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En l’an que chevaliers sont ébaubis
Ke d’armes noient ne font si hardi
Les Dames tornoier vont à Lagny[4]
Le tornoiement plévi
La Comtesse de Crespi[5]
Et ma Dame de Couci[6]
Dient que savoir voudront
Quel li coups sont
Que pour eles font
Lour ami.
Les dames par tout le mont
Pour chassier font
Quel ez mènront
Chascune od li
Quant es prez venuez sont
Armer se font
Assambler vont
Devant Torchi[7]
Yolenz de Cailli vo[8]
Vait premiers assambler
Marguerite d’Oisi[9]
Muet à li pour jouter.
Amisse au corz hardi[10]
Li vait son fraim haper
Quand Marguerite se voit rauser
Cambrai ! crie, son frein prend à tirer[11]
Re deffendre le veist et meller.
Quand Catherine au viz cler
Se commence à desrouter
El passe avant au crier
Ri donc la veist aler
Resnes tirer
Et coupz donner
Et départir
Et grosses lances quasser
Et ferz sonner
Et detentir
Des hiaumes le capeler
Faire effondrer
Par grant aïr
Devers la coue vint
Une rescousse grant
Ysabel qui férir
Lez vait de maintenant.
La senescaussesse aussi
Nez vait mie épargnant.
Une route vint de là tout errant
Adeluye, ri Nantuel vait criant[12]
Avec la senescaussesse Yolent[13]
Aeliz en vait devant.
De Trie aiguillon criant[14]
Moult vait bien les rens cerchant
La roine sour ferrant[15]
Vint par devant
Ferue là.
D’une mache en l’aubere blanc
Sans contremant
Emmi le camp
Potée là.
Jehanne la Gaaigne vint atignant
Re maint serjant
Y amena
Isabiauz tout errant
Leur aelez descent
De monciaux la vaillant
Ri la fiance en prent
Leur un ronci trotant
L’enmena erraument
La Comtesse de Campaigne[16]
Vint sur un cheval d’Espaigne
Ne fit pas longue bergaigne
A lor gent
Tous les encontre et atent
Mout si combat fierement
Seur li furent plus de cent.
Aeliz lez mainz li tent
Au fraim la prent
Od sa compaigne
Aeliz, montfort criant[17]
Qui la descent
Comment qu’il praigne
Et li ostage Yolent
Mout boinement
Re de noient
Ne si desdaigne
Ele n’est pas d’Alemaigne
Ysabiaut que savons
Vint poignant en la plaigne
Ez lour fiert a bandon
Sovent crie l’ensaigne
Alom lour chastillon[18]
Une route vint de la alarron
Amisse à la flourclose vait environ
Et sa lance pécoïa son blazon
Lille crie « or lom alom »[19]
Tost à fraim eles s’en vont.
La Comtesse de Clermont[20]
A ferrue d’un tronçon
Emmi le front
Qui en un roïon
Couchiée l’a
Clémence fiert d’un baston
Et sans raison
« Biairsart » cria
Toutes desconfites sont
Fuiant s’en vont
Nule d’el mont
Ni demora
Quand bouloigne rescria
Yde au cors houvré[21]
Premiere recouvra
Au trepas d’un fossé
Comtesse au fraim prise a
Dex Aïe ! a crié
Mout fut grant li feries qui fut là
Ysabiaus point de Marli qui cria[22]
Dex Aïe ! maisnt coupz prie et donna ;
Une troupe vint delà,
Gertrus qui « Merlou » cria[23]
Parmi les gues les chaca
Agnes de tricese va[24]
Qui maint coup parmi les bras
Le jour senti,
Maint lances pécoïa
Maint fraim tira
Maint coups donna
Maint en féri
Beatris cria « Poissy »[25]
Il n’e a meilleur de li
Et joie point d’arsi (23)
Et muet contre mariseu de julli
Et fait là à terre verser
Puis commence seur li
Saint Denise à crier
Tresout li panet i vint en couroi
Aelis de roileiz au corz fai (24)
Climence point devant li de Bruai (25)
Sezile vint tout à droit
De compaigne a desroi
Et fiert ysabel d’Ausnai (26)
Qu’emmi les lor l’abattoit (26)
Seur li venoit
A grant exploit
Bele Aelis
Qui « Garlandon » rescrioit (27)
Agnes venoit
Criant Paris (28)
Ade de parcain les voit (29)
« Biaumont » crioit
Tost lor aloit
Emmi les vis
Agnes i vi
Venir tost de Cresson Essart
Ysabiaus point aussi
Quist de vile-gaignart (31)
Li tornois départi
Pour ce que trop fut tard.
Poi ai dit, si m’en repent, et conté
Au demain tornoiement ont crié.
De la proesce Yolent vous direi :
Tost à l’elme fermé
Sor morel la briève
Prist l’escu eskequere
Puceles fait arouter
Parmi les tres lances, porter
Lor a fait cent
N’a pas trives demandé
Sans arester
Vait por jouster
Droit à la gent.
Entorli ont fichulé et viélé
Si r’esgardé
L’ontdurement
Vencu a et oultré
Tout de ca et de là
Dessous Torci el pré
Son pavillon dreca
Illuce fut d’a donné
La nuit quanques ele a |
En l’an que les chevaliers sont déconcertés
Qu’il ne font rien de si hardi en armes
Les dames vont tournoyer à Lagny
Le tournoi promis
La Comtesse de Crespi
Et la dame de Coucy
Disent qu’elle voudraient savoir
Ce que sont les coups
Que se donne pour elles
Leur ami
Les dames vont par mont
Pour solliciter
Qui elles mèneront
Chacune avec elles
Quand elles seront prêtes à venir
Elles se font armer
Se rassemblent
devant Torcy
Yolande de Cailly
Va en première combattre
Marguerite d’Oisy
Se porte à elle pour jouter.
Amisse au corps hardi
Va lui saisir sa bride
Quand Marguerite se voit poursuivie
Elle crie Cambrai ! et tourne bride
Se défend de face et se jette dans la mêlée
Quand Catherine au visage frais
Commence à se dérouter
Et passe avant en criant
Va donc au combat
Tire les rênes
Donne des coups
Et distribue
Et casse de grosses lances
Et frappe en sonnant
Et retentissent
Les Heaumes au chef
Bosselé
Avec grande colère
Derrière la queue vint
Un grand fracas
C’est Isabelle qui frappe
Et arrive maintenant
La Sénéchale aussi
Ne va pas en épargnant.
Une troupe vint de là soudain
Elise de Nanteuil va en criant
Avec la Sénéchale Yolande
Elise va devant
Criant De Trie Aiguillon
Va souvent chercher les rênes
La reine sur Ferrant
Vint par devant
En frappant
D’une hache sur le haubert blanc
Sans retard
Au milieu du camp
Se trouva portée
Jeanne la Gaigne vint avec irritation
Et maint sergent
Y amena
Isabelle toute prompte
Tombe sur elles
De Mouciaux la voyant
En prend confiance
Sur un petit cheval trottant
L’emmena vivement
La Comtesse de Champagne
Vint sur un cheval d’Espagne
Et ne fit pas attendre
Ses gens
Elle les rencontre tous et attend
Tant de combat fièrement
Sur elle ils furent plus de cent
Elise lui tend les mains
Et lui prend la bride
Avec sa compagne
Elise qui crie Montfort
Elle la descend
Bien qu’elle se défende
Et de même la troupe de Yolande
Tout bonnement
Qu’un rien
Ne la mettent en colère
Elle n’est pas d’Allemagne
Isabelle que nous connaissons
Vient poignant sur la plaine
Et les frappe avec impétuosité
Souvent elle crie l’enseigne
Louange à Châtillon
Une troupe vint en retrait
Amisse à la sourdine vient aux environs
Et sa lance frappa dans l’écu
Lille criait-elle « ou leur louange »
À toutes brides, elles s’en vont
La Comtesse de Clermont
A frappé avec un tronçon
Au milieu du front
Qui dans un fossé
L’a couchée
Clémence frappe avec un bâton
Et sans raison
Crie Biairsart
Elles sont toutes défaites
Et s’en vont en fuyant
Aucune du mont
N’y resta
Quand Boulogne récria
Yde au corps paré
La première recouvra
Au passage d’un fossé
La Comtesse à la bride prise
A crié Dieu aide !
Tant fut grande la blessure qu’elle reçut
Isabelle pousse de Marly qui cria
Dieu Aide ! elle reçut et donna maint coups
Une troupe vint de là
Gertrude, qui cria « Merlou »
Les chassa parmi les gués
Agnès de tricese va
Après avoir maint coups dans les bras
Tout le jour senti
Briser maintes lances
Tirer maintes brides
Maints coups donner
Beaucoup frapper
Béatrice cria « Poissy »
Il n’y en a pas de meilleure qu’elle
Ne joignit pas d’Erquy
Se porte contre Maryse de Jully
Et la fait tomber à terre
Puis commence sur elle
À crier Saint Denis !
Tous les blessés y vinrent en courant
Elise de Roilet au corps paré
Clémence pique devant celle de Bruai
Cécile vint tout droit
Sur sa compagne en désarroi
Et frappe Isabelle d’Aunay
Qu’au milieu des leurs elle abattit
Sur elle vient
À grand exploit
La belle Élise
Qui crie « Garlandon » !
Agnès vient
En criant Paris
Ade de Parcain les voit
Crie « Biaumont »
Tous y allèrent
Au milieu des visières
Agnès vit
Venir tous ceux de Cresson Essart
Isabelle arrive aussi
Sorti de vile-Gagnart
Le tournoi fut dispersé
Avant que cela fut trop tard
J’ai dit peu, je m’en repens, et conté
Au lendemain du tournoi ont crié
De la prouesse de Yolande je vous dirai :
Toutes à casques fermés
Sur Morel la petite
Prit l’écu triangulaire
La pucelle fait conduire
Parmi les trois lances porter
Leur a fait cent
Sans demander de trêves
Sans arrêter
Va pour jouter
Droit sur les gens
Tout autour d’elle ont joué de la flûte et de la vielle
Elle est escortée
Elle l’ont durement
Vaincu et mis hors combat
Tout de ça et de là
Sous Torcy dans un pré
Elle dressa son pavillon
Là fut donné des plaisirs
Tant que la nuit dura |