Khoïsan

groupe ethnique en Afrique australe, chasseurs, cueilleurs et agriculteurs From Wikipedia, the free encyclopedia

Khoïsan (ou « Khoisan », ou « Khoesan ») est un terme servant à désigner conjointement deux groupes ethniques autochtones d'Afrique australe qui partagent des caractéristiques les distinguant des populations bantoues. Les Khoïsan se divisent entre les chasseurs-cueilleurs San, que les colons qualifieront de « Bochimans » (de l'anglais Bushmen, terme qui n'est aujourd'hui plus utilisé) et les pasteurs Khoikhoi que les Européens désigneront péjorativement comme « Hottentot ». Le terme « Khoisan » est donc un mot composé inventé dans les années 1920 par l'anthropologue allemand Leonhard Schultze (en). Malgré les différences liées à leurs modes de subsistance, les groupes San et Khoikhoi, par ailleurs très divers, partagent un grand nombre de traits communs en matière d'organisation territoriale, de relations entre les genres, de parenté, de rituels, de langues et de cosmologie. De nombreux Khoïsan vivent aujourd'hui dans les zones arides de la région, notamment dans le désert du Kalahari.

Population totale 300 000[1]
Ethnies liées Sandawe
Faits en bref Population totale, Langues ...
Khoïsan
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Homme San, âgé de 33 ans.
Populations importantes par région
Population totale 300 000[1]
Autres
Langues Afrikaans[2], Langues khoïsan
Religions Christianisme, Religions traditionnelles africaines
Ethnies liées Sandawe
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En jaune, zone d'habitat des locuteurs des langues khoïsan.
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Histoire

S'il est nécessaire de parler de l'histoire des Khoikhoi, des San ou des Bantou pour comprendre l'histoire de l'Afrique du Sud, il faut donc également aborder ces catégorisations avec précaution en n'oubliant pas qu'elles sont des constructions socio-historiques qui peuvent masquer des processus d'interconnexion et d'échange entre groupes[3].

Les San

La culture de populations de chasseurs cueilleurs San est attestée depuis environ 20 000 ans AP. Il est difficile de reconstituer précisément l'histoire et l'évolution de ces groupes répartis aujourd'hui majoritairement sur les territoires désertiques et semi-arides des actuels Afrique du Sud, Namibie et Botswana. Les San seraient actuellement environ 100 000 en Afrique australe[4] et certaines sources mentionnent le fait que leur nombre n'a jamais excédé une cinquantaine de milliers d'individus sur le territoire de l'actuelle Afrique du Sud[5] (et ce malgré le fait que cette population était la plus nombreuse du monde en 22 000 av. J.-C.[6],[7],[8]). Ces chasseurs-cueilleurs n'ont, en termes modernes, laissé presque aucune empreinte écologique, excepté des peintures rupestres. Il existe un débat entre historiens (nommé le « débat du Kalahari ») pour savoir si les San ont toujours majoritairement habité les zones désertiques ou s'ils y ont été repoussés sous les effets de la colonisation[9].

San devant leur habitation.

Le terme de « San » est un exonyme d'origine Khoikhoi dont le sens étymologique est aujourd'hui partiellement masqué. Certaines sources avancent que cette désignation serait plutôt péjorative et stigmatisante[10],[11] d'autres expliquent qu'elle pourrait signifier, en écho à leur statut de chasseurs cueilleurs, « ceux qui ramassent »[12]. Les San se désignent eux par les noms des différents groupes qu'ils composent : !Kung, ǀXam, ǂKhomani, Nǀu, Gǀanda, Domkhoe, Kǀhessákhoe, Gani, Tanne, Tsʼéxa, Ncoakhoe, ǂHaba, Tsoa, Cire Cire, Deti, Ganádi, Shwakhwe, Nǀookhwe, Kǀoreekhwe, ǁʼAiye, ǀTaise, Tshidi, Danisi, Cara, ǀXaio, Auen, Kua, Xgana et Cgui, etc. Bien qu'imparfaite la désignation englobante de San est aujourd'hui préférée au terme animalisant de « Bochiman » (en anglais « Bushmen », littéralement « homme des bois ») introduit lors de la colonisation européenne[11].

Contrairement à une idée répandue, les San ne sont majoritairement pas nomades. Des travaux anthropologiques sur le groupe San des !Kung ont permis de montrer qu'ils vivent en « bandes » d'environ 25 personnes, au plus près des points d'eau permanents et se dispersent pendant la saison humide pour exploiter un territoire plus vaste. Chaque « bande » exploite une zones définie par un réseau de points d'eau et l'accès à des ressources végétales et animales[13].

Les Khoïkhoï

Vers 2500 - 2000 ans AP, des éleveurs semi-nomades khoïkhoï, et peut-être dans un premier temps seulement leur culture, se diffusent sur le territoire actuel de l'Afrique du Sud dans un processus de néolithisation (c'est-à-dire d'introduction d'animaux domestiques, de techniques d'élevage et de production de céramiques)[14]. Avant que la colonisation et l'épidémie de variole de 1713 ne viennent profondément perturber les sociétés khoïkhoï, les voyageurs et colons européens des XVIIe et XVIIIe siècle décrivent des populations vivant en villages (appelés kraal en afrikaans) dont les huttes hémisphériques délimitent un espace central servant d'enclos à bétail. Les huttes sont constituées de nattes appliquées sur une armature de branches et sont facilement démontables et transportables à dos de bœuf lors des transhumances entre pâturages d'été et d'hiver. Les Khoïkhoï se regroupent en groupes plus larges à certaines occasions et migrent parfois vers d'autres territoires[15]. Au XVIIe siècle leur nombre est évalué entre 100 000 et 200 000 personnes, réparties en différents groupes formant une chaine de sociétés plus ou moins interconnectées et qui se sont probablement formés par segmentation successives de lignages[16].

Les Khoisan

Si le terme de Khoisan est contesté étant donné qu'il rassemble des populations fortement hétérogènes, son utilisation permet de penser ensemble des groupes qui partagent certaines caractéristiques communes[10].

Khoisan faisant griller des sauterelles, 1805. Aquatinte par Samuel Daniell.

La première de ces caractéristiques est la langue. Les linguistes ont en effet identifié une famille de langues khoisan (cf. carte ci-dessus) composée de quatre sous-groupes (Khoe, !Kung, !Ui-Taa, ≠Hõã). Bien que les experts aient du mal à reconstituer l'histoire de cette famille, dont la grande diversité fait douter certains de leur parenté, l'existence de clics plaide en faveur d'une langue originelle commune (dont l'aire d'influence a potentiellement pu s'étendre au delà de la seule Afrique australe comme le laisse supposer la présence de possible isolat en Tanzanie actuelle)[17].

Bien que la cosmologie et les croyances religieuses khoisan témoignent d'une longue histoire de diversification et de circulation, elles sont aussi marquées par certains traits communs. Celles-ci sont caractérisées par l'absence de cultes rendus aux ancêtres et par la pratique de la transe pour entrer en contact avec un monde parallèle (ce que certaines peintures rupestres pourraient représenter). De plus, si les déités, esprits ou héros sont nombreux et très divers selon les groupes, les religions khoisan évoquent toutes l'existence d'un être suprême vivant dans les cieux et accueillant les morts[18].

A partir de 2000 ans AP, les populations khoisan cohabitent avec des populations bantou. Les Khoïsan et leur mode de vie pastoral ou de chasseurs-cueilleurs restent dominants à l'ouest de la Fish River, en actuelle Afrique du Sud, et dans les déserts alentour, où le climat entrave le développement de l'agriculture bantoue[19]. S’il est difficile de retracer avec certitude les relations entre ces groupes, des processus de conflit mais aussi d’absorption et d’emprunts culturels s’opèrent et viennent parfois brouiller les lignes. Les traditions orales recueillies par les premiers colons évoquent ainsi des cas d’incorporation d’individu·es et de lignages « khoisan » par des populations de langues bantou et vice-versa. Cette hypothèse est renforcée par le fait que des langues bantu, comme le xhosa ou le zulu, intègrent plusieurs des « clics » caractéristiques des langues khoisan[20].

L'historiographie sud-africaine a longtemps été très ethnicisante, retranscrivant de manière isolée et essentialisante[21] l'histoire des différents groupes qui font l'Afrique du Sud, masquant ainsi les phénomènes de passage et d’échange entre ceux-ci[22]. L'opposition entre une Afrique du Sud précoloniale « brune » à l’ouest, habitée par des populations khoisan et une Afrique du sud « noire » à l’est, peuplée de populations bantou va par exemple irriguer au XIXe et XXe siècle l’opposition entre « Coloureds » et « Noirs Africains ». En opposition à cette vision de l'histoire, à partir des années 1970, des chercheurs questionnent les frontières de ces catégorisations en mettant en lumière les processus d'interconnexion et d'échange entre groupes[23],[24].

Linguistique

Une des preuves de la présence originelle des Khoïsan en Afrique australe est la répartition actuelle de leurs langues[note 1]. Les langues du groupe khoïsan présentent d'importantes différences de structure et de vocabulaire en dépit de leur grande proximité géographique, ce qui démontre une longue période d'influences réciproques et de coévolution des langues dans la même région[25]. Par opposition, les langues des peuples d'origine bantoue de la région, telles celles des Zoulous et des Xhosa, sont très semblables. Cela indique une ascendance commune beaucoup plus récente pour le groupe bantou de la région[26]. Les Xhosa et les Zoulous ont adopté les « clics » représentant les consonnes, caractéristiques des langues khoïsan, ainsi qu'une partie du vocabulaire, dans leurs langues respectives.

Génétique et biologie

Femme Khoïkhoï stéatopyge (vers 1900). Encyclopédie Orgelbrand.

Charles Darwin écrit à propos des Khoïsan et de la sélection sexuelle dans son ouvrage de 1882, La Filiation de l'homme, arguant que la stéatopygie participe à l'évolution au travers de la sélection sexuelle chez l'homme[27].

Dans les années 1990, des études génétiques sur les peuples du monde montrent que le chromosome Y des San partage certains modèles de polymorphisme distincts de toutes les autres populations[8]. Du fait que le chromosome Y se transmet avec peu d'altérations d'une génération à l'autre, les tests génétiques sur l'ADN l'utilisent pour déterminer quand les différents sous-groupes se sont séparés les uns des autres et, donc, leur ascendance commune. Les auteurs de ces études suggèrent que les San sont l'une des premières populations à se différencier du dernier ancêtre commun à tous les humains existants par filiation patrilinéaire, l'Adam Y chromosomique, dont on estime qu'il vécut il y a 60 à 90 000 ans[28],[29]. Les auteurs notent également que leurs résultats doivent être interprétés comme se limitant à constater que les Khoisan « préservent des lignées anciennes » et non pas qu'ils ont « cessé d'évoluer » ou qu'ils sont « anciens », puisque les changements ultérieurs de leur population sont parallèles et similaires à ceux de toutes les autres populations humaines[30]. Une population fantôme a été détectée dans le patrimoine génétique des Khoïsan[réf. nécessaire].

Plusieurs études sur le chromosome Y[31],[32],[33] confirment que les Khoïsan possèdent les haplogroupes du chromosome Y les plus variés, c'est-à-dire les plus anciens. Ces haplogroupes sont des sous-groupes spécifiques des haplogroupes A et B, les deux branches les plus anciennes de l'arbre du chromosome Y humain.

De manière similaire aux découvertes faites à l'occasion des études sur le chromosome Y, les recherches pratiquées sur l'ADN mitochondrial montrent aussi que les Khoïsan sont très fréquemment porteurs des plus anciens haplogroupes de l'arbre de l'ADN mitochondrial. Le plus ancien haplogroupe mitochondrial, le L0d, est très fréquent chez les Khoïkhoï et les San[31],[34],[35],[36].

Titres fonciers des Khoïsan

Les Khoïsan font partie des nombreux peuples qui ont été dépossédés de leurs terres par les autorités coloniales au xixe et au début du xxe siècle. Après la fin de l'apartheid, le gouvernement sud-africain a autorisé jusqu'en 1998 les familles khoïsan à émettre des revendications territoriales pour les terres spoliées après 1913. Le commissaire adjoint sud-africain aux revendications territoriales, Thami Mdontswa, a déclaré qu'une réforme constitutionnelle serait nécessaire pour permettre aux Khoïsan d'engager des poursuites pour des terres qui leur auraient été enlevées avant le 9 juin 1913[37].

Articles connexes

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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