Louviers

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Louviers
Louviers
Promenade au bord de l'Eure.
Blason de Louviers
Blason
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Normandie
Département Eure
Arrondissement Les Andelys
Intercommunalité Communauté d'agglomération Seine-Eure
(siège)
Maire
Mandat
François-Xavier Priollaud
2020-2026
Code postal 27400
Code commune 27375
Démographie
Gentilé Lovériens
Population
municipale
18 705 hab. (2023 en évolution de +0,31 % par rapport à 2017)
Densité 691 hab./km2
Population
unité urbaine
18 604 hab. (2026)
Géographie
Coordonnées 49° 12′ 58″ nord, 1° 09′ 59″ est
Altitude Min. 11 m
Max. 149 m
Superficie 27,06 km2
Type Centre urbain intermédiaire
Unité urbaine Louviers
(ville-centre)
Aire d'attraction Louviers
(commune-centre)
Élections
Départementales Canton de Louviers
(bureau centralisateur)
Législatives Quatrième circonscription
Localisation
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Louviers
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Louviers
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Louviers
Liens
Site web www.ville-louviers.frVoir et modifier les données sur Wikidata

Louviers est une commune française, située dans le département de l'Eure, en région Normandie.

La devise de la ville, concédée par le roi Charles VII en 1441, est « Loviers le Franc »[1].

Louviers désignait une espèce de drap tissé serré qui était fabriqué à Louviers et qui était recherché pour l'habillement des personnes de qualité, tandis que le drap d'Elbeuf était plus ordinaire.

Localisation

Représentations cartographiques de la commune
Mairie
Carte OpenStreetMap
Carte OpenStreetMap
Carte topographique
Carte topographique
1 : carte dynamique ; 2 : carte OpenStreetMap ; 3 : carte topographique ; 4 : avec les communes environnantes

Communes limitrophes

Les communes limitrophes sont La Haye-le-Comte, Incarville, Le Mesnil-Jourdain, Pinterville, Saint-Pierre-du-Vauvray, Surville, Terres de Bord et Vironvay.

Hydrographie

La commune est située dans le bassin Seine-Normandie. Elle est drainée par l'Eure[4] et ses nombreux bras [5], ainsi que les ravins du Rouquis[6], de la Vacherie[7], des Fosses[8], le fossé 01 et le cours d'eau 02 et de la commune de Louviers[9], ainsi que divers petits cours d'eau[10],[Carte 1].

L'Eure est un cours d'eau naturel non navigable d'une longueur de 229 km. Appelée «Autura» à l'époque des Gaulois, elle prend sa source dans la commune de Longny les Villages en Eure-et-Loir, et se jette dans la Seine à Saint-Pierre-lès-Elbeuf, après avoir traversé 91 communes[11]. Les caractéristiques hydrologiques de l'Eure sont données par la station hydrologique située sur la commune de Louviers. Le débit moyen mensuel est de 24,6 m3/s[Note 1]. Le débit moyen journalier maximum est de 135 m3/s, atteint lors de la crue du . Le débit instantané maximal est quant à lui de 137 m3/s, atteint le même jour[12].

Parmi les nombreux bras répertoriés ("Histoire de Louviers" de MM. Blanluet et Chaplain), des bras majeurs sillonnent le centre de la ville :

  • le bras de l'Epervier, creusé en 1516 par les mariniers
  • les bras des Rhédiers et des Jonquets, desservant le port fluvial. La partie amont du bras des Rhédiers est le bras originel de l'Eure
  • le bras de la Villette proche du château du même nom, rebâti sur les fondations de l'ancien édifice fortifié, le manoir de la Villette, situé au lieu-dit la Haute-Villette. Ce bras a été doublé par un canal au milieu du XIXe siècle, qui a servi de piscine pour la Fraternelle de Louviers. Ce canal a été lui-même doublé par une passe au début du XXIe siècle, permettant la remontée des poissons vers l'amont et le franchissement des kayaks.
  • le bras de Saint-Jean, reliant le port des Lavandières au centre-ville au niveau de la poissonnerie.
  • le bras de Saint-Taurin, visible depuis le pont de la piscine CASEO, traverse l'hôpital de Louviers.
  • le bras de la Londe en référence au propriétaire de la rivière à l'époque, le Marquis de La Londe. Ce bras, ainsi que le petit bras du Polhomet, traverse l'actuel jardin des Bigards.
  • Le bras de Fécamp traverse le couvent des pénitents (actuellement école de musique): c'est un des rares cas en France de couvent construit sur une rivière. Le bras longe ensuite la rue des Terneaux. Certaines habitations de cette rue ont un patio sur la rivière, visible depuis le pont de la rue des Pénitents et de la rue de la Trinité.
  • le bras de Bigards, sans doute le bras principal de l'Eure, traverse l'usine Fresenius. Il était propriété de la famille Le Cordier de Bigars au début du XVe siècle ;
  • le bras du Gril, parfois souterrain, rejoint les bras de Saint Taurin, des Bigards, de Fécamp et de la Londe au niveau de la Porte de l'Eau, où étaient déchargées les matières premières (bois, laine, acier...) ;
  • les bras de St Germain (grand bras et petit bras), s'écoulent vers l'aval, et rejoignent l'actuel canal de la Villette en sortie de ville, au niveau de l'ancien pont de chemin de fer de la ligne d'Elbeuf.

La présence de nombreux ponts, ou de leurs vestiges, parsème les rues de la ville, en augmentant le charme.

Carte en couleur présentant le réseau hydrographique de la commune
Réseau hydrographique de Louviers[Note 2].

Six plans d'eau complètent le réseau hydrographique : la mare Cailloux (0 ha), la mare Courante (0,1 ha), la mare de Saint-Lubin (0,1 ha), la mare des Fiefs (0 ha), la mare du Puits (0 ha) et le plan d'eau de la commune de Louviers (2 ha)[Carte 1],[13].

Climat

Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat océanique dégradé des plaines du Centre et du Nord, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols, etc.) et des données couvrant la période 1971-2000[14]. En 2020, le climat prédominant est classé Cfb, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été frais sans saison sèche[15]. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est exposée à un climat océanique[16] et est dans la région climatique Côtes de la Manche orientale, caractérisée par un faible ensoleillement (1 550 h/an) ; forte humidité de l’air (plus de 20 h/jour avec humidité relative > 80 % en hiver), vents forts fréquents[17]. Elle est en outre dans la zone H1a au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves[18],[19].

Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de 11,1 °C, avec une amplitude thermique annuelle de 14,5 °C. Le cumul annuel moyen de précipitations est de 710 mm, avec 11,9 jours de précipitations en janvier et 7,8 jours en juillet[14]. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique installée sur la commune est de 11,8 °C et le cumul annuel moyen de précipitations est de 719,5 mm[20],[21]. La température maximale relevée sur cette station est de 40,4 °C, atteinte le  ; la température minimale est de −18,9 °C, atteinte le [Note 3].

Statistiques 1991-2020 et records station LOUVIERS (27) - alt : 25 m, lat : 49°12'15"N, lon : 1°11'13"E (à 2 km)
Records établis sur la période du au
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Record de chaleur (°C)
date du record
17
27.01.03
24
28.02.1960
25
17.03.1961
29,1
30.04.25
33
27.05.05
38
18.06.22
40,4
19.07.22
40
11.08.03
36,9
09.09.23
32,7
10.10.23
20,6
03.11.1994
17,3
04.12.1961
40,4
2022
Température maximale moyenne (°C) 8,1 9,1 12,9 16 19,8 23,2 25,1 25,3 21,5 16,6 11,2 7,9 16,4
Température moyenne (°C) 5,1 5,5 8,3 10,6 14,3 17,4 19,4 19,4 16 12,3 7,7 5 11,8
Température minimale moyenne (°C) 2,1 1,8 3,6 5,1 8,8 11,6 13,7 13,6 10,6 7,9 4,2 2,1 7,1
Record de froid (°C)
date du record
−18,9
08.01.1985
−13,5
05.02.1963
−9,5
08.03.1971
−4,2
24.04.1981
−2,3
03.05.1981
1,1
05.06.1991
3,9
22.07.1980
2
18.08.1970
−0,1
27.09.1972
−5,5
30.10.1997
−9
24.11.1998
−12
31.12.1970
−18,9
1985
Précipitations (mm) 63,1 54,9 53,1 52,1 60,5 53,2 51,9 57,4 51,2 68,1 69,2 84,8 719,5
Record de pluie en 24 h (mm)
date du record
42,2
01.01.1941
32
16.02.1964
34,5
24.03.01
42,5
17.04.1964
41,9
21.05.14
42,3
20.06.1992
49
17.07.1972
40,9
23.08.1986
61,2
05.09.1964
39
14.10.1964
63
26.11.1961
34,3
18.12.1979
63
1961
Source : « Fiche 27375001 » [PDF], sur object.files.data.gouv.fr/meteofrance/data, édité le : 06/10/2025 dans l'état de la base (consulté le )
8,1
2,1
63,1
J
9,1
1,8
54,9
F
12,9
3,6
53,1
M
16
5,1
52,1
A
19,8
8,8
60,5
M
23,2
11,6
53,2
J
25,1
13,7
51,9
J
25,3
13,6
57,4
A
21,5
10,6
51,2
S
16,6
7,9
68,1
O
11,2
4,2
69,2
N
7,9
2,1
84,8
D
Moyennes : max min °C ■ Précipitations mm

Urbanisme

Typologie

Au , Louviers est catégorisée centre urbain intermédiaire, selon la nouvelle grille communale de densité à 7 niveaux définie par l'Insee en 2022[22]. Elle appartient à l'unité urbaine de Louviers, une agglomération intra-départementale dont elle est ville-centre[23],[24]. Par ailleurs la commune fait partie de l'aire d'attraction de Louviers, dont elle est la commune-centre[Note 4],[24]. Cette aire, qui regroupe 44 communes, est catégorisée dans les aires de 50 000 à moins de 200 000 habitants[25],[26].

Occupation des sols

Carte en couleurs présentant l'occupation des sols.
Carte des infrastructures et de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC).

L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des forêts et milieux semi-naturels (53,6 % en 2018), une proportion identique à celle de 1990 (53,6 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : forêts (51,4 %), zones urbanisées (21,5 %), terres arables (13,1 %), prairies (5,8 %), zones agricoles hétérogènes (4,1 %), milieux à végétation arbustive et/ou herbacée (2,2 %), zones industrielles ou commerciales et réseaux de communication (1,9 %)[27].

L'IGN met par ailleurs à disposition un outil en ligne permettant de comparer l’évolution dans le temps de l’occupation des sols de la commune (ou de territoires à des échelles différentes). Plusieurs époques sont accessibles sous forme de cartes ou photos aériennes : la carte de Cassini (XVIIIe siècle), la carte d'état-major (1820-1866) et la période actuelle (1950 à aujourd'hui)[28].

Voies de communication et transports

Voies routières

Louviers est desservie par les autoroutes A13 (échangeurs 18 et 19) et A154 (échangeurs 1, 2 et 3) et par la RN 154 (Louviers - Évreux). Les routes départementales entrantes et traversantes de la ville sont les suivantes : RD 71, RD 81, RD 108, RD 113, RD 133, RD 164, RD 313 et RD 6155.

Transports urbains

Station de Vélo en Libre-Service, rue Mal-Foch.

Outre les lignes de desserte entre villes limitrophes de l'initiative du département, le réseau urbain est organisé et exploité en concession de service public par Seine-Eure Mobilité (SEMO)[29], sous compétence de la CASE.

En parallèle, la ville bénéficie du réseau de Vélo en Libre Service, avec 7 stations dans Louviers intra-muros. Ce service permet de relier notamment la zone d'activité de la Fringale.

Un mode de transport original pour les écoliers de l'enseignement primaire consiste en l'organisation de tournées de ramassage scolaire sur des Rosalies adaptées[30]. Le dispositif, dénommé S'CoolBus, a été en fonction de 2017 à 2019.

Toponymie

Le nom de la localité est attesté sous les formes Locos veteres au IXe siècle (annales de Saint-Bertin) ; Loviers vers 980 (charte de Richard Sans Peur) et en 962-996 (copie XIIIe siècle, Fauroux 5) ; Loveria XIe siècle Lotvers en 1025 (Fauroux 34), Lovers en 1027 (Neustria pia)[31], Lonviers et Loviers en 1195 (charte de Richard Cœur de Lion), Lowiers et Louvers en 1197 (contrat d’échange de Richard Cœur de Lion), Loverii au XIIe siècle (ch. de Guill. de Breteuil), Locvies fin du XIIe siècle (cartulaire du chap. de Rouen), Villa Locoveris en 1198 (verres gravés à Rouen, Brossard de Ruville), Locus Veris en 1208 (cartulaire de Saint-Taurin), Locoverium en 1225 (charte d’Amaury de Meulan), Louviers vers 1260 (charte de saint Louis), Louvers en 1379 (archives de l’Eure), Loviers le Franc en 1441 (lettres patentes de Charles VII), Louvyers en 1562 (lettre missive du comte de Montgommery)[32].

La forme Locos veteres « lieu ancien » ainsi que la poétique transposition Locus veris « lieu du printemps » ne sont pas à retenir[31], car elles ne correspondent pas aux formes anciennes romanes et de plus, les mots du latin classique vetus, -eris « vieux » et veris « printemps » n'existent pas dans la toponymie normande.

Albert Dauzat et Charles Rostaing, qui ne citent qu'une seule forme ancienne, Loviers, y ont vu un *Luparia « endroit hanté par les loups », du latin lupus avec le suffixe -aria qui explique les toponymes du type La Louvière et Louvières[33]. Cependant, ils excluent a priori la forme Lotvers, difficilement compatible avec cette hypothèse et négligent le fait que la terminaison -iers peut difficilement être issue de -aria, car l'évolution de la finale aurait dû se faire en -ière comme les autres noms de lieux représentant ce type toponymique.

Par contre, on peut rapprocher Louviers d'autres formations en -viers, communes au nord de la France : Reviers (Normandie), Grand-Laviers (Picardie) ou Verviers (Belgique)[31].

-viers est un élément issu du celtique uer- / uar-, thème hydronymique au sens probable d'« eau » ou de « rivière » qui a justement été utilisé comme nom de rivière (cf. la Vire, la Vière ou le Var), ainsi que dans le composé Varinna > Varenne, commun en France et le nom du peuple celtique Trévires (Trèves) « les passeurs » de trē-uer-o (cf. vieil irlandais treóir « passage ou lieu de passage d'un cours d'eau »)[34].

Le premier élément Lot- ou Loc- est sans doute prélatin mais d'analyse incertaine[31].

Par ailleurs, le nom de la ville est connu à travers une chanson traditionnelle Sur la route de Louviers[35].

Histoire

Préhistoire

Sur le territoire de Louviers ont été découvertes des pierres taillées de l'époque paléolithique dont quelques-unes ont été placées dans le musée de la ville, auprès de fragments d'une défense de mammouth trouvée non loin du cimetière[36]. De même, le menhir de la Basse Crémonville, le tombeau néolithique qui en était proche, des armes, vases, outils de pierre ou de bronze recueillis sur le territoire de la ville et de ses alentours témoignent de la présence humaine aux différentes époques de la préhistoire[37].

Époques gauloise et gallo-romaine

Peu d'éléments remontant à l'époque gauloise ont été retrouvés à Louviers : une sépulture celtique trouvée en 1863 contre le mur de l'église Notre-Dame, et quelques pièces de monnaie gauloises[37]. L'hypothèse d'un village fortifié gaulois a été formulée mais n'a pas été prouvée[38]. Le Louviers gallo-romain est en revanche mieux connu. Il était peu important car ne figurait pas sur l'Itinéraire d'Antonin, ni dans la table de Peutinger. Le berceau de Louviers à l'époque gauloise fut probablement sur la colline du Châtel[39]. Après la conquête romaine, Louviers semble être une agglomération secondaire située à l'emplacement du centre-ville actuel, le long d'un axe routier nord-sud parallèle à l'Eure. Une activité artisanale de métallurgie, continue depuis la fin de l’âge du fer, marque la limite nord de l’agglomération. Une nécropole est également identifiée dans ce secteur, rue des Pompiers et des Mûriers[40].

Moyen Âge

Façade occidentale de Notre-Dame.
- La tour-beffroi à gauche.

Sous les Mérovingiens, Louviers eut au moins deux cimetières[39],[Note 5] mais ce n'est qu'à partir du IXe siècle que l'on peut dater certains événements historiques.

Le roi Charles II, père du futur Louis II, arrange le , les fiançailles de son fils avec une fille d'Erispoë, roi de Bretagne, qui lui concède alors le duché du Mans. Déplaisant énormément aux vassaux bretons, cet arrangement est peut-être une des raisons du mécontentement et du complot qui entraînent la mort du roi breton l'année suivante[41].

Richard Ier, duc de Normandie, cède en 965[Note 6], « les églises de Louviers et Pinterville, les pêcheries des moulins de Louviers et quarante sols de rente sur ces moulins » à l'abbaye Saint-Taurin qu'il vient de fonder à Évreux[42]. C'est la première fois, à la fin de l'époque carolingienne, qu'apparaît le nom de Louviers dans un acte officiel. Cette donation est confirmée par Richard II en 1026.

Les « moulins du roi » brûlent en 1184 puis sont reconstruits. En 1195, Richard Cœur de Lion confirme la charte de ses prédécesseurs.

En 1196, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion signent la trêve de Louviers, ratification de la paix d'Issoudun. L'année suivante en 1197, Richard Cœur de Lion remet Louviers à Gautier de Coutances l'archevêque de Rouen, afin de recevoir de ce dernier Andeli et de pouvoir édifier Château-Gaillard[43]. À partir de cette date et jusqu'à la Révolution française, les archevêques de Rouen furent comtes de Louviers[Note 7].

Au cours des premières années du XIIIe siècle est édifiée l'église Notre-Dame. Dès 1240, elle est terminée dans ses parties essentielles : chœur, nef et transept surmonté d'une tour-lanterne[44].

Jusqu'au milieu du XIVe siècle, la prospérité de la ville ne cesse de croître grâce à l'industrie drapière et il est possible que sa population dépasse alors les dix mille habitants. Témoigne de cette richesse la construction d'un manoir épiscopal[45] sur le Châtel[Note 8], de maisons de bois et de torchis mais aussi de demeures en pierre pour les maîtres drapiers et marchands riches[44].

Le , lors de la chevauchée d'Édouard III[46] puis en 1356, la ville est prise et pillée. Elle est occupée pendant quatre ans jusqu'en 1360. Le de cette année, le Prince noir prononce solennellement, au nom de son père Édouard III, la ratification du traité qui, en échange du quart du royaume de France, rend la liberté à Jean II le Bon, fait prisonnier à Poitiers[47]. En 1364, les Lovériens demandent à Charles V l'autorisation de fortifier les remparts[47],[Note 9]. De 1379 à 1385, l'église est réparée. Les voûtes de la nef sont surélevées et on érige sur le clocher une flèche de cinquante mètres qui, pendant trois siècles, sera sujet d'admiration[Note 10]. Le , le connétable de la garnison, inspectant les murailles vers minuit, trouve un guetteur endormi et, de colère, lui heurte violemment la tête contre une guérite de bois et le tue.

En 1409, les Lovériens reprennent les fortifications, négligées après les victoires de Bertrand Du Guesclin contre les Anglais et entreprennent d'édifier au flanc de leur église une tour-beffroi dont le style est plus militaire que religieux[48]. En 1418, la ville est assiégée par Henri V. La lutte est farouche et la répression sans pitié. La ville capitule le au bout de vingt-six jours (quinze selon les sources anglaises). Les canonniers normands sont pendus[49] et 120 bourgeois passés au fil de l'épée et les autres n'obtiennent la vie sauve que contre le versement d'une forte rançon de (15 000 écus). Il s'ensuit une occupation de onze ans. En 1429, au mois de décembre, La Hire, compagnon de Jeanne d'Arc, reprend la ville. Les Anglais, ne pouvant accepter ce fait, investissent la ville en avec douze mille hommes. Le nouveau siège dure près de six mois. La ville capitule le après avoir perdu la plus grande partie de ses défenseurs[50]. Après avoir promis des conditions honorables aux survivants, les Anglais rasent la ville[51]. En 1440, la ville est à nouveau libérée et les habitants peuvent la reconstruire. Les Anglais tenteront une dernière fois de prendre la ville en 1441[Note 11]. Cette même année, Charles VII, par une charte datée de Lusignan, exempte les Lovériens à perpétuité de la plupart des impôts royaux, notamment la taille, le plus lourd de tous. La ville reçoit, incorporée dans ses armoiries le titre de « Loviers le Franc » et les habitants obtiennent le droit de porter la lettre L couronnée « en broderie, orfèvrerie et ainsi qu'il leur plaira ». Dans les années 1440, partent de Louviers, où Charles VII établit un temps son quartier général, de nouvelles attaques pour la plupart réussies et qui contribueront à la libération de la Normandie[52].

Au XVe siècle, l'industrie du drap dans la ville de Louviers conservait la protection de Louis XI, tout comme d'autres villes normandes[53].

Renaissance

XVIIe et XVIIIe siècles

Au XVIIe siècle, des épidémies de peste frappèrent la ville (1619, 1620, 1624, 1648, 1694) faisant de nombreuses victimes[60].

  • Le , les bourgeois acceptent le principe de la fondation hospitalière du couvent saint-Louis.
  • En 1620, les franchises accordées par Charles VII sont supprimées par Louis XIII.
  • Entre 1643 et 1647, l'affaire des possessions de Louviers agite la ville.
  • En 1681, l'administration royale installa à Louviers une manufacture[Note 12],[61] Dirigée pendant plus de cinquante ans par François Le Camus, elle redonna à la ville une certaine prospérité à son activité drapière. Mais Louviers, bien que spécialisé dans les draps de très haute qualité, se voit concurrencer par la besogneuse Elbeuf.

Au XVIIIe siècle, de nombreux fléaux naturels touchèrent la ville : de terribles hivers (1709, 1740, 1776) ; la grande tempête de 1705 ; des inondations (1740, 1776, 1784) ; de grands incendies (1782, 1783).

  • En 1707, l'établissement de l'impôt du tarif, consistant en le rachat global de la taille par le produit d'autres redevances, essentiellement celles de l'octroi, théoriquement payées par tous, fut accueilli par des démonstrations de joie[62].
  • En 1709, un loup enragé pénétra dans la ville, mordit quinze personnes dont cinq succombèrent[63].
  • En 1785, une première usine possédant des mécaniques fut installée à Louviers, c'est-à-dire des métiers à filer le coton selon les nouvelles méthodes anglaises[63].

De 1789 à 1945

Modérés dans leurs cahiers de doléance, royalistes constitutionnels au temps des deux premières assemblées révolutionnaires, Girondins au début de la Convention, Thermidoriens après l'exécution de Robespierre, les Lovériens firent preuve pendant la Révolution française de modération et suivirent les courants de pensée et d'action qui entraînèrent le pays[64].

Le maintien de la disette sous la Révolution et le fait qu'elle ait empiré sous le Directoire favorisa le ralliement au gouvernement fort et la constitution consulaire fut acceptée à l'unanimité des votants. Le Premier consul visita Louviers le [65]. Il y revint le avec son épouse Marie-Louise et en profita pour visiter les usines de la ville[66]. La ville fut occupée par les Prussiens en 1815.

Les règlements de Colbert ayant conduit les fabricants lovériens à se spécialiser dans les draps d'extrême finesse, d'une part, et la Révolution se montrant peu favorable à la confection et à la vente d'étoffes de luxe, d'autre part, il s'ensuit une crise aiguë dans l'industrie de la ville[67]. Le recours à des procédés nouveaux et l'action d'hommes énergiques dont Guillaume Petit, maire, député et historien de Louviers, permit de maintenir la qualité tout en abaissant les prix. On assista alors à une véritable renaissance de la vieille activité et à une prospérité retrouvée, prospérité qui s'est maintenue jusqu'au milieu du XXe siècle. Ce fut l'époque où Louviers compta le plus d'entreprises et d'ateliers.

Cette nouvelle prospérité se refléta dans de multiples travaux[68].

  • sous la Restauration : suppression des anciens remparts, remplacés par des boulevards plantés ;
La gare, dans les années 1920.
La ville était desservie, de 1872 à 1950, par la ligne de Saint-Georges-Motel à Grand-Quevilly, qui permettait de relier Rouen à Orléans.
  • sous la monarchie de Juillet : création de la bibliothèque, de la caisse d'épargne[69], de la première véritable école publique de garçons[70] et restauration de Notre-Dame ;
  • sous le Second Empire : ouverture et pavage des rues, amélioration des écoles, du port, des ponts, de l'éclairage ; importants travaux à l'hôtel de ville et à l'hospice ; inauguration de la gare de chemin de fer.

Les deux révolutions de 1830 et 1848 passèrent presque inaperçues à Louviers[71]. En 1870, la guerre avec la Prusse fit 16 morts, 13 blessés et 23 prisonniers[72]. La ville fut évacuée au début de puis la vie reprit son cours normal sous la Troisième République. En 1885 fut créée l'école primaire supérieure (devenue collège puis lycée). En 1899, l'électricité éclaira les rues de Louviers. Un théâtre municipal[73], un musée et diverses sociétés, savantes, sportives, musicales, mutualistes s'épanouirent avant la Première Guerre mondiale[74].

En , Louviers a terriblement souffert de bombardements liés à la bataille de France[75]. La ville compta des groupes de résistants dont plusieurs furent arrêtés et déportés. Le , les Américains puis les Britanniques libérèrent la ville après quelques bombardements. Le , Louviers reçut la visite du général de Gaulle et, le , la ville fut décorée de la croix de guerre[76].

Histoire récente

Le centre-ville d'après la reconstruction.

L'après-guerre fut marquée par la reconstruction de la ville et la création de nouveaux quartiers : Saint-Lubin, Saint-Germain, la Roquette, la Côte de Paris, Saint-Jean[77].

Ville ouvrière marquée par l'héritage de Pierre Mendès France, Louviers a connu une histoire politique singulière dans la deuxième partie du XXe siècle. Une effervescence politique se traduisit par l'accès à la magistrature municipale, en , du Dr Ernest Martin, étiqueté divers gauche mais réunissant dans son sillage une extrême gauche anti-autoritaire, avec une liste autogestionnaire allant du PSU aux anarchistes. Les événements de Mai 68 eurent un retentissement particulier à Louviers, avec la mise en place d'un fonctionnement auto-gestionnaire, avec comités de quartier, politique culturelle avant-gardiste, etc.

Rémy Montagne gagna les élections municipales en 1969. Puis, en 1971, avec Édouard Thiers pendant six ans, les débats municipaux furent houleux. En , Henri Fromentin prit les rênes de la commune pour remettre en selle le programme révolutionnaire du docteur Martin[78]. Cet épisode mouvementé de la vie locale aura un retentissement national.

Dans les dernières décennies du XXe siècle, le contexte de désindustrialisation conduit à la fermeture de nombreuses industries à Louviers (filatures, piles Wonder, disques Polygram, etc.). Parallèlement s'installe de nouvelles activités, comme l'industrie pharmaceutique et les centres de logistique (plateformes de distribution spécialisée dans le domaine médical, plateformes régionales de grande distribution et, plus récemment, distribution du commerce en ligne[79]).

Politique et administration

Ancien hôtel Graveron,
hôtel de la sous-préfecture.

La ville a été chef-lieu de district entre 1790 et 1795, et chef-lieu d'arrondissement de 1800 à 1926.

En 1982, le canton de Louviers est scindé en deux cantons Nord et Sud. Un nouveau canton de Louviers est créé en 2015.

Tendances politiques et résultats

Liste des maires

Jumelages

Plaque commémorative à Louviers, rue Jules-Ferry.

Politique de développement durable

La ville a engagé une politique de développement durable en lançant une démarche d'Agenda 21 en 2010[80].

En 2017, la commune a été labellisée « 3 fleurs » par le Conseil national de villes et villages fleuris de France[81].

Démographie

Évolution démographique

L'évolution du nombre d'habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1793. Pour les communes de plus de 10 000 habitants les recensements ont lieu chaque année à la suite d'une enquête par sondage auprès d'un échantillon d'adresses représentant 8 % de leurs logements, contrairement aux autres communes qui ont un recensement réel tous les cinq ans[82],[Note 13].

En 2023, la commune comptait 18 705 habitants[Note 14], en évolution de +0,31 % par rapport à 2017 (Eure : +0,14 %, France hors Mayotte : +2,36 %).

Évolution de la population  [modifier]
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851
9 5206 8198 4729 8929 8859 9279 99810 29510 577
1856 1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896
10 61110 84111 70711 36010 97310 75310 5539 97910 199
1901 1906 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954
10 21910 30210 20910 34510 34010 35710 2399 62410 746
1962 1968 1975 1982 1990 1999 2006 2011 2016
13 16015 32618 33319 00018 65818 32818 25917 69719 180
2021 2023 - - - - - - -
18 35018 705-------
De 1962 à 1999 : population sans doubles comptes ; pour les dates suivantes : population municipale.
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu'en 1999[83] puis Insee à partir de 2006[84].)
Histogramme de l'évolution démographique

Pyramide des âges

La population de la commune est relativement jeune. En 2018, le taux de personnes d'un âge inférieur à 30 ans s'élève à 38,4 %, soit au-dessus de la moyenne départementale (35,2 %). À l'inverse, le taux de personnes d'âge supérieur à 60 ans est de 24,1 % la même année, alors qu'il est de 25,5 % au niveau départemental.

En 2018, la commune comptait 8 620 hommes pour 9 728 femmes, soit un taux de 53,02 % de femmes, légèrement supérieur au taux départemental (51,26 %).

Les pyramides des âges de la commune et du département s'établissent comme suit.

Pyramide des âges de la commune en 2018 en pourcentage[85]
HommesClasse d’âgeFemmes
0,6 
90 ou +
2,4 
6,2 
75-89 ans
9,9 
13,1 
60-74 ans
15,5 
19,0 
45-59 ans
17,6 
19,9 
30-44 ans
18,8 
21,0 
15-29 ans
17,4 
20,3 
0-14 ans
18,4 
Pyramide des âges du département de l'Eure en 2022 en pourcentage[86]
HommesClasse d’âgeFemmes
0,6 
90 ou +
1,6 
6,7 
75-89 ans
9 
17,5 
60-74 ans
18,3 
20,6 
45-59 ans
20 
18,7 
30-44 ans
18,6 
16,3 
15-29 ans
14,5 
19,6 
0-14 ans
18 

Économie

Des implantations wisigothiques du VIIIe siècle ont été découvertes grâce à l'archéologie préventive en centre-ville et au bord de l'Eure. L'habitat est donc fort ancien du fait de ses fortifications naturelles consistant en sept bras de l'Eure, le plus étroit de ceux-ci mesurant moins d'un mètre.

Jusqu'au XVIIIe siècle, ce sont les tanneurs qui font la richesse de la ville. Les greniers aérés par des ouvertures en anse de paniers témoignent de cette activité dans nombre de maisons. En parallèle, la culture du lin, fréquente dans la région, conduit à une architecture particulière : celles des ateliers familiaux de tissage de la batiste. Pour faire entrer le métier, les maisons peuvent avoir des plafonds de plus de quatre mètres de haut.

À partir du XVIIIe siècle, avec l'importation de la laine des moutons d'Angleterre, c'est le tissage du drap de laine (draps royaux) qui enrichit la ville[87]. La plus ancienne usine (établissement industriel se différenciant des ateliers familiaux) a laissé une friche en centre-ville restaurée en bourse du travail[Où ?].

Dans la deuxième partie du XXe siècle, Louviers est surnommée capitale du microsillon avec la présence de l'usine de fabrication des disques Philips[88], inaugurée en 1957[89].

Culture locale et patrimoine

Annexes

Notes et références

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