L'Armée des ombres
film de Jean-Pierre Melville, sorti en 1969
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L'Armée des ombres est un film franco-italien réalisé par Jean-Pierre Melville et sorti en 1969. Il s'agit d'une adaptation du roman du même nom de Joseph Kessel, publié en 1943.
Simone Signoret
Paul Meurisse
Jean-Pierre Cassel
| Réalisation | Jean-Pierre Melville |
|---|---|
| Scénario | Jean-Pierre Melville |
| Musique | Éric Demarsan |
| Acteurs principaux |
Lino Ventura Simone Signoret Paul Meurisse Jean-Pierre Cassel |
| Sociétés de production | Les Films Corona |
| Pays de production |
|
| Genre | drame |
| Durée | 139 minutes |
| Sortie | 1969 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Lino Ventura y incarne Philippe Gerbier, arrêté pour « pensées gaullistes » et dirigeant un réseau de résistants. Il s'échappe lors de son transfert vers la Gestapo parisienne. Mais les arrestations des membres de son réseau se suivent et les tentatives de libération ne sont pas toutes fructueuses.
Synopsis

Plusieurs des protagonistes vont s'exprimer en voix-off tout au long du récit, commentant leurs propres actions ou leurs pensées au moment même où ils seront filmés et les ressentiront en direct.
En , en France occupée. Philippe Gerbier est un ingénieur distingué des Ponts et Chaussées. Soupçonné de « pensées gaullistes » d'après une lettre anonyme, il est arrêté par la police de Vichy. Il est conduit en camion dans un camp de prisonniers reconverti en camp de concentration.
Plusieurs hommes se trouvent dans son baraquement. Trois d'entre eux, les plus âgés, sont spontanément perçus comme des « imbéciles » par l'ingénieur. Deux autres personnes se trouvent décalés des anciens. Il y a un quadragénaire affaibli et silencieux sur un lit de camp. Près de lui se trouve un tout jeune adulte, Communiste, qui est en bonne santé et qui le veille. Puisqu'il est empathique, direct et droit, ce jeune homme apparaît particulièrement intéressant aux yeux de l'ingénieur.
Philippe Gerbier tranche avec les autres prisonniers par une force de caractère peu commune, une masse musculaire qu'il entretient par de nombreux exercices et par les appuis qui l'ont placé dans ce camp. Il a aussi une certaine aptitude au commandement. Il prend soin de se présenter au jeune Communiste avec divers rapprochements subtils, le laissant faire ses propres conclusions (il l'appelle « camarade », il affirme faire le même métier que lui, il lui montre des sympathies pour son courant politique).
C'est que Philippe Gerbier cherche à mettre au point une technique de fuite. Il lui faut l'aide de quelqu'un autre avec lui, c'est ce qui explique son rapprochement initial avec le Communiste. Diverses techniques sont testées mais la fuite ne se concrétisera pas : quelques jours plus tard, les autorités françaises remettent l'ingénieur à la Gestapo, la police secrète nazie. Le transfert en voiture l'emmène directement à Paris pour un interrogatoire à l'hôtel Majestic (qui est dans la capitale le haut-lieu de la police secrète).
Là-bas, dès son arrivée, Philippe Gerbier patiente avant son interrogatoire à venir. Toujours en vêtement civil, il est sur un banc avec un résistant anonyme qui attend assis à côté de lui. Leur lieu d'attente est une sorte de corridor de petite taille. Une sentinelle allemande, debout, reste à l'entrée de la porte. Ce soldat est armé d'une arme à feu et d'un couteau et reste silencieux. L'ingénieur et l'anonyme parviennent à dialoguer très discrètement alors que la sentinelle est à deux mètres d'eux. En jouant sur un élan patriotique (que l'anonyme pourra exploiter lui aussi), Gerbier propose tout à la fois de s'approcher du soldat, de lui voler son couteau qui est présent sur sa jambe, de l'attaquer avec et de s'enfuir. Il est entendu si tout va bien que l'anonyme sera le premier à sortir de la pièce et du bâtiment.
Se redressant, l'ingénieur entame la conversation avec le soldat, lui prend son arme d'un geste vif et l'attaque avec en lui enfonçant, d'un seul geste, le couteau dans le cou jusqu'à la garde. Philippe a parfaitement bien visé et la sentinelle a tout à la fois été atteinte à la moelle épinière et a eu les cordes vocales sectionnées. Le soldat agonisant qui ne peut ni parler ni bouger est retenu avec aisance par son assaillant pour que sa chute soit silencieuse. Le résistant anonyme va alors s'enfuir le premier. Laissant passer quelques secondes, l'ingénieur part à son tour.
Le résistant anonyme qui l'a précédé dans la fuite est parvenu à sortir du bâtiment. Les gardes à l'extérieur poursuivent l'anonyme et lui tirent dessus loin dans une rue adjacente. Tout un pan de trottoir longeant le Majestic est maintenant vide de sentinelles. Philippe Gerbier en profite pour s'enfuir par là, à l'opposé des tirs, sans être poursuivi. Il fait nuit noire. L'évadé cavale à toute jambe sur une longue distance le long d'un trottoir sans aucune lumière.
Il va s'engouffrer, le souffle court, dans un local d'un artisan encore allumé. Il veut s'y cacher sans même savoir en quoi consiste la boutique. Il se rend compte qu'il s'agit d'un barbier. Puisque sa détention de plusieurs jours dans le camp lui a laissé un visage peu soigné, il demande de se faire raser. Le boutiquier, apparemment pétainiste (à en croire les affiches punaisées sur le mur) accepte de lui faire la barbe. Le silence est pesant tout le long de leur interaction puis, ayant compris sans peine qu'il venait de s'enfuir, le coiffeur lui offre un long pardessus gris à la place de son manteau sombre pour lui permettre de se faire plus discret. Philippe Gerbier retourne par la suite à Marseille où est basé le réseau qu'il dirige.
Le bras droit de Philippe Gerbier, Félix Lepercq, a identifié un certain Paul comme le traître qui a dénoncé son chef. Félix et Gerbier conduisent Paul dans une maison inhabitée de Marseille pour l'y exécuter pour trahison. Avec eux se trouve Guillaume Vermersch, dit « Le Bison », un colosse d'une loyauté absolue et ancien de la Légion, lui aussi membre du réseau. Ils y retrouvent Claude Ullmann, dit « Le Masque », un jeune résistant désireux de faire ses preuves dans une mission difficile. Cependant, l'exécution de Paul, prévue au pistolet, s'avère impossible en l'état : une famille a emménagé la veille dans la maison voisine et ne manquerait pas d'entendre les coups de feu, ce qui mettrait en péril la sécurité des Résistants s'ils se feraient attraper par la Milice ou la police.
L'ingénieur ordonne à ses hommes de l'aider à étrangler leur captif. Le Masque recule devant la manière et la méthode de l'exécution, ne supportant pas l'intensité émotionnelle que cette technique macabre fait ressentir, à l'opposée d'une mort instantanée et lointaine par arme à feu qui est nettement moins impactante. Gerbier le rabroue durement. Il lui confie avec une pointe d'émotion que c'est la première fois pour lui aussi d'avoir à assassiner de cette façon. Le Masque se reprend et les hommes mènent à bien leur sinistre besogne en étant profondément marqués par le dureté de la mise à mort.
Le même soir, Félix arrive dans un bar pour noyer ses souvenirs et tombe sur un ancien camarade d'escadrille. Il s'agit de Jean-François Jardie. C'est un homme séduisant et athlétique, amoureux du risque. Ses qualités sont d'être discret et fiable. Jean-François accepte l'offre de Félix de s'engager dans la Résistance, à la fois par ennui et par goût de l'aventure. Il mène ensuite avec succès plusieurs opérations d'importance croissante. Lors de sa première mission à Paris, le jeune homme fait la connaissance de Mathilde[Note 1], une femme admirable qui est en fait une pièce maîtresse du réseau de Philippe à l'insu de sa propre cellule familiale (elle a un mari et une fille adolescente). Elle agit sous l'apparence d'une ménagère anonyme.
Sa mission accomplie dans la capitale, Jean-François rend une visite-surprise à son grand frère Luc, qu'il surnomme « Saint-Luc » avec une affection enfantine manifeste qui fait rire son aîné. Luc mène une vie érudite et contemplative dans son hôtel particulier du 16e arrondissement. Les deux hommes ne se sont pas croisés depuis longtemps. Ils partagent un repas frugal dans un local crée dans la pièce de musique, chacun est très heureux de ce repas et de leur proximité. Nettement, les deux frères sont profondément liés. Cependant Jean-François résiste à la tentation de faire connaître son engagement dans la Résistance, ne sachant comment le faire comprendre à son frère, croyant aussi que ce dernier ne comprendrait pas cet engagement.
Philippe, qui depuis son évasion s'est installé à Lyon, prépare avec Félix son voyage au quartier général de la France libre à Londres. Il doit embarquer de nuit dans un sous-marin britannique dans la calanque marseillaise d'En-Vau avec un groupe d'aviateurs, eux aussi britanniques, qui retourneront au pays. Jean-François et Le Bison assureront la sécurité de l'opération. Au dernier moment, Philippe informe Félix que le « Grand Patron », le chef de leur groupe (dont l'identité est un secret jalousement gardé) sera lui aussi du voyage. Après que tous les autres ont embarqué, Jean-François conduit le Grand Patron jusqu'au sous-marin dans l'obscurité totale, puis retourne à terre sans jamais avoir vu son passager. Ce n'est que lorsque celui-ci est à bord que la lumière se fait sur le Grand Patron, qui n'est autre que son propre frère, Luc Jardie.
À Londres, Philippe Gerbier reçoit un appui logistique renforcé pour son réseau qui est considéré d'importance et Luc Jardie est fait Compagnon de la Libération en privé par Charles de Gaulle lui-même. La capitale britannique est une étrangeté aux yeux de l'ingénieur. Il n'a pas du tout les mêmes occupations ni le même âge que la pléthore de jeunes soldats qu'il croise. Ces derniers vadrouillent sur place, dansent, boivent et flirtent alors que le Résistant qui observe tout cela est fermé aux autres, taiseux et hors du temps.
Philippe écourte son séjour lorsqu'il apprend l'arrestation de Félix par la Gestapo. Parachuté en France dans les Alpes, il est abrité près d'Annecy. Son protecteur est le baron de Ferté-Talloire, un aristocrate qui est un royaliste convaincu. Ce Noble déteste l'occupant encore bien davantage qu'il peut haïr la République, ce qui le rend fort amer de l'ironie de la situation.
En l'absence de Philippe, Mathilde a pris le commandement du réseau et se révèle une cheffe exceptionnelle. Elle a appris que Félix est détenu sous garde renforcée par la Gestapo à Lyon et met au point un audacieux plan d'évasion : elle qui parle Allemand, elle affirmera avoir été envoyée par le haut commandement à bord d'une ambulance pour ramener Félix à Paris. Idéalement, il faudrait auparavant prévenir le captif pour garantir le succès du plan afin qu'il ne puisse pas compromettre, par inadvertance, ses camarades de réseau s'il les reconnaît déguisés. Malgré toute son ingéniosité, Mathilde ne trouve pas le moyen de s'en assurer.
Jean-François a assisté en silence à toutes les discussions. Il va rédiger une lettre de démission à Philippe pour camoufler son action à venir : de lui-même, il va se dénoncer à la Gestapo par une lettre anonyme qu'il va leur envoyer. Cette action a en fait tout d'un sacrifice fou, un don de soi sans retour. Jean-François le fait avec le simple espoir d'être enfermé ensuite avec son ancien camarade de régiment pour qu'il puisse dialoguer avec lui et lui permettre de partir dans l'ambulance de Mathilde sans faux-pas.
Sans transition, Jean-François apparaît ensuite menotté dans le dos et assis sur une chaise. Il va subir un interrogatoire avec le responsable même de la prison de Lyon, un haut-gradé Allemand. Le Résistant sera ensuite mis dans la même cellule que Félix. Son camarade d'infortune est dans un état critique à la suite des tortures dont il a fait l'objet depuis des jours. Pour son premier jour dans les geôles, Jean-François a lui aussi subit un passage à tabac particulièrement sévère.
Mathilde, ignorant tout du geste final de Jean-François (qui a agi à l'insu de tous les membres du réseau), convainc tout de même Philippe que le plan soit mis à exécution à condition que celui-ci ne participe pas à l'opération.
Déguisée en infirmière militaire allemande et accompagnée du Bison et du Masque eux aussi en uniforme allemand, Mathilde se présente en ambulance à la prison lyonnaise[Note 2] de Félix. Elle est porteuse d'un ordre contrefait pour le transfert de Félix à Paris. Déjouant le contrôle d'entrée du camp, Mathilde pénètre dans la cour centrale de la prison avec l'ambulance au vu de Jean-François qui la reconnaît depuis un soupirail. Le médecin militaire de la prison examine Félix dans sa cellule et le déclare intransportable, confiant à Jean-François puis à Mathilde qu'il ne survivra pas à ses blessures. Mathilde n'a alors d'autre choix que de prendre la nouvelle avec flegme et de repartir bredouille. Voyant que l'opération échoue, Jean-François propose à Félix son unique pilule de cyanure pour lui donner la possibilité d'abréger ses souffrances en se suicidant. Comprenant qu'il faut l'inciter à agir, il va lui mentir en lui faisant croire qu'il en a plusieurs autres.
Serré de plus en plus près par la Gestapo qui a arrêté et exécuté sans jugement Ferté-Talloire et son personnel, Philippe retrouve Mathilde dans un restaurant de Lyon. Celle-ci a vu dans le porche d'entrée de la prison le portrait de l'ingénieur sur une affiche de personnes recherchées. Elle l'implore de fuir à Londres où il sera protégé. Il refuse devant le besoin d'organiser le commandement des nombreux maquis qui se sont formés dans la région. Alors que Mathilde quitte le restaurant, une descente de police fortuite contre la fraude aux tickets de rationnement fait que le Résistant est retrouvé.
Reconnu et remis aux Allemands, l'ingénieur est conduit avec d'autres prisonniers dans le long couloir d'un champ de tir[Note 3], où un officier SS leur explique la règle de son « jeu ». Une mitrailleuse est en batterie juste derrière les prisonniers. Au signal de l'officier, les prisonniers doivent courir aussi vite que possible vers le fond du champ de tir, à l'opposé. L'officier donnera un peu d'avance aux prisonniers avant de commander le feu ; l'exécution des condamnés qui atteignent le mur vivants sera ajournée jusqu'à celle du lot suivant de prisonniers. Au signal, Philippe Gerbier refuse de courir mais l'officier le force en tirant à ses pieds. C'est à ce moment que l'équipe de Mathilde, en position sur le toit, lance des grenades pour obstruer la vision des allemands sur le champ de tir et parvient à extraire Gerbier de justesse au moyen d'une corde. L'ingénieur a été atteint de deux balles. il est blessé à une jambe et un bras.
Le Bison conduit ensuite son chef dans une ferme abandonnée quelque part dans la campagne. Sommairement soigné, le fugitif doit s'y cacher, ne rien allumer et attendre, seul, de nouveaux ordres. Il a reçu tout un sac de provisions en conserves. Il a pour compagnie divers ouvrages publiés par Luc Jardie (dont on comprend qu'il est philosophe), et s'occupe à en lire plusieurs.
Trois semaines passent puis Philippe reçoit la visite inattendue de Luc Jardie en personne, revenant directement de Londres pour lui parler. Le Grand Patron est venu chercher conseil auprès de lui après avoir appris l'arrestation de Mathilde. Philippe n'en savait rien et apprend de son chef quelques éléments qui ont fuité. Mathilde a conservé sur elle une photo de sa fille adolescente et de ce que l'on sait, la Gestapo utilise ce levier pour lui donner « le choix » : ou Mathilde dit tout sur le réseau, ou bien sa fille sera envoyée en Pologne dans un bordel pour soldats revenus du front russe. À peine le Grand Patron a-t-il expliqué la situation à son second que Le Bison et Le Masque s'annoncent. N'estimant pas nécessaire que sa présence soit connue, le philosophe se retire dans une pièce attenante. Les deux hommes apportent à Philippe un courrier codé dont il possède les codes de décryptage. Après déchiffrage, il est indiqué que Mathilde a été remise en liberté la veille et que deux membres du réseau (non nommés) ont été arrêtés peu après.
Sans aucune pitié, l'ingénieur ordonne de suite l'exécution immédiate de Mathilde. Le Bison refuse d'obéir puisqu'il est absolument convaincu qu'elle ne mérite pas ce sort funeste. Plusieurs membres du réseau doivent la vie à Mathilde ; l'ingénieur y compris ; et elle a fait preuve de sa compétence, de sa dévotion, pour la Cause. Le Bison est intraitable : il promet d'empêcher Philippe par la force si nécessaire. L'ingénieur et Le Masque comprennent qu'ils ne peuvent pas le faire changer d'avis. Jardie entre alors dans la pièce.
Conscient du « danger » que représente désormais Mathilde pour le réseau[Note 4], Le Grand Patron estime comme son second qu'il est nécessaire de la tuer ; mais l'admiration et la tendresse du Bison pour Mathilde empêchent ce dernier d'accepter cette finalité. Jardie fait preuve de ses compétences linguistiques et il lui explique que le comportement de Mathilde, qui n'a livré que deux hommes malgré sa mémoire photographique et s'est fait remettre en liberté sous le prétexte de conduire la Gestapo au reste du réseau, n'a pour but que de donner à la Résistance l'occasion de l'abattre pour protéger le réseau tout en sauvant sa fille.
Le Bison est profondément touché par cette logique qu'il n'entrevoyait pas et se rend à l'implacable description de son chef. Jardie annonce sa participation au prétexte qu'il est « sûr que Mathilde aimera [le] voir ». Mais, peu après, le Grand Patron avoue à l'ingénieur ne pas être convaincu lui-même de ce qu'il a avancé comme vérité. Alors, en réalité, il y a une incertitude manifeste sur la véracité de la traîtrise de Mathilde.
Quelques jours après, le , Mathilde marche dans la contre-allée de l'avenue Hoche à Paris lorsque Jardie et ses hommes s'approchent au ralenti dans une voiture allemande à la hauteur du numéro 4 de l'avenue en face du parc Monceau. En les voyant, Mathilde se fige et lance à Jardie un long regard pendant que Le Bison sort lentement un pistolet et l'abat de deux coups de feu. La voiture prend rapidement la fuite.
Le film s'achève sur une série de plans annonçant la fin tragique des quatre hommes :
« Claude Ullmann, dit « Le Masque », eut le temps d'avaler sa pilule de cyanure, le .
Guillaume Vermersch, dit « Le Bison », fut décapité à la hache dans une prison allemande le .
Luc Jardie mourut sous la torture le après avoir livré un nom : le sien…
Et le , Philippe Gerbier décida, cette fois-là, de ne pas courir. »
Fiche technique
- Titre original : L'Armée des ombres
- Réalisation : Jean-Pierre Melville assisté de Jean-François Adam
- Scénario, adaptation et dialogues : Jean-Pierre Melville, d'après le roman éponyme de Joseph Kessel
- Dialogues en allemand : Howard Vernon
- Photographie : Pierre Lhomme
- Cameraman : Philippe Brun assisté de Pierre Li et Jacques Renard
- Cadreur et coordinateur des effets spéciaux : Walter Wottitz
- Son : Jacques Carrère, Jean Nény et Alex Pront
- Décors : Théobald Meurisse
- Costumes : Colette Baudot
- Montage : Françoise Bonnot
- Musique : Éric Demarsan
- Montage musical : Robert Pouret
- Photographie de plateau : Raymond Voinquel
- Cascades : Rémy Julienne (non crédité)
- Production : Jacques Dorfmann
- Sociétés de production : Les Films Corona (France), Fono Roma (Italie)
- Société de distribution : Valoria Films
- Pays de production :
France,
Italie - Langues originales : français, allemand et anglais
- Budget : 6,6 millions de francs[2] (soit environ 8,9 millions d'euros en 2025[3])
- Format : couleur (Eastmancolor) - 1.85:1 - son monophonique - 35 mm
- Genre : drame, guerre
- Durée : 139 minutes
- Dates de sortie :
- France : , ressorties le et le
- Italie :
- États-Unis : , ressortie le
- Mention CNC : tous publics, art et essai (visa d'exploitation no 35415 délivré le )[4]
- Affiche : René Ferracci (France)
Distribution
- Lino Ventura : Philippe Gerbier
- Simone Signoret : Mathilde
- Paul Meurisse : Luc Jardie
- Jean-Pierre Cassel : Jean-François Jardie
- Paul Crauchet : Félix Lepercq
- Christian Barbier : Guillaume Vermersch « Le Bison »
- Claude Mann : Claude Ullman « Le Masque »
- Alain Libolt : Paul Dounat, le jeune traître
- Alain Mottet : le commandant du camp
- Alain Dekok : Legrain, le jeune communiste
- Serge Reggiani : le coiffeur
- Georges Sellier : le colonel Jarret du Plessis
- Marco Perrin : Octave Bonnafous
- Hubert de Lapparent : le pharmacien Aubert
- Jean-Marie Robain : le baron de La Ferté-Talloire
- André Dewavrin : le colonel Passy (lui-même)
- Jeanne Pérez : Marie, l'employée de maison de Luc Jardie
- Albert Michel : le gendarme dans le fourgon cellulaire
- Denis Sadier : le médecin de la Gestapo
- Colin Mann : le dispatcher dans l'avion
- Anthony Stuart : le major de la Royal Air Force
- Michel Fretault : le patriote anonyme qui s'évade avec Gerbier
- Jacques Marbeuf : l'officier SS qui interroge les prisonniers à Lyon
- Michel Dacquin : un condamné
- Gérard-Antoine Huart : un prisonnier
- Percival Russell : un soldat allemand
- Franz Sauer : un officier allemand
- Marcel Bernier : l'adjudant douanier
- Gaston Meunier : le contrôleur des bagages
- Françoise Bonnot : la secrétaire de l'agence artistique à Lyon (non créditée)
- Adrien Cayla-Legrand : Charles de Gaulle (non crédité)
- Nathalie Delon: l'amie de Jean-François à Marseille (non créditée)
- Photos des principaux interprètes.
- Lino Ventura en 1975.
- Simone Signoret en 1947.
- Paul Meurisse en 1953.
- Jean-Pierre Cassel en 1962.
Production
Genèse
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean-Pierre Melville découvre à Londres le roman L'Armée des ombres de Joseph Kessel[5]. Au sortir de la guerre, Melville a déjà pour projet de le transposer à l'écran , mais commence par l'adaptation du Silence de la mer, de Vercors, qui sort en 1947. Puis il réalise un autre film sur l'Occupation en 1961, Léon Morin, prêtre. Ce n'est qu'après l'incendie de ses studios rue Jenner, qui le poussent à changer de producteur, qu’il se lance dans l'adaptation de l'ouvrage de Kessel. Melville choisit Robert Dorfmann, qui lui envoie son fils Jacques Dorfmann, ayant l'intention de le prendre comme producteur associé. Dorfmann et Melville s'accordent pour produire deux films, « car aucun réalisateur ne rate deux films de suite » selon Melville[6].
Melville explique en interview : « Il fallait que je le fasse complètement dépassionné, sans le moindre relent de cocorico. C’est un morceau de ma chair que j’ai porté en moi 25 ans et 14 mois exactement »[7].
Choix des rôles
Pour le choix des rôles, Alain Delon est le tout premier choix de Melville pour le rôle de Gerbier, mais il refuse[8]. Melville se replie donc sur Lino Ventura, indiquant : « Il m’a fallu neuf ans pour le persuader d’accepter le rôle. »[9].
Il est à noter que Paul Meurisse et Jean-Pierre Cassel, qui jouent deux frères, avaient vingt ans de différence. Il n'est pas précisé quel écart leur est alloué dans le film.
Tournage
André Dewavrin, alias le colonel Passy, joue son propre rôle dans le film. Durant la Seconde Guerre mondiale, Dewavrin était le patron de Melville à Londres quand le réalisateur faisait partie de la France Libre[1].
Pour le premier plan du film, qui voit les soldats allemands défiler sur la place de l'Étoile puis s'engager sur les Champs-Élysées[10], Jean-Pierre Melville obtint une autorisation exceptionnelle[6], allant contre une tradition qui voulait qu'aucun acteur portant l'uniforme allemand ne marchât sur la place. Vincente Minnelli n'avait ainsi pu mener à bien une scène similaire pour Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse. C'est donc la première fois que les spectateurs peuvent voir, en couleur, cette scène[1] : ils doivent ressentir leur progression comme inéluctable[11]. C'est l'une des deux séquences de sa filmographie dont Melville est le plus fier[12],[13] (l'autre étant une scène du Doulos). Le plan seul coûta 25 millions de francs[6], et les conditions de tournage étaient particulièrement laborieuses : répétition à 3 heures du matin sur l'avenue d'Iéna, puis tournage à 6 heures, sonorisé par le bruit réel de bottes allemandes[11]. Melville pensait qu'il serait impossible de trouver des figurants capables d'exécuter correctement les pas de marche et engagea donc des danseurs.
Sur le plateau de tournage, les échanges entre Melville et Lino Ventura sont réduits au minimum et les consignes du réalisateur envers son acteur principal sont données par l'intermédiaire d'un assistant[6]. En effet, tous deux sont en froid depuis un malentendu survenu sur le tournage du Deuxième Souffle, mais un contrat obligeait l'acteur à tourner une seconde fois devant la caméra de Melville[14]. Qui plus est, Melville fait tout pour agacer Ventura, afin de le mettre dans les conditions nécessaires - de son point de vue - avec le rôle[11].
C'est le second film que Melville tourne en couleur ; envisageant un traitement particulier de celle-ci, il fait appel au directeur de la photographie Pierre Lhomme, dont c'est la première collaboration avec Melville. La couleur est alors réduite à un dégradé de gris, enfermant les protagonistes dans une longue épreuve. Lhomme estime que le tournage fut « un apprentissage et une mise à l’épreuve quotidienne »[6]. Selon lui, la dernière copie exploitable du film avait viré au rose avec le temps. Il a par la suite supervisé la restauration numérique du film en résolution 2K aux laboratoires Éclair à Paris.
L'avion qui ramène Gerbier d'Angleterre pour son parachutage en France est un Armstrong Whitworth Whitley Mk. V. L'appareil porte le code « EY-L » de l'escadron 78 de la RAF. Les avions légers effectuant la récupération sur le terrain du baron sont des Westland Lysander. Un Stinson SR-10C Reliant a été utilisé à la place de l'un des deux. Le numéro de série d'un véritable Lysander lui a été apposé. Le sous-marin apparaissant dans le film est un sous-marin Daphné de la Marine nationale française, l'Eurydice (S644) dont le numéro est visible lors de la scène d'abordage (ce qui est un anachronisme, ce sous-marin ayant été mis en service en 1962).
Lieux de tournage
- Scènes tournées dans le Rhône, à Lyon : Place de la Trinité (5e arrondissement) ; École de santé militaire (7e arrondissement)[15] ; jardins de l'ECAM (5e arrondissement ; scène du pique-nique avec vue en balcon sur Lyon).
- Scènes tournées à Marseille : devant le palais de justice de Marseille puis en voiture le long la corniche notamment devant la plage du Prophète avec gros plan sur l'ancienne plage du Prado (pas encore gagnée sur la mer) au niveau de la statue de David. Puis la voiture s'arrête à la plage de la Pointe-Rouge et le jeune Dounat est tué dans une rue de ce quartier.
- Les scènes localisées au château de « La Ferté-Talloire » ont été tournées dans le parc du château de Rosny sur Seine (Yvelines), qui est facilement reconnaissable[16].
- La dernière scène se déroule avenue Hoche, quittant progressivement la place du Général-Brocard (8e arrondissement de Paris).
- Le champ de tir du camp militaire de Satory, reconnaissable à l'époque le long de l'ex-nationale N 186, correspond au stand de tir de Balard.
Bande originale

Éric Demarsan compose la bande originale de L'Armée des ombres[17]. Melville avait repéré le jeune musicien lors de l'enregistrement au studio Davout de la musique de François de Roubaix pour Le Samouraï (1967), au cours duquel Demarsan dirigeait l'orchestre[18],[19]. Il lui avait alors lancé : « On se reverra certainement, monsieur d'Marsan ! »[17],[19]. En réalité, Demarsan avait déjà côtoyé Melville sans pouvoir lui parler lorsqu'il travaillait comme copiste pour son ami Bernard Gérard quand ce dernier écrivait en urgence sa partition pour Le Deuxième Souffle (1966)[17]. Melville lui confie finalement un an après la musique de son film sur la Résistance[20],[21].
« Je n’ai rien lu du tout pour L'Armée des Ombres. Le film était pratiquement fini, pas monté et il ne m’a rien fait lire. Il m’a juste demandé thème par thème ce qu’il voulait. Il était complètement directif. Je n’ai vu les images qu’une fois les thèmes validés. J’ai joué les thèmes chez lui, un par un. Semaine après semaine, j’en apportais un : il y avait quatre thèmes. Et une fois qu’ils ont été validés, j’ai vu des images et j’ai commencé à faire de la dentelle. Ce n’est pas forcément toujours comme ça, ce n’est qu’avec lui que ça s’est passé ainsi. »
— Éric Demarsan, 2015.
Demarsan reconnaît avoir eu à subir « une pression, évidemment, car en plus je connaissais [le] caractère [de Melville] : on savait qu’il pouvait se fâcher tout rouge en deux secondes. Mais c'est vrai qu'il mettait la pression, sans même le vouloir vraiment. Il était très intimidant »[19]. Face au sujet, le compositeur fait le choix d'éviter une écriture trop lyrique et préfère opter pour la retenue, tout en utilisant à la fois une formation symphonique, un accordéon et des instruments légèrement anachroniques par rapport à l'époque décrite dans le film comme l'orgue Hammond et la guitare électrique[17]. Il livre ainsi une bande originale à l'écriture minimaliste, bien que jouée par un orchestre de grande taille[19]. Au cours du montage, Melville déplace des morceaux prévus pour une séquence dans une autre[19]. Tout en approuvant les choix du réalisateur, Demarsan évoque « un thème qui a disparu, qu'il n'a pas mis et que j'aurais bien aimé qu'il mette parce que je trouvais que c'était un joli thème, un thème intermédiaire, secondaire… Je me souviens du thème de Fourvière, qui n'y est plus… Mais à la réflexion, il avait sûrement raison, parce que c'était un thème qui n'apparaissait qu'une fois dans le film et ça encombrait plus qu'autre chose… »[19].
La pièce symphonique qui accompagne la marche de Gerbier vers le peloton d'exécution, souvent attribuée à Demarsan, est en fait un extrait de la suite d'orchestre Spirituals for Strings, Choir and Orchestra, du compositeur Morton Gould[17],[19]. À l'origine, Melville, qui avait tourné la scène de la marche de Gerbier sur la musique de Spirituals, demande à Demarsan d'imiter l'œuvre originale de Gould[19]. Demarsan ne croit pas à cette solution : « J’ai répondu que ça ne serait pas possible, que ça ne marcherait pas, mais j'ai quand même fait ce qu’il demandait : j'ai pris toutes les entrées d'instruments aux mêmes endroits, j'ai mis les mêmes timbales tout en lui disant que ça ne marcherait pas »[19]. Mais le résultat, effectivement non concluant, amène le réalisateur et le compositeur à reprendre l'œuvre originale du compositeur américain[19]. La composition de Demarsan figure dans le disque de la bande originale aux côtés de celle de Gould[19]. Le morceau de Gould sert d'indicatif au générique de l'émission de télévision française Les Dossiers de l'écran, diffusée de 1967 à 1991[17].
Grâce à ce premier travail pour le grand écran en tant que compositeur en titre, Demarsan gagne la confiance de Jean-Pierre Melville[20]. Il le retrouve sur Le Cercle rouge (1970), en remplacement de Michel Legrand[17],[19].
Montage
La scène du défilé des soldats allemands sur les Champs-Élysées doit clore le film. Toutefois, in extremis, Melville décide que le plan fera l'ouverture plutôt que la fermeture[11].
Les dernières phrases annonçant le destin tragique des derniers personnages en vie n'étaient pas présentes dans le scénario original. Melville raconte que, lorsqu'il put projeter le film à Kessel, celui-ci sanglota quand il vit s'afficher ces sentences[11].
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« L'occupation nazie, la lutte clandestine, rajeunies d'un quart de siècle. On croyait le sujet rebattu, il naît à peine […] voilà deux heures et demie qui font battre le cœur plus vite. La mise en scène est d'un classicisme maniaque, les acteurs ne cachent pas leur « métier », le récit ne perd jamais son droit fil. Pourtant cela se vit au premier degré, cela conserve la fraîcheur de l'action en devenir avec ses péripéties à surprises. Miracle melvillien d'une re-création totale, doublé d'un trouble qui agace longtemps la mémoire. On n'oubliera pas de sitôt cette France de ténèbres et de crimes, où glissent de funèbres tractions-avant. »
— Michel Mardore, Le Nouvel Observateur,
Le film sort dans le contexte politique de l'après-Mai 68. Rendant hommage à la Résistance à une période où le rôle de celle-ci et de Vichy était fortement questionné en France, considéré comme un produit « gaulliste » alors que le général de Gaulle avait quitté brusquement ses fonctions quelques mois avant la sortie du film[1], il reçut une critique parfois négative, en particulier de la part des Cahiers du cinéma, qui entamaient alors un virage vers un discours plus politique. D'autres reprochent à Melville d'avoir adapté ses codes de film de gangsters à la thématique de la Résistance[11].
Ces mauvais échos critiques dissuadent les programmateurs américains de distribuer le film aux États-Unis. Il sort finalement en 2006 et cette sortie tardive est un événement cinéphilique unanimement applaudi par les critiques spécialisés[22]. Il est même classé meilleur film de l'année par les critiques du magazine américain Newsweek[23], du LA Weekly[24] et du New York Times[25].
Le film reçoit la récompense du meilleur film en langue étrangère lors des New York Film Critics Circle Awards 2006, et du meilleur film 2006 au « First Annual L.A. Weekly Film Critics Poll »[26],[27].
Sur le site agrégateur de critiques Rotten Tomatoes, le film obtient un score de 97 % d'avis favorables, sur la base de 73 critiques collectées et une note moyenne de 8,6/10[28]. Sur Metacritic, le film obtient une note moyenne pondérée de 99 sur 100, sur la base de 24 critiques collectées[29].
Accueil commercial
Lors de sa sortie en salles en , L'Armée des ombres connaît un début modeste avec 29 200 entrées dans trois salles à Paris, pour une moyenne de 9 733 entrées par salles, mais parvient à se maintenir dans les dix meilleures entrées durant plusieurs semaines[30]. Resté quinze semaines à l'affiche à Paris, il totalise 455 134 entrées dans la capitale et sa banlieue[30]. Sur l'ensemble du territoire français, il enregistre 1 401 822 entrées lors de sa sortie initiale[31].
| Semaine | Rang | Entrées | Cumul | Salles | no 1 du box-office hebdo. | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | du 10 au | 21 | 27 310 | 27 310 | 3 | Le Cerveau |
| 2 | du 17 au | 15 | 32 102 | 59 412 | 4 | Il était une fois dans l'Ouest |
| 3 | du 24 au | 7 | 57 294 | 116 706 | 11 | La Bataille d'Angleterre |
| 4 | du 1er au | 3 | 84 492 | 201 198 | 24 | |
| 5 | du 8 au | 88 915 | 290 113 | 31 | Il était une fois dans l'Ouest | |
| 6 | du 15 au | 5 | 79 663 | 369 776 | 32 | Hibernatus |
| 7 | du 22 au | 71 658 | 441 134 | 27 | ||
| 8 | du 29 octobre au | 6 | 101 967 | 543 101 | 38 | |
| 9 | du 5 au | 5 | 120 687 | 664 088 | 50 | |
| 10 | du 12 au | 7 | 59 748 | 723 836 | 42 | |
| 11 | du 19 au | 10 | 52 662 | 776 498 | 39 | Il était une fois dans l'Ouest |
| 12 | du 26 novembre au | 13 | 42 061 | 818 559 | 36 | La Horde sauvage |
| 13 | du 3 au | 10 | 44 432 | 862 901 | 39 | Le Clan des Siciliens |
| 14 | du 10 au | 12 | 38 461 | 901 364 | 41 | Bambi (reprise) |
| 15 | du 17 au | 8 | 49 296 | 950 660 | 53 | Le Clan des Siciliens |
| 16 | du 24 au | 29 | 25 809 | 976 469 | 57 | |
| 17 | du 1er au | 26 | 24 043 | 1 000 512 | 42 | |
| 18 | du 7 au | 21 | 33 425 | 1 033 937 | 33 | |
Trente-sept ans après sa sortie française, L'Armée des ombres est distribué aux États-Unis dans une combinaison de salles limitée et rapporte 741 766 $[32]. Ressorti en 2015 dans une seule salle américaine, le long-métrage récolte 25 450 $[33].
Exploitation ultérieure
Le film est régulièrement diffusé à la télévision française, la plus ancienne trace remonte sur Antenne 2, qui l'a diffusé en deux parties le 23 et [34], la deuxième soirée étant diffusée dans le cadre de l'émission Les Dossiers de l'écran sur le sujet de la Résistance. Par la suite, il a été rediffusé le toujours sur Antenne 2[35], le sur Antenne 2[36] et en 1985[35].
L'Inathèque, qui recense les diffusions depuis 1995, note en que L'Armée des ombres a été rediffusé vingt-trois fois, dont dix-neuf fois sur les chaînes nationales et quatre fois sur la TNT et les chaînes du câble du satellite[37].
Sur support vidéo, le long-métrage sort en VHS chez René Chateau en 1987, suivi d'une édition par Film Office en 1993[38] puis dans la collection Inoubliable Lino Ventura en 1997[39]. La première édition DVD connue date du , éditée par StudioCanal[40]. Le film fait l'objet de rééditions en DVD notamment dans des versions restaurées et est édité pour la première fois en Blu-ray en 2015, puis en Blu-ray 4k en 2024[40].
En , il est disponible dans cette version 4k restaurée sur la plupart des plateformes de streaming et de VOD[41] : Netflix, Canal+, OCS, Apple TV, Amazon Prime Vidéo, la Cinetek entre autres.
Analyse
Thèmes
L'un des thèmes principaux du film est le silence, celui des personnages engagés en résistance qui font montre de solidarité mais restent ancrés dans la mort (les « ombres » du titre). Lorsque Gerbier s'apprête à quitter sa chambre londonienne (qu'il ne reverra plus), les pas des SS du lieu de torture de Félix retentissent déjà[11].
L'être humain s'incarne dans son costume, qui révèle son rôle, et c'est à ce titre que Melville filme des casquettes allemandes alignées dans les vestiaires d'une boîte de nuit comme autant de casques dans une armurerie[14]. L'occupation militaire est anonyme (ni nom ni grade mentionné), l'ennemi devenant une entité globale[11].
Le réalisme n'est pas pour autant recherché par Melville, hors l'Occupation ; des contradictions dans les propos de Gerbier tendent à faire penser que les différentes scènes ne sont qu'un ensemble de souvenirs que le personnage revit avant de mourir[11].
Le don de soi pour une Cause est particulièrement prégnant ici. Par exemple, ce que fait Jean-François Jardie pour son camarade de régiment est marquant tant par sa volonté inébranlable d'agir à son échelle que par les souffrances qui en résulteront (et dont la finalité est soupçonnée, mais non prouvée, qu'il mourra sous la torture).
Inspirations
Jean-Pierre Melville suit très fidèlement le roman de Joseph Kessel, écrit en 1943, mais ajoute quelques détails de ses propres souvenirs de résistant[10].
Des références claires sont faites à des figures de la Résistance :
- Ainsi de membres du réseau Cohors-Asturies (Jean Gosset, René Iché) et du réseau de la confrérie Notre-Dame (notamment le colonel Rémy/Gilbert Renault).
- Le personnage de Luc Jardie (interprété par Paul Meurisse) fait directement référence à plusieurs personnalités :
- Jean Cavaillès : on voit les titres de ses livres Transfini et continu et Méthode axiomatique et formalisme à 1 h 53 ; puis Philippe Gerbier, après son évasion, lit Méthode axiomatique et formalisme, un Essai sur le problème du fondement des mathématiques (qui n'est en réalité que le sous-titre de Méthode axiomatique et formalisme), Sur la Logique et la théorie de la science, Transfini et continu et Remarques sur la formation de la théorie abstraite des ensembles. Dans le film (à 2 h 6), ces livres auraient été écrits par Luc Jardie « avant la guerre » ; ce qui, dans la réalité, n'était pas le cas de Transfini et continu et encore moins de Sur la Logique et la théorie de la science, dont même le titre est posthume ;
- Pierre Brossolette (la scène se déroulant entre Jardie et Gerbier sortant du cinéma s'inspire d'une sortie au cinéma entre Brossolette et Melville[6]) ;
- Jean Moulin (Luc Jardie décoré par de Gaulle).
- Le personnage de Philippe Gerbier (interprété par Lino Ventura) évoque quant à lui :
- Jean Pierre-Bloch[6], futur ministre (scène dans le camp d'internement) ;
- Paul Rivière[6], assistant du général de Gaulle
- Jean Gosset, adjoint de Jean Cavaillès, à qui il succède
- le colonel Rémy, agent secret (ses déplacements discrets en France occupée)[réf. nécessaire].
- Le personnage de Mathilde (interprété par Simone Signoret) se réfère à Lucie Aubrac[11] qui, encore professeure au début de la guerre, avait également enseigné l'histoire à Simone Signoret en Bretagne[42].
Par ailleurs, l'exécution de Mathilde est étrangement similaire à celle de Cora, dans La Chatte, d'Henri Decoin (1958), personnage d'ailleurs partiellement inspiré de Mathilde Carré.