquet.

Séjour algérien

Grâce au soutien de Jean Carton notamment, il obtient, fin 1952, le prix Abd-el-Tif de peinture. Ce prix lui permet de séjourner deux ans à la villa Abd-el-Tif sur les hauteurs d'Alger. Vimenet embarque pour Alger, avec son épouse et son fils. À bord ils font connaissance de l'autre couple lauréat, les Parsus. Avec Pierre Parsus, il arpente les rues d'Alger. Vimenet est le 56e peintre accueilli dans les murs de la villa, ouverte en 1907. Il est accueilli par son directeur, Jean Alazard. Le séjour enrichit sa palette. Il va dans les régions de Kabylie, aux confins du Constantinois, dans l'Oranais, le Dahara, l'Ouarsenis et près de l'Atlas saharien. Il dispose de conditions de travail idéales, de sérénité, il oublie souvent les repas, il se plie avec entrain à l'émulation propre à ces « résidences ». Ses relations avec Pierre Parsus, Sauveur Galliéro, Paco Sanchez-Granados, Pierre Raffi, Armand Assus, Louis Fernez, René Levrel ou Eugène Corneau, vont tisser son futur réseau. Les nombreux courriers de son épouse raconteront cette époque[13].

La presse oranaise évoque, en , « une peinture dégagée de toute influence »[Note 1]. Vimenet réalise en Algérie plus de 150 toiles et 250 œuvres sur papier.

Il quitte Alger fin 1954, au moment où éclate la guerre d'Algérie,

Une œuvre de Vimenet est acquise en 1955 par le musée d'Art moderne de la Ville de Paris, d'autres ont rejoint les musées d'Oran et d'Alger. Une exposition présentant ses œuvres d'Algérie a notamment lieu à la galerie Marguerie, à Paris.

La Guerre d'Algérie

De 1955 à fin 1961, il réside et travaille dans le hameau de Mondollot (Seine-et-Marne). Il s'est construit, dans les ruines du corps de ferme, avec un couple ami, un grand atelier, réplique de l'atelier d'Abd-el-Tif. Ses recherches se multiplient, dès 1957, avec La Lampe, puis Babette au parc (1958)[Note 2].

Son Soleil noir de John Parker, véritable pietà à la gloire d'un Noir lynché, apparaît comme l'annonce de la grande toile qu'il conçoit l'année suivante, dédiée à la guerre d'Algérie (1960-1961). Cette toile de grandes dimensions, unique dans la peinture française, est considérée par certains critiques français comme son Guernica[14] :

« Toutes les tensions de ces décennies sont ici réunies : la querelle personnelle et ambiante du débat entre figuration et abstraction, la nécessité de l'urgence d'une condamnation de la guerre, la dualité chromatique d'une vision apocalyptique qui se vide de ses couleurs comme dans une allusion à Picasso, et des analogies iconographiques certaines entre le peintre et les représentations historiques de la guerre. En premier lieu, la référence à Guernica paraît tout à fait manifeste au regard de la série II des Femmes d'Alger de 1962-1963, où, sur l'une d'elles, Vimenet semble réinterpréter la figure du cheval cabré de Picasso, l'encadrant de deux figures féminines directement extraites du tableau de Delacroix. »


Dès l'été 1961, son oeuvre, La Guerre d'Algérie l'engage dans une voie nouvelle[Note 3]. Il s'est installé à Cachan avec sa famille. Il participe à plusieurs expositions de groupes, à Paris (galerie Villand et Galanis et galerie Cinq-Mars), de 1962 à 1967. Il expose seul, ou en compagnie de Braque, Picasso, Matisse, Miro, Chagall, etc. ainsi que d'artistes de sa génération. Tous sont partie prenante de la Nouvelle École de Paris (Édouard Pignon, Maurice Estève, Charles Lapicque, Jacques Lagrange, Baltasar Lobo, Jean Edelmann, Bram Van Velde, Robert Lapoujade, etc.). Il se lie d'amitié avec le couple Hélène Parmelin-Édouard Pignon. Sa production est intense (environ 450 toiles, 1 200 dessins), ses recherches, multiples. La couleur est au centre de ses préoccupations. L'explosion est aussi thématique (jardins, plages, oiseaux, bocal, nus, chats, femme à la machine, hommage à Gustave Courbet, famille ou paysages de Crète).

Mouchette

En 1966, Robert Bresson lui propose d'interpréter le rôle du garde-chasse dans le film Mouchette (1967). Il retire de cette expérience, conflictuelle avec le cinéaste, une magnifique série, unique dans l'histoire de la peinture française, Portrait d'un film ; Les Lettres françaises célèbrent son caractère non anecdotique[15]. Sur les deux feuilles cartonnées proposées aux visiteurs en guise de livre d'or, se trouvent les signatures de Jacques Prévert, Georges Bataille, Georges Bernanos. Le , il reçoit une carte postale d'Hélène Parmelin[10] : « On nous dit que c'est très beau, alors nous sommes contents et nous vous embrassons. Hélène ».

La sculpture

Fin 1967, les Vimenet déménagent à la suite d'un arrêté de démolition de leur location. Ils s'installent à Croissy-sur-Seine. L'épouse du peintre est victime d'un grave accident de voiture. L'année 1968 est pour Vimenet une remise en cause profonde de ses pratiques artistiques : il s'oriente vers la sculpture sur pierre de taille. Le sujet est le corps féminin, le plus souvent. Il fait en même temps des travaux graphiques grand format, réalisés directement à la plume.

En 1980, il s'installe à Neuilly-le-Brignon. Les expositions se succèdent, dont une rétrospective en 1985 au musée des Beaux-Arts de Tours avec 104 œuvres. Il amplifie son travail de sculpture ; il est de plus en plus libre dans l'utilisation et l'altération de matériaux bruts (galets, pierres, coquillages, bois, os). En 1983 paraît Vimenet, la statue sans socle, écrit par son fils aîné, Pascal.

Vie privée

Il se marie en avec Jacqueline Weil, journaliste, collaboratrice de Jean Nohain, devenue Catherine Bergère (pseudonyme) puis Catherine Vimenet. Son fils aîné naît le .

En 1954, la famille s'agrandit d'un nouveau garçon. Entre 1955 et 1961, naît sa fille.

Expositions, collections et musées (sélection)

Notes et références

Annexes

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