La Passion grecque

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Genre Opéra
Nbre d'actes 4
Musique Bohuslav Martinů
Livret Bohuslav Martinů
La Passion Grecque
Řecké pašíje (en tchèque)
Genre Opéra
Nbre d'actes 4
Musique Bohuslav Martinů
Livret Bohuslav Martinů
Langue
originale
anglais
Sources
littéraires
Le Christ recrucifié de Níkos Kazantzákis
Création 6 juin 1961
Opéra de Zurich
Création
française
décembre 1964
Paris

Versions successives

Version remaniée donnée à Zurich en 1961

Version originale donnée au festival de Bregenz en 1999

La Passion grecque (tchèque : Řecké pašíje) est un opéra en quatre actes de Bohuslav Martinů (1890-1959) sur un livret en anglais du compositeur, écrit d'après le roman Le Christ recrucifié de Níkos Kazantzákis, traduit en anglais en 1953 par Jonathan Griffin. C'est le quatorzième et dernier opéra de Bohuslav Martinů. La première mondiale a lieu le à l'Opéra de Zurich[1], sous la direction de Paul Sacher, mais avec un livret en allemand, et après la mort du compositeur.

1960 - 2000

Il existe deux versions de l'opéra. Martinů compose une première version de 1954 à 1957, avec un livret en anglais, qu'il offre au Royal Opera House de Londres, à Covent Garden, en 1957. Le directeur musical, Rafael Kubelík, et l'administrateur général, David Webster, approuvent la partition, qui est alors soumise à un comité d'experts, parmi lesquels le compositeur Sir Arthur Bliss, comité qui rejette l'œuvre « pour des raisons dramaturgiques et musicales ».

Le compositeur réécrit son œuvre qui sera finalement donnée à l'Opéra de Zurich le (donc après la mort de Martinů), cette fois avec un livret en allemand. En , l'opéra est créé en version française en concert à Paris, sous la direction d'Hans Erismann ; en 1973, il est repris sur scène à Rouen, au Théâtre des Arts, dans une mise en scène de René Terrasson[2].

Le chef d'orchestre Charles Mackerras dirige l'opéra une première fois en 1981, au Welsh National Opera[3]. C'est aussi en 1981 qu'a eu lieu la première américaine, au Metropolitan Opéra[4]. Un premier enregistrement paraît en 1982, à propos duquel Alain Arnaud pour Le Monde, souligne : « L'équilibre savant entre solistes et chœurs, les complexités d'une dynamique subtilement différenciée, la tradition nationale de la puissance symphonique, font de cette œuvre ultime de Martinu une œuvre marquante du répertoire dramatique du vingtième siècle »[5].

La première version est cependant reconstituée sous la direction d'Aleš Březina, musicologue, compositeur et directeur du Centre Bohuslav Martinů de Prague, traduite en tchèque par Eva Bezděkova et à nouveau créée au festival de Bregenz le [6]. Dans cette version originale retrouvée, l'œuvre ne sera rejouée, au Royal Opera House, qu'en 2000, dans une mise en scène de David Pountney, avec Christopher Ventris dans le rôle de Manolios[7], et sous la direction de Sir Charles Mackerras.

Depuis 2001

L'opéra est ensuite repris en République tchèque en , au Théâtre national de Brno, dans la mise en scène de David Pountney : « Some 48 years after its completion, this was its Czech premiere » [8]. La première représentation de l'œuvre en Grèce a eu lieu à Thessalonique en 2005, dans une traduction grecque de Ioanna Manoledaki, basée sur le texte du roman de Kazantzakis[9].

En 2017 a lieu un enregistrement en public des représentations alors données à l'Opéra de Graz de cette première version, à propos de laquelle l'Avant Scène Opéra « Autant dire qu'on se réjouit, à travers ce live de l'Opéra de Graz, de posséder aujourd'hui la première, révélée à Bregenz en 1999. »[10]

Le festival de Salzbourg[11] donne à son tour plusieurs représentations de la version dite « de Zurich », mais dans la langue de l'original — l'anglais — en , sous la direction musicale de Maxime Pascal et dans une mise en scène de Simon Stone[12]. Maxime Pascal s'exprime ainsi sur le choix de la version : « La version zurichoise est plus srigoureuse et efficace ; l'histoire est racontée de manière plus directe, et les couleurs ainsi que le "parfum" de la partition sont plus concentrés »[13].

Bien qu'il reste rarement joué, l’opéra a fait l’objet d’une nouvelle production dans sa version originale à la Staatsoper Hannover en , avec une mise en scène de Barbora Horáková — production qui a été saluée pour sa qualité[14]. Après plusieurs reports dus à la pandémie de COVID-19, cette production a marqué une reprise importante, avec Christopher Sokolowski dans le rôle de Manolios[15].

Distribution

Rôle Tessiture Distribution de la Première

9 juin 1961 (chef d'orchestre : Paul Sacher)

Manolios, un berger ténor Glade Peterson
Katerina, une jeune veuve soprano ou mezzo-soprano Sandra Warfield
Panait, amant de Katerina ténor Zbyslaw Wozniak
Grigoris, prêtre de Lycovryssi baryton basse James Pease
Fotis, prêtre des réfugiés baryton basse Heinz Borst
Yannakos, colporteur ténor Fritz Peter
Kostandis, un cafetier baryton Robert Kerns
Lenio, la fiancée de Manolios soprano Jean Cook
Ladas, un vieil avare rôle parlé Fritz Lanius
Le Patriarche, un ancien baryton basse Siegfried Tappolet
Michelis, fils du patriarche ténor Ernst-August Steinhoff
Nikolios, un jeune berger soprano Robert Thomas
Andonis, un coiffeur rôle parlé Leonhard Päckl
Une vieille femme contralto Adelhait Schaer
Une voix dans la foule baryton
Despinio, un réfugié soprano Mirjam Lutomirski
Un vieil homme, un réfugié basse Werner Ernst
Chœur : Villageois, réfugiés

Résumé du livret

C'est le temps de Pâques à Lykovryssi (« Fontaine du loup »)[16]. Il s'agit d'un village grec d'Anatolie, et l'action a lieu peu avant ou durant la guerre entre les Turcs et les Grecs entre 1919 et 1922, au cours de ce que ces derniers appellent « la Grande Catastrophe ».

Acte I

Grigoris, le pope du village est occupé avec les membres du Conseil du village à distribuer les rôles de la Passion du Christ qui doit être représentée à l'occasion de Pâques de l'année suivante, un spectacle joué tous les sept ans. Le choix des personnes qui tiendront les rôles du Christ et des apôtres Jacques, Pierre et Jean est aisé : ce sera respectivement le berger Manolios, Kostandis l'aubergiste, Yannakos le colporteur et Michelis, le fils Patriarchéas qui est chef du village ; mais la question est plus délicate pour Marie-Madeleine et Judas, personne ne souhaitant être assimilé à une prostituée ou à un traître : il s'agira finalement de l'artisan Panait et de sa maîtresse Katérina. Les différents personnages s'identifient immédiatement à leur rôle, se plongeant dans la Bible. C'est particulièrement le cas de Manolios, qui par ailleurs élude les avances de sa fiancée Lenio.

Soudain un groupe d'étrangers arrive au village : des Grecs, chrétiens orthodoxes qui ont fui depuis plusieurs mois leur village ravagé par les troupes turques et espèrent trouver refuge à Lykovryssi. Le pope Photis, qui est à la tête du groupe, demande à Grigoris de les aider. Celui-ci prétend alors que le groupe est porteur du choléra pour rejeter la demane de Photis — une excuse pour refuser une aide que Grigoris n'a aucunement l'intention de fournir. Le village se divise alors entre ceux qui approuvent sa décision et ceux qui veulent venir en aide à des Grecs et des chrétiens. Finalement, Manolios guide le groupe sur les pentes du Mont Sakina où ils pourront s'installer.

Acte 2

Katérina rêve de Manolios : il l'attire. Les réfugiés commencent à bâtir un nouveau village. Yannakos les rejoint, et avoue que Ladas, un des membres du Conseil, grand avare, l'a incité à les voler. Photis lui pardonne.

Acte 3

Manolios fait un cauchemar au cours duquel Lenio le pousse à se marier, Grigoris lui reproche son attitude et Katerina veut le séduire. Il se réveille en criant : « Ne me soumets pas à la tentation ! ». Lenio se tourne bientôt vers un autre garçon, le jeune Nikolios. Quant à Katérina, elle avoue son amour à Manolios, qui se sent aussi attirée par elle. Mais les deux résistent à cet attrait mutuel, attachés qu'ils sont à leur rôle respectif.

Manolios commence à prêcher dans le village, et certains villageois voient en lui un envoyé de Dieu et espèrent qu'il leur apportera le bonheur. Mais Manolios suscite ainsi la méfiance et la haine des anciens du village et de Grigoris.

Acte 4

Tout le village fête le mariage de Nikolios et Lenio. Les fugitifs, eux, continuent de souffrir de la faim. Ils préparent une révolte contre le village, soutenus par Manolios, qui vit désormais parmi eux. Grigoris perd alors définitivement patience : il qualifie Manolios de blasphémateur et l'excommunie. Manolios est pourchassé et tué par Judas dans l'église[10].

C'est Noël. Alors que la naissance du Christ est célébrée dans le village, les réfugiés prient pour Manolios – et  continuent leur chemin.

Commentaire

Didier van Moere signale que Nikos Kazantzakis avait conseillé à Martinů de travailler plutôt sur Alexis Zorba, mais le compositeur choisit Le Christ recrucifié, et il écrivit le livret avec l'accord du romancier[10]. Van Moere relève aussi que, par rapport au roman de Kazantzakis, Martinů laisse de côté l'agha et son mignon, ne fait pas mourir Katérina — qui devient dans le livret une figure du renoncement — et n'entre pas dans la confrontation armée entre les deux camps du village (pour ou contre les réfugiés). Cela dit, il conserve l'esprit général du roman[10].

Quant au chef d'orchestre Maxime Pascal qui dirige l'orchestre philharmonique de Vienne durant les représentations du festival de Salzbourg, en , souligne dans un entretien que « [d]'une part, il y a le contexte du village grec avec une congrégation chrétienne-orthodoxe en Anatolie, dans laquelle on choisit tous les sept ans les interprètes d'une représentation de la Passion. D'autre part, il y a un deuxième groupe, celui des réfugiés qui ont été chassés de leur village et qui cherchent asile dans le premier village, mais qui en sont à nouveau chassés. La fusion des événements politiques et religieux est à l'origine du conflit — et tout ce qui est essentiel pour comprendre la musique découle de cette constellation. »[17]

Éléments d'analyse de l'opéra

Pour Didier van Moere, La Passion grecque est un des plus beaux opéras du XXe siècle. Martinů apporte un renouveau à la tradition du genre. Il mêle des éléments de la musique traditionnelle tchèque et des éléments de la liturgie orthodoxe grecque. Il introduit également des passages entièrement parlés — en particulier le rôle de Ladas, qui est entièrement parlé. L'esthétique de cet opéra rappelle Benjamin Britten — impression renforcée par le fait que Martinů a écrit le livret en anglais[10].

Discographie

Références

Voir aussi

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