Jobelin

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Le mot jobelin servait au départ à désigner des individus jugés « fous » ou « niais ». Ce n'est que dans la seconde moitié du XVe siècle qu'il est attesté avec le sens « Baragouin, jargon, argot, langage à l’aide duquel on attrape les jobards », selon la définition donnée par Francisque-Michel en 1856[1].

Ballades en jargon

Cette définition du mot jobelin comme « jargon de gueux trompeurs » a été admise jusqu'à nos jours, sous des variantes proches, par la quasi-totalité des spécialistes du jargon ancien (rebaptisé argot depuis le XVIIIe siècle), de François Villon et du moyen français[2].

Titre de la série de ballades en jargon (Levet, 1489).

C'est notamment dans ce sens que l'on a interprété traditionnellement, de Clément Marot (1533) à aujourd'hui, l'emploi du mot dans le titre Jargon et Jobelin dudit Villon donné à six ballades en jargon dans les premières éditions imprimées des œuvres de François Villon (parmi lesquelles celle de Levet en 1489). On s'accorde généralement pour dire que, dans ce titre, le mot jobelin renforce le mot jargon en insistant davantage sur l'idée de tromperie.

Trois vers d'une ballade en jargon.

Dans la seconde ballade d'une série de cinq autres ballades en jargon copiée sur un manuscrit conservé à Stockholm (après 1477, avant 1500?), aux vers 13 à 15 assez obscurs (« belistriens perpetuelz des piez / qui sur la roue avez lardons clamez / en jobelin ou vous avez esté »), même si le rattachement de la relative (on lit « où vous avez été ») brouille les choses, la plupart des éditeurs-traducteurs voient dans le mot jobelin un synonyme de jargon, le mot belistrien étant à rapprocher de bélître qui signifiait à l'époque « mendiant ».

Autres textes plus ou moins liés à François Villon

C'est la même définition que l'on utilise généralement pour interpréter la plupart des attestations du mot entre 1470 et 1550 quand il renvoie à des pratiques langagières, par exemple dans le Testament Pathelin (approximativement entre 1470 et 1475[3]), dans les Repues franches (vers 1480[4]), dans le Livre de la deablerie d'Eloy d'Amerval (1508[5]) et dans le Dyalogue de Messieurs de Mallepaye & de Baillevant (entre 1477 et 1532[6]).

Dans le long poème d'Eloy d'Amerval, qui a lu Villon, Sathan se dit « pere de toute avarice et deception [= tromperie] » dans un long passage (chapitre xxiii) consacré aux tromperies et crimes destinés à dépouiller dupes et victimes de leur argent et de leurs biens, sans aucune mention de luxure autre que le viol de femmes qui va de pair avec les forfaits (vers no 1460) ; il s'y attribue la création des « langaiges contrefaitz », au grand bénéfice des trompeurs (vers 1448-1455) :

Tout jargon et tout jobelin
Et tout langaiges contrefaitz,
Villain, ne les ay je pas fais
Pour mieux enseigner mes trompeurs,
— J'entens un grand tas de pipeurs —
A parler en mode couverte
Affin que ne soit descouverte
Et congneue leur piperie !

Jargon à double sens homosexuel ?

Notes et références

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