Publiée chaque samedi à partir du , La Halle aux charges contenait à l'origine des scènes des halles de Paris et des textes autographiés (également publiés sur une seule page sous le titre Les Halles et marchés comiques), avant de proposer des caricatures politiques et des textes typographiés, dont divers poèmes ainsi qu'un feuilleton de Paul de Kock. Son format et son nombre de pages ont été modifiés plusieurs fois[1].
Établi au no58 du boulevard de Strasbourg, Louis Isoré est le directeur-gérant du journal ainsi que son dessinateur principal. Outre la signature d'Isoré, on trouve dans la Halle celles de Frédéric-Auguste Cazals, d'Eugène Chatelain et de G. Frison (pseudonyme de Lavrate) mais aussi celles, beaucoup plus obscures, de Bar-dy, A. Bef (Désiré Luc)[2], Charles, Fouinard, H.-E. Langlois, Joseph Latour, P.S, Antoine Ricard, Riamel, Riquet, Armand Tall et Trebor[1].
Républicaine de tendances radicale et anticléricale, La Halle aux charges se moque aussi bien des prétendants monarchistes que des militants anarchistes, allant jusqu'à accuser les seconds d'être au service des premiers[3], et attaque la politique des opportunistes. Son numéro du , représentant Marianne assise dans une attitude « indécente » sur les genoux de l'ambassadeur chinoisZeng Jize (en), est saisi par la police[4]. Accusé d'outrage aux bonnes mœurs, Isoré est condamné à 25 francs d'amende le mois suivant[5].
La Halle aux charges, journal des farceurs paraît de manière irrégulière à partir d'avril- avant de disparaître en juillet de la même année[1]. Elle est remplacée au mois de novembre suivant par l'éphémère Lanterne des blagueurs.
«Sans intérêt» pour Grand-Carteret[6], La Halle aux charges contient des caricatures que Philippe Jones juge «sans valeur artistique mais représentatives» des nombreuses publications populaires des années 1880[1].
Liste des numéros
Sauf mention contraire, les dessins sont de Louis Isoré.
Liste des numéros de La Halle aux charges
Année
No
Date
Dessin principal
Sujet
Autres
...
...
...
...
...
...
1
8
Le nouveau St Thomas du Figaro
Un homme renverse un pot de chambre sur la tête d'un autre. Allusion probable au scandale provoqué par l'article d'Octave Mirbeau intitulé « Le comédien » et publié dans Le Figaro du .
...
...
...
...
...
1
19
Heureuse république
Léon Say, ministre des Finances, tombe dans un tonneau de vinaigre d'Orléans depuis la tribune de la Chambre. Déjà contesté par la commission du budget à propos de la convention avec la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (d'où le vinaigre d'Orléans et la locomotive sur le dessin d'Isoré), Say a présenté sa démission le après avoir été mis en minorité à propos de la fiscalité des alcools.
...
...
...
...
...
...
1
42
Guignolerie politique
Lutte de deux marionnettes représentant un révolutionnaire et un juge, armées de bâtons sur lesquels sont inscrits, respectivement, les mots « anarchie » et « réaction ».
...
...
...
...
...
...
2
51
La mort d'Hercule
Caricature de Léon Gambetta, mort la semaine précédente d'une pérityphlite. La flèche d’Éros qui lui transperce le ventre peut faire allusion aux rumeurs entourant Léonie Léon.
Portrait non caricatural de Gambetta en p.4.
2
52
Comme on devrait tirer les rois
Pendaison d'un roi (allusion républicaine à la galette des rois)
Portrait non caricatural du général Chanzy, mort la semaine précédente, en p.4.
En réaction au manifeste de Plon-Plon, le député Charles Floquet propose d'expulser les membres des familles qui ont régné en France. Floquet est ici représenté en boucher se préparant à tuer l'oie légitimiste, le coq orléaniste et l'aiglon bonapartiste « Totor » (Victor Napoléon) sous les yeux d'un cochon enfermé à la Conciergerie (Plon-Plon).
Portrait non caricatural de Gustave Doré (mort le ) en p.4.
2
56
Le vieux fossoyeur
Le Sénat enterre la «loi sur les princes». Beaucoup plus modérée que la proposition Floquet, la proposition Barbey est en effet rejetée par le Sénat le .
Léon Say, flanqué d'un prétendant orléaniste piriforme et de Plon-Plon coiffé d'un pot de chambre, tente d'assommer Marianne à l'entrée du Sénat (voir no56).
Louis Oustry, préfet de la Seine, affronte la Compagnie du gaz. Celle-ci a intenté un procès à la ville de Paris pour réclamer des dommages-intérêts à la suite de l'arrêté préfectoral du qui la met en demeure de réduire ses tarifs.
Remporté depuis quelques années par des chevaux britanniques, le Grand Prix de Paris voit la victoire de Frontin, appartenant à Edmond de La Croix de Castries (d).
Portrait non caricatural du commandant Rivière, récemment tué au Tonkin (p.4).
2
73
Souscription forcuite
Statue caricaturale de Léon Gambetta, évoquant la polémique lancée par La Lanterne au sujet de la souscription publique pour élever un monument à Gambetta.
Les yeux bandés, une allégorie de la Chambre tente d'attraper deux députés masqués cachés derrière un grand pot de vin. Allusion à l'affaire Boland, du nom du journaliste belge Henri Boland, qui a prétendu avoir corrompu deux députés français.
On se contente de repeindre la statue d'un juge à tête de singe: Isoré est sceptique quant à la réforme de la magistrature annoncée par Félix Martin-Feuillée, ministre de la Justice.
2
83
Un trône qui branle dans le manche
Alphonse XII assis sur un trône dont un révolutionnaire scie l'un des pieds (allusion aux tentatives républicaines menées par Manuel Ruiz Zorrilla)
Caricatures des membres de la société « Le Drapeau » présidée par Amédée Troubat.
2
87
Affaires chinoises
Allusion aux relations diplomatiques sino-françaises après le traité de Hué: Marianne est assise sur les genoux du marquis Zeng Jize (en), ambassadeur de la Chine, dont elle tient la natte de manière équivoque. Ce dessin vaudra à Isoré une condamnation pour outrages aux bonnes mœurs.
2
88
Le Uhlan du n° 15
Alphonse XII en uniforme de uhlan sur un cheval à bascule (voir le no86)
Portrait non caricatural du général Thibaudin, qui vient de démissionner du ministère de la Guerre (p.4)
2
90
Voyage en train de plaisir de Jules en Normandie
Jules Ferry, en visite en Normandie, est la cible de jets de pommes sur lesquelles on lit « Vive Thibaudin », du nom du ministre de la Guerre qui vient de démissionner. Thibaudin était soutenu par les radicaux, représentés ici par Henri Rochefort, rédacteur en chef de L'Intransigeant.
2
91
Ouverture des chambres
Jules Ferry, caricaturé en dindon, et ses ministres, caricaturés en oies, arrivent à la Chambre, où Rochefort les fait entrer afin qu'ils y soient plumés. Contrairement aux espoirs d'Isoré et de la presse d'extrême gauche, la rentrée parlementaire a lieu sans encombre pour le gouvernement.
Jules Ferry, qui assure l'intérim au ministère des Affaires étrangères depuis le retrait de Challemel-Lacour, est représenté dans la posture et le costume du funambule Blondin: il avance tant bien que mal vers le Tonkin, avec l'ambassadeur chinois sur le dos, tout en menant sa majorité, représentée ici par un bocal de cornichons.
Alphonse XII reçoit des spécialités allemandes et de la choucroute de Strasbourg offerts par Guillaume Ier. Le Kronprinz est caricaturé en porcelet.
2
96
Souscription franco-espagnole
Nouvelle charge contre Alphonse XII et ses relations diplomatiques avec l'Allemagne.
2
97
Aux deux entêtés
Jules Ferry et un Chinois se disputent le Tonkin, représenté par un cochon, sous le regard moqueur des Britanniques et des Allemands.
2
98
L'ane-archiste de la bourse
Des policiers et soldats se jettent sur un canard devant le palais Brongniart, place de la Bourse (allusion aux forces déployées le en réaction à l'annonce d'un meeting anarchiste).
2
99
Vous savez, faut pas toucher à ça, c'est sacré!... C'est à Bibi
Dessin à propos des fonds secrets, qui viennent de faire l'objet d'une discussion à la Chambre. Ils sont représentés ici par une bourse surmontée d'une tête de Ratapoil (rappel de l'emploi de ces fonds par le régime impérial), à laquelle sont accrochées une matraque ainsi que la plume de la « presse policière ».
2
100
Sarah-dam-à-la-cravache
Caricatures de Maurice Bernhardt (« Sarah-gosse »), Sarah Bernhardt (en cravache) et Jean Richepin (« pain riche ») devant un colombier représentant Marie Colombier (cible d'un pamphlet de Colombier, la célèbre actrice, accompagnée de son fils et de Richepin, s'est rendue chez sa calomniatrice pour la cravacher).
3
101
Gâteau des rois
Des rats, représentant des hommes politiques, grignotent la « galette », allusion à la galette des rois mais aussi l'argent en argot.