La Bête (Catherine Hermary-Vieille)

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La Bête
Auteur Catherine Hermary-Vieille
Pays Drapeau de la France France
Genre thriller
Éditeur Albin Michel
Collection Romans Français
Date de parution 2014
ISBN 2253045462

La Bête est un roman d'aventure et thriller de Catherine Hermary-Vieille, publié le chez Albin Michel[1].

Il s'inspire très librement de l'histoire de la Bête du Gévaudan, un animal mangeur d'hommes à l'origine d'attaques mortelles de 1764 à 1767 dans l'actuelle Lozère. Malgré d'innombrables hypothèses envisagées, le mystère reste entier, ce qui permet à la romancière d'imaginer une trame romanesque sur fond de réalité historique[2].

On est au XVIIIe siècle. Enfant du Gévaudan, Antoine Chastel part vers Marseille en quête de rencontres et d'une vie meilleure. Mais son rêve tourne au cauchemar : capturé par des pirates barbaresques, il est emmené à Alger et devient soigneur dans la ménagerie du palais royal. Au contact des animaux, il finit par développer une haine envers les hommes...

Au XVIIIe siècle, dans le Gévaudan, une province du Massif Central qui correspond aujourd’hui au département de la Lozère, le petit village de La Besseyre-Saint-Mary vit au rythme des superstitions de l’Église et des croyances plus anciennes. Pour conjurer le mauvais sort et vaincre leurs peurs, les paysans se tournent vers Jean Chastel dit "Le Masque", un vieux guérisseur respecté. Ce dernier est en conflit avec son fils Antoine, qui rêve de liberté.

Les errances d'Antoine le mènent à Marseille, où il monte à bord d’un navire marchand en partance pour Tripoli. Capturé par des pirates barbaresques, il est conduit au palais du Dey d'Alger, où il subit l’humiliation de la castration. Relégué à la ménagerie royale comme soigneur d'animaux, il se lie à une hyène qui n’obéit qu’à lui.

Après de longues années de servitude, Antoine parvient à s’échapper avec sa compagne sauvage. De retour dans son village natal du Gévaudan. Mais la cohabitation entre le père et le fils tourne court : la Bête s’attaque au bétail, et Jean exige qu'elle soit tuée. Refusant de s’en séparer, Antoine s’enfonce dans la forêt du Mont Mouchet.

L’homme et sa bête vivent en marge du monde. Des pulsions obscures s’éveillent. Antoine se referme sur lui-même, nourrissant une haine sourde envers son père et ses semblables. Il développe un profond dégoût pour le genre humain, une rancœur qui ne cessera de grandir. Bientôt, des jeunes bergères sont retrouvées égorgées.

Des battues s’organisent sous l’autorité des envoyés du Roi Louis XV, convaincus de traquer un loup enragé. Antoine, par goût du jeu et porté par l’illusion d’être intouchable, brouille les pistes. Pendant des mois, les meurtres se poursuivent, et les femmes comme les enfants sont livrés en pâture à la hyène. Seul le vieux Jean Chastel entrevoit la vérité et finit par se confier au marquis d’Apcher, un seigneur local. Déchiré entre le poids d’un secret insoutenable et le sens du devoir, Chastel se résout à mettre fin à la folie meurtrière de son fils. C’est dans les bois du mont Mouchet, armé de son fusil, qu’il accomplit cet acte tragique...

Autour du roman

Représentation de la Bête féroce nommée hyène. (BnF, recueil Magné de Marolles, vers 1765).

La romancière Catherine Hermary-Vieille s'empare librement de l'histoire de la Bête du Gévaudan pour brosser le portrait d'un serial-killer dans la France rurale sous l'Ancien Régime[3]. À travers ce roman, elle explore les pulsions enfouies au plus profond de l’âme humaine, entre le réel et le fantasme, et nous interroge ce qui fait de nous des êtres civilisés, ou ce qui nous en sépare[4].

S’il est vrai qu’Antoine et Jean Chastel ont bel et bien existé, les personnages dans La Bête relèvent entièrement de la fiction romanesque. Dans la réalité, Jean-Antoine Chastel était un agriculteur du village de La Besseyre-Saint-Mary, né le . Il avait dix-neuf ans à l'époque de l'affaire. Aucun document d’époque ne fait état d’un comportement sadique ou violent. Il se marie en 1778 et devient père de neuf enfants, avant de décéder le à l’âge de 78 ans[5]. Dans le roman, Antoine Chastel est un personnage en marge de la société, castré, et dont l'existence s’achève sur une note tragique en 1766, ce qui est incohérent avec les faits réels. De même, l’ampleur géographique des attaques (pratiquement quotidiennes) de Saugues à Pinols, en passant par la forêt de Mercoire et parfois jusqu’aux monts d’Aubrac, sans routes ni moyens de déplacement, rend hautement improbable l’action d’un tueur en série.

On note d'autres erreurs historiques, comme la présence des « dragons du Roi » (en réalité les Volontaires du Régiment de Clermont-Prince). Cette erreur chez la romancière peut s'expliquer par la confusion avec les dragonnades dans les Cévennes qui persécutaient les protestants pendant les guerres de religion[6]. En parallèle, « Antoine de Beauterne » se nommait en réalité monsieur François Antoine, « de Beauterne » étant le nom de son fils[7].

En 1936, Abel Chevalley publie La Bête du Gévaudan, où Antoine Chastel apparaît déjà comme un marginal, ancien esclave des barbaresques et gardien de fauves. Cette hypothèse sans assise factuelle sera reprise au cinéma et à la télévision[8]. Le roman d'Hermary-Vieille s’inscrit donc dans une continuité romanesque, nourrie de réinterprétations dénuée de fondements[9].

L'iconographie d'époque assimile la Bête du Gévaudan à une hyène rayée, mais également à un lion ou un ours. En 1984, c'est le journaliste Gérard Ménatory, défenseur de la cause animale, qui évoque publiquement l'hypothèse d'une hyène ramenée d'Afrique pour disculper le loup[10]. De nombreux éthologues et historiens rejettent totalement cette théorie[11], comme l'historien Jean-Marc Moriceau, professeur émérite de l'université de Caen, pour qui la Bête reste un loup mangeur d'hommes jusqu'à preuve formelle et incontestable du contraire[12].

Notes et références

Articles connexes

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