Le Pardon (Ibels)
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| Artiste | |
|---|---|
| Date | |
| Matériau | |
| Dimensions (H × L) |
54,2 × 73 cm |
| Mouvement | |
| No d’inventaire |
2023.8.1 |
| Localisation |
Le Pardon est une huile sur toile, réalisée par le peintre français Henri-Gabriel Ibels en 1910. Le tableau est conservé au musée de Pont-Aven depuis 2024.
Le Pardon de Henri-Gabriel Ibels représente une scène de cérémonie religieuse, plus précisément un pardon, qui est une forme de pèlerinage. Des lignes noires épaisses scindent l'espace, découpant le tableau en quatre registres verticaux de même largeur. Sur le sol de couleur ocre se dessinent quatorze personnages. Les trois quarts du tableau sont occupés par sept femmes agenouillées, vêtues de robes sombres. Leurs têtes sont inclinées dans une attitude de recueillement. Elles portent des couvre-chefs blancs, hormis l’une d’entre elle qui revêt un voile noir. Celle-ci tient un enfant par la main, habillé d’une tunique bleu et d’un couvre-chefs jaune. Six autres femmes, situées dans le dernier quart du tableau, sont tournées vers la gauche. Elles tiennent deux bannières de procession, et sur l’une se dresse une figure religieuse. Ces femmes sont parées de robes entièrement blanches, dénotant ainsi avec le reste de la scène. Trois d’entre elles sortent pratiquement du cadre, indiquant un mouvement vers la gauche. L’absence de perspective ainsi que le morcellement des éléments révèlent une sobriété dans la composition. Dans la partie supérieure figure ce qui s’apparente à un muret d’un bleu sombre, ainsi qu’une portion de mer, dans les tons verts, sur laquelle flottent des bateaus. Le tableau est dominé par les tons ocres, bleus et blancs. L’œuvre est signée et datée en bas à gauche par l’artiste.
Histoire
Un membre fondateur des Nabis
Henri-Gabriel Ibels a étudié à l'École des Arts Décoratifs en 1886-1887, où il rencontre notamment le peintre Armand Seguin[1]. En 1888, il rejoint l'Académie Julian, aux côtés de Pierre Bonnard et d'Édouard Vuillard, deux peintres importants du mouvement nabi[1]. Henri-Gabriel Ibels fut l’un des membres fondateurs de ce mouvement artistique, entre 1888 et 1900[2].
Une trajectoire artistique différente
Il est principalement connu pour ses talents d’illustrateur, de lithographe et d’affichiste. Sa place importante dans la presse lui confère le surnom de « Nabi journaliste ». Il prend part à l’âge d’or de la presse illustrée[2]. Henri-Gabriel Ibels s’éloigne alors des préoccupations symbolistes du mouvement nabi. Il est davantage influencé par la vie parisienne contemporaine, notamment par le monde du spectacle. Ses thèmes de prédilection sont le cabaret, le cirque et le théâtre[3].
Outre sa présence dans les journaux de l’époque, qui explique son surnom, il s’attache à représenter, au cours de sa carrière, les conditions de vie des soldats, des marins, des travailleurs, ou encore des paysans[4].
- Œuvres de presse
Henri-Gabriel Ibels, Les Tisserands, 1893
National Gallery of Art, Washington.Henri-Gabriel Ibels, Programme du Théâtre-Libre Les Fossiles, 1892
musée des Beaux-Arts de Brest, Finistère.Henri-Gabriel Ibels, Affiche pour la galerie Pierrefort, 1893
BNF, Paris.
Le Pardon : une œuvre méconnue
Proche d’André Antoine, fondateur du Théâtre-Libre, il réalise pour lui de nombreuses lithographies destinées à illustrer les programmes de spectacles. Cette relation amicale aurait fait naître l’œuvre du Pardon.
En effet, elle aurait été commandée par André Antoine qui souhaitait décorer sa résidence secondaire, à Camaret-sur-mer, dans le Finistère[5]. Le peintre aurait été inspiré lors de son séjour avec Aristide Briand à Trédrez-Locquémeau, chez un de leurs amis Jean Ajalbert. L’œuvre représenterait le site de Saint-Michel-en-Grève[5].
Analyse

Intérêt pour la technique du vitrail
La composition globale de l’œuvre, et plus particulièrement le morcellement de chaque élément, rappelle la composition d’un vitrail.

De manière plus générale, les artistes rattachés au mouvement nabi ne cherchent pas la représentation de la réalité dans leurs œuvres[6]. Selon eux, l’art est davantage symboliste. De ce fait, ils choisissent la synthétisation et la stylisation des formes[6]. Les couleurs utilisées sont posées en aplats et sont délimitées par des cernes noirs. De plus, leurs productions artistiques reflètent leur intérêt pour l’art décoratif et leur inspiration japonisante[7]. Avec leur volonté d’intégrer l’art dans la vie quotidienne, ces peintres sont aussi des créateurs de céramiques, de meubles, d’affiches et de vitraux[8].
Avant lui, Émile Bernard réalisait, en 1888, une aquarelle La Conversation, ou Un verre à la campagne. Elle est conservée au musée des Beaux-Arts de Brest, dans le Finistère. Au même titre que Le Pardon de Henri-Gabriel Ibels, l’œuvre d’Émile Bernard est cloisonnée et morcelée. Les formes des arbres et des personnages sont cernées de forts contours noirs, rappelant les plombs du vitrail[7]. De fait, l’œuvre est une aquarelle, qui sert d’esquisse pour un projet de vitrail dans sa maison de Saint-Briac[7].
Maurice Denis, un autre membre du mouvement des Nabis et de l’École de Pont-Aven, est le témoin principal de l’intérêt des artistes pour l’art du vitrail. Dès sa jeunesse, il revendique sa volonté de devenir peintre d’église. En 1919, il fonde les Ateliers d’Art Sacré, aux côtés de Georges Desvallières. Ainsi Maurice Denis réalise de nombreux projets de vitraux. Sa production est notamment visible au Vésinet, une cité-jardin créée au milieu du XIXe siècle, près de Saint-Germain-en-Laye.
Le thème du pardon

Le terme de « pardon », pardoniou en breton, désigne des fêtes religieuses traditionnelles bretonnes dédiées à un saint. Elles se déroulent une fois par an, à une date précise et dans un lieu défini. Concernant leur organisation, elles comportent toujours une procession suivie d’une messe.
À la fin du XIXe siècle, la Bretagne devient une destination privilégiée pour les artistes parisiens qui cherchent à s’éloigner de l’industrialisation des grandes villes et se mettent en quête d'un certain exotisme[9]. De ce fait, ces scènes de vie quotidienne et religieuse sont le moyen pour les artistes de capturer une image authentique des campagnes.
La représentation de cette scène religieuse par Henri-Gabriel Ibels se distingue de la touche détaillée d’autres artistes[3]. Il cherche à saisir l’instant, en retranscrivant la solennité de la prière, notamment par les positions agenouillées. Le personnage prend vie simplement grâce à sa silhouette et sa posture. Le trait suggère la forme, sans la détailler et les visages des femmes sont anonymisés, à peine esquissés. Dans une veine davantage réaliste et détaillée, Henri-Gabriel Ibels a également peint La Procession, conservée au musée des Beaux-Arts de Brest.

Émile Bernard a aussi réalisé une œuvre sur ce thème, nommée Le Pardon ou Bretonnes dans la prairie, datant de 1888. Henri-Gabriel Ibels et lui se rejoignent dans leur volonté de rompre avec la tradition stylistique. Tous deux simplifient les formes et rejettent le réalisme photographique au profit d’une vision plus synthétique et symboliste. L’absence d’horizon ainsi que l’utilisation d’aplats de couleurs, bien que traité différemment, écrase la profondeur.
Populaires, les scènes de pardons sont capturées sur d’autres supports que des toiles. De nombreuses photographies témoignent de cette tradition religieuse bretonne. Maurice Denis a lui-même photographié une procession, entre 1896 et 1902. Conservé au musée d’Orsay, le cliché permet de documenter l’événement. Il existe également de multiples cartes postales de la fête, notamment certaines qui révèlent des processions ayant eu lieu sur le site de Saint-Michel-en-Grève.
- Photographies de pardons bretons
Maurice Denis, Procession de Pardon, Perros-Guirec (Côtes-d'Armor),entre 1896 et 1902, épreuve gélatino-argentique contrecollée en plein sur carton, 4 x 5 cm
musée d'Orsay, Paris.Carte postale, Procession à Saint-Michel-en-Grève, s.d.
Archives de Saint-Michel-en-Grève, Côtes-d'Armor.Carte postale, Bénédiction au reposoir, Saint-Michel-en-Grève, s.d.
Archives de Saint-Michel-en-Grève, Côtes-d'Armor.
Acquisition
L'œuvre est acquise par le musée de Pont-Aven en , grâce au soutien du mécène officiel CIC Ouest et du Fonds Régional d’Acquisition pour les Musées (FRAM) auprès d’une galerie d'art[5].