Kenneth Grahame
écrivain britannique
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Kenneth Grahame, né le à Édimbourg (Écosse) et mort le à Pangbourne, dans le comté de Berkshire (Angleterre), est un romancier britannique[1].
| Naissance |
Édimbourg, Écosse |
|---|---|
| Décès |
(à 73 ans) Pangbourne, Angleterre |
| Activité principale |
| Langue d’écriture | Anglais |
|---|---|
| Genres |
Œuvres principales
- Le Vent dans les saules (1908)
Il est principalement connu pour son roman Le Vent dans les saules (The Wind in the Willows, 1908), un classique de la littérature britannique pour enfants, écrit à l'origine pour son fils qui partageait l'entêtement d'un des personnages du roman : Crapaud, Baron Tétard (Toad of Toad Hall). L'illustrateur le plus célèbre du roman est Ernest Howard Shepard[2].
Biographie
Jeunesse
Fils de James Cunningham Grahame (1830-1887), avocat, et Elizabeth Ingles (1837-1864), Kenneth Grahame naît le 8 mars 1859 au 32 Castle Street à Édimbourg. Il a une sœur aînée Helen et un frère aîné Thomas William (surnommé Willie). L'année suivante, son père est nommé shérif suppléant dans l'Argyllshire et la famille s'installa à Inveraray, au bord du Loch Fyne. En mars 1864, son frère cadet Roland naquit et, le mois suivant, sa mère meurt de la scarlatine. Grahame contracte la maladie et tombe gravement malade. Bien qu'il guérisse, il restera vulnérable aux infections pulmonaires pour le restant de sa vie.
Après le décès de leur mère, les quatre enfants furent envoyés vivre chez leur grand-mère maternelle, une veuve de soixante ans, au caractère sévère, à The Mount, une grande maison entourée d'un vaste domaine à Cookham Dean, dans le Berkshire, tandis que leur père, accablé de chagrin, reste en Écosse et sombre dans l'alcool[3]. L'oncle de Grahame, David Ingles, vicaire de l'église locale, vit également à The Mount et emmène les enfants faire du bateau sur la Tamise à Bisham, non loin de là. Les enfants sont également financièrement soutenus par leur oncle paternel, John Grahame, agent parlementaire à Londres. Au printemps 1866, après l'effondrement d'une cheminée à The Mount, les enfants déménagent avec leur grand-mère à Fernhill Cottage, à Cranbourne. Plus tard dans l'année, le père de Grahame rappele les enfants en Écosse, mais la cohabitation ne fonctionne pas et les enfants retournent à Cranbourne en 1867. Leur père, quant à lui, démissionne de son poste en Écosse, part vivre en France et rompe tout contact avec eux.
En 1868, à l'âge de neuf ans, Grahame devient pensionnaire à la toute nouvelle St Edward's School (en) d'Oxford. Il brille à l'école, tant sur le plan scolaire que sportif, remportant des prix de théologie et de latin en 1874 et le prix de la classe de terminale en 1875[1]. Il fut également capitaine de l'équipe de rugby et délégué de classe. Il passe ses vacances à Cranbourne ou chez son oncle, le commandant de la marine Jack Ingles, et ses enfants à Portsmouth et à Londres. C'est lors de vacances de Noël à Londres en 1875 que son frère, Willie, meurt d'une infection pulmonaire.
Carrière
Il ne pourra pas intégrer l'université d'Oxford, car son oncle, John Grahame, s'y oppose et refuse de financer ses études. Il commence alors à travailler comme commis dans le cabinet d'agents parlementaires de son oncle, Currie et Spens. Tout en travaillant au bureau de Westminster, il loge chez un autre oncle, Robert Grahame, à Fulham, et devient membre de la New Shakespeare Society fondée par Frederick James Furnivall.
Le 1er janvier 1879, à l'âge de dix-neuf ans, Grahame entre à la Banque d'Angleterre dans la Cité de Londres, en tant que commis. Il y reste près de trente ans, gravissant les échelons jusqu'à devenir, à trente-neuf ans, le plus jeune secrétaire (l'un des trois plus hauts responsables de la Banque). Lors du concours d'entrée à la banque, Grahame obtient la meilleure note de sa promotion et est le seul candidat à obtenir la note maximale (100 %) à l'épreuve de dissertation en anglais. Afin d'être plus proche de son lieu de travail, il loue un logement à Bloomsbury Street, qu'il partagera plus tard avec son frère Roland, également employé à la banque. En 1882, il emménage dans un appartement à Chelsea, où il vit seul et prend le ferry pour se rendre au travail. En 1884, il devient bénévole à Toynbee Hall, où il travaille auprès de jeunes gens défavorisés de l'East End londonien. Il passe ses vacances d'été avec sa sœur Helen en Cornouailles et en Italie, deux destinations qui resteront parmi ses préférées.
Son travail à la banque lui laissait du temps pour se consacrer à ses passions littéraires. Il consigne ses pensées en prose et en vers dans un registre de la banque, mais ce n'est qu'en 1887 qu'il commence à soumettre des nouvelles et des essais à des revues. Son premier article parait dans la St James's Gazette en décembre 1888. Il est ensuite invité à devenir collaborateur régulier du National Observer par son rédacteur en chef, le poète William Ernest Henley[1], qui tente de le persuader de quitter son poste à la Banque d'Angleterre pour se consacrer pleinement à l'écriture. En 1893, Henley encourage Grahame à envoyer un recueil de ses nouvelles et essais à la maison d'édition The Bodley Head de John Lane. Ce recueil, intitulé Pagan Papers et illustré par Aubrey Beardsley reçoit un accueil favorable de la critique. Grahame, désormais écrivain recherché, devient un collaborateur régulier du périodique The Yellow Book, publié également par The Bodley Head. En 1894, il loue une maison à Kensington Crescent, qu'il partage avec Tom Greg, correspondant indépendant pour le Pall Mall Gazette et le National Observer[4], jusqu'au mariage de ce dernier, et leur gouvernante, Sarah Bath.
L'Âge d'or, publié en 1895, raconte les aventures de quatre enfants surnommés les Olympiens, élevés par des oncles et tantes, et fait la renommée de Grahame l'imposant comme une autorité en matière de littérature jeunesse. Certains chapitres du livre avaient déjà paru dans Pagan Papers, tandis que la plupart étaient sortis dans le National Observer et d'autres périodiques. Une suite, Jours de rêve parait en 1898 et rassemble des nouvelles publiées dans des périodiques au cours des quatre années précédentes année. La même année Grahame est nommé secrétaire de la Banque d'Angleterre.
En 1897, Grahame rencontre Elspeth (Elsie) Thomson, fille de Robert William Thomson et sœur de Courtauld Thomson. Ayant perdu ses deux parents, elle vivait à Onslow Square avec son beau-père, John Fletcher Moulton, député libéral. Âgée d'une trentaine d'années, elle nourrit des ambitions littéraires et aspire à devenir romancière et poétesse, sans toutefois y parvenir[3]. Grahame et Elsie se marient le 22 juillet 1899 à l'église St Fimbarrus de Fowey, en Cornouailles. Le témoin est le cousin de Grahame, l'écrivain Anthony Hope. La sœur de Grahame, Helen, désapprouve ce mariage, estimant que les deux époux sont incompatibles, et le frère et la sœur se brouillent. Le couple s'installe à Durham Villas (aujourd'hui Phillimore Place) à Kensington, où leur fils unique, Alastair (surnommé Mouse), naît prématurément en 1900, atteint d'une cataracte congénitale qui le rend aveugle d'un œil[5]. Grahame raconte à son fils, au coucher, des histoires de taupe, de castor et de rat d'eau. Les lettres qu'il écrit à Alastair lorsque ce dernier passe des vacances chez sa nourrice à Littlehampton en 1907, tandis que ses parents résident à Falmouth, en Cornouailles, contiennent des histoires de crapaud. Ces récits animaliers sont considérés comme la source d'inspiration du Vent dans les saules.
En 1903, Grahame échappe de justesse à un attentat lorsqu'un homme pénétre dans la Banque d'Angleterre et tire trois coups de revolver sur lui, le manquant à chaque fois. L'homme, George Frederick Robinson, sera maîtrisé et arrêté. Après un procès à l'Old Bailey, où il est reconnu coupable mais irresponsable de ses actes, il sera interné à l'hôpital de Broadmoor. Grahame ne se remet jamais complètement du traumatisme de cet incident, qui contribue peut-être à sa retraite anticipée de la Banque[3].
Retraite
Grahame prend sa retraite de la Banque en 1908, à l'âge de quarante-neuf ans, officiellement pour raisons de santé, la raison donnée dans sa lettre de démission. Une autre explication fut avancée par un ancien collègue, W. Marston Acres, qui écrivit en 1950 que le ressentiment de Grahame face à l'attitude autoritaire d'un directeur lors d'une discussion sur des affaires officielles l'avait poussé à accuser ce dernier de « manque de savoir-vivre ». Marston Acres pensait que le directeur en question était Walter Cunliffe, qui devint plus tard gouverneur de la Banque d'Angleterre[6]. À son départ de la Banque, Grahame reçoit une pension annuelle de 400 £, alors qu'il aurait pu espérer 710 £. En 1906, il prend à bail une maison appelée Mayfield (qui deviendra plus tard l'école préparatoire Herries) à Cookham Dean, non loin de son lieu d'enfance.
Le Vent dans les Saules est publié en 1908, quatre mois après la démission de Grahame de la Banque. Refusé par Everybody's Magazine aux États-Unis et par son éditeur britannique habituel, The Bodley Head, le livre fut finalement publié au Royaume-Uni par Methuen, une édition américaine étant éditée par Scribner. Le livre reçoit un accueil mitigé à ses débuts, mais conquiert rapidement le public grâce à son mélange savoureux d'humour et de romantisme bucolique[7],[8],[9]. En 1910, les Grahame quittèrent Cookham Dean pour s'installer dans une ferme, Boham's, dans le village de Blewbury, près d'Oxford.
Le fils de Grahame, Alastair, s'épanouit à la Old Malthouse School, mais connait ensuite des expériences brèves et moins heureuses à la Rugby School et à Eton College avant de prendre des cours particuliers pour préparer son entrée à l'Université d'Oxford. Pendant la Première Guerre mondiale, Grahame participe à l'effort de guerre dans le village, en créant une usine de fournitures chirurgicales, tandis qu'Alastair se voit réformé en raison de sa mauvaise vue, et entre à Christ Church, à Oxford, en 1918. Le 7 mai 1920, le corps d'Alastair est retrouvé sur la voie ferrée près d'un passage à niveau à Oxford. Bien que le jury conclue à une mort accidentelle, la rumeur d'un suicide persistera. Il est inhumé au cimetière de Holywell à Oxford le 12 mai 1920, jour de son vingtième anniversaire[5],[10],[11].
Hormis quelques essais et conférences, ainsi que son poste d'éditeur de The Cambridge Book of Poetry for Children (1916), il cessa d'écrire après le Vent dans les Saules. En 1930, le livre fut adapté au théâtre par Alan Alexander Milne sous le titre Toad of Toad Hall et connut plus de 100 éditions[1],[12].
Après la mort de leur fils, Grahame et Elsie partirent pour l'Italie et y passèrent plusieurs années à voyager. À leur retour en Angleterre, ils s'installèrent à Church Cottage, dans le village de Pangbourne, où Grahame meurut d'une hémorragie cérébrale le 6 juillet 1932. D'abord inhumé à l'église Saint-Jacques-le-Mineur de Pangbourne, sa dépouille est ensuite transférée au cimetière de Holywell pour reposer auprès d'Alastair. Son cousin, Anthony Hope, rédigea son épitaphe : « À la douce mémoire de Kenneth Grahame, époux d'Elspeth et père d'Alastair, qui s'est éteint le 6 juillet 1932, laissant derrière lui une enfance et une littérature à jamais plus riches.» Elsie survécut quatorze ans à son mari. Grahame légua les droits d'auteur de ses œuvres à la bibliothèque Bodléienne, qui conserve également ses archives.
Exploitation de son œuvre
La Walt Disney Company s'est inspiré de son œuvre principale pour réaliser :
- une section du film d'animation, Le Crapaud et le Maître d'école, baptisée La Mare aux grenouilles
- une attraction, Mr Toad Will Ride, basé sur le film
- un restaurant, Toad Hall Restaurant, au Parc Disneyland
Disney est également à l'origine de l'adaptation en 1941, sous la forme d'un film d'animation, de sa nouvelle Le Dragon récalcitrant.
Une bande dessinée adapte son dernier roman, Le Vent dans les Saules : le scénariste et dessinateur Michel Plessix a signé les quatre tomes de cette fidèle retranscription, parue aux éditions Delcourt entre 1997 et 2001. Quatre tomes de la suite, intitulée Le Vent dans les sables, utilisent les animaux, protagonistes du roman, dans une intrigue originale.
Une version française adaptée de la nouvelle Le Dragon récalcitrant a été publiée sous le titre Le dragon qui aimait la poésie, Cannes : Les trésors du dragon mauve, 2024. Traduit et adapté par Françoise Gries[13].
