Jeanine Wynants

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Naissance

Tilleur (province de Liège)
Décès
(à 91 ans)
Huy (province de Liège)
Nom de naissance
Jeanine Kemps
Nationalité
Jeanine Wynants
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Biographie
Naissance

Tilleur (province de Liège)
Décès
(à 91 ans)
Huy (province de Liège)
Nom de naissance
Jeanine Kemps
Nationalité
Conjoint
Arnold Wynants (1921 - 1977)
Enfant

Jeanine Wynants (ou Jeanine Kemps de son nom de naissance), née le à Tilleur (province de Liège) et morte à Huy (province de Liège), le est une militante et dirigeante belge de différents mouvements liés au Mouvement ouvrier chrétien (MOC). Elle a participé à l'histoire du Mouvement ouvrier chrétien (MOC) et à la lutte pour les droits des femmes en Belgique[1].

Une vie d'action dans les mouvements sociaux-chrétiens

Jeanine Kemps, née à Tilleur (aujourd'hui partie de la commune de Saint-Nicolas, près de Liège) le , est la fille unique de Félix Kemps et d'Octavie Jadoul, couple d'ouvriers du bassin industriel liégeois. En , elle épouse Arnold Wynants, président national de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) de 1946 à 1952, président des Équipes populaires de 1964 à 1973 et secrétaire politique du Mouvement ouvrier chrétien (MOC) de 1973 à son décès en 1977. De leur union, est né Paul Wynants, aîné de trois enfants qui deviendra historien et professeur à l'Université de Namur.en 1955 Anne-Marie et en 1959, Bernadette.

Son enfance et son adolescence se passent à Tilleur et à Flémalle-Grande (province de Liège)[2]. Après des études primaires à l'école communale, elle poursuit des humanités gréco-latines au lycée de Seraing de 1937 à 1943[3]. Très jeune, elle manifeste un esprit à la fois chrétien et social. En effet, alors qu'elle est adolescente, elle fonde dans son lycée une section de la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne), seule section existant à l'époque dans une école non catholique dans la province de Liège[4].

À la fin de ses études, dès , elle adhère à la Jeunesse ouvrière chrétienne féminine (JOCF), mouvement d'action catholique destiné aux jeunes travailleuses. Issue de divers mouvements de jeunesse, la JOCF a été créée en 1925 par le Père Joseph Cardijn, ecclésiastique belge (1882-1967)[5]. Ses objectifs sont de répondre à la détresse matérielle, intellectuelle, religieuse et morale des jeunes travailleurs et des jeunes travailleuses.

Rassemblement de la Jeunesse ouvrière chrétienne en 1937

Lors de la Seconde Guerre mondiale et à la suite de l'envahissement du territoire belge par l'armée allemande en , la JOCF passe dans la clandestinité. À Seraing, Jeanine Kemps joue un rôle important en tant que permanente régionale. Dans la région, sous couvert de rencontres religieuses, elle organise des réunions d'aide aux jeunes travailleuses afin de s'organiser face aux restrictions et à la menace du travail en Allemagne[6]. Jeanine Kemps organise également des rencontres de soutien avec les femmes ou les mères de prisonniers[7]. Dans un contexte difficile, la jeune femme confirme donc son engagement dans l'action sociale et militante.

Son action à la JOCF (1945 - 1952)

Dès 1945, portée par l'exemple de figures charismatiques militantes du mouvement chrétien parmi lesquelles Marie Braham[8] ou Joséphine Fafchamps, elle progresse au sein de la JOCF. De 1945 à 1948, elle devient permanente nationale à Bruxelles[9]. Même si le mouvement est loin d'être un lieu de revendications féministes, il s'ouvre aux problèmes des jeunes travailleuses[10]. Une ouverture se fait sur le plan politique avec le droit de vote des femmes acquis en 1948 en Belgique. De 1948 à 1952, elle devient présidente nationale des JOCF[2]. À ce titre, et avec l'aide de son époux, Arnold Wynants, président national de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), elle contribue d'une part à internationaliser le mouvement et d'autre part à s'écarter parfois de la position traditionnelle de l'Église catholique belge en ce qui concerne des questions de société[11].

De la JOCF aux LOFC (1953 - 1968)

Jeanine Wynants s'investit dans les LOFC (Ligues ouvrières féminines catholiques). Elle est tout d'abord militante locale et responsable régionale dans le Brabant wallon, à Nivelles (1955-1954), avant d'exercer les mêmes fonctions dans la province de Liège, à Huy (1955-1963). Enfin, elle devient membre du bureau et collaboratrice de l'équipe nationale à Bruxelles de 1963 à 1968[3].

Les LOFC, plus communément appelées Ligue des femmes du titre de leur journal de liaison, naissent officiellement en 1921. Dès leur fondation, il s'agit de concilier un apostolat religieux avec des visées morales, sociales et éducatives[12]. Néanmoins, lorsque Jeanine Wynants les rejoint, la situation évolue. L'image de la femme, épouse et mère, voulue par l'Église cède la place à une image beaucoup plus complexe que Jeanine Wynants contribue à forger[13]. Désormais, si les LOFC militent toujours pour améliorer la vie des femmes au foyer, elles s'intéressent aussi à son expression en dehors du foyer[14].

Dès la fin des années cinquante, outre les préoccupations d'éducation populaire, les LOFC diversifient leurs actions aussi bien envers les jeunes femmes, qu'envers les aînées. S'écartant de plus en plus des paroisses et des prêtres desquels elles ne veulent pas être les servantes[15], les « ligueuses » s'emparent de questions importantes pour l'époque, ainsi qu'en témoigne Jeanine Wynants : « L'Action jeunes femmes a vraiment fait en sorte que tout le Mouvement a ouvert le débat sur des tabous, sur les moyens contraceptifs et même sur la signification de la sexualité dans le couple [...] c'était le droit pour un homme et une femme d'avoir des relations amoureuses qui ne donnent pas nécessairement la vie »[16].

Une vaste consultation des membres et de multiples réunions de travail auxquelles Jeanine Wynants participe aboutissent, en 1968, à la publication d'un document qui redéfinit, pour les années suivantes, l'action des LOFC.

Des LOFC à Vie Féminine (1968 - 1979)

Logo de Vie féminine.

C'est en tant que nouvelle présidente du mouvement[17] que Jeanine Wynants présente et soutient, en 1968, le Nouveau statut de la femme qui accompagne les changements sociétaux. Les femmes ne doivent plus seulement s'épanouir dans le cocon familial, mais également dans la vie professionnelle, sur le plan social et politique[18]. Toutes les femmes doivent être prises en compte dans leur diversité : jeunes, plus âgées, mariées, célibataires, veuves, divorcées, immigrées[19]

Dans le même élan de renouveau, les LOFC changent de nom et deviennent en 1969 Vie Féminine. Dans le sous-titre Mouvement Chrétien d'Action Culturelle et Sociale apparaissent certaines des préoccupations principales de Jeanine Wynants : l'éducation permanente et le combat social. Elle affirme dans une interview que pour les femmes, la culture consiste à faire des études alors qu'en réalité, il s'agit plutôt de maitriser sa vie. C'est de là que l'éducation permanente tire toute son importance[20].

Un autre souci de Jeanine Wynants est l'action politique. En effet, selon sa réflexion, l'action sociale n'a pas d'effet si elle n'est pas relayée par une action politique[18].. Il convient dès lors de trouver des moyens pour éduquer les femmes et les inciter à s'investir dans la vie politique de la cité.

Toutefois, même si les liens des associations chrétiennes sont privilégiés avec le Parti social chrétien (PSC), Jeanine Wynants tient à ce que la formation à l'engagement politique soit totalement pluraliste. Elle trouve donc un financement pour un programme d'initiation à la politique communale afin de préparer les élections communales de 1976[21].

Présidente du MOC (1979 - 1985)

En 1959, elle est la première femme à accéder à la présidence du MOC (Mouvement ouvrier chrétien), organe fédérateur des diverses associations chrétiennes actives sur le terrain social (syndicat, mutualité, coopératives, Vie féminine, équipes populaires, etc.)[22].

Parallèlement, la crise économique et la désindustrialisation de la Wallonie frappent de plein fouet le monde ouvrier, multipliant le nombre de chômeurs. Jeanine Wynants a à cœur de maintenir les relations et les solidarités entre toutes les composantes des mouvements progressistes chrétiens[23].

À ce poste, elle poursuit son combat en faveur de l'éducation permanente et insiste sur le rôle du mouvement dans l'action politique, toujours dans un souci de pluralisme. Ainsi, jugeant le Parti social chrétien (PSC) trop à droite, et le Parti socialiste (PS) idéologiquement encore trop anticlérical, elle joue un rôle clé dans la création en 1982 de Solidarité et Participation (SeP), un mouvement politique progressiste et pluraliste au sein du MOC[24]. Cette tentative d'influencer directement la vie politique et les partis traditionnels se solde cependant par un échec aux élections législatives suivantes[25].

Parmi ses nombreux mandats

En tant que haute responsable de mouvements ouvriers chrétiens, Jeanine Wynants exerce de nombreux mandats dans les organisations du MOC et dans d'autres institutions. Ainsi, de 1979 à 1986, elle est vice-présidente de la Fédération nationale des coopératives chrétiennes, administratrice de la Caisse ouvrière belge et présidente du pouvoir organisateur de l'Institut Cardijn. Parmi les autres mandats, on trouve également membre du Conseil supérieur des Allocations d'Études, vice-présidente du Conseil supérieur de la Famille et membre du Conseil d'Administration de l'Université catholique de Louvain entre 1976 et 1991[3].

Retraite (1986 - 2017)

Retraitée, Jeanine Wynants continue de s'investir dans diverses associations, tant locales qu'internationales. En participant à la Confédération des Organisations familiales de la Communauté européenne (COFACE), en tant que présidente du Conseil des aînés de sa commune de Wanze, à « L'Escale », maison d'accueil pour sans domicile fixe située dans sa commune de résidence, dans d'autres associations soucieuses de l'évolution de l'Afrique des Grands Lacs ou encore de la Bolivie, elle perpétue sa quête d'égalité sociale[26].

Dans le même temps, à la présidence de la Commission Justice et Paix d'abord en Belgique francophone, puis au niveau européen, première femme nommée par le pape Jean-Paul II « consulteur » au Conseil pontifical Justice et Paix[27], ou en tant que référente au cours de rencontres officielles au sein de l'Église catholique[28], Jeanine Wynants maintient son attachement à la dimension chrétienne de son engagement[29].

Jeanine Wynants décède le à l'âge de 91 ans, après avoir passé les cinq dernières années de sa vie à la Résidence Notre-Dame de Huy, une maison de retraite située dans la province de Liège[2].

Hommages

Le , le Conseil communal de Wanze (province de Liège) lui décerne à l'unanimité le titre de « Citoyenne d'honneur » en reconnaissance de son engagement constant dans la vie associative[30].

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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