Kim Yaroshevskaya
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(à 101 ans) Canada |
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Kim Yaroshevskaya (en russe : Ким Ярошевская), née à Moscou (RSFS de Russie, URSS) le et morte le à Verdun (Montréal), est une actrice, auteure et scénariste québécoise d’origine russe.
Principalement connue du grand public québécois pour ses rôles de Fanfreluche et de Grand-Mère, elle a marqué l'imaginaire de milliers d'enfants. Kim Yaroshevskaya occupe une place importante dans l’histoire du théâtre et de la télévision jeunesse au Québec.
Enfance

Kim Yaroshevskaya vient au monde dans une famille juive[1]. Elle est la fille unique d'Abraham Yaroshevsky et d'Esfir Eitches[2]. Ils se sont mariés à Pittsburg, en Amérique, où Abraham a travaillé quelques années dans une aciérie. Socialiste, Esfir se radicalise jusqu'à devenir anarchiste. Le couple est expulsé des États-Unis. Il s'installe à Moscou où naît leur enfant[3].
Ses parents, révolutionnaires communistes de la première heure, l’ont d’ailleurs prénommée Kim en l’honneur de l’Internationale des jeunes communistes, organisation dont l’acronyme en russe est « Ким »[4].
Peu à peu, après la mort de Lénine, Staline s'impose à la tête de l’Union soviétique, installant un pouvoir totalitaire dont l'emprise culmine dans les années 1930. La mère de Kim, qui a pris de l'importance au sein du Parti communiste, perd foi en son idéal. Son père, trotskiste, est fréquemment emprisonné [4]. Kim grandit ainsi dans cet environnement fortement imprégné de l'idéologie communiste, où même les jouets prennent la forme de fusils pour enfants. Rêvant depuis toujours d’avoir une poupée, elle en reçoit finalement une, ainsi qu’une robe, de la part de sa mère. Peu après, celle-ci met fin à ses jours. Kim n’a alors que cinq ans[5].
Sa grand-mère paternelle, qui ne parle qu’ukrainien, se rend à Moscou pour prendre soin d'elle, mais Kim refuse tout contact avec elle. Elle est alors placée dans un detski dom, une forme d’orphelinat soviétique. À l’âge de sept ans, sans nouvelles de son père, Kim demande à sa grand-mère de venir la chercher et va vivre chez elle. La culture est très valorisée au sein de sa famille. Kim, qui possède une imagination débordante, commence déjà à inventer des histoires. Se sachant gravement malade, sa grand-mère incite sa petite-fille à écrire à ses grands-parents maternels, établis à New York depuis la Révolution[3].
Montréal au lieu de New York

Kim ne peut toutefois s’installer à New York, les autorités américaines lui refusant l’entrée sur le territoire. Une tante maternelle, Sonia, établie à Montréal, accepte alors de l’accueillir. En 1934, après de longues démarches – quitter l’URSS étant alors extrêmement difficile –, son oncle Léon, mari de Sonia, fait le voyage pour venir la chercher. Après avoir dit adieu à sa grand-mère, l'oncle et la fillette se rendent en Angleterre. Sur la route, l'enfant commence à découvrir le monde capitaliste. Ils quittent enfin Liverpool à bord du Laurentic à destination du Québec. Kim n'a que dix ans[6],[7].
À son arrivée à Montréal, elle ne parle ni français ni anglais. C'est une vie bien différente de celle qu'elle a connu jusque-là qu'elle doit apprivoiser. Comme beaucoup de Juifs montréalais, elle est inscrite à l’école anglaise[8]. Elle doit toutefois interrompre sa scolarité en raison d’une tuberculose. Durant cette période, elle lit abondamment, notamment les livres hérités de son père[9].
Kim Yaroshevskaya demeure très discrète sur sa vie privée dont on ne sait pratiquement rien, hormis qu'elle apprend le français parce qu'elle est amoureuse d'un Québécois[10]. Elle est naturalisée canadienne en 1945[11].
Théâtre Le Grenier
La jeune Kim est attirée par les arts et rêve de devenir danseuse[12]. Dans les années 1940, elle fréquente l’École des beaux-arts de Montréal et prend des cours de danse[13]. Elle s'intègre au milieu francophone, plus particulièrement dans l'Ordre de Bon Temps, se faisant des amis comme Guy Messier, Gaston Miron, Claude Caron, Guy L'Écuyer[14]. Kim est attirée par les danses folkloriques qu'elle apprend au sein de ce mouvement de jeunesse. Elle participe bientôt à leurs veillées. L'Ordre organise des activités pour les enfants et les adultes dans les parcs et les camps de vacances. Divers ateliers (chant, danse, etc.) y sont dispensés. Kim s'occupe de l'atelier de danse au camp des Grèves à Contrecœur[15].

À l'été 1952, elle est chorégraphe pour le spectacle la Légende de Cadieux qui a lieu au parc La Fontaine. Kim commence bientôt à donner des conseils à ses amis qui montent des pièces amateures. Ils l'invitent à se joindre à eux et c'est ainsi qu'elle apprend le théâtre. À cette époque, il n'y a pas de théâtre pour enfants. De plus, les Compagnons de Saint-Laurent viennent de cesser leurs activités. Auparavant, l'aumônier des Compagnons avait vu jouer Kim et ses amis et les invite à former une troupe de théâtre pour enfants. Ceux-ci relèvent le défi[3]. Dirigée par Guy Messier, la troupe prend le nom de Théâtre Le Grenier. Chaque membre doit maintenant s'inventer un personnage. Kim, inspirée par l’œuvre d'Alexandre Pouckine et le ballet Coppelia, se met dans la tête d'un enfant pour créer le personnage de la poupée Fanfreluche. Leur spectacle situe l'action dans un grenier imaginaire où prennent vie divers objets, dont le clown Fafouin (Guy Messier), l'horloge Gudule (Henriette Major), le pirate Maboule (André Loiseau) et la poupée Fanfreluche (Kim Yaroshevskaya)[3].

À l'été 1953, Le Grenier, toujours rattaché à l'Ordre de Bon Temps, présente pour le jeune public le spectacle Le pirate Maboule dans des salles paroissiales et à proximité des terrains de jeux à Montréal, ainsi qu’à l’extérieur de la ville[16]. La troupe, désormais composée de six personnes (Kim Yaroshevskaya, Guy Messier, Huguette Uguay, Jacques Létourneau, Monique Lepage et André Loiseau) connaît un grand succès[17].
Fanfreluche passe de la scène à la télévision
Fafouin
Entre-temps, face au succès que la petite troupe du Grenier rencontre, elle est invitée à participer à la télévision naissante. Les enfants québécois découvrent Fanfreluche pour la première fois dans l'émission Fafouin, diffusée à Radio-Canada pendant l'été 1954 puis en 1955. C'est toute la bande du Grenier qui s'y retrouve : Fanfreluche, Fafouin, Gudule, sans oublier le pirate Maboule[18].
La Boîte à Surprise
Pendant dix ans, de 1958 à 1968, Kim Yaroshevskaya anime périodiquement son personnage de Fanfreluche dans l'émission pour enfants La Boîte à Surprise à la télévision de Radio-Canada. Monsieur Surprise (interprété par Pierre Thériault puis Guy Mauffette) tire une histoire de sa boîte. On y retrouve, outre Fanfreluche, les personnages du clown Picolo (Paul Buissonneau), du pirate Maboule (Jacques Létourneau), de Michel le Magicien (Michel Cailloux), de Grand-père Cailloux (André Cailloux), de Sol (Marc Favreau) ou encore de Madame Bec-Sec (Huguette Uguay). Que ce soit par les ritournelles, le jeu des personnages ou les histoires qui y sont racontées, l'émission marquera toute une génération de téléspectateurs[19].
Les Mirlitons
En 1958, déplorant toujours le peu d’offres théâtrales destinées aux enfants, Kim fonde, avec Huguette Uguay, la troupe Les Mirlitons. Monique Lepage et Jacques Létourneau (du Théâtre-Club) se joignent rapidement à elles. La première année, Les Mirlitons présente la revue Ali-Baba, dans laquelle apparaissent Michel le Magicien, le pirate Maboule, Fanfreluche et Madame Bec-Sec[20]. En 1959, c'est la pièce Le Chat botté qui est montée. Kim ne semble plus faire partie de cette aventure après 1959[21].
Fanfreluche a sa propre émission
Après 1967, Radio-Canada décide de faire revenir plusieurs personnages de La Boîte à Surprise mais cette fois dans des émissions distinctes (Grujot et Délicat, Le Pirate Maboule, Sol et Gobelet, La Ribouldingue)[22].
C'est aussi le cas pour la poupée Fanfreluche. Entre 1968 et 1971, Kim Yaroshevskaya écrit, scénarise et interprète tous les épisodes de la série Fanfreluche diffusée à Radio-Canada. Revêtue de sa robe rose caractéristique, Fanfreluche ouvre son grand livre et prononce les mots caractéristiques « Il était une fois… ». Elle n'hésite pas à entrer dans l'histoire quand elle constate une injustice. Les contes de fée y sont une fois de plus à l'honneur. Elle y intègre aussi plusieurs éléments de la culture russe (opéras, contes, ballets) dès qu'elle le peut. Plusieurs comédiens et comédiennes, dont Hélène Loiselle, Jean Besré ou Marcel Sabourin, y interprètent les personnages des histoires de Fanfreluche[23].
Privilégiant les décors dépouillés, réalisés par Pierre Major, Kim souhaite mettre l'accent sur le maquillage de Julia et les costumes de Christiane Chartier. La musique est signée Herbert Ruff[23].
Grand-mère
Après avoir marqué une génération de Québécois et de Québécoises grâce à son personnage de Fanfreluche, elle récidive avec la prochaine génération grâce à la populaire émission jeunesse Passe-Partout (1977-1991)[1]. On la qualifiera d'ailleurs de « génération Passe-Partout[24] ». Produite à la demande du ministère de l'Éducation du Québec et diffusée à Radio-Québec ainsi qu'à Radio-Canada, l'émission éducative est destinée aux enfants québécois. Kim Yaroshevskaya y incarne le personnage de la bienveillante Grand-Mère, toujours coiffée de son chignon et revêtue de son châle. Elle conseille et veille sur les jeunes Passe-Partout (Marie Eykel), Passe-Montagne (Jacques L'Heureux) et Passe-Carreau (Claire Pimparé). Passe-Partout connaît un immense succès, donnant lieu à de nombreux produits dérivés, dont des cassettes et des disques, ainsi qu’à des spectacles[25].
Une grande carrière théâtrale et télévisuelle
Outre ces deux rôles iconiques, Kim Yaroshevskaya connaît une florissante carrière théâtrale. Elle tient des rôles importants dans une cinquantaine de pièces sur les principales scènes montréalaises, où elle joue notamment Tennessee Williams, Eugène Ionesco (Les Chaises), Anton Tchekhov (La Mouette), Federico García Lorca (La maison de Bernarda Alba), Samuel Beckett (Fin de partie) et William Shakespeare (Macbeth)[26] ainsi que des auteurs québécois (Robert Gurik, Réjean Ducharme). Sur scène, elle effectue aussi la narration de Pierre et le loup de Sergueï Prokofiev avec l'Orchestre symphonique de Montréal[27].
Parallèlement à cette carrière théâtrale, elle participe également à plusieurs téléromans, notamment Ent'Cadieux (1993-1999) et Mon meilleur ennemi (2001-2002). Kim Yaroshevskaya joue également dans une quinzaine de films au cours de sa vie[27].
Adorée du grand public, marqué par son rire de petite fille et son regard espiègle malgré le temps qui passe, chaque apparition de Kim est courue. C'est encore le cas lors de la lecture rassemblant ses souvenirs, qu'elle effectue au Théâtre de Quat'Sous en [28]. En , Kim Yaroshevskaya, alors âgée de 94 ans, publie sa biographie intitulée Mon voyage en Amérique[28]. Elle y raconte les circonstances dans lesquelles elle a quitté Moscou pour venir vivre au Québec[28]. L'ouvrage prend la forme d’un album photographique, d’un conte autobiographique en même temps qu'un recueil de souvenirs[29].
Mort
Kim Yaroshevskaya célèbre son centième anniversaire le [30]. Plusieurs personnes lui rendent alors hommage publiquement alors qu'une murale est dévoilée à Montréal. Représentant son personnage de Fanfreluche, la mosaïque de céramique est réalisée par Laurent Gascon[31].
Elle meurt le à l’âge de 101 ans des suites d’une chute survenue quelques semaines auparavant[32],[33]. Des amies comme Pascale Montpetit, Sophie Faucher et Violette Chauveau l’ont accompagnée durant ses derniers moments à l’hôpital et ont confié que Madame Yaroshevskaya était demeurée autonome jusqu’à son accident, vivant seule dans son appartement de L'Île-des-Sœurs[34],[35].
À l'occasion de son décès, Claire Pimparé, avec qui elle est demeurée amie pendant toutes ces années, confie : « Kim Yaroshevskaya ne l’a pas eu facile en arrivant au Québec à l’âge de 10 ans; mais elle a toujours été une femme extrêmement forte, avec énormément de caractère et jamais soumise. C’est ce qui lui a permis de créer le personnage de Fanfreluche de toutes pièces et de faire sa marque[36]». Jacques L'Heureux se souvient quant à lui : «Elle aimait beaucoup rigoler. D’ailleurs, on se souvient tous de son rire en cascade, son rire extrêmement communicatif et très mélodique. Elle était très facile à côtoyer[37]. »
Prix et hommages
- 1954 : prix Eaton de la meilleure actrice secondaire (rôle de la poupée Fanfreluche) décerné dans le cadre du Festival dramatique (région ouest du Québec)[38].
- 1991: récipiendaire de l’Ordre du Canada[39].
- 2002 : nomination aux Gémeaux dans la catégorie de la meilleure actrice de soutien pour une série ou une émission dramatique (Ent'Cadieux)[40].
- 2002 : Médaille du jubilé d'or de la Reine Elizabeth II[41].
- 2012 : Médaille du jubilé de diamant de la Reine Elizabeth II[41].
- 2017 : nommée compagne de l’Ordre des arts et des lettres du Québec décerné par le Conseil des arts et des lettres du Québec[42].
- 2023 :
Commandeure de l'Ordre de Montréal. - 2023: une murale en hommage au personnage de Fanfreluche a été inaugurée à Montréal, au coin des rues Ontario et Wurtele.