La Cueillette

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Artiste
Date
1895
Technique
Dimensions(H × L)
55 × 46 cm
La Cueillette
Vue sans encadrement
Artiste
Date
1895
Technique
Dimensions (H × L)
55 × 46 cm
Mouvement
No d’inventaire
2025.1.1
Localisation

La Cueillette est une huile sur toile réalisée par Louis Roy en 1895. L'œuvre intègre en 2025 les collections du musée de Pont-Aven, dans le Finistère.

L'œuvre de format vertical représente une scène se déroulant dans un verger. La composition est structurée par trois personnages se tenant debout. Au centre, une femme est représentée les bras levés, cueillant dans un arbre ce qui s’apparente à des pommes rouges. Celle-ci arbore un bandeau rose pâle sur la tête. Elle porte une robe blanche couverte d’un tablier bleu attirant vivement l'œil, le tout laissant apparaître des sabots. À sa gauche se tient une seconde femme qui dirige son regard vers la cueilleuse. Celle-là, vêtue d’un haut gris-bleu et d’une jupe sombre, presque verte, porte dans ses bras un large panier circulaire rempli de fruits rouges. L’enfant à gauche de l’arbre fruitier est habillé d’une jupe rose, d’une blouse bleue et de sabots de bois. Il observe doucement la scène, le menton levé.

Au premier plan, l’espace est partagé entre différents éléments végétaux : sur la gauche, l’enfant se tient tout près de deux tournesols. Une fleur jaune sort de l’angle inférieur droit du tableau. Le sol, en terre battue, occupe une grande partie du premier plan. Il comporte des nuances de mauve ainsi que de gris, et est marqué par les ombres des arbres.

En arrière-plan, une rangée d’arbres se dessine. Différentes nuances de vert suggèrent un jardin profond. Sur la droite, deux peupliers fins et élancés s’élèvent vers le haut du tableau, contrastant avec les formes arrondies des arbustes. Un ciel bleu émerge dans la partie supérieure droite, faisant écho à la couleur du tablier de la cueilleuse. Le bleu intense sert de réponse aux tons verts de la nature et aux touches de rouge des fruits. Un nuage blanc arrondi se forme, rappelant les courbes de l'arbre fruitier au cœur de la composition.

L'œuvre est signée et datée par l’artiste dans le coin inférieur droit.

Histoire

Né en 1862 à Poligny, dans le Jura, Louis Roy devient maître d’étude au collège d’Arbois en 1881[1]. La même année, il est nommé répétiteur de dessin au lycée Michelet de Vanves, où il exerce jusqu’en 1892, avant de travailler pour les lycées Buffon et Voltaire à Paris[1]. En 1898, il reçoit le titre d’officier d’Académie[1].

En parallèle, Louis Roy exerce son esprit artistique à travers la peinture et la gravure, notamment lors de son arrivée au lycée Buffon, en 1893[2]. Il participe également à l’illustration de L'Ymagier, une revue littéraire illustrée, et devient critique d’art pour la revue Mercure de France[3].  

Sa rencontre avec le synthétisme

L’année 1889 est marquée pour Louis Roy par sa rencontre avec Paul Gauguin.

Au lycée Michelet de Vanves, il enseigne aux côtés d’Émile Schuffenecker. Ce dernier lui présente le maître de Pont-Aven qu’il a lui-même rencontré en 1872 chez l’agent de change Bertin puis dans l’atelier de Pissarro[3].

En juillet de la même année, Émile Schuffenecker organise au Café des Arts, dit Café Volpini, une exposition des peintures « du Groupe impressionniste et synthétiste »[3]. Un groupe de huit artistes refusés de l’Exposition Universelle de Paris y est exposé[4]. Louis Roy présente alors sept œuvres sur les vingt qu’il a apportées[3]. Émile Bernard décrit son travail comme des « toiles attardées dans l'impressionnisme », présentent pour « boucher les trous »[3].

À cette occasion, Paul Gauguin peint un portrait de Louis Roy intitulé Le Peintre Roy (collection privée), qu’il signe « Expo. Synthé ». Il lui offre également deux tableaux, dont l’un est signé et dédicacé « Au Seigneur Roy »[5].

Évolution de sa production

Adepte de la touche impressionniste, Louis Roy affiche, après l’exposition au Café Volpini, une évolution dans ses créations artistiques. Celle-ci est notamment visible dans la simplification des formes du Bouquet au vase de Quimper, réalisé en 1890 et conservé dans les collections du musée des Beaux-Arts de Brest[3].

À la suite de l’été 1890, passé en Normandie aux côtés de Émile Schuffenecker, Louis Roy appréhende les caractéristiques du synthétisme. L’artiste poursuit son apprentissage du mouvement lors de son premier séjour en Bretagne, en 1891, auprès de Charles Filiger et Paul Gauguin[6]. Suivant les conseils de ce dernier, il adhère à « l’esthétique de Pont-Aven »[3]. Il y reste fidèle même après le départ de Paul Gauguin pour la Polynésie française en 1891[3]. Multipliant ses passages en Bretagne, Louis Roy séjourne régulièrement à Pont-Aven. L’une des pages du livre d’or de la pension Gloanec témoigne de sa présence dans la « cité des peintres » en 1895[7]. À la même période, le peintre jurassien développe un style personnel, caractérisé par la représentation de paysages et de scènes de genre de la Bretagne et du Jura[4]. En 1894, le critique d’art René Barjean décrit son oeuvre comme « Une impression de beauté calme […] »[5].

La même année, Louis Roy met à profit ses talents de graveur à la demande de Paul Gauguin[4]. En 1893, lors de son premier séjour à Tahiti, ce dernier réalise la suite Noa Noa[8]. Une série de dix estampes est ainsi gravée par l’artiste. L’année suivante, il demande à Louis Roy de continuer les tirages, afin d’illustrer cet ouvrage. Le peintre s’y affaire entre février et , produisant entre vingt-cinq et trente exemplaires de chacune des gravures sur du papier washi[9]. Sa production se caractérise alors par la présence de couleurs chaudes et intenses[4].

Louis Roy présente son travail publiquement à diverses reprises. Entre 1890 et 1897, il participe régulièrement au Salon des Indépendants[3]. Dès 1891, l’artiste expose également à la Galerie Le Barc de Boutteville, à Paris[5].

Analyse

Une œuvre du synthétisme

Louis Roy, Bretonnes près d'une rivière, 1895, gouache sur papier, 23 × 23 cm, musée de Pont-Aven , Pont-Aven.

La Cueillette marque le passage de Louis Roy de l’impressionnisme au  synthétisme, délaissant la touche divisée et la dissolution des formes[3]. Cette mutation s’opère dès 1891 comme en témoigne son œuvre Paysanne à la moisson[4]. Ce tableau présente des éléments végétaux comparables à ceux de La Cueillette, tels que les arbres qui s’élèvent vers un ciel nuageux.

La transition synthétiste de l’artiste s’observe à travers différentes  caractéristiques. Dans ces tableaux, les formes sont cernées, les couleurs sont appliquées en aplats et le traitement des volumes est simplifié[3]. Ces éléments se manifestent dans La Cueillette.

Adoptant un sujet privilégié des peintres de Pont-Aven, Louis Roy choisit de dépeindre le monde paysan par des paysages simplifiés[3]. À travers Bretonnes près d’une rivière, produite également en 1895 et conservée au musée de Pont-Aven, Louis Roy mobilise les principes synthétistes en simplifiant le paysage occupé par quatre figures abstraites et uniformes.

Par ailleurs, cette œuvre de Louis Roy est marquée par l’influence de Paul Gauguin. Inspiré par son travail, l’artiste illustre, dans La Cueillette, des fleurs aux couleurs chaudes et intenses[6]. De même, le travail des ombres évoque l’approche de l’artiste établi à Tahiti à cette période.

Le thème de la cueillette

Émile Bernard, Le Gaulage des pommes, 1890, huile sur toile, 115 × 50 cm, Musée d'Arts de Nantes.

L’acquisition du musée de Pont-Aven s'inscrit dans la thématique de la cueillette, prisée par les artistes de Pont-Aven. En effet, Paul Gauguin s’intéresse à ce sujet au cours des années 1890. Il peint notamment Rupe Rupe ou La Cueillette de fruits en 1899. Conservée au musée des Beaux-Arts de Pouchkine, à Moscou, l’huile sur toile présente des Tahitiennes debout, cueillant des fruits dans les arbres. L’œuvre de Paul Gauguin et celle de Louis Roy présentent des caractéristiques similaires typiques du synthétisme de l’École de Pont-Aven, notamment par l’utilisation d’aplats de couleurs.

Paul Sérusier aborde également ce thème à travers le Triptyque de Pont-Aven, dit aussi Cueillette des pommes (collection privée), datant de 1891. Ce triptyque synthétiste et cloisonniste met en avant six femmes récoltant les fruits d’un pommier dans un paysage rural en bord de mer. Émile Bernard reprend cette esthétique en 1890 avec son huile sur toile Le Gaulage des pommes, conservée au musée d’arts de Nantes. Cette scène de genre représente deux paysans frappant les branches d’un arbre à l’aide d’une gaule[6].

Illustrant ce thème à diverses reprises, Louis Roy réalise toutefois, à travers La Cueillette, une œuvre qui se distingue par sa dimension symbolique. La figure féminine centrale évoque une Ève au jardin d’Éden, cueillant une pomme et entourée d’une végétation luxuriante. Un éclat de lumière frappe la poitrine de la femme renforçant ainsi l’allégorie biblique[6].

Cette huile sur toile se rapproche d’une autre œuvre peinte par Louis Roy en 1895. Repos après la cueillette, (collection privée), est une aquarelle témoignant d’une autre étape du travail des paysannes[6]. L'artiste choisit alors de peindre la tranquillité d’un temps de repos, en plein champ. Pour cela, il emploie une juxtaposition de tons jaunes et verts pour représenter les champs, une caractéristique typique des artistes de l’École de Pont-Aven. Par la simplification du dessin, celui-ci reprend les codes du cloisonnisme et du synthétisme[3].

Paul Gauguin, Rupe Rupe ou La cueillette de fruits, 1899, huile sur toile, 128 × 190 cm, musée des Beaux Arts de Pouchkine, Moscou.

Acquisition

La Cueillette était conservée dans la collection de Jean Chastin (un professeur d'histoire géographie au lycée Voltaire de Paris)[6]. L'œuvre reste ensuite au sein de sa famille par descendance en Auvergne, avant d’entrer dans une collection privée, chez un marchand d’art en Bretagne, à l’occasion d’une vente publique. L’acquisition de l'œuvre par le musée de Pont-Aven auprès d’une galerie est rendue possible par le biais d’un soutien conjoint entre le mécène officiel CIC Ouest ainsi que le Fonds Régional d’Acquisition pour les Musées (FRAM), associant l’État et la Région Bretagne[10].

Notes et références

Voir aussi

Liens externes

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