Leaving Neverland
documentaire diffusé en 2019
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Leaving Neverland est un film documentaire anglo-américain produit et réalisé par Dan Reed, sorti en 2019. Le documentaire se concentre sur deux hommes, Wade Robson et James Safechuck, qui affirment avoir été victimes d'abus sexuels durant leur enfance de la part du chanteur Michael Jackson.
| Réalisation | Dan Reed |
|---|---|
| Sociétés de production | Amos Pictures |
| Pays de production |
|
| Genre | documentaire |
| Durée |
236 minutes (États-Unis) 182 minutes (Royaume-Uni et France) |
| Sortie | 2019 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Le film est présenté en avant-première au Festival du film de Sundance le [1]. La projection est menacée par des fans du chanteur, une opération de déminage est même organisée[2]. Il est diffusé le 3 et aux États-Unis sur la chaîne télévisée HBO, le 6 et au Royaume-Uni sur la chaîne Channel 4 et le en France sur M6 (suivi d'un débat auquel participe Dan Reed, s'exprimant en français sans traducteur). La durée du documentaire est réduite lors de sa diffusion hors des États-Unis (près d'une heure en moins).
Leaving Neverland a provoqué une vague de critiques médiatiques contre Jackson et une réévaluation de son héritage. Cependant, il a également stimulé les ventes de sa musique. Les ayants droit de Jackson ont dénoncé le documentaire comme une « campagne de diffamation digne d'un tabloïd », tandis que les fans de Michael Jackson ont organisé des manifestations. Plusieurs documentaires de réfutation ont été diffusés. En février 2019, les ayants droit de Jackson ont obtenu gain de cause contre HBO pour violation d'une clause de non-dénigrement suite à la diffusion du film, qui supprime par conséquent le film de la plateforme HBO[3].
Synopsis
Le film documentaire, dont le titre fait référence au nom de la propriété du chanteur américain Michael Jackson, revient sur la relation de Wade Robson et James Safechuck avec l'artiste durant leur enfance. Les deux hommes déclarent avoir été victimes d'abus sexuels de la part du chanteur, tout en reconnaissant qu’ils avaient auparavant défendu le chanteur contre de telles accusations[a], alors encore en phase d'amnésie traumatique.
Les abus sexuels, décrits en détails par Wade Robson et James Safechuck, auraient débuté respectivement à sept et dix ans, entre la fin des années 1980 et le début des années 1990. Sous l'emprise de Jackson, ils auraient subi jusqu'à l'entrée dans l'adolescence des rapports bucco-génitaux et anaux, qu'ils n'identifient pas comme des agressions sexuelles avant d'avoir eux-mêmes des enfants, au début des années 2010. Ils affirment que Jackson se désintéresse d'eux pour les remplacer par Macauley Culkin et Brett Barnes, d'autres adolescents du même âge[8],[9].
Fiche technique
- Titre original : Leaving Neverland
- Réalisation : Dan Reed
- Montage : Jules Cornell
- Musique : Chad Hobson
- Production : Dan Reed
- Société de production : Amos Pictures
- Sociétés de distribution : HBO et Channel 4 ; M6 (France)
- Pays d'origine :
États-Unis /
Royaume-Uni - Langue originale : anglais
- Format : couleur - 2.35 : 1 - Dolby Digital - 35 mm[Information douteuse]
- Genre : documentaire
- Durée : 236 minutes (États-Unis) ; 182 minutes (Royaume-Uni et France)
- Dates de diffusion :
- États-Unis : (Festival du film de Sundance) ; sur HBO
- Royaume-Uni : sur Channel 4
- France : sur M6 (8,8 % d'audience[10])
Contexte
Accusations antérieures de pédophilie contre Michael Jackson
A l'été 1993, Evan Chandler accuse publiquement Michael Jackson d'avoir abusé sexuellement de son fils. C'est le début de l'affaire Chandler. Jordan Chandler, 13 ans, fréquente régulièrement Jackson entre février et juin 1993, dans le cadre de visites aux domiciles de ses parents, de visites aux domiciles de Jackson et de voyages en famille, y compris dans le cadre d'évènements hautement médiatisés. Sous l'effet d'un puissant sédatif que celui-ci lui a administré, Jordan admet à son père que Jackson a touché son pénis. Quelques semaines plus tard, et après plusieurs tentatives infructueuses de la part d'Evan de monnayer son silence, Jordan est amené chez un psychiatre auquel il parle de fellations et de masturbations. L'affaire éclate dans la presse et une enquête criminelle est ouverte. Jackson clame son innocence[11]. La famille Chandler demande 30 millions de dollars de dommages et intérêts à Jackson dans le cadre d'un procès civil qui aboutit en janvier 1994 à un accord à l'amiable[12]. Jordan reçoit 15 millions de dollars et chacun de ses parents 1,5 millions de dollars[13]. On estime que leurs avocats ont reçu près de 5 millions de dollars. L'accord précise que Jackson n'a commis aucun méfait[14]. L'enquête criminelle est menée en parallèle par Gil Garcetti, procureur du Comté de Los Angeles, et Tom Sneddon, procureur du Comté de Santa Barbara. 400 témoins sont interrogés[15]. La description du pénis de Jackson donnée par Jordan ne correspond pas aux photographies de lui prises par les enquêteurs — Jackson n'est pas circoncis, contrairement aux affirmations du jeune adolescent[16],[17]. Le dossier manque de preuves matérielles ou médicales et repose uniquement sur le témoignage de Jordan et sa famille[18]. Un autre enfant, Jason Francia, 13 ans, qui est le fils d'une ancienne femme de ménage de Jackson, affirme sous l'insistance des enquêteurs que, lorsqu'il était enfant, celui-ci l'a chatouillé à trois reprises près de l'entre-jambe[19]. Un premier grand jury conclut que les preuves réunis contre Jackson ne sont pas suffisantes pour l'inculper en mai 1994[20]. Jordan Chandler déclare aux enquêteurs qu'il refuse de témoigner dans le cadre d'un procès pénal en juillet 1994[15]. Un second grand jury conclut que les preuves contre Jackson ne sont pas suffisantes pour le mettre en examen en septembre 1994[21]. En 1996, les avocats de la famille Francia informent ceux de Jackson qu'ils sont prêts à déposer une plainte au civil, en vue d'obtenir des dommages et intérêts. La famille reçoit 2 millions de dollars dans le cadre d'un accord à l'amiable qui précise que Jackson n'a commis aucun méfait[22].
En 2003, quelques mois après la diffusion du documentaire Living with Michael Jackson, dans lequel apparaît Gavin Arvizo, lui et sa famille accusent Jackson d'avoir fomenté un complot visant à les enlever. Ils l'accusent également de les avoir séquestrés, d'avoir abusé sexuellement de Gavin, 13 ans au moment des faits, de lui avoir fait boire de l'alcool et d'avoir montré à Gavin et à son frère des magazines et des vidéos pornographiques[23]. D'après le témoignage de Gavin et de son frère, Jackson serait apparu nu devant eux, se serait masturbé, aurait encouragé Gavin à se masturber et l'aurait masturbé[24]. A l'issue d'une enquête menée par Tom Sneddon, le procureur de Santa Barbara déjà en charge du dossier en 1993, Jackson est inculpé et jugé en 2005. Jason Francia et June Chandler, la mère de Jordan, viennent témoigner pour l'accusation, qui veut démontrer que Jackson est un pédophile aguerri. Il est acquitté du fait du manque de preuves et de crédibilité des témoins, et du caractère manipulateur de la mère de Gavin, qui a déjà menti et fait mentir ses enfants à plusieurs reprises pour obtenir un gain financier[25]. Jackson meurt 4 ans plus tard, en 2009, d'une surdose de propofol[26].
Plaintes déposées par Wade Robson et James Safechuck avant 2019
Wade Robson et James Safechuck déposent respectivement une première plainte au civil contre la succession Jackson en 2013 et en 2014. Ils n'avaient cependant pas pu engager de poursuites, la date des faits allégués induisant une prescription des affaires. Dans sa plainte de 2013, Robson affirme que « sans les lésions psychologiques, les maladies et les dommages causés par les abus sexuels subis pendant l'enfance (...) [il] aurait continué à être l'un des talents les plus brillants de l'industrie du divertissement ». Les dommages et intérêts demandés à l'époque par Robson sont estimés à 1,5 milliard de dollars[27],[28].
Production
À propos de son film, Dan Reed déclare : « C'est une étude détaillée de quatre heures sur la psychologie des enfants victimes d'abus, racontée par l'intermédiaire de deux familles ordinaires qui ont été manipulées pendant 20 ans par un pédophile se faisant passer pour un ami digne de confiance. C’est un masque souvent utilisé par les prédateurs, qu’il s’agisse d’un prêtre, d’un enseignant ou d’un oncle. Cette fois, l'homme derrière le masque se trouvait être Michael Jackson. »[29]. Ultérieurement, il dénonce le biopic Michael qui « retourne complètement la vérité […] une version des faits qui fait passer Wade et James pour des menteurs, sans jamais le dire explicitement »[2].
Accueil
Réception critique
Sur Rotten Tomatoes, Leaving Neverland obtient un taux d'approbation de 98 % fondé sur 96 critiques, avec une note moyenne de 8/10. Le consensus du site indique : « Crucial et réalisé avec soin, Leaving Neverland offre un regard empreint d'empathie sur les conséquences complexes à long terme des abus sexuels commis sur des enfants, telles qu'elles sont vécues par les survivants à l'âge adulte. »[30] Sur Metacritic, le documentaire obtient une moyenne pondérée de 85 sur 100, fondée sur 23 critiques, ce qui correspond à une réception qualifiée d'« unanimement favorable »[31]. En revanche, des sites comme Rotten Tomatoes font état d'un accueil plus partagé de la part des spectateurs[32],[30].
Dans Variety, Owen Gleiberman qualifie les témoignages de Wade Robson et James Safechuck de « puissants » et « convaincants »[33]. Pour Hank Stuever du The Washington Post, le documentaire est « captivant » et « dévastateur », concluant sa critique par ces mots : « Éteignez la musique et écoutez ces hommes. »[34] Melanie McFarland, de Salon, estime que le documentaire ne cherche pas seulement à offrir une tribune aux deux hommes et à leurs familles, mais également à placer le spectateur dans la perspective de ceux qui ont cru au « rêve » entourant Michael Jackson[35]. Matthew Gilbert, du The Boston Globe, juge que Leaving Neverland n'est pas particulièrement innovant sur le plan cinématographique, mais salue la manière dont il retrace le parcours émotionnel de Robson et Safechuck, en décrivant les différentes étapes de leur reconstruction[36].
Dans Entertainment Weekly, Kristen Baldwin attribue au documentaire la note de B. Elle le juge « désespérément à sens unique » et conclut que, s'il constitue un documentaire imparfait, il demeure un moment de confrontation mémorable[37]. Daniel Fienberg, du The Hollywood Reporter, écrit que le documentaire traite autant des décennies durant lesquelles Robson et Safechuck ont gardé le silence que des faits allégués eux-mêmes[38]. The Daily Telegraph lui attribue la note maximale de cinq étoiles, le décrivant comme « un portrait terrifiant de la maltraitance des enfants »[39].
David Fear, de Rolling Stone, estime que le documentaire adopte clairement le point de vue des accusateurs, tout en soulignant la minutie avec laquelle il retrace l'historique des accusations[40]. David Ehrlich, d’IndieWire, considère le documentaire comme peu inventif sur le plan cinématographique, mais le qualifie de « document essentiel »[41]. Alissa Wilkinson, de Vox, estime que le film présente un dossier accablant susceptible de modifier durablement l'héritage de Michael Jackson[42]. Dans le Chicago Sun-Times, Richard Roeper décrit Leaving Neverland comme un « film dévastateur et indéniablement convaincant »[43].
Leaving Neverland remporte l'Emmy Award du meilleur documentaire de non-fiction lors de la 71e édition des Creative Arts Emmy[44],[45],[46]. Leaving Neverland reçoit le Primetime Emmy Award for Outstanding Documentary or Nonfiction Special[47],[48],[49] ainsi que le TCA Award for Outstanding Achievement in News and Information[50].
Réactions à l'égard de Jackson
Leaving Neverland suscite une importante réaction médiatique à l'encontre de Michael Jackson[51],[52]. Des commentateurs estiment que la musique de Jackson pourrait connaître un déclin comparable à celui de Gary Glitter, condamné pour abus sexuels sur mineurs[53]. Le réalisateur Dan Reed déclare toutefois ne pas être intéressé par ce débat et affirme : « Je ne cherche pas à annuler Jackson. Mais je pense que les gens doivent savoir qu'il a parfois été un monstre envers les enfants. »[53]
Peu après la diffusion du documentaire, plusieurs stations de radio québécoises et néo-zélandaises décident de retirer les chansons de Michael Jackson de leur programmation[54]. Les producteurs de la série d'animation Les Simpson procèdent au retrait du premier épisode de la saison 3, dans lequel Michael Jackson prêtait sa voix à un personnage, des plateformes de streaming et des prochaines rééditions en vidéo[55]. Son coscénariste, Al Jean, déclare penser que Jackson s'était servi de cet épisode pour gagner la confiance de garçons qu'il aurait ensuite agressés sexuellement[56].
À Londres, un concert produit par Quincy Jones retire le nom de Michael Jackson ainsi que les titres de ses albums de sa campagne publicitaire[57]. Les organisateurs expliquent que cette modification reflète le fait que le spectacle couvre également d'autres œuvres de Quincy Jones sans lien avec Jackson[58]. Le musicien "Weird Al" Yankovic retire également de sa tournée Strings Attached Tour les parodies qu'il consacrait aux chansons de Jackson.Le chanteur Drake, alors en tournée européenne, prend la décision de ne plus interpréter sur scène la chanson Don't Matter to Me, une chanson dans laquelle il avait utilisé un échantillon de la voix de Michael Jackson[59]. De son côté, la marque Louis Vuitton choisit de ne commercialiser aucun produit de sa dernière collection automne-hiver, qui comportait des références directes à Michael Jackson[60]. La gymnaste américaine Katelyn Ohashi retire également la musique de Jackson ainsi que les mouvements chorégraphiques qui lui rendaient hommage de son exercice au sol lors des championnats Pac-12 Conference de 2019[61].
En raison de la controverse suscitée par le documentaire, le dixième anniversaire de la mort du chanteur donne lieu à une commémoration plutôt discrète[62],[63],[64]
La productrice Jodi Gomes indique qu'elle travaillait avec la famille Jackson sur un nouveau documentaire consacré aux Jackson 5 à l'occasion du cinquantième anniversaire du groupe, mais que le projet est abandonné après la diffusion de Leaving Neverland. Elle estime néanmoins que l'héritage artistique de Michael Jackson perdurera « de génération en génération »[52].
Plusieurs objets ayant appartenu à Jackson ainsi qu'une affiche sont retirés du Children's Museum of Indianapolis[65], tandis que les photographies de Jackson exposées dans la section consacrée à Ryan White sont conservées[66]. Enfin, le conseil communal de la Ville de Bruxelles annule un projet consistant à habiller la statue du Manneken-Pis avec la tenue emblématique de Michael Jackson[67].
Conséquences
Malgré la publicité négative suscitée par le documentaire, les distinctions honorifiques de Michael Jackson ne sont pas retirées, contrairement à ce qui s'était produit à la suite des accusations d'agressions sexuelles visant Bill Cosby et Harvey Weinstein. De même, aucun mouvement d'ampleur appelant au boycott de sa musique n'émerge, contrairement aux réactions observées après les accusations visant Gary Glitter ou R. Kelly[52].
Les ventes combinées de la musique de Jackson, y compris celles réalisées avec les Jackson 5, augmentent de 10 %. Les écoutes en streaming de ses chansons et de ses vidéos progressent de 6 %, passant de 18,7 millions entre le 24 et le 26 février à 19,7 millions entre le 3 et le 5 mars 2019[68]. Ses vidéos sont visionnées 22,1 millions de fois, soit environ 1,2 million de plus que la semaine précédente, tandis que trois de ses albums réintègrent le classement britannique d'iTunes[69].
En juin 2019, à l'approche du dixième anniversaire de la mort de Michael Jackson, plusieurs personnalités de l'industrie musicale estiment que son héritage artistique perdurera. Darren Julien, président de Julien's Auctions, qui a vendu pour plusieurs millions de dollars de souvenirs liés au chanteur, déclare que Jackson « continue d'atteindre des prix comparables à ceux de pratiquement toutes les autres célébrités ». Gail Mitchell, rédactrice en chef de Billboard, indique avoir interrogé une trentaine de dirigeants de l'industrie musicale, lesquels considèrent majoritairement que l'héritage de Jackson résistera à la controverse[52].
Dans un article du Guardian consacré à une réévaluation de l'héritage de Michael Jackson, la biographe Margo Jefferson exprime son soutien aux accusateurs du chanteur et conclut : « Il faut considérer pleinement l'œuvre et la vie, dans la manière dont elles s'entrelacent, se défont, changent de forme et de direction. »[70]
Dan Reed déclare avoir reçu des insultes ainsi que des menaces de mort de la part de fans de Michael Jackson[71]. En janvier 2019, il affirme : « Il doit y avoir des dizaines d'hommes qui ont été victimes d'abus sexuels de la part de [Jackson] […] D'autres verront ce film et prendront la parole. »[72]
Un documentaire faisant suite au premier, Leaving Neverland 2: Surviving Michael Jackson, est diffusé sur Channel 4 le 18 mars 2025[73],[74],[75]. Il suit Wade Robson et James Safechuck alors qu'ils portent leurs accusations contre Michael Jackson devant les tribunaux[76].
Procédure judiciaire contre HBO et arbitrage public
Le 7 février 2019, peu avant la diffusion du documentaire, Howard Weitzman, avocat de la succession de Michael Jackson, adresse une lettre au président-directeur général de HBO, Richard Plepler, dans laquelle il critique Leaving Neverland, qu'il qualifie de contraire à l'éthique journalistique. La lettre affirme que HBO est « utilisée dans le cadre de la stratégie judiciaire de Robson et Safechuck », qui cherchent alors tous deux à relancer leurs procédures judiciaires, et soutient que Dan Reed a délibérément choisi de ne pas interroger les personnes susceptibles de contredire leurs accusations. Elle ajoute que les deux accusateurs auraient été pris en flagrant délit de mensonge lors de précédents témoignages et que le documentaire ne ferait que renforcer indûment leur crédibilité. La lettre conclut : « Nous savons que cela restera comme l'épisode le plus honteux de l'histoire de HBO. »[77]
Le 21 février 2019, la succession de Michael Jackson engage une action en justice contre HBO, estimant que la chaîne a violé une clause de non-dénigrement figurant dans un contrat conclu en 1992 en acceptant de diffuser Leaving Neverland. La plainte demande que le litige soit soumis à une procédure d'arbitrage publique et soutient que les dommages et intérêts pourraient atteindre ou dépasser 100 millions de dollars américains. Elle accuse également HBO d'avoir diffusé des affirmations mensongères à des fins financières. HBO maintient toutefois la diffusion du documentaire[78],[79].
La plainte vise à contraindre HBO à participer à un arbitrage non confidentiel susceptible d'aboutir au versement de plus de 100 millions de dollars de dommages-intérêts à la succession[78]. HBO conteste avoir enfreint le contrat et dépose une requête fondée sur la législation anti-SLAPP. Le juge George Wu rejette la demande de rejet de l'affaire formulée par HBO et autorise la succession de Jackson à obtenir un arbitrage[80], mais suspend la procédure dans l'attente de l'examen de l'appel formé par HBO devant la cour d'appel du neuvième circuit[81].
Le 14 décembre 2020, un collège de trois juges de la cour d'appel du neuvième circuit confirme la décision de première instance favorable à la succession de Jackson[75]. Les actions civiles engagées par Wade Robson et James Safechuck, fondées sur les accusations qu'ils exposent par la suite dans Leaving Neverland, sont finalement elles aussi rejetées[82].
Le 28 février 2019, Richard Plepler démissionne de la direction de HBO. Plusieurs médias rapportent que ses relations avec John Stankey, nouveau dirigeant de WarnerMedia, se sont dégradées. La succession de Michael Jackson affirme que Plepler « devait nécessairement avoir connaissance » du contrat de 1992, puisqu'il occupait alors les fonctions de vice-président principal chargé de la communication[83]. En septembre 2019, The Hollywood Reporter rapporte que Plepler aurait quitté ses fonctions trois jours après qu'un actionnaire, resté anonyme, eut adressé une lettre critiquant notamment sa décision d'avoir autorisé la diffusion de Leaving Neverland, estimant qu'elle exposait l'entreprise à des poursuites judiciaires[84].
Le 2 mai 2019, les avocats de HBO, Daniel Petrocelli et Theodore Boutrous, déposent une requête en réponse dans laquelle ils soutiennent que le contrat de 1992 a expiré dès lors que les deux parties ont exécuté l'ensemble de leurs obligations. Selon HBO, l'interprétation de la succession, qui reviendrait à accorder à Michael Jackson une immunité perpétuelle contre toute forme de dénigrement, y compris après son décès, est excessivement large. La chaîne fait valoir qu'une telle interprétation « serait contraire à la politique publique exprimée dans plusieurs lois californiennes destinées à protéger les enfants contre les abus sexuels » et « légitimerait la création d'une catégorie de personnes riches, puissantes ou célèbres pouvant [...] conserver, par contrat, un contrôle posthume sur la manière dont elles sont représentées et décrites, privilège dont les citoyens ordinaires ne disposent pas ». Bryan Freedman, avocat de la succession de Jackson, répond : « Si HBO estime que le contrat ne s'applique plus ou qu'il a expiré, pourquoi s'oppose-t-elle à ce que cette question soit tranchée ? La raison est qu'elle sait avoir participé à cette mascarade unilatérale destinée à générer des profits, en violation manifeste de l'accord [...] Que cela serve d'avertissement à tous les artistes : HBO n'hésitera pas à ignorer la vérité et à diffuser un contenu fictif et partial en violation des droits qu'elle s'était engagée à protéger. »[85]
La succession de Michael Jackson demande ensuite qu'un juge de la cour supérieure de Los Angeles ordonne l'ouverture d'une procédure d'arbitrage devant l'American Arbitration Association. HBO soutient qu'aucun accord exécutoire applicable à Leaving Neverland n'existe plus. Selon la chaîne, interpréter le contrat de 1992 comme le souhaite la succession porterait atteinte à ses droits au respect de la procédure régulière ainsi qu'au Premier amendement de la Constitution américaine. HBO affirme également qu'en vertu du Federal Arbitration Act, il appartient au juge fédéral de trancher les questions préalables relatives à la validité du contrat et à son caractère arbitrable. La succession rétorque que cet argument constitue une « tautologie classique », au motif qu'il suppose précisément la conclusion recherchée par HBO, à savoir qu'aucune obligation contractuelle ne subsiste[86].
Suivant la recommandation du juge George Wu, HBO dépose le 29 août 2019 une requête fondée sur la législation anti-SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation). La chaîne souligne le caractère « extraordinaire » de cette affaire. La succession de Michael Jackson soutient pour sa part que sa requête relève du droit fédéral, en vertu du Federal Arbitration Act, et que la législation californienne anti-SLAPP ne saurait prévaloir. Elle fait valoir que « violer un accord en refusant de participer à un arbitrage ne constitue pas une activité protégée par la Constitution » et ajoute que, même dans cette hypothèse, elle a démontré qu'elle disposait de chances sérieuses d'obtenir gain de cause. La législation anti-SLAPP ouvre un droit d'appel immédiat, susceptible de porter l'affaire devant la cour d'appel du neuvième circuit[87].
Le 19 septembre 2019, le juge George Wu indique à titre provisoire qu'il rejette la requête de HBO visant à faire rejeter l'action engagée par la succession de Michael Jackson. John Branca, co-exécuteur testamentaire de la succession, déclare alors que HBO cherche à empêcher la divulgation de la version des faits défendue par la succession : « Je n'ai jamais vu une organisation médiatique se battre avec autant d'acharnement pour garder un secret. »[88] Le lendemain, le juge Wu rend une décision définitive rejetant la demande de HBO et fait droit à la requête de la succession visant à contraindre la chaîne à recourir à l'arbitrage[80],[89].
Le 21 octobre 2019, HBO interjette appel devant la cour d'appel du neuvième circuit afin d'obtenir le réexamen de l'ordonnance du tribunal fédéral ayant accueilli la demande d'arbitrage de la succession de Michael Jackson. Peu après, la chaîne sollicite également la suspension de la procédure d'arbitrage[90]. Le 7 novembre, cette demande est acceptée et la procédure d'arbitrage est suspendue dans l'attente de la décision de la cour d'appel[81].
Le 14 décembre 2020, HBO échoue à faire annuler l'ordonnance imposant l'arbitrage : un collège de trois juges de la cour d'appel du neuvième circuit confirme la décision de première instance favorable à la succession de Michael Jackson[91],[92].
En octobre 2024, les deux parties mettent fin à leur litige d'un commun accord, entraînant le retrait définitif de Leaving Neverland de la plateforme HBO Max[93].
Critique des allégations
Le film indigne la famille de Michael Jackson. Taj et Brandi Jackson, neveu et nièce de Michael Jackson, donnent de nombreuses interviews sur Youtube expliquant les incohérences des allégations. On peut les voir dans le documentaire Neverland Firsthand : Investigating the Michael Jackson Documentary, où intervient également Brad Sunberg, l'assistant technique de Jackson par ailleurs en charge de la sonorisation de Neverland[94]. Brandi Jackson, qui est la fille de Jackie Jackson et la nièce de Michael Jackson, affirme avoir entretenu une liaison, d'abord amicale puis intime, avec Wade Robson, durant plus de sept ans, à partir de 1991 — donc durant la période concernée par les allégations d'abus sexuels — et qui aurait été favorisée par Michael Jackson lui-même ; elle remet donc en cause le récit de Wade Robson, qu'elle qualifie d'opportuniste, et par conséquent l'ensemble du documentaire, où elle n'est jamais mentionnée.
La chanteuse Diana Ross prend également sa défense[95]. Elle publie sur ses réseaux sociaux: « Voilà ce que j’ai sur le cœur ce matin. Je crois profondément que Michael Jackson représentait, et représente toujours, une force magnifique et incroyable, à mes yeux et aux yeux de beaucoup d’autres ». Elle fait référence à l'un des tubes des Supremes en ajoutant : « Stop in the name of love »[96].
Dans son spectacle Sticks and Stones diffusé sur Netflix en 2019, soit en plein milieu de la polémique, l'humoriste Américain Dave Chappelle explique qu'il ne croit pas Robson et Safechuck. Il confie au sujet du documentaire: « Si vous n'avez pas vu ce documentaire, je vous en supplie, ne le regardez pas. C'est absolument dégoûtant. J'ai eu l'impression que HBO me fourrait des pénis de bébé dans les oreilles pendant quatre heures d'affilée, c'était vraiment répugnant ». ll préambule sa blague en disant qu'il va confier à son public quelque chose qu'il n'a pas le droit de dire dans le contexte de l'époque : « I don’t believe these motherfuckers » [« Je ne crois pas ces enfoirés »]. Celle-ci suscite un tonnerre applaudissements et des cris de joie chez son public. Robson confie alors à TMZ que le comportement de Chappelle est irresponsable et inexcusable[97],[98]. En France, des associations de fans assignent en justice les auteurs du film, invoquant une atteinte à la présomption d'innocence et une atteinte à la mémoire d’un mort[99].
Tom Mesereau, l'avocat de Jackson en 2005, et le détective privé de la défense, Scott Ross, qui ont interagi avec Wade Robson et l'ont interrogé pendant de longues heures en amont de son témoignage sous serment en faveur de Jackson, se disent choqués et abasourdis qu'il ait changé de version depuis le procès[100],[101],[102]. Ils affirment que cela aurait été une stratégie extrêmement risquée pour Jackson, qui encourt alors près de 20 de prison, d'accepter que sa défense invite à la barre comme premier témoin une personne dont il sait qu'elle ment. Scott Ross met également en doute la capacité de Robson, qui témoigne sous peine de parjure, à mentir à autant d'avocats et d'enquêteurs chevronnés, y compris le procureur Tom Sneddon et son assistant Ron Zonen pour l'accusation. Quant à Safechuck, Ross le qualifie de « non-entité » dans le procès de 2005. Il affirme que son nom n'était pas sur la liste de témoins. Le juge Rodney Melville n'a pas admis son témoignage car celui-ci était trop ancien. Il ajoute que si, comme Safechuck l'affirme dans le documentaire, Jackson l'a appelé à plusieurs reprises en 2005, il devrait être en mesure d'en apporter une preuve formelle grâce aux relevés des opérateurs téléphoniques californiens. Ross confie également que dans le cadre de la procédure en cours avec la succession Jackson, il a été demandé à Robson et Safechuck de se soumettre à un test de polygraphe (« détecteur de mensonge »), une procédure courante aux Etats-Unis, et que ceux-ci ont refusé.
Certains reprochent au documentaire de tenter de donner un caractère romantique aux agressions sexuelles sur mineurs —puisqu'elles se seraient produites d'après Robson et Safechuck dans le cadre d'une relation perçue comme consentie entre un enfant et un adulte — et de servir ainsi la cause d'associations pro-pédophiles telles que NAMBLA[103]. Ils affirment qu'une partie des allégations de Robson et Safechuck sont tirées d'un récit pédopornographique écrit par le journaliste indépendant Victor Guttiérez et paru en 1995, suite à l'Affaire Chandler. La publication de ce récit, qui se base sur le journal intime imaginaire de Jordan Chandler, a par ailleurs été interdite aux Etats-Unis après une plainte de Jackson[104]. Guttiérez assiste dans les années 1980 à des réunions de cette association américaine qui lutte pour la dépénalisation de la pédophilie et qui aurait pensé, d'après lui, que Jackson était l'un des leurs. A travers cette publication, qui alimente les soupçons de pédophilie à son égard, l'auteur tenterait de se servir de Jackson, une icône culturelle internationale majeure, pour faire avancer la cause pro-pédophile[105].
Suites de l'affaire
En 2020, la plainte conjointe de Robson et Safechuck contre la succession de Michael Jackson peut de nouveau être déposée, suite à un changement de loi concernant la prescription. En 2021, la justice américaine décide cependant que les plaignants ne peuvent pas attaquer les anciennes sociétés du chanteur. Elles estiment que celles-ci ne peuvent pas être tenues pour responsable des agissements de Jackson. En 2023, le jugement est renversé en appel[106].
Le , Robson et Safechuck demandent un accord financier à l'amiable afin d'éviter un procès ce qui, pour certains, remet en cause la crédibilité et l'histoire du film[107]. En septembre 2025, on apprend que Wade Robson et James Safechuck demandent 400 millions de dollars de dommages et intérêts à la succession Jackson[108]. Un procès civil est prévu pour novembre 2026[109]. Comme dans l'affaire Chandler, dans le conflit opposant la succession Jackson à HBO entre 2019 et 2024, et dans près de 95% des procès civils aux Etats-Unis, ce type de procédure étant extrêmement longue et coûteuse pour toutes les parties concernées, il n'est pas improbable qu'elle se termine par un accord à l'amiable quelle que soit la véracité des allégations de Robson et Safechuck. En juin 2026, on apprend qu'avec l'accord des deux parties, la date du procès est repoussée au 14 février 2028[110].
En juillet 2025, on apprend par les avocats de Jackson qu'en 2020, durant la tempête médiatique causée par le documentaire, la fratrie Cascio, qui a commencé à fréquenter Jackson en 1984 et le défendra pendant plus de 25 ans, a « exigé des sommes d'argent considérables, faute de quoi ils ont menacé d'inventer de fausses accusations contre Michael, accusations qui contredisaient leurs déclarations élogieuses précédentes »[111]. Frank Cascio et sa famille ont négocié confidentiellement un paiement d'environ 17 millions de dollars échelonné sur 5 ans avec la succession Jackson qui visait, selon elle, à mettre discrètement fin à ce qu'elle considérait être de fausses accusations. Lorsque les paiements arrivent à leur terme, en 2025, les Cascio tentent de renégocier l'accord et d'obtenir 200 millions de dollars supplémentaires. La succession Jackson porte alors plainte contre Frank Cascio dans le cadre d'un tribunal arbitral privé. Elle l'accuse de vouloir lui extorquer 213 millions de dollars. Ce n'est pas la première fois que des membres de la famille Cascio sont accusés de fraude en lien avec Michael Jackson. Eddy Cascio et son beau-frère, James Porte, sont à l'origine des titres inclus à l'album posthume Michael (2010) chantés par un imitateur vocal et retirés des plateformes par Sony et la succession Jackson en 2022 suite à une plainte déposée par des fans en 2014[112]. En février 2026, Eddy, Dominic Jr., Marie-Nicole et Aldo Cascio portent plainte publiquement contre la succession Jackson pour trafic d'enfants. Dans leur plainte auprès d'un tribunal fédéral, ils affirment avoir eu « un flash back » en regardant Living Neverland en 2019 et que c'est à ce moment-là qu'ils se sont souvenus des abus qu'ils avaient subis. Ils accusent Jackson de les avoir agressés sexuellement durant l'enfance et jusqu'à l'âge adulte. La succession Jackson dénonce alors une tentative d'extorsion de la part de la fratrie[113]. D'après les avocats de Jackson, la plainte au civil qui a été déposée en 2026 par Eddy, Dominic Jr., Marie-Nicole et Aldo est « une tactique transparente de choix de juridiction dans leur stratagème visant à obtenir des centaines de millions de dollars de la succession[114].