Le Vielleur
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| Artiste | |
|---|---|
| Date |
vers 1620-1625 |
| Type |
scène de genre |
| Technique | |
| Dimensions (H × L) |
162 × 105 cm |
| Propriétaire | |
| No d’inventaire |
340 |
| Localisation |
Le Vielleur (huile sur toile, 162 × 105 cm), aussi intitulé Le Vielleur au chapeau ou Le Vielleur à la mouche, est un tableau peint par Georges de La Tour conservé au musée d'Arts de Nantes.
Ni signé, ni daté, le tableau appartient aux œuvres de la première partie de la carrière du peintre, et a vraisemblablement été réalisé dans les années 1620 à 1625[1].
Célébration et doutes sur l'attribution de l'œuvre au XIXe siècle
On ne connaît rien des origines, ni des conditions de réalisation de l'œuvre. La première mention du Vielleur le signale comme l'un des chefs-d'œuvre de la très importante collection du diplomate nantais François Cacault (1743-1805), conservée à Clisson : l'« Inventaire et estimation des tableaux, gravures et marbres du Museum de feu M. Cacault Le Sénateur », établi le après sa mort, évalue la toile, alors qualifiée de « très capital[e] », et attribuée à Murillo, à 6 000 francs. Vendu aux collections municipales de la ville de Nantes, le tableau est d'abord accroché, toujours comme un Murillo, à l'hôtel de ville, dans le cabinet du maire Bertrand Geslin, avant de rejoindre en 1830 les cimaises du musée des Beaux-Arts de Nantes, nouvellement créé[2]. De 1830 à 1903, il est régulièrement tenu, dans les catalogues du musée, comme une peinture de l'école espagnole, de Murillo[3].
Le tableau continue d'attirer l'attention au cours du XIXe siècle, tout en suscitant des attributions diverses. En 1836, Prosper Mérimée, alors inspecteur général des Monuments historiques, l'admire au cours d'un voyage visant à recenser les œuvres marquantes de l'ouest de la France, mais s'interroge sur son auteur :
« Le livret attribue à Murillo un Aveugle chantant et jouant de la vielle, d'une ignoble et effroyable vérité. Sans contredit cette figure est d'un artiste espagnol et de l'école de Séville ; mais Murillo, dans sa première manière, a un coloris plus sombre, et ses derniers ouvrages sont exempts de la sécheresse qu'on remarque dans ce tableau. Il conviendrait mieux, ce me semble, à Velasquez[4]. »
Cette nouvelle hypothèse semble influencer Stendhal, qui visite le musée de Nantes l'année suivante, et commente l'œuvre en des termes très proches de ceux de Mérimée, dans la page datée du de ses Mémoires d'un touriste :
« no 17. Vieillard jouant de la vielle. Ignoble et effroyable vérité ; tableau espagnol attribué à Murillo. Il n’est pas sans mérite. Coloris sage, expression vraie. Il provient du musée Napoléon. Peut-être est-il de Vélasquez, qui, à son début, s’essaya dans des sujets vulgaires[5]. »
Dans Le Magasin pittoresque de 1842[6], le tableau est reproduit sous forme de gravure (largement naïve), accompagnée de la légende suivante : « Musée de Nantes ; École espagnole. — Le Joueur de vielle, par Ribeira. », alors que le texte reprend l'attribution à Murillo[a]. Vers 1860, un nettoyage aurait fait disparaître « une porte ajoutée par un peintre maladroit et sans talent » — même si la gravure de 1842 ne fait manifestement pas mention de cet ajout[2].
Outre Murillo, confirmé par exemple par Louis Clément de Ris[b], Vélasquez et Ribeira, il est encore attribué à d'autres peintres espagnols comme Francisco de Zurbarán[8], Francisco de Herrera le Vieux ou Juan Bautista Maíno, et même à l'Italien Bernardo Strozzi[3], sans toutefois que cela nuise à sa réputation[c].
Vers l'attribution définitive
Dès 1923, alors que le nom de Georges de La Tour a été exhumé des archives depuis moins de dix ans par l'historien d'art allemand Hermann Voss, le collectionneur Pierre Landry est le premier à soupçonner la réelle attribution du Vielleur de Nantes, et son sentiment aurait été confirmé lors de son achat du Tricheur à l'as de carreau en 1926[9]. Selon le témoignage de ce dernier, il en aurait soufflé l'idée à Hermann Voss pour que celui-ci l'intègre à son article de 1931 sur les « Tableaux à éclairage diurne de Georges de La Tour »[10]. Cet article, qui faisait de Georges de La Tour un peintre, non plus seulement de scènes sacrées et nocturnes, mais aussi de scènes profanes et diurnes, est très loin de faire immédiatement consensus[11] ; Fernand Pineau-Chaillou, conservateur du musée de Nantes, prétendra même en 1935 avoir décelé sur la toile la signature de Juan Rizi — qu'il sera le seul à voir[3].
Présenté à l'exposition des « Peintres de la réalité en France au XVIIe siècle » qui se tient au Musée de l'Orangerie de à , le tableau va être comparé à deux autres toiles au sujet similaire, mais à l'authenticité encore mise en doute, Le Vielleur au chien du musée municipal du Mont-de-Piété de Bergues et Le Vielleur Waidmann, découvert en cours d'exposition. De la confrontation des trois œuvres va naître la certitude, dès lors quasi unanimement partagée, de l'attribution de celle du musée de Nantes à Georges de La Tour[12].
Un « chef-d'œuvre de la peinture française du XVIIe siècle »

Le Vielleur devient dès lors emblématique, non seulement des collections nantaises[d], mais aussi des tableaux diurnes de Georges de La Tour, pour être désormais célébré, selon la formule de Charles Sterling qui l'accompagne dans le catalogue de l'exposition de l'Orangerie, comme un « chef-d'œuvre de la peinture française du XVIIe siècle[3]. ».
Un reproduction sous forme de gravure est par exemple choisie par Michel Laclotte pour illustrer le catalogue anglais de l'exposition consacrée aux « 17th Century French Pictures » tenue à la Royal Academy de Londres en 1958[13] ; le tableau y est, de même qu'à Paris (où l'exposition se nomme « Le XVIIe siècle français. Chefs-d'œuvre des musées de province ») accompagné du Vielleur au chien de Bergues, qui sera à cette occasion reconnu comme authentique.
Il fera bien évidemment partie des deux grandes rétrospectives consacrées à Georges de La Tour à Paris, la première, qui accueille environ 350 000 visiteurs, à l'Orangerie de mai à — Le Vielleur a même à cette occasion les honneurs d'un timbre-poste du Dahomey[14] —, la seconde aux galeries nationales du Grand Palais, du au [e].
Restauré, tant sur la couche picturale que sur le support toile, et alors que le musée des Beaux-Arts de Nantes est fermé au public pour travaux, le tableau est présenté dans les locaux du cercle Louis XVI à l'hôtel Montaudouin dans le cadre du second Voyage à Nantes, du au [15].
Les Vielleurs de Georges de La Tour
Outre le Vielleur de Nantes, quatre autres tableaux reconnus comme authentiques de Georges de La Tour prennent le même sujet, sans pour autant que l'ensemble constitue une série, en raison notamment des écarts manifestes de dates de réalisation[16]. Un vielleur est également représenté sur une sixième toile, La Rixe des musiciens (94 × 104,1 cm), acquise aux enchères pour le The J. Paul Getty Museum en 1972[17].
Le Vielleur au chien, conservé au Musée du Mont-de-Piété de Bergues, représente, en pied et à l'échelle (186 × 120 cm), un vielleur chantant et s'accompagnant de l'instrument, alors qu'un petit chien − qui donne son nom à la toile − est couché à ses pieds, tenu en laisse. La toile est remarquée dès 1925 par Pierre Landry, puis restaurée à son initiative en 1934 pour faire partie de l'exposition des Peintres de la réalité de 1934-1935, où elle est considérée comme une œuvre d'atelier. C'est en 1958, à l'occasion de l'exposition Le XVIIe siècle français. Chefs-d’œuvre des musées de province, que Michel Laclotte la tiendra pour la première fois comme authentique, sans pour autant la mentionner comme telle dans le catalogue — ce qui sera fait lors de la rétrospective Georges de La Tour de 1972[18].
De même, Le Vielleur à la sacoche, ou Vielleur Waidmann, conservé au musée municipal Charles-Friry de Remiremont (157 × 94 cm), et qui présente un vielleur assis dans une position similaire à la toile de Nantes, mais au visage tourné presque de profil, a été présenté à l'exposition des Peintres de la réalité de 1934-1935 comme une œuvre d'atelier, avant d'être reconnue comme originale lors de l'exposition de 1972, ce qui a été confirmé au moment de sa présentation à Nancy en 1992, à l'occasion de l'exposition L'Art en Lorraine au temps de Jacques Callot[19].
En 1949, un quatrième Vielleur, signé « G. de La Tour f. » (85 × 58 cm), a été acquis par les musées royaux des Beaux-Arts de Belgique de Bruxelles. Ce dernier cependant, coupé à mi-corps, provient d'une toile plus large, qui présentait vraisemblablement une Réunion de musiciens, dans la mesure où la radiographie a révélé, à gauche du vielleur, la présence d'un archet que les repeints ont fait disparaître. L'angle selon lequel la tête est représentée fait penser au Vielleur de Remiremont, mais le costume (le manteau et la collerette blanche tuyautée) rappellent davantage la toile de Nantes[20].
En 1986 est apparu sur le marché de l'art un cinquième Vielleur, fragment d'une toile plus large également, et qui a été acquis par le musée du Prado en 1992[21]. En raison de l'extrême raffinement de la représentation, celui-ci pourrait être le dernier tableau diurne connu du peintre. À l'occasion de sa présentation au public, le musée du Prado a organisé, du au , une exposition sur le thème des Musiciens de Georges de La Tour, où les cinq Vielleurs étaient pour la première fois confrontés.
Les cinq toiles seront de nouveau réunies lors de la rétrospective Georges de La Tour de 1997[22].
- La Rixe des musiciens, 94 × 104,1 cm, Los Angeles, The J. Paul Getty Museum, vers 1620-1625
- Le Vielleur, fragment d'une Réunion de musiciens, 85 × 58 cm, Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, vers 1620-1625
- Le Vielleur au chien, 186 × 120 cm, musée municipal de Bergues, vers 1622-1625
- Le Vielleur à la sacoche, 157 × 94 cm, Remiremont, musée municipal Charles-Friry
- Le Vielleur au ruban (fragment), 84 × 61 cm, Madrid, musée du Prado, vers 1640






