La Pipe cassée

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La Pipe cassée
Édition de 1755
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Genre
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La Pipe cassée, sous-titrée poème épi-tragi-poissardi-héroï-comique, est une comédie poissarde en quatre chants écrite en vers rimés par Jean-Joseph Vadé au milieu du XVIIIe siècle.

La Pipe cassée est l’œuvre principale et la plus connue de Jean-Joseph Vadé. Cette œuvre emblématique du genre poissard, dont il est l’inventeur, passe pour être son chef-d’œuvre[1]. L’encanaillement des élites est un phénomène intemporel. La réputation d’irrévérence des marchandes des marchés parisiens était bien établie. Certains mondains avaient pour coutume d’aller s’y confronter aux Halles, mais Vadé semble avoir été le premier à s’efforcer de représenter, à grande échelle, ce dialecte en littérature. Il éprouve une véritable sympathie pour ses sujets de la classe populaire qui ont ainsi été introduits pour la première fois dans le monde des marquis et des grandes dames, des fermiers généraux et des abbés de salon[2].

Datation

La date précise de la première représentation de la Pipe cassée est inconnue. La première édition, sans date, est de 1749. Louis Lécluze, ami et émule de Vadé[3], dont il était le compagnon au cabaret[4], est cité comme acteur de cette pièce, mais il a quitté, à cette époque, Paris pour Lunéville[5]. La troisième version du texte constituant la première édition de référence connue, datée de 1755, est sortie chez un libraire de la rue Saint-Jacques, « à la Grenouillère[a] ». Cette édition a été suivie de nombreuses autres. Plus de quinze ont été recensées pour la seule période allant des années 1750 à 1875[7].

Le Mercure de France du répertorie une édition de chez la veuve Cailleau, 1751. « L'Auteur de cette plaisanterie a écrit plusieurs ouvrages dans le langage et le goût poissard, qui ont réussi. Celui-ci ne diminuera pas sa réputation, et plaira à ceux qui aiment à voir les mœurs du peuple peintes avec des couleurs assorties à ces mœurs[8]. » L’Almanach historique et chronologique de tous les spectacles de La Porte le liste à Amsterdam, avec le Déjeuné de la Rapée, l’œuvre la plus connue de son ami Louis Lécluze[9].

Protagonistes

  • Jean Louis.
  • Nicole, femme de Jean Louis.
  • Jérôme.
  • Françoise, femme de Jérôme.
  • La Tulipe, l’homme à la pipe.
  • Margot, femme de La Tulipe.

Argument

Le seau d’eau. Gravure de Monsiau pour l’édition de 1796.

Premier chant. La scène est à Paris chez la veuve Rabavin.
Jean Louis, Jérôme et la Tulipe boivent de l’eau-de-vie et fument en chantant gaiement chez la veuve Rabavin sur le port aux Blés. Tout d’un coup, la femme de Jean Louis entre dans la taverne. Furieuse, elle fait un scandale. Pour l’apaiser, son mari lui propose un verre d’eau de vie, mais ne récolte qu’un coup de poing sur la moustache. Jérôme tente de la maitriser, lorsque sa propre femme ainsi que celle de La Tulipe arrivent. Nicole reprend ses esprits et insulte les hommes, les traitant de cocus, ce à quoi Françoise objecte : Jérôme n’est pas cocu. Nicole est sûre de ce qu’elle avance. Françoise gifle Nicole et des deux femmes échangent force soufflets. Jean Louis les « refroidit » en leur jetant un seau d’eau froide. L’on se raccommode et la « chanson de Manon Girou » est chantée.

Second chant. La scène se passe à la Courtille.
La Tulipe en chemise blanche, Jean-Louis en chapeau bordé, Jérôme en toupet cardé, chacun d’eux accompagné de sa femme, gueuletonnent à la guinguette des Porcherons, autour d’un dindon. Le vin coule également à flots. Cependant, lorsque Nicole apprend qu’ils ont fait cinquante sous de dépense, elle trouve « la sentence » trop lourde. Les hommes se mettent à jouer aux cartes, les femmes parlent chiffons lorsque voulant prendre le parti de Nicole, Margot fait une remarque injurieuse à Françoise, qui voit rouge. Celle-ci arrache un pied de table pour en frapper Margot, mais Jean Louis s’empare de Françoise, Jérôme de de Margot et La Tulipe de Nicole. Jean Louis demande une contredanse au violoneux et la danse apaise la querelle jusqu’au moment de se séparer.

Le bris de la pipe de La Tulipe. Gravure de Monsiau.

Troisième chant.
Pendant que Jean Louis, Jérôme et la Tulipe travaillent pour manœuvrer le bois flotté, leurs femmes assistent à une vente sur le pont Saint Michel, pour acheter des meubles. Françoise s’en prend à une demoiselle qui a surenchéri sur un clystère qu’elle convoitait, et l’invective : « Vous vous récurez plus d'un trou ! » Au tour de Margot de perdre son enchère sur une jupe d’étamine noire à un abbé, qu’elle met symboliquement aux enchères, et qui ne trouve pas preneur. Les insultes de l’abbé Boniface ne cessent qu’avec la remise de la vacation à l’après-midi. De retour au logis, les femmes se disputent à nouveau sur la répartition des lots acquis à la vente, notamment un rideau, qui finit déchiré. Une fois de plus, les hommes doivent s’interposer pour ramener la paix.

Quatrième et dernier chant.
Les protagonistes sont à un mariage. La vertu de Margot est à nouveau mise en cause par Françoise, mais Nicole les raccommode, et chacun fait, de nouveau, joyeuse bombance, tandis que Nicole repense avec nostalgie à son propre mariage. La danse va bon train lorsque les intrus s’invitent à la noce et prétendent danser. L’oncle des mariés, puis Jérôme, entendent les chasser. La Tulipe s’en mêle et, toujours fumant, en saisit un à la cravate. Les femmes secondent leurs maris de leurs ongles, leurs dents et leurs cris. Au plus fort de la mêlée générale, qui s’ensuit, un coup lancé sur la Tulipe brise sa pipe en cent morceaux. De douleur, La Tulipe s’évanouit. Son vainqueur, le croyant mort, s’enfuit. Il faut dix verres de vin pour lui faire reprendre connaissance. « Quand j’pense comme alle était noire ! N’y pensons pus ; il faut mieux boire… » conclut La Tulipe, qui se soule pour oublier sa pipe cassée.

Analyse

Le festin de la Courtille. Gravure de Monsiau.

Vadé écrit, dans l’Avertissement de la Pipe cassée que « [n]ombre de gens de distinction, de gout et de lettres, s’en sont extrêmement divertis ». Les vers du dialogue vif et court de la pièce coulent de source. La gouaille parisienne qu’elle convoque en fait un équivalent théâtral de la scène de genre à la Teniers[10]. Les femmes, toujours pressées d’en venir aux mains, passent rapidement de la parole à l’action, et les hommes interviennent sans cesse pour mettre le holà. Quelques réflexions philosophiques exprimées brièvement et sans emphase servent de prélude à chaque chant. Le vocabulaire est la langue populaire parisienne, c’est-à-dire le langage populaire parlé, mêlé de locutions et de tournures populaires colorées, que Vadé a soigneusement notées et mêmes retranscrites phonétiquement[11]. Vadé prend d’ailleurs bien soin de préciser qu’« [i]l faut pour l’agrément du débit avoir l’attention de parler d’un ton enroué, lorsque l’on contrefait la voix des acteurs ; celle des actrices doit être imitée par une inflexion poissarde et trainante à la fin de chaque phrase[10] ».

La pièce offre également l’image du caractère parisien. Les personnages s’échauffent facilement. Il suffit d’une allusion désobligeante, généralement touchant à la vertu, pour que l’amour-propre de chacun s’emballe et qu’on en vienne rapidement aux mots, puis aux coups. La fièvre retombe néanmoins très vite, la querelle s’apaise et on se réconcilie, sans rancune ni arrière-pensée, jusqu’à la prochaine occasion, jamais très éloignée[11].

Réception

Malgré l’absence de datation de l’œuvre, celle-ci a rapidement un certain retentissement, puisqu’elle inspire, en 1757, le tableau Un Inventaire du Pont S. Michel. Sujet tiré du Poëme de la Pipe Cassée. Vadé, Chant III au peintre de l’Académie royale Étienne Jeaurat[12].

Iconographie

Notes et références

Éditions

Liens externes

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