Louis Lécluze
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Louis Lécluze de Thilloy |
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Louis Lécluze de Thilloy, né en et mort le à Neuvilly-en-Argonne[1], est un dentiste, comédien, auteur poissard et directeur de théâtre français.
Ami et émule de Vadé, inventeur du genre poissard[2], Lécluze fait ses débuts d’acteur, en 1737, à l’Opéra-Comique, alors dirigé par Pontau aux foires Saint-Laurent et Saint-Germain, dans une pièce de Panard et de Denis Carolet l’Assemblée des Acteurs, et y obtient de vrais succès, se faisant une grande réputation par sa verve comique et son jeu plein tour à tour de naturel et d’exubérance. Lorsque, victime de son succès, les Comédie-Française et Italienne parviennent à les faire fermer, en 1745, Lécluze, sans emploi, retourne à la dentisterie[a].
L’habileté dont il fait preuve dans son nouveau métier lui vaut rapidement une renommée égale à celle qu’il avait acquise comme comédien. Installé à Lunéville, il reçoit, en 1749, le titre de chirurgien-dentiste du roi de Pologne[b]. Accueilli par Voltaire à Ferney, en 1760, il soigne les dents de sa nièce Marie-Louise Denis[c]. De 1746 à 1748, il est chirurgien-dentiste du maréchal de Saxe, tout en se produisant à la scène, à Luneville et au théâtre de la Monnaie, au sein de la troupe de Favart[6]. Cette profession lucrative lui a permis d’acheter la petite terre du Tilloy, dans le Gâtinais[2].
En 1750, il publie, sous le nom d’Henry de Lécluse, son Traité utile au Public, et surtout, en 1754, son grand œuvre, les Nouveaux Élémens d’odontologie[3]. Ses ouvrages ont fait déjà l’objet de comptes-rendus favorables dans le Journal de Trévoux et l'Année littéraire[7]. Élie Fréron se livre à un éloge de ses Éclaircissements essentiels pour prévenir et préserver les dents de la carie, qui préconisent une action préventive contre la carie grâce à un suivi des enfants entre l’âge de sept ans et de quatorze ans, par un dentiste, moyennant une rémunération annuelle de dix-huit livres par enfant[8]. Quoique modeste, comparée à celle de son modèle, Pierre Fauchard, la première partie de sa contribution, qui décrit l’ostéologie du visage, des mâchoires, l’anatomie dentaire, les muscles des lèvres et de la mastication, ainsi que la vascularisation et l’innervation de la face et de la bouche, témoigne de l’étendue de ses connaissances médicales, et la seconde partie, consacrée à la pratique clinique de la dentisterie, le nettoyage des dents et le traitement de diverses affections buccales, mettent en lumière son expertise de praticien[9]. Il se démarque de Fauchard par l’attention portée à l’expérience, tant en termes de peur que de douleur, de sa patientèle[10].

Revenu à Paris, il est, de 1772 à 1775, inspecteur d’orviétan pour tout le royaume[10]. En 1777, un terrible incendie ayant détruit la foire Saint-Ovide, sur la place Louis XV, avait amené sa suppression définitive, rendant un peu de prestige à la foire Saint-Laurent, dont l’ancienne splendeur, peu à peu désertée par la célébrité, était très amoindrie. Une tentative de relance de la foire Saint-Laurent ayant été entreprise, en y ramenant les théâtres et les divertissements qui l’avaient quittée pour s’installer à la foire Saint-Ovide, Lécluze, alors âgé de soixante-sept ans, a eu l’idée d’établir, à la nouvelle foire Saint-Laurent, un spectacle nouveau au répertoire composé de pièces du genre poissard rendu célèbre par Vadé, de pantomimes à spectacle et de divertissements[5].
Muni de l’autorisation nécessaire[d], Lécluze inaugure, dès la seconde quinzaine d’aout, son théâtre, sous le nom de « Spectacle de Lécluze », avec un programme comprenant un Prologue d’ouverture, les Talismans, comédie en un acte, la Pipe cassée, pièce posthume de Vadé dans laquelle lui-même remplissait un rôle de poissarde, et un Divertissement. La troupe qu’il avait réunie réunissait les noms de Beaulieu, Boucher Pénancier, Beaubourg, Desmasures, Sévin, Carrolus, Jaymond, avec Mlles Destrées, Bisson et Prieur. Le prix des places était de 3 livres premières loges, 30 sols au parquet et au balcon, 20 sols les deuxièmes loges et 12 sols le parterre[5].
Ambitionnant également de s’implanter au boulevard, devenu le rendez-vous de tous les Parisiens, et où Nicolet et Audinot avaient déjà leurs théâtres, tout en conservant leurs salles de la Foire. Il s’en occupa aussitôt. II fait l’acquisition, pour une somme de 24 000 livres, d’un terrain situé à l’angle des rues de Bondy et de Lancry ouverte depuis 1776, sur lequel avait existé une caserne de gardes-françaises, et y fait commencer la construction d’une salle en bois[12]. Impatient de s’installer, il s’établit provisoirement, le , tout près de sa nouvelle salle, qu’il espérant pouvoir inaugurer vers le mois de février de l’année suivante, et commence à donner, sans attendre qu’elle soit terminée, ses représentations dans le Waux-Hall de Torré[e], situé sur le boulevard même[5].

Son premier spectacle a lieu, le dimanche , dans le salon de l’Ambassadeur chez Torré[13]. Il y fait représenter des pièces du genre poissard, dans le gout de celles de Vadé, et où lui-même, malgré ses soixante-sept ans, joue encore avec verve et gaité[14]. Ses rôles du « bas peuple » étaient en parfaite adéquation avec sa production poissarde, dont il était, avec Vadé, le chef de file[15]. Pendant la durée de la foire Saint-Laurent, deux représentations sont données, l’une dans la journée, à une des baraques de la foire, l’autre, le soir, sur le boulevard[16].
Les entreprises théâtrales exigeaient néanmoins beaucoup de fonds et Lécluze en avait peu. Confronté à des retards de construction, il ne parvient pas, sans doute par suite de son imprévoyance, à atteindre l’échéance de la prise de possession de son nouveau local. Il s’était trop pressé, avait pris de trop lourds engagements qu’il n’a pu satisfaire, et, couvert de dettes, traqué de tous côtés, à peine la salle où il comptait définitivement s’installer sur le boulevard est-elle construite qu’il fait faillite[14]. Le , ses affiches annoncent un relâche, censément dû à la rigueur de la saison. La rigueur était tout simplement celle de ses créanciers, aux poursuites desquels il ne put échapper de sa personne qu’en se réfugiant au Temple, lieu d’asile alors inviolable pour les débiteurs insolvables[17]. Les Mémoires secrets du , annoncent que « Le Sieur l’Ecluse a déjà fait banqueroute avant de pouvoir ouvrir son nouveau spectacle, dont la salle est construite mais non payée[18]. »
Bien qu’endetté, Lécluze s’était vu accorder un privilège, qui conservait une valeur, et qui a aussitôt donné lieu à la constitution d’une association pour son exploitation dans la nouvelle salle. Cette association, formée par deux frères Malter et Hamoir ainé, danseurs à l’Opéra, et du bailleur de fonds Jean-Nicolas Le Mercier, à la suite de démarches pressantes auprès du secrétaire d’État pour le département de Paris et du lieutenant général de police, pour se faire agréer, obtient l’autorisation sollicitée, à condition que de : payer les dettes de Lécluze, qui s’élevaient à 44 822 livres, 11 sols, 8 deniers, lui faire une pension annuelle de 4 000 livres, lui donner une gratification particulière toutes les fois que l’on jouerait le Postillon, pièce qu’il avait composée et dans laquelle il excellait comme acteur, et enfin compter à François Bigottini, à qui l’on avait fait tout d’abord espérer la direction, un dédommagement de 6 000 livres à titre d’indemnité[19].
L’accord entre Lécluze et les associés conclu, ceux-ci ont pris possession de la salle de la rue de Bondy, dont ils ont fait l’ouverture, le , après lui avoir donné le nom de Variétés-Amusantes[16]. Malgré le changement de direction, le public ne donnera guère d’autre nom aux Variétés que « le spectacle de l’Écluse[13]. » Lécluze peut alors vivre tranquille, jusqu’à sa mort. Il a été marié, le , à Jeanne Louise de Maupas, née en 1715, peut-être ancienne actrice du Théâtre de la Foire[14].
Œuvre
Auteur d’un des plus fameux textes poissards, le Déjeuné de la Rapée[3], il a fait imprimer ses poésies par Jean-Baptiste Meurant, imprimeur et libraire du prince de Condé, à Stenay, venu s’établir à Paris sur le quai de Gesvres. Le Bibliophile Jacob lui attribue les Porcherons[f], précédemment attribués à Cailleau, qui a composé un grand nombre de vers dans le genre poissard[2], ainsi que les Citrons de Javotte précédemment attribués au comte de Caylus[20]. La scène des Citrons de Javotte se passe dans l’auberge du Bout du monde, située rue des Petits-Carreaux, au coin de la rue du Bout-du-monde, où les poètes de l’Opéra-Comique et les chansonniers allaient manger des huitres, avec force verres de vin blanc. Lécluze ne manquait jamais d’accompagner au cabaret Vadé, qui était le coryphée ordinaire de ces déjeuners et de ces soupers, où se faisait toujours une large dépense d’esprit, de belle humeur et de sourire[21].
Comme, son ami Vadé, Lécluze a été fictionnalisé par Demautort, dans la pièce Vadé chez lui[22].
Rôles
- : L’Assemblée des Acteurs, prologue de Panard et Carolet : le charbonnier.
- 4 aout 1737 : divertissement joué à la suite de la Fête infernale, opéra comique en un acte, par L’Affichard et Le Valois d’Orville : un brouetteur.
- : la Fête de Saint-Cloud, opéra comique en un acte, de Favart, repris plus tard sous le titre des Bateliers de Saint-Cloud : Nicolas.
- 28 aout 1743 : la Fontaine de Sapience, opéra comique en un acte, de L’Affichard et A. J. Le Valois d’Orville : un porteur d’eau.
- 31 aout 1743 : prologue de l’Ambigu de la Folie, ou le Ballet des dindons, parodie en quatre entrées, de Favart : un calotin
- 31 aout 1743 : acte III de l’Ambigu de la Folie, ou le Ballet des dindons, parodie en quatre entrées, de Favart : Adario, sauvage.
- : l’Astrologue de village, parodie en un acte, de Favart : Lucas
- : reprise des Jardins de l’Hymen, ou la Rose, opéra comique en un acte, avec un prologue, de Piron : un jardinier[g].
Publications
Théâtre
- Leclusade : ou Le déjeuné de la Rapée, Pantin le Vieux, veuve Capelin, , 18 p., in-8º (OCLC 1176678910, lire en ligne sur Gallica).
- La Chose impossible, 1740.
- Compliment de clôture, 1736.
- La Fileuse, 1778.
- La Pipe cassée, 1778.
- Le Postillon sans chagrin, 1778.
- Desserts de petits soupers agréables, dérobés au chevalier du Pélican, auteur du Déjeuné de la Râpée. Poème gaillardi-poissardi-marini-ironi-comique, De l’imprimerie de La Joye. 1755, in-8º. lire en ligne sur Gallica
- Les Citrons de Javotte : Histoire de carnaval, Amsterdam, , 30 p., in-8º (OCLC 13910963, lire en ligne sur Gallica).
Odontologie
- Traité utile au public, ou l’on enseigne la methode de remedier aux douleurs et accidents qui precedent et accompagnent la sortie des premiers dents, Nancy, 1750.
- Anatomie de la bouche, 1752, réimp. 1782.
- Éclaircissemens essentiels pour parvenir à préserver les dents de la carie & à les conserver jusqu’à l’extrême vieillesse, par M. LECLUSE, Chirurgien-Dentiste de Sa Majesté le Roi de Pologne, Duc de Lorraine & de Bar, Chirurgien Dentiste pensionnaire de la Ville de Nancy, & reçu en l’art & science de Dentiste au College de Chirurgie. Approuvé par Mrs de l’Académie Royale de Chirurgie, Paris, Duchesne, (lire en ligne sur Gallica).
- Nouveaux Élémens d’odontologie, contenant l’anatomie de la bouche ou la description de toutes les parties qui la composent et de leur usage ; et la pratique abrégée du dentiste, Paris, Delaguette, 1754.