Affaire Chandler

affaire judiciaire américaine From Wikipedia, the free encyclopedia

L'affaire Chandler a débuté le et s'est terminée le . Evan Chandler, dentiste des stars et scénariste, accuse Michael Jackson d'avoir abusé sexuellement de son fils, Jordan Chandler, alors âgé de 13 ans. Il engage une procédure civile et réclame 30 millions de dollars de dommages et intérêts[1]. Il s'agit de la première accusation publique d'abus sexuels sur mineur contre Jackson, qui dénonce une tentative d'extorsion[2]. L'affaire déclenche une tempête médiatique et l'ouverture d'une enquête pénale dans les Comtés de Santa Barbara et de Los Angeles.

Fait reprochéPratiques sexuelles sur mineur
Chefs d'accusationAbus sexuels sur mineur
Faits en bref Fait reproché, Chefs d'accusation ...
Affaire Chandler
Fait reproché Pratiques sexuelles sur mineur
Chefs d'accusation Abus sexuels sur mineur
Pays États-Unis
Ville Los Olivos, Santa Barbara
Date 1993
Nombre de victimes 1 présumée (Jordan Chandler)
Jugement
Statut
  • Retrait de la plainte au civil après un accord à l'amiable ()
  • Clôture de l'enquête criminelle par manque de preuves ()
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Du fait de l'âge de la victime présumée, les avocats de la famille Chandler parviennent exceptionnellement à placer le procès civil avant un potentiel procès pénal, ce qui est défavorable à Jackson[3]. Lui et son équipe choisissent de se concentrer sur sa défense dans le cadre de la procédure pénale, la seule des deux pouvant mener à une incarcération en cas de condamnation. En un accord à l'amiable est trouvé qui met fin à la procédure civile. Jordan reçoit plus de 15 millions de dollars et Jackson stipule qu'il n'a commis aucun méfait[3]. L'enquête pénale se poursuit. 400 témoins sont interrogés sur une période de 13 mois[4]. Deux grands jurys examinent le dossier. Dès , le grand jury de Santa Barbara conclut que les preuves réunies ne sont pas suffisantes pour inculper Jackson[5].

A partir de , la famille Chandler cesse de coopérer. En le procureur de Santa Barbara, Tom Sneddon, suspend l'affaire faute de preuves ou de témoignages suffisants[6]. L'affaire est jugée en dans le cadre du procès Arvizo. Seule la mère de Jordan accepte de venir témoigner[7]. Jackson est jugé non coupable et acquitté[8].

Rencontre avec Jordan Chandler

En , la voiture de Jackson tombe en panne dans un quartier de Los Angeles. Jackson et son garde du corps se rendent à pied chez le garagiste le plus proche pour un dépannage. Il y rencontrent David Schwartz. Ce dernier, n'en revenant pas d'être devant la star Michael Jackson, prévient sa femme et lui demande de venir accompagnée de Jordie, son fils d'un précédent mariage. Jordan Chandler, 12 ans, est un grand fan de Jackson. Lors de l'accident de la pub Pepsi en 1984, il lui avait envoyé un dessin. Jordan et Michael sympathisent et restent en contact téléphonique des mois durant. Depuis plusieurs années déjà, Jackson téléphone à ses jeunes fans, rend visite à des enfants dans des hôpitaux, s'entoure d'enfants à la fin de ses concerts et en reçoit également chez lui, au ranch de Neverland.

En , Jackson invite Jordan, sa demi-soeur et sa mère, June Chandler-Schwartz, à passer un week-end au ranch. Entre février et , Jordan, sa demi-sœur et sa mère accompagnent la star dans plusieurs évènements hautement médiatisés, dont notamment les Soul Train Music Awards à Las Vegas le et les World Music Awards à Monaco le . Durant cette période, la famille reçoit également de nombreux cadeaux de la part de Jackson.

Le National Enquirer, un hebdomadaire people américain, publie un article sur le thème, en décrivant June Chandler-Schwartz et ses enfants comme « la nouvelle famille adoptive de Michael ». Entre leurs déplacements, Jackson passe un temps considérable avec June et ses enfants. L'un de ses chauffeurs témoignera qu'il l'a déposé chez eux le soir et qu'il est revenu le chercher le matin 30 jours consécutifs. Durant leurs voyages, au domicile de sa mère puis au domicile de son père, Jackson dort dans la chambre voire dans le même lit que Jordan[7].

Relation avec Lisa Marie Presley et conséquences de l'affaire

Selon Chris Cadman, Jackson a rencontré la chanteuse Lisa Marie Presley en , lorsqu'il était à l'hôtel Sahara Tahoe avec les Jackson 5. Son père, Elvis Presley, y terminait alors un contrat de deux semaines, tandis que les Jackson 5 étaient sur le point d'y commencer le leur[9],[10]. En , Jackson a renoué avec Presley par l'intermédiaire d'un ami commun. D'après J. Randy Taraborrelli, ils se fréquentent par intermittence en , alors qu'elle est encore mariée et a deux jeunes enfants. Le , Presley accompagne Jackson à une collecte de fonds organisée par Jimmy Carter à Atlanta. Elle est notamment visible sur les images de l'évènement diffusées par Channel 2, une chaîne de télévision locale,[11]. Jackson évoque ce déplacement dans le magazine Ebony en , après leur union[12].

Alors que les accusations d'abus sexuels deviennent publiques, à partir d', elle se préoccupe de son état de santé et lui apporte du soutien émotionnel[13]. Elle aurait fait partie des proches lui ayant conseillé de trouver un accord à l'amiable avec la famille Chandler et de mettre fin à une procédure civile qui aurait pu s'étendre sur plusieurs années[7],[14]. Ils se marient discrètement en , quelques mois après la fin de la procédure civile. En , à l'annonce de la suspension de la procédure pénale par le procureur, Jackson déclare, d'après ses avocats, qu'il est extrêmement soulagé et entend désormais fonder une famille avec Presley[15]. Le , ils participent ensemble à l'émission PrimeTime Live de la chaîne ABC, animée par Diane Sawyer, et clament ensemble l'innocence de Jackson. En , une nouvelle procédure civile est engagée contre Jackson, Lisa Marie Presley, Diane Sawyer et la chaîne de télévision ABC par Evan Chandler, le père de Jordan Chandler, qui demande 60 millions de dollars de dommages et intérêts. Celui-ci considère que les déclarations du couple dans l'émission de Sawyer transgressent l'accord de confidentialité conclu dans le cadre du règlement à l'amiable de [16],[17]. Un panel d'arbitrage confirme que ses demandes sont dépourvues de fondement et cette décision sera confirmée en appel en [18].

Jackson et Presley forment un couple par intermittence pendant quatre années après que leur divorce soit finalisé, en . Elle affirme à plusieurs reprises, y compris dans son autobiographie, qu'elle n'a jamais été témoin d'abus sexuels sur mineur de sa part et elle ajoute qu'elle l'aurait tué elle-même si ça avait été le cas[14].

Bouleversement familial

Dentiste de profession, Evan Chandler, le père biologique de Jordan, vient d'obtenir un petit succès à Hollywood en co-écrivant la comédie parodique Sacré Robin des Bois[19], réalisée par Mel Brooks en 1993. Evan est surtout connu pour être le dentiste des stars[20]. Il est notamment le dentiste de Carrie Fisher, la princesse Leia dans la saga Star Wars, qui est par ailleurs une voisine et amie de Jackson. Fisher souffre de toxicomanie . Elle évoque sa relation avec Evan Chandler dans son autobiographie, parue en 2011 et commentée alors dans la presse[21],[22],[23]. Elle rapporte notamment à son sujet : « Et comme [j'étais] une de ces personnes qui subissaient des soins dentaires inutiles juste pour la morphine, [Chandler] était une de ces personnes qui pouvaient organiser un service aussi bienvenu »[24],[25].

Chandler voit rarement son fils, dont il n'a pas la garde. Au moment de l'affaire, il doit à sa mère $68 804 de pension alimentaire et d'intérêts impayés[26]. Au départ, il se réjouit de la relation entre son fils et Jackson[7],[22]. Alors que les rencontres se multiplient, Evan Chandler reproche à Jackson de passer du temps avec son fils à son détriment et commence à s'interroger sur la nature de leur relation, qu'il perçoit comme de plus en plus exclusive[7]. Il n'est pas satisfait des réponses que lui apportent séparément son fils et Jackson à ce sujet[3],[7]. June aurait également demandé à Jackson si la nature de la relation entre lui et son fils est sexuelle et celui-ci, incrédule, déclare que ça n'est pas le cas[7].

En mai 1993, Evan Chandler encourage Jackson à passer plus de temps avec son fils, y compris chez lui. Chandler aurait successivement demandé à Jackson de financer l'agrandissement de sa maison[27] puis des scénarios de films, ce que celui-ci aurait refusé[26]. A leur retour de Monaco, mi-mai, Jackson séjourne chez les Chandler et dort cinq nuits dans la même chambre que Jordan et son demi-frère[27]. Evan Chandler déclarera que c'est à ce moment-là qu'il a commencé à soupçonner Jackson d'abuser de son fils, bien qu'il n'ait pas lui-même été témoin de tels actes. La dernière rencontre entre Jackson et Jordan Chandler a lieu en juin 1993[7].

Négociations

Le 8 juillet 1993, alors que le ton monte du côté d'Evan Chandler et qu'il a déjà retenu les services d'un avocat, celui-ci est enregistré à son insu par David Schwartz, le beau-père de Jordan. Dans un très long échange, on l'entend déclarer[28],[29],[27] :

« Une fois que j'aurai passé ce coup de fil, ce type va tout détruire sur son passage, par tous les moyens les plus sournois, les plus odieux et les plus cruels qui soient. Et je lui ai donné carte blanche. Si je vais jusqu'au bout, je gagne gros. Impossible que je perde. J'obtiendrai tout ce que je veux, et ils seront complètement… ils seront anéantis à jamais. La carrière de Michael sera finie. Cet homme sera humilié au-delà de toute imagination. Il n'en croira pas ses yeux. Ce qui va lui arriver dépassera ses pires cauchemars. Il ne vendra plus un seul disque. »

Lorsque David Schwartz lui demande si ceci va affecter son fils, Jordan Chandler, celui-ci répond[29],[27] :

« Ça m'est égal. Ce qui compte pour moi, c'est que oui, June lui fait du mal, et Michael lui fait du mal. Je peux le prouver. … J'ai dépensé des milliers, des dizaines de milliers de dollars pour obtenir ces informations, et je… vous savez, je n'ai pas cet argent, je l'ai dépensé, et je suis prêt à en dépenser davantage, même au prix de pertes financières…»

Le 16 juillet 1993, Jordan Chandler subit une intervention dentaire dans le cabinet de son père. Selon Evan Chandler, son fils lui aurait révélé, alors qu'il se trouvait sous l'effet de médicaments administrés lors de l'intervention, que Michael Jackson lui avait touché le pénis. La journaliste Diane Dimond rapporte, sur la base de dossiers de l'anesthésiste Mark Torbiner, que Jordan aurait reçu du bromure de glycopyrronium et de l'hydroxyzine[30],[31].

Certains auteurs, dont J. Randy Taraborrelli, rapportent également qu'Evan Chandler aurait affirmé avoir administré du pentothal sodique à son fils avant de l'interroger sur sa relation avec Jackson[32],[33],[34],[7]. L'utilisation de ce médicament comme « sérum de vérité » n'est toutefois pas considérée comme une méthode fiable pour établir la véracité d'une déclaration, le thiopental pouvant notamment augmenter la suggestibilité. Le psychologue Scott Lilienfeld a estimé en 2009 que le contexte d'apparition des accusations constituait un élément nécessitant, selon lui, une interprétation prudente des allégations[35].

Chandler et ses avocats contactent Jackson et demandent 20 millions de dollars au chanteur en échange de ne pas le poursuivre en justice ou d'en parler à la presse[26]. Jackson refuse de payer la somme demandée. Son équipe et lui font une contre-offre de 1 million de dollars. Lorsque Chandler insiste pour recevoir 15 millions de dollars, Jackson et son équipe font une nouvelle contre-offre à la baisse de 350 000 dollars[7],[27].

Le , Chandler et son fils rencontrent Jackson[2], qui est assisté par Anthony Pellicano, le détective privé des stars. Chandler produit une lettre écrite le 15 juillet par le Dr Mathis Abrams, un psychiatre, qui n'a rencontré ni Evan, ni Jordan ni Jackson et qui, sur la base des informations obtenues de l'avocat de Chandler, indique « des doutes raisonnables d'abus sexuels » sur Jordan[27]. Le médecin précise que s'il ne s'agit pas d'un cas hypothétique, il est légalement tenu de le signaler aux services de protection de l'enfance du Comté de Los Angeles. Les négociations avec Jackson échouent de nouveau.

Révélation des accusations, ouverture de l'enquête pénale et procédure civile

Le , Chandler et son fils rendent visite au Dr Abrams. Lors d'une session qui durera trois heures, Jordan raconte à Abrams comment il a été abusé à de nombreuses reprises durant les quatre mois de sa relation avec Jackson[36]. Bien qu'il ne se rappelle pas des dates et des heures auxquelles ceci s'est produit, il donne de nombreux détails. Il évoque notamment de nombreux actes de fellation et de masturbation. Une enquête pénale est ouverte dans les comtés de Los Angeles et de Santa Barbara, où les faits allégués se seraient produits. Jordan Chandler répète les mêmes informations lorsqu'il est interrogé par la police, qui recueille une description détaillée du pénis de Jackson[37].

Dès septembre 1993, des agents du FBI assistent les enquêteurs et recherchent activement des témoignages et d'autres victimes potentielles, y compris hors des États-Unis. Ils se rendent notamment à Manille, aux Philippines, pour interroger d'anciens employés de Jackson[38],[39]. Lorsqu'elle est interrogée, June Chandler-Schwartz dit initialement à la police qu'elle ne croit pas que Jackson ait abusé de son fils. Les résidences de Jackson, y compris Neverland, sont fouillées par la police. Quatre garçons, qui sont également amis avec Jackson, dont Macauley Culkin et Wade Robson, nient tout attouchement sexuel de la part de Jackson. Jackson et son équipe se défendent en dénonçant une tentative d'extorsion[2].

Le 13 septembre 1993, la famille Chandler, y compris la mère de Jordan qui se range maintenant du côté d'Evan, retiennent les services de Larry R. Feldman pour les représenter dans le cadre d'une procédure civile. Ils demandent 30 millions de dollars de dommages et intérêts à Jackson pour le préjudice qu'ils estiment avoir subi[1]. En effet, deux procédures s'ouvrent parallèlement, l'une au pénal, qui vise à déterminer la culpabilité, l'autre au civil, qui vise uniquement à déterminer le montant des dommages et intérêts. Étant donné les lois californiennes et l'âge présumé de la victime (moins de 14 ans), les avocats des Chandler obtiennent une procédure civile accélérée, qui placera le procès au civil en mars 1994, avant un éventuel procès pénal. Ceci met Jackson dans une position défavorable, car ça le force potentiellement à dévoiler sa stratégie de défense à la partie adverse en amont du seul des deux procès qui peut aboutir à une incarcération en cas de condamnation. Lui et son équipe contestent cette situation, qui transgresse selon lui ses droits, mais n'obtiennent pas gain de cause auprès des autorités californiennes[40],[3],[41].

Couverture médiatique

Les accusations sont rapidement rendues publiques et font les gros titres au plan national et international[42]. Des informations confidentielles, et notamment les rapports détaillant les allégations de Jordan Chandler auprès de la police et des services sociaux, fuitent tout de suite dans la presse. Le Los Angeles Times rapporte que les services s'accusent mutuellement d'être à l'origine de ces fuites[26]. La presse multiplie les manchettes sensationnalistes et les spéculations. D'après le Los Angeles Times, la limite se brouille, dans le traitement médiatique de cette affaire, entre presse généraliste et presse tabloïd[43]. Selon le Washington Post, seulement dix jours après que les accusations aient été rendues publiques par la chaîne de télévision KNBC-TV, les règles habituelles du journalisme ont été contournées ou enfreintes[44].

Jackson est alors en pleine tournée pour le Dangerous World Tour. Les membres de la famille Jackson s'adressent à la presse et démentent que Jackson soit un pédophile. D'autres enfants, qui sont également amis avec Jackson, dont Macauley Culkin et Wade Robson (un des protagonistes des allégations de 2019) nient tout attouchement sexuel de sa part.

Selon le critique des médias Howard Rosenberg, du Los Angeles Times, un tournant intervient lorsque Diane Dimond, journaliste de l'émission tabloïd Hard Copy, est sollicitée comme experte pour commenter les accusations dans le journal télévisé de la chaîne américaine généraliste CBS[45].

Les tabloïds lancent des appels à témoins et n'hésitent pas à offrir des sommes considérables en échange d'informations en lien avec de possibles abus sexuels de la part de Jackson[2]. Dans un article paru en 2015[46] et une interview sur VladTV en 2016[47], Ron Newt rapporte que le National Enquirer, un hebdomadaire people américain, lui a offert 200 000 dollars pour que ses fils racontent qu'ils avaient subi des attouchements sexuels de la part de Michael Jackson. Newt est le manager d'un groupe formé par ses fils, The Newtrons, produit par Joseph Jackson. Lorsqu'ils ont une dizaine d'années, en 1985, les frères Newt passent deux semaines à Hayvenhurst en présence de Michael. Ils apparaissent sur plusieurs photos en maillot de bain, près de la piscine ou posant avec Bubbles. La famille est contactée par un journaliste, Jim Mitteager, puis une rencontre a lieu à l’Hôtel Marriott de San Francisco pour discuter des détails de l'accord. L'échange qui aura lieu ce jour-là est enregistré par le journaliste et atteste de la véracité de cette histoire. En décembre 1993, un contrat est établi entre David Perel, éditeur du National Enquirer, et Ron Newt qui s'engage à donner au journal l'exclusivité de sa « relation avec Michael Jackson et sa connaissance de celui-ci, ainsi que de sa sexualité, sa connaissance des contacts sexuels et des tentatives de contacts sexuels de Michael Jackson avec Robert Newt [l'un des enfants] et d'autres personnes ». Ce contrat est conservé par Newt et constitue une autre preuve de ces faits. Au moment de signer le contrat, Newt écrit, en lieu de signature : « no good sucker » (en français : pas bon, imbécile). Newt, est une figure du banditisme local qui sort à l'époque de prison et qui est proche de Joseph Jackson. Lorsque le journaliste lui demande, en 2016, ce qu'il aurait fait si Jackson avait touché ses fils, il répond : « je suis un gangster, mec, qu'est-ce que tu crois qu'il se serait passé s'il avait touché mes fils ? ».

Lors d'un séminaire juridique organisé en 2010, Larry Feldman, l'avocat de la famille Chandler dans le cadre de la procédure civile qui débute en septembre 1993, explique qu'il n'existait pas à l'époque de règles formelles, en Californie, quant à ce que les avocats étaient autorisés à partager avec la presse. Il ajoute que son équipe a mené une procédure « extrêmement vigoureuse » : elle n'a pas mené de campagne médiatique directe, mais elle a exposé ses arguments dans des documents judiciaires publics, lesquels pouvaient être consultés par les médias et contribuer à la couverture de l'affaire[40].

La santé de Jackson se détériore au point d'annuler plusieurs spectacles puis la fin de sa tournée. Étant stressé par l'épreuve alors qu'il est sous anti-douleurs puissants dans le cadre d'une opération de reconstruction de son cuir chevelu, il développe une addiction aux médicaments contre la douleur. En novembre 1993, il part plusieurs semaines à l'étranger, en cure de désintoxication. Le tabloïd britannique The Daily Mirror lance alors un concours auprès de ses lecteurs qu'il intitule « Spot the Jacko » (Où est Jacko ?), offrant un séjour à Disney World à toute personne capable de prédire où se trouve Jackson.

La réputation de Jackson se dégrade encore après les déclarations de sa sœur La Toya, en décembre 1993, qui rétractera plus tard ses propos et les attribuera à la pression exercée sur elle par un mari abusif, Jack Gordon : « Je dois vous dire que c'est très difficile pour moi, que Michael est mon frère, je l'aime beaucoup, mais je ne peux pas être et je ne serai plus une collaboratrice silencieuse de ses crimes contre de jeunes enfants innocents. Et si je garde le silence, ça signifie que j'entretiens sa culpabilité et l'humiliation que ces enfants ressentent, et je pense que c'est mal[48] ». Elle aurait affirmé détenir des preuves de la pédophilie de son frère et proposé de les révéler en échange de 500 000 dollars. Une guerre des enchères s'en serait suivie entre tabloïds américains et britanniques mais n'aurait pas abouti[49].

Fouille de Neverland, examen corporel et allocution télévisée

Les domiciles de Jackson, dont Hayvenhurst et le ranch de Neverland, sont perquisitionnés à plusieurs reprises. De nombreux livres, des photos et des vidéos sont saisis. Deux livres seront présentés au jury par l'accusation en 2005, dans le but de démontrer l'intérêt de Jackson pour les adolescents: Boys will be boys et Boys: A photograpic essay[50],[51]. D'après la défense de Jackson, ces deux ouvrages sont librement disponibles dans le commerce[52]. Le second contient une inscription qui suggère qu'il lui a été offert par l'une de ses fans en 1983[50]. Les magazines pornographiques et les autres livres d'art saisis et présentés au jury de 2005 ne représentent que des femmes adultes nues[53].

Le , Jackson accepte de se soumettre à un examen corporel au cours duquel ses parties génitales sont photographiées afin de vérifier la description fournie par Jordan Chandler[54],[37]. Deux jours plus tard, Jackson donne une allocution de 4 minutes et 18 secondes, où il parle du caractère déshumanisant et humiliant de l'examen qu'il a subi[55]. Selon The Smoking Gun, qui affirme avoir consulté un affidavit de Deborah Linden, adjointe au bureau du shérif du comté de Santa Barbara, Jordan Chandler aurait notamment décrit Michael Jackson comme étant circoncis[37]. Le rapport d'autopsie publié en 2009 indique toutefois que Michael Jackson n'était pas circoncis[56], ce qui paraît contredire cet élément de la description rapportée. Dans une requête visant à faire admettre les photographies comme éléments de preuve dans les derniers jours du procès de 2005, Tom Sneddon, alors procureur chargé des poursuites, estime que la description fournie par Jordan Chandler est corroborée dans ses éléments essentiels par les photographies prises lors de l'enquête[57]. Le juge Rodney Melville rejette sa demande, estimant que leur valeur préjudiciable l'emporte sur leur valeur probante[58]. Selon Scott Ross, le détective privé pour la défense de Jackson en 2005, si la description de Jordan Chandler avait été suffisamment corroborée, Michael Jackson aurait été arrêté sur le champ, en décembre 1993[59]. En 2026, dans un documentaire diffusé par Netflix et un autre par France Télévisions, d'anciens membres de l'accusation, dont le procureur adjoint Ron Zonen, réaffirment qu'ils estiment que la description donnée par Jordan Chandler correspondait aux photographies réalisées lors de l'enquête[60],[61]. Ces photographies, placées sous scellés, n'ont jamais été rendues publiques.

Résolution à l'amiable au civil et absence d'inculpation au pénal

À la suite de cette séance photo humiliante, l'entourage de Jackson parvient à le convaincre de l'intérêt de trouver un accord à l'amiable. Dans le cas de Jackson, il s'agit aussi d'éviter davantage de publicité nuisant à sa carrière et de se concentrer, potentiellement, sur sa défense lors d'un éventuel procès pénal.

Evan Chandler réclame 30 millions de dollars de dommages et intérêts[1]. Le , la famille Chandler et leurs avocats signent avec Jackson et son équipe un accord de 15 331 250 dollars au profit de Jordan. Les parents reçoivent 1,5 million de dollars chacun. Les avocats reçoivent une somme estimée à 5 millions de dollars. L'accord précise que Jackson « décline expressément toute responsabilité et nie tout acte répréhensible »[62]. Une clause de confidentialité est attachée à l'accord, qui n'empêche pas Jackson de clamer son innocence. Elle interdit cependant toute autre évocation de l'affaire et de la famille Chandler de la part de Jackson et de ses ayants droits[63]. L'avocat de la famille Chandler déclare que « Personne n'a acheté le silence de qui que ce soit »[64]. Il confirme cette information en 2010, lors d'un séminaire juridique sur les deux dossiers Jackson (1993 et 2005), en présence des avocats de Jackson en 1993 et 2005, dont Tom Mesereau, de l'assistant du procureur de Santa Barbara, Ron Zonen, et du juge Melville, qui a jugé l'affaire en 2005[40].

En janvier 1994, Johnnie Cochran, l'avocat de Jackson, confie à la presse :

« Le règlement de cette affaire ne constitue en aucun cas un aveu de culpabilité de la part de Michael Jackson».

Gil Garcetti, le procureur de district de Los Angeles, où la plainte a été déposée, déclare au même moment :

« L'enquête pénale visant le chanteur Michael Jackson se poursuit et ne sera pas affectée par l'annonce du règlement à l'amiable dans l'affaire civile. Le bureau du procureur de district prend M. Feldman au mot lorsqu'il affirme que la victime présumée sera autorisée à témoigner et qu'aucun accord dans l'affaire civile n'aura d'incidence sur la coopération à l'enquête pénale »

Larrry Feldman, l'avocat de la famille Chandler, déclare que lui même et Jordan Chandler sont « très satisfaits de la résolution de cette affaire »[65],[66],[67].

L'enquête pénale se poursuit. Gil Garcetti, et le procureur de Santa Barbara (où réside Jackson), Tom Sneddon, continuent de chercher des témoignages et d'autres victimes potentielles[68]. Une source proche du dossier aurait indiqué que bien qu'ils disposent du témoignage de Jordan Chandler, « leur enquête est entravée par un manque de preuves matérielles ou médicales reliant Jackson à ces agressions sexuelles »[2].

Deux grands jurys californiens distincts examinent les preuves réunies contre Jackson : l'un à Santa Barbara et l'autre à Los Angeles[69] [5]. En mars 1994, le grand jury de Los Angeles convoque la mère de Jackson afin d'établir « s'il avait changé l'apparence de ses organes génitaux pour que ceux-ci ne correspondent pas à la description donnée par Jordan »[70]. D'après l'article du Los Angeles Times, Howard Weitzman, l'un des avocats de Jackson, dénonce cette convocation, qu'il qualifie d'inhabituelle et assimilable à du harcèlement.

En avril 1994, une source proche des enquêteurs affirme à la presse que « À ce stade, la seule chose dont Jackson pourrait être accusé, c'est une erreur de jugement »[71]. Dès mai 1994, le grand jury de Santa Barbara considère que les preuves ne sont pas suffisantes pour une mise en examen[5]. Jordan et sa famille continuent de coopérer jusqu'à début juillet 1994, puis se retirent[4]. En Californie, aucune loi n'oblige une victime d'abus sexuel à témoigner contre son gré. En septembre 1994, l'enquête est officiellement suspendue à Los Angeles, où le second grand jury manque de preuves ou de témoignages suffisants pour inculper Jackson[6]. Plus de 400 personnes auront été interrogées en 13 mois et 2 millions de dollars d'argent public auront été dépensés au cours de l'enquête[4]. Les dossiers du FBI sur Jackson, qui seront rendus publiques après sa mort, en 2009, indiquent que l'affaire avait été close en août 1994 au motif qu'il ne restait « aucune piste à exploiter pour le bureau de Los Angeles dans cette affaire »[38],[72]. Convaincu de la culpabilité de Jackson, Tom Sneddon, le procureur de Santa Barbara, refuse de clore l'enquête et précise qu'elle peut être rouverte à tout moment si de nouvelles victimes se présentent[6],[4].

Durant l'enquête, un seul autre enfant, Jason Francia, aurait été « chatouillé à proximité de l'entre-jambe » à trois reprises par Jackson. Sa mère, Blanca Francia, est une ancienne femme de ménage à Hayvenhurst et Neverland, qui a démissionné en 1991. Elle affirme qu'elle aurait aperçu Jackson nu avec un enfant, mais elle confie son témoignage au tabloïd Hard Copy — pour 20 000 dollars — avant d'être déposée par le procureur, ce qui nuit à sa crédibilité[73]. D'autres employés de Neverland affirmeront avoir vu quelque chose, mais leurs témoignages seront publiés par la presse à people avant d'être entendus par la police, ce quimet en doute leur crédibilité. Jason Francia, 13 ans, est longuement interviewé par la police. Lors du premier entretien, il affirme que Jackson ne l'a jamais touché de manière inappropriée, puis sa version change. En 2005, Tom Mesereau, l'avocat de Jackson, suggère que les policiers qui l'ont interrogé l'ont influencé[74]. Corey Feldman s'exprimera également sur l'insistance des policiers lors des auditions de témoins dans cette affaire[75],[76]. Le témoignage de Jason, qui figure dans le dossier de 1993, n'est pas jugé suffisant pour poursuivre Jackson. Peu de temps après l'affaire, les avocats de la famille Francia contactent ceux de Jackson, leur affirmant qu'ils sont prêts à déposer une plainte au civil pour demander des dommages et intérêts. La plainte ne sera pas déposée et en 1996 un accord à l'amiable sera trouvé entre Blanca Francia et Jackson. L'accord avec Jason est signé en 1998, à ses 18 ans. La famille reçoit 2 millions de dollars. Les deux accords précisent : « Les parties reconnaissent que Jackson a choisi de régler les réclamations uniquement en raison de l'impact potentiel que tout litige pourrait avoir à l'avenir sur sa réputation, ses gains et ses revenus potentiels, et non en raison d'une quelconque conduite fautive présumée de sa part »[77]. Blanca Francia et son fils viendront tous deux témoigner au procès de 2005[78].

Suites de l'affaire

Quelque temps après cette affaire, Jordan Chandler coupe tout contact avec ses parents et, à 14 ans, demande son émancipation. Il change d'identité après l'affaire très médiatisée avec Michael Jackson, pour se protéger de l'attention des médias et du public[79]. Au cours du procès de 2005, June Chandler-Schwartz déclare qu'elle n'est plus en contact avec son fils depuis 11 ans. En 2006, Jordan Chandler porte plainte contre son père, qui l'a agressé avec un haltère et du gaz lacrymogène[80],[81]. Celui-ci obtiendra une ordonnance restrictive contre lui.

La réputation de Jackson est durablement endommagée. Pepsi et Sega mettent fin à leur collaboration. Il se retire du tournage du tournage du film Les valeurs de la famille Addams[82]. Les suspicions de pédophilie continuent de peser sur lui. Il sera d'ailleurs interrogé sur sa relation avec les enfants, et notamment le fait de partager occasionnellement avec eux une chambre ou un lit, dans un entretien avec Diane Sawyer en 1995, puis dans le documentaire de Martin Bashir, Living with Michael Jackson, qui déclenchera l'affaire Arvizo, en 2003.

Avant la fin des années 1990, Evan Chandler, Jordan Chandler, à sa majorité, et David Schwartz engageront de nouveau, séparément, des poursuites civiles contre Jackson. Schwartz porte plainte contre Jackson au civil en août 1994, pour les dommages émotionnels causés par Jackson à lui et sa fille, la demi-soeur de Jordan Chandler, pour fraude et pour négligence. La somme demandée par Schwartz n'est pas spécifiée. Aucune procédure criminelle n'est associée à la plainte[83]. En 1996, Evan Chandler engage des poursuites civiles contre Jackson et Lisa Marie Presley, la jeune épouse de Jackson, qui clament l'innocence de Jackson durant leur entretien télévisé de 1995 avec Diane Sawyer. Chandler considère que l'accord de confidentialité associé à l'entente à l'amiable avec Jackson a été transgressé et demande 60 millions de dollars de dommages et intérêts. Il nomme également dans sa plainte Sony Music, Disney et environ 300 autres co-conspirateurs de Michael Jackson, du fait que Jackson évoque l'affaire dans son album HIStory (qui doit être compris littéralement comme « SON histoire » et non « Histoire » ), sorti en 1995. Il déclare vouloir sortir son propre album EVANstory l'histoire d'EVAN ») en réponse à Jackson. Il perd son procès en 2000[84]. En 1998, une plainte similaire, déposée par les mêmes avocats que ceux d'Evan, émane de Jordan Chandler, qui a maintenant 18 ans[85].

Après l'affaire, le journaliste indépendant, Victor Guttiérez, qui prétend par ailleurs être le biographe de Jackson[86], publie un récit pédopornographique dont il affirme qu'il se base sur le journal intime (imaginaire) de Jordan Chandler. La publication de ce livre sera interdite aux États-Unis suite à une plainte déposée par Jackson. Guttiérez assiste durant les années 1980 à des réunions de l'association pro-pédophile NAMBLA, qui lutte pour la dépénalisation de la pédophilie. D'après lui, les membres de cette association pensent à l'époque que Jackson est l'un des leurs[87]. A travers cette publication, qui veut donner un caractère romantique aux agressions sexuelles sur mineurs[88], Guttiérez associe la cause de cette association à l'un des artistes les plus connus et les plus populaires de la planète. En janvier 1995, ce journaliste affirme qu'il dispose d'un enregistrement incriminant Jackson. Celui-ci porte plainte pour diffamation contre Guttiérez et obtient sa condamnation à 2,7 millions de dollars de dommages et intérêts. Jackson engage également une procédure civile contre la journaliste Diane Dimond, qui travaille alors pour Hard Copy, pour avoir affirmé lors d'un épisode de cette émission de télévision à sensation, qu'un tel enregistrement existait, puis l'avoir répété à la radio. Il demande 50 millions de dollars de dommages et intérêts. Jackson déclare qu'il portera systématiquement plainte contre les médias qui « répandent des mensonges et des rumeurs odieusement malveillantes à [son] sujet dans le but de gagner de l'argent, de faire progresser leur carrière, de vendre des journaux ou d'attirer des téléspectateurs »[86],[89].

En 2003, Gavin Arvizo et sa famille retiennent le même avocat que la famille Chandler, Larry R. Feldman, et portent plainte contre Jackson pour abus sexuel sur mineur. Cette plainte aboutira à un procès pénal qui se déroulera de janvier à juin 2005. Tom Sneddon, qui cherche à démontrer que Jackson est un pédophile en série, parvient à faire examiner certains des éléments réunis en 1993. Ne voulant pas voir échapper son témoin, il s'assure cette fois-ci que le procès pénal précède un procès potentiel au civil. Jackson plaide non coupable. Le cas Chandler est examiné au cours du procès et seule June Chandler-Schwartz viendra témoigner. Jordan déclarera aux forces de l'ordre qu'il n'hésitera pas à se battre en justice si on tente de l'obliger à témoigner[90]. Jackson est jugé non coupable et acquitté. Aucune procédure en appel n'est engagée à l'issue de ce jugement[91],[92].

Les producteurs du biopic du film Michael, en production en 2024, ont rencontré des difficultés en raison de l'accord de confidentialité signé avec la famille Chandler en 1994, qui interdit d'évoquer l'affaire ou d'inclure des détails sur Jordan Chandler, ou même de parler de Jordan sans son accord. Ils ne réussissent pas à le contacter[93].

Après la mort de Michael Jackson

Après la mort de Michael Jackson en , Jordan aurait indiqué avoir menti sur ces accusations de 1993, depuis le site Trashselector[94],[95]. L'authenticité de cette déclaration a cependant été contestée, le message comportant des fautes d'anglais suggérant qu'il aurait pu être écrit par un fan de Jackson. Le , le père de Jordan Chandler, Evan Chandler, se suicide d'une balle dans la tête à son domicile, dans le New Jersey, alors qu'il est en phase terminale d'un cancer et qu'il souffre de graves problèmes psychiatriques[96].

Fan de Jackson clamant son innocence en 2004.

La sortie du documentaire Leaving Neverland, en 2019, donne lieu à une importante production de médias de la part de fans tentant de défendre et réhabiliter Jackson, dont le documentaire Square One: Michael Jackson, qui revient spécifiquement sur l'Affaire Chandler[97]. Certains affirment qu'une partie des allégations diffusées dans Leaving Neverland sont tirées du récit pédopornographique de Victor Guttiérez, paru en 1995, et basé sur le journal intime imaginaire de Jordan Chandler[98]. La publication de ce récit a par ailleurs été interdite aux États-Unis après une plainte de Jackson. A travers cette publication, qui alimente les soupçons de pédophilie à l'égard de Jackson, Guttiérez tenterait de se servir d'une icône culturelle internationale majeure, pour faire avancer la cause pro-pédophile[88].

Chronologie de l'affaire

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Références

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