Le Giaour
poème de Lord Byron
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Le Giaour. Fragments d'une nouvelle turque (The Giaour. A Fragment of a Turkish Tale) est un poème narratif de Lord Byron (1788-1824) publié en 1813, faisant partie de ses poèmes orientaux.
| Le Giaour | ||||||||
Le Combat du Giaour et du Pacha par Eugène Delacroix, 1835, musée du Petit Palais, Paris. | ||||||||
| Auteur | George Gordon Byron | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Pays | Grande-Bretagne | |||||||
| Genre | Poème | |||||||
| Éditeur | John Murray | |||||||
| Lieu de parution | Londres | |||||||
| Date de parution | 1813 | |||||||
| Chronologie | ||||||||
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Byron narre l'histoire d'une jeune esclave, Leïla, qui est l'une des épouses du musulman Hassan, et qui se voit accusée d'infidélité: Hassan la jette alors à la mer dans un sac de cuir. Elle est vengée par son amant , un chrétien vénitien, appelé dans le poème « Le Giaour ». Ce mot Giaour est un terme méprisant que les Turcs donnent aux infidèles, c'est-à-dire aux non-musulmans[1].
Résumé

Byron commence par se lamenter sur la gloire déchue des Grecs qui ne tentent même plus de se révolter contre l'occupant ottoman : « C'est vainement que la Liberté ferait appel à des cœurs façonnés à leur esclavage, et essaierait de relever des fronts qui vont d'eux-mêmes au-devant du joug. »[2] Puis, il esquisse un récit, composé par fragments disjoints: un cavalier galope dans la nuit ; un sac est jeté dans la mer ; Hassan quitte son harem, à cause du souvenir de son esclave circassienne Leïla qui, déguisée en page et feignant de se rendre au bain, lui a préféré un autre homme, un Vénitien, un giaour. Hassan s'en va donc, à la recherche d'une nouvelle femme. Arrivé près du mont Liakoura, au centre de la Grèce, il est attaqué par le Giaour et ses hommes. S'ensuit un duel qui se termine par la mort de Hassan. Le Giaour venge ainsi le meurtre de Leïla, jetée à la mer par son époux.
Le Giaour se retire alors dans un monastère pour « expier quelque noir forfait qu'il ne veut pas révéler ». Avant de mourir, il s'ouvre à l'abbé du monastère et, dans un long monologue, lui raconte son histoire : « Sa [Leïla] mort n'est pas mon ouvrage, bien que j'en aie été la cause. Néanmoins il [Hassan] ne fit que ce que j'aurais fait si elle eût été infidèle à un autre que lui. Elle le trahit, il l'immola. Elle m'aimait, je le fis tomber sous mes coups. Quelque mérité que pût être son sort, elle m'était fidèle en le trahissant ; elle me donna son cœur, la seule chose que la tyrannie ne puisse soumettre ; et moi, hélas ! venu trop tard pour la sauver, — je donnai tout ce que je pouvais donner alors : [...] je donnais un tombeau à notre ennemi. »[2]
Au terme de sa confession, il demande à être enseveli dans une tombe anonyme, « parmi les morts inconnus (...) ». Après quoi, le récit s'achève sur ces mots du narrateur : « Il mourut. Le religieux qui l'avait assisté à sa dernière heure connut seul son nom et son histoire. Ces fragments sont tout ce que nous avons pu recueillir sur celle qu'il aima et sur la mort de son ennemi. »[2]
Thème du Vampire
Le Giaour est l’occasion pour Lord Byron d’aborder le thème du vampire, superstition très présente en Orient. Un Turc, l'un des trois narrateurs de l'histoire, montre Hassan accueilli par les Houris au Paradis, puisque selon une croyance musulmane, « Qui meurt en combattant les giaour jouira d'une immortelle félicité ». De là, Hassan lance des imprécations contre le Giaour qui l'a tué : « Mais d'abord ton corps sera arraché à sa tombe, et tu seras envoyé sur la terre sous la forme d'un vampire, pour apparaître, spectre horrible, dans ton pays natal, et y sucer le sang de toute la race ; là, à l'heure de minuit, tu viendras boire la vie de ta fille, de ta sœur, de ta femme, en maudissant l'exécrable aliment dont tu es condamné à sustenter ton cadavre vivant et livide ; tes victimes, avant d'expirer, dans le démon qui les tue reconnaîtront leur père, leur frère, leur époux ; elles te maudiront et tu les maudiras, et tu verras les fleurs se flétrir sur leur tige [...] Ton propre sang dégouttera de tes dents grinçantes et de tes lèvres convulsives ; alors retourne dans ta tombe lugubre, va rejoindre avec ta rage les goules et les afrits qui reculeront d'horreur à la vue d'un spectre plus maudit qu'eux-mêmes. »[2]
Ce sujet sera repris par John William Polidori, à partir d’un brouillon de Lord Byron écrit à l’été 1817 à la villa Diodati, dans sa nouvelle Le Vampire.
Source d'inspiration picturale
Le thème a inspiré au peintre romantique Théodore Géricault une aquarelle intitulée Le Giaour (vers 1822-1823), conservée au Getty Museum à Los Angeles[3]
Un peu plus tard, Eugène Delacroix, réalisa trois tableaux du Combat du Giaour et du Pacha : une première version en 1826, conservée à l’Art Institute of Chicago, une deuxième réalisée vers 1829, qui se trouve dans une collection privée[4], puis la troisième en 1835, actuellement au Petit Palais à Paris[5].
- Peintures romantiques
- Combat du Giaour et Hassan, Eugène Delacroix, 1826, Art Institute of Chicago, Chicago.
Le Giaour regardant Hassan mort
Eugène Delacroix, vers 1829
Collection privée- Combat du Giaour et du Pacha, Eugène Delacroix, 1835, Petit Palais, Paris.
Le Giaour
Théodore Géricault, 1822-1823
Getty Museum, Los Angeles- La Confession, Marie-Amélie Cogniet, 1842, Musée des Beaux-Arts d'Orléans
Source d'inspiration musicale
Ce poème a inspiré au compositeur français Théodore Gouvy son ouverture symphonique op. 14 Le Giaour (1878)[6].
Source
- Œuvres complètes de Lord Byron, traduction de Benjamin Laroche, 1847