Jean le Presbytre
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Jean le Presbytre est un personnage mentionné par Papias et Eusèbe de Césarée et qui serait à l'origine de la communauté johannique d'Éphèse. Eusèbe, se faisant l’écho de traditions anciennes, distingue deux « Jean » : Jean l'apôtre (fils de Zébédée), et Jean le Presbytre (l'« Ancien »), mentionné dans les épîtres. Certains exégètes ont fait de Jean le Presbytre l'auteur de l'évangile selon Jean, mais cette hypothèse n'a plus cours. Il aurait vécu entre l'an 50 et l'an 100 de notre ère et ne serait donc pas un apôtre ni un témoin de la Crucifixion, vers l'année 30 de notre ère.
Les anciennes traditions ecclésiales
Différents exégètes ont soutenu la thèse de l'identification de l'auteur du quatrième évangile avec Jean le Presbytre, et non avec l'apôtre Jean, fils de Zébédée. Selon Jean Colson, un exégète français qui a écrit une thèse sur le sujet en 1969 (L'énigme du disciple bien-aimé), Jean aurait été en sa jeunesse un jeune et riche patricien habitant Jérusalem[1]. Depuis, cette thèse a été reprise par Oscar Cullmann[2], François Le Quéré[3], Joseph A. Grassi[4], James H. Charlesworth[5], Xavier Léon-Dufour[6]. Il habitait Jérusalem.
- Au début du IIe siècle, Papias, évêque de Hiérapolis, en Phrygie, au IIe siècle, distingue deux « Jean » dans la génération apostolique : le fils de Zébédée, mort, et le presbytre Jean, « disciple du Seigneur », accompagné d’un certain Aristion qui n’a pas eu le statut d’apôtre. Le texte de Papias, repris par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique : « Si quelque part venait quelqu’un qui avait été dans la compagnie des presbytres, je m’informais des paroles des presbytres : ce qu’ont dit André ou Pierre, ou Philippe, ou Thomas, ou Jacques, ou Jean, ou Matthieu, ou quelque autre des disciples du Seigneur, et ce que disent Aristion et le presbytre Jean, disciples du Seigneur. Je ne pensais pas que les choses qui proviennent des livres saints me fussent aussi utiles que ce qui vient d’une parole vivante et durable[7]. »
- Polycrate, fut, comme cinq membres de sa famille avant lui, évêque d'Éphèse au IIe siècle et donc au fait des traditions de sa cité. Invoquant dans une lettre adressée au pape Victor entre 190 et 198 les « grandes lumières » qui s’étaient éteintes en Asie, il cite Philippe, « l’un des Douze, qui s’est endormi à Hiérapolis » et « Jean, qui a reposé contre la poitrine du Seigneur, qui fut hiéreus [prêtre] et [à ce titre] a porté le pétalon [la lame d'or], témoin et didaskale [enseignant][8] ». Ce Jean serait donc un homme de Jérusalem, membre de la haute aristocratie juive de la ville. Le pétalon (le tsits, la fleur ou lame d'or) était l'insigne sacerdotal porté sur le front par le grand prêtre au temps de l'Exode, mais dont l'usage s'était étendu à certains membres des familles ayant donné des grands prêtres. Jean l'évangéliste aurait été un membre de l'aristocratie religieuse de Jérusalem, un prêtre de haut rang, pétri de théologie juive.
- À la fin du IIe siècle, Irénée de Lyon, qui avait fréquenté Polycarpe, évêque de Smyrne, écrit : « Après les autres disciples, Jean, le disciple du Seigneur qui reposa sur sa poitrine, donna lui aussi sa version de l’évangile comme il séjournait à Éphèse[9]. »
- D'après l'évangile de Marc, Jésus aurait annoncé à Jean et Jacques, fils de Zébédée, leur mort en martyrs, incompatible avec une mort à Éphèse à un âge avancé[10], peut-être avec son frère Jacques sous le règne d'Hérode Antipas. Une notice attribuée à Papias et divers textes plus tardifs étudiés par Marie-Émile Boismard, comme un martyrologe syriaque relatant le martyre des deux frères à Jérusalem, un livre de la liturgie gallicane, un sacramentaire irlandais et un manuscrit conservé à la cathédrale de Trèves, indiquent que Jean serait mort soit en 43, soit peu après[11].
- Jean, fils de Zébédée, n'est plus mentionné après la réunion de Jérusalem[12] ; la distance temporelle qui sépare cet événement de la rédaction de l'évangile à la fin du Ier siècle est importante. Les évangiles de Matthieu et Marc rapportent comment Jésus les a prévenus qu’ils seraient tous deux associés à sa Passion et martyrisés[13]. Au moment où les évangiles furent diffusés, la mort des fils de Zébédée pourrait avoir incité les auteurs des évangiles à affirmer qu’elle avait été prophétisée.
Analyse des textes
- Dans ses deuxième et troisième épîtres, l’auteur se présente comme l’« ancien » ou « presbytre » et non comme un apôtre, c’est-à-dire l’un des membres de la première génération apostolique ne faisant pas partie des Douze[14].
- Aucun des premiers Pères de l’Eglise ne dit que l’évangéliste était le fils de Zébédée et a accompagné Jésus dans ses déplacements en Galilée[15].
- Dans l’évangile selon Jean, on ne trouve pas les principaux épisodes auxquels Jean, fils de Zébédée, a été associé, comme la résurrection de la fille de Jaïre ou la Transfiguration.
- Sa description du ministère galiléen, qui aurait dû être développée s'il était le fils de Zébédée, est sommaire; il semble mal connaître la géographie de cette région, ignore le nom des bourgades du pourtour du lac de Génésareth, alors que l'analyse interne du quatrième évangile, largement centré sur Jérusalem, suggère que son auteur en était un familier[16] ; il connaît la topographie de la Judée et de Jérusalem :il parle de la piscine de Béthsada, de celle de Siloé, du portique de Salomon, du pavement de pierre du prétoire romain… . Son évangile est centré sur la Ville sainte. Il connaît Malchus, le serviteur du grand prêtre et il est connu de ce dernier. La gardienne du Temple, sur un simple mot, le laisse entrer avec Pierre, ce qui serait plus facile pour un membre de l'aristocratie sacerdotale que pour le fils de Zébédée.
- L'auteur de l'évangile est un théologien et une forte personnalité littéraire ; ce n’est pas un compilateur de sources orales ou écrites, car il se présente comme un témoin des faits et paroles de Jésus. C’est un intellectuel qui a longuement médité et écrit avec autorité. Son texte, si imprégné de liturgie sacerdotale, considéré comme le plus théologique des quatre évangiles, aurait difficilement pu sortir de la plume d'un fils de patron pêcheur de Galilée, qui réparait les filets de son père[15].
Jean le Presbytre, auteur de l'Apocalypse ?
- Au IIIe siècle, Denys d'Alexandrie procède à une analyse textuelle qui lui fait conclure que l’Apocalypse n'a pas été rédigée par l’auteur de l'évangile johannique ou des trois premières épîtres qu'il attribue à l'apôtre Jean. Il attribue le texte apocalyptique, suivant Papias, à Jean le Presbytre distingué de Jean, l'un des Douze[17].
- Au IVe siècle, en se fondant sur Papias, Polycarpe de Smyrne et Denys, Eusèbe de Césarée attribue à son tour l’Apocalypse à Jean le Presbytre[18].
- Martin Hengel identifie l'auteur à Jean le Presbytre qui aurait connu Jésus de Nazareth dans sa jeunesse[19].